Texte intégral
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations professionnelles, je suis heureux de me retrouver avec les ministres chargés des questions agricoles, territoriales, de consommation, d'organisation aussi évidemment de nos pouvoirs publics.
Je veux remercier le député de la circonscription, l'ancien ministre FIGIER, pour son invitation à venir ici, relayer une autre invitation, celle du Bureau national des jeunes agriculteurs (je cherche du regard le président Pierrick HOREL), dans une séquence assez longue désormais qui nous a amené à devoir échanger sur de la gestion de crise, on pense évidemment à l'épizootie de DNC, évidemment la question du traité de libre-échange avec le Mercosur, entre l'Union européenne et le Mercosur et d'autres sujets, et qui au fond nous ont fait dire avec la ministre Annie GENEVARD qu'il fallait qu'on fasse attention parce que si on a beaucoup de crises qui sont en train de nous prendre du temps, il faut quand même qu'on arrive à se projeter un tout petit peu sur l'avenir et être capable de se poser des questions stratégiques, et c'est comme ça que les jeunes agriculteurs, entre autres, ont poussé ce que l'on appelle les contrats d'avenir, je vais y revenir dans un instant, qui ne