Déclaration de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, sur le budget pour 2026 et la politique économique, Paris le 23 janvier 2026.

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Intervenant(s) : 
  • Roland Lescure - Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Circonstance : Cérémonie des voeux aux acteurs économiques

Texte intégral

Mesdames et messieurs les ministres, cher Serge, chère Amélie, cher Sébastien, chère Anne,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les chefs d'entreprise,
Mesdames et messieurs les représentantes et représentants du monde du travail,
Mesdames et messieurs les directrices et directeurs d'administrations centrales,
Mesdames et messieurs les amis de l'économie française,

Je voudrais commencer par trois bonnes nouvelles.

Nous n'avons pas annulé cette cérémonie de voeux. Dans sa grande sagesse, l'Assemblée nationale a décidé de ne pas censurer le gouvernement.

Nos résultats économiques sont encourageants. Tout indique que nous aurons une croissance de 0,9% du PIB en 2025. Vous le savez, nous attendions 0,7%. Et 2026 commence plutôt bien. Les enquêtes de conjoncture publiées aujourd'hui par l'INSEE sont bien orientées, notamment dans l'industrie.

Ces résultats, nous les devons en grande partie aux entreprises qui ont continué d'investir, de recruter, de produire et d'exporter. Soyez-en remerciés.

La France est sur le point d'avoir un budget. Quand on sait où nous étions il y a quatre mois et demi, c'est un véritable tour de force du Premier ministre mais aussi des partis politiques qui sont en passe de doter la France d'un budget.

Je veux également dire un grand merci aux administrations et aux cabinets qui nous ont accompagnés, Amélie de Montchalin et moi-même, dans ce travail titanesque et sans précédent, pour construire ce budget de compromis, avec le Parlement.

Chère Amélie, tout le monde le sait ici, la réussite de ce budget te doit beaucoup. Je suis très heureux de faire équipe avec toi au quotidien. Ce tour de force, c'est aussi le tien.

Ce budget, je vous l'accorde, il n'est pas parfait. Pour une simple et bonne raison : c'est un budget de compromis. Mais parce qu'il est un budget de compromis, il est aussi la preuve que nous pouvons faire autrement. Et sans doute le signe d'un début d'évolution de notre culture politique.

Ce budget, il a pour moi trois mérites essentiels : il préserve largement nos entreprises, et donc la croissance. Il réduit le déficit public. Et il parvient à un juste équilibre entre économies de dépense et fiscalité.

Mais soyons lucides sur la situation. C'est désormais une évidence : l'ordre mondial tel que nous le connaissons depuis 1945 risque de basculer.

D'abord la guerre, la vraie, aux portes de l'Europe, en Ukraine. Ensuite la guerre commerciale avec la Chine. Enfin, la guerre tarifaire avec notre allié américain, qui nous teste et remet en cause une amitié vieille de 250 ans.

Aujourd'hui, c'est un combat pour la place de la France et de l'Europe qui s'engage, un combat pour notre indépendance.

Pour le gagner, nous n'hésiterons pas à utiliser toutes les armes à notre disposition.

Nous l'avons fait sur les petits colis, nous l'avons fait sur la préférence européenne, nous l'avons fait sur la régulation du numérique. Et nous sommes prêts à le faire contre toute forme de coercition.

Je suis fier de la position de la France et de l'Europe face aux menaces sur notre intégrité territoriale.

C'est dans ce contexte de tensions que la France prend la présidence du G7. Nous la consacrerons à la réduction des déséquilibres économiques, avec fermeté, avec vigilance, mais en continuant à dialoguer. 50 ans après sa création, le G7 doit rester un lieu de dialogue franc et sincère.

Le Président de la République l'a dit, cette année doit être utile.

Je me fixe trois priorités : construire la puissance de demain, renforcer notre indépendance et maintenir l'ordre et la sécurité économique et numérique.

Puissance, indépendance, ordre. Je consacrerai tous mes efforts à ces priorités.

Et cela tombe bien, nous avons dans ce ministère les moyens de les livrer : la puissance énergétique, le développement industriel, la révolution numérique et le financement de l'économie.

L'énergie d'abord. Mon obsession, c'est de bâtir la puissance énergétique de la France.

Si nous disposons aujourd'hui de l'énergie la plus décarbonée, la plus pilotable et la plus souveraine d'Europe, c'est parce qu'il y a 50 ans, face aux deux chocs pétroliers, nos parents ont décidé d'engager la France dans un programme électronucléaire extrêmement ambitieux.

Nous sommes maintenant à un tournant majeur. À notre tour de garantir cet avenir à nos enfants.

L'énergie, c'est la mère des batailles au service de toutes les autres :

  • C'est une condition indispensable de notre indépendance vis-à-vis des puissances pétrolières et gazières.
  • C'est une condition indispensable de la décarbonation et de la survie de notre appareil industriel.
  • C'est une condition indispensable de notre souveraineté numérique.

C'est pourquoi, notre ambition doit être claire : produire plus, électrifier plus ; pour économiser plus et décarboner plus.

D'abord produire plus : nous devons construire de nouveaux réacteurs nucléaires, accroître nos capacités en amont et en aval du cycle, et déployer des parcs éoliens en mer. Ce sont des chantiers énormes, les plus grands chantiers industriels du XXIe siècle. Ils représentent des dizaines de milliards d'euros d'investissement et des dizaines de milliers d'emplois nouveaux, partout en France.

Nous poursuivrons le développement des énergies renouvelables en harmonie avec les territoires et en coordination avec les élus.

Nous publierons tout prochainement la Programmation pluriannuelle de l'énergie qui tracera cette trajectoire.

Nous relancerons aussi les investissements dans les barrages en réformant leur régime juridique, avec le soutien des parlementaires que je salue.

Nous devons produire plus, nous devons aussi électrifier plus : les usages, et l'ensemble des activités économiques. Comme l'a annoncé le Premier ministre à la fin 2025, nous engagerons un plan d'électrification dans tous les secteurs : le logement, le transport, l'industrie et d'autres encore. Ce plan sera construit sur la base d'une large consultation.

La puissance énergétique, elle doit être au service du développement de notre industrie, qui avec Sébastien Martin est entre d'excellentes mains.

Ces dernières années, nous avons enrayé la désindustrialisation qui se poursuivait comme une malédiction depuis des décennies. Sébastien Martin se bat au quotidien pour aider les entreprises en difficulté, sur le terrain, avec les élus.

Nous regardons chaque situation pour trouver des solutions durables. Et quand nous n'en trouvons pas, nous accompagnons les salariés et les territoires.

Mais sauver nos entreprises ne suffit pas.

Nous devons construire notre industrie sur des technologies de pointe. Nous devons poursuivre nos efforts pour améliorer la compétitivité de la France.

En favorisant l'investissement des entreprises françaises sur notre sol. Plus de 30 milliards d'euros ont été annoncés cette année lors du premier Sommet Choose France édition France.

Nous devons aussi continuer d'attirer les investissements étrangers en France, comme nous le faisons depuis huit ans. 87 milliards d'euros ont déjà été investis depuis le premier Choose France à Versailles en 2018.

Nous resterons cependant exigeants sur la conformité de ces projets à nos intérêts nationaux. Nous devrons, dans les filières stratégiques comme l'automobile, imposer aux investissements extra-européens ce que nos partenaires, notamment asiatiques, nous ont imposé pendant des décennies : transfert de compétences, partage de la gouvernance, et une véritable création de valeur et d'emplois pour nos économies. Et sur notre souveraineté, nous serons intransigeants.

Ces deux sommets Choose France, édition internationale et édition française seront de nouveau à l'ordre du jour cette année.

Au-delà de l'investissement, il nous faut sécuriser nos chaînes d'approvisionnement.

Vous le savez et l'année 2025 l'a confirmé, l'accès aux minerais critiques et aux terres rares est devenu une condition de survie de notre industrie.

Je présenterai avec Sébastien Martin un plan national pour conquérir notre souveraineté en la matière.

Nous y travaillons également à l'échelle européenne.

Et ce sera aussi une priorité de ma présidence du G7 Finances. Je prépare dans ce cadre, avec nos partenaires internationaux, la création d'ici la fin de l'année d'un club de pays pour sécuriser nos approvisionnements.

Construire notre puissance industrielle, c'est aussi protéger les entreprises de la concurrence déloyale avec :

Les instruments de défense commerciale, que nous avons déjà mobilisés sur l'automobile et les ferroalliages. Je souhaite aller plus loin en proposant un renforcement de l'arsenal européen.

La préférence européenne et le contenu local qui doivent être présents partout : dans la réglementation, dans les aides et les achats publics et dans les programmes européens. Nous l'avons fait pour l'industrie de défense, nous poursuivrons dans les autres secteurs.

Enfin, l'expansion industrielle de la France doit toujours s'inscrire dans une stratégie de développement territorial.

A Bercy nous en sommes convaincus : la reconstruction industrielle doit être pilotée dans les territoires, pas depuis Paris.

Partout, l'Etat doit être une force d'anticipation, pour mieux comprendre les dynamiques économiques à l'oeuvre dans les territoires. Et une force d'accélération pour aller plus vite, simplifier nos procédures et accompagner les porteurs de projets.

Notre puissance énergétique, elle doit aussi être au service de notre indépendance numérique. Anne Le Hénanff, à mes côtés, s'y atèle au quotidien. Et je voudrais l'en remercier devant vous.

Nous entamons le virage de la révolution de l'intelligence artificielle dans le peloton de tête.

L'objectif est de maîtriser cette technologie pour gagner la course, avec plus de cerveaux, plus de serveurs et une diffusion plus rapide dans chaque entreprise et chaque service public.

Comment faire, concrètement ?

Il y a un an et à l'initiative du Président de la République, le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle annonçait 109 Md€ d'investissements.

Cette année, nous organiserons un grand rendez-vous pour franchir une nouvelle étape : celle de la diffusion de l'intelligence artificielle dans l'ensemble de l'économie. Dans nos entreprises, mais aussi dans nos services publics. Et je sais que David Amiel y consacre beaucoup d'énergie.

Avec la ministre de la transition écologique, nous travaillerons aussi à favoriser la qualité environnementale et la durabilité des datacenters.

Nous devrons également consolider notre avance technologique dans le quantique en accompagnant les entreprises françaises qui sont aujourd'hui en tête de la course mondiale.

Et nous mettrons fin au « Far Ouest numérique » avec un principe simple : l'accès au marché français, au marché européen, le plus grand du monde, il se fait selon les règles françaises, et les règles européennes.

Ces dernières semaines, nous avons renforcé notre arsenal contre la délinquance en ligne. Toute l'équipe de Bercy est sur le pont : Serge Papin pour défendre les consommateurs, Amélie de Montchalin pour les douanes, Sébastien Martin pour préparer la réponse industrielle, Anne Le Hénanff pour encadrer les plateformes et David Amiel pour mobiliser l'ensemble des services de l'Etat.

Nous devons aller plus loin et gagner en réactivité. Je souhaite travailler, avec Serge Papin, à une force de réaction rapide contre les désordres et la délinquance économique qui fleurissent sur la toile.

Nous ne nous laisserons pas intimider. Les poupées pornographiques, c'est non. Le terrorisme, c'est non. Le narcotrafic, c'est non. Les ingérences étrangères, c'est non. Grok qui déshabille les gens en ligne, c'est non. Les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, c'est bientôt non.

Enfin, face aux cyberattaques, nous nous protégerons, en mettant en oeuvre notre stratégie nationale de cybersécurité et avec l'adoption du projet de loi sur la résilience des infrastructures critiques.

Et pour faire tout ça, la puissance énergétique, le développement industriel, la révolution de l'intelligence artificielle, partout et pour tous, nous avons besoin de financements. Vous l'avez compris, ils ne viendront pas de l'Etat. Sans financement privé, pas d'avenir économique.

L'objectif est clair : financer massivement nos secteurs innovants, nos technologies de rupture et nos infrastructures stratégiques.

Nous devons poursuivre l'Union de l'épargne et de l'investissement, en achevant la réforme de la titrisation et la supervision centralisée du système financier ; vite et bien ;

Nous devons créer un 28e régime juridique pour toutes les entreprises européennes ; vite et bien ;

nous devons déployer une nouvelle phase de l'initiative Tibi à l'échelle européenne pour financer les entreprises innovantes ; vite et bien.

Et en lien avec les acteurs existants en France, en Allemagne, et ailleurs en Europe, nous devons unifier et approfondir le marché européen pour les entreprises de croissance.

Enfin, je vous livre une conviction qui m'est chère : nous n'échapperons pas au débat sur les fonds de pension.

J'ai dirigé un fonds de ce type au Canada. Il en existe dans de nombreux pays.

Ils sont une des clés pour assurer à la fois le financement de notre système de retraite et celui de nos entreprises. Mais ce débat, ce sera pour 2027.

Face à un monde en plein bouleversement, les déséquilibres mondiaux que j'évoquais nous contraignent à changer notre logiciel : agir plus vite, agir plus fort.

Nous sommes à un an de l'élection présidentielle de 2027. Cette année doit être utile pour la France. Nous devons accélérer.

Mes priorités, je les répète : la puissance, l'indépendance, et l'ordre et la sécurité économique et numérique.

Je souhaite aussi que cette année soit une année de vérité.

Je sais que certaines forces politiques prétendent avoir une solution miracle pour l'économie française, comme d'ailleurs pour tous nos problèmes. Mais en 2026, les masques tomberont.

Les seules promesses qui tiennent, ce sont celles qui seront financées et cohérentes, compatibles avec les défis économiques qui sont devant nous. Celles qui inscrivent la France dans le concert des nations qui croient au progrès, à la justice, à l'écologie, à la démocratie.

Pour ma part, je crois aux résultats. Ils sont à notre portée.

Enfin, je tiens à vous adresser, dans un monde chamboulé, mes voeux pour ce qui compte le plus : la santé, les proches, la famille.

Je vous remercie.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 28 janvier 2026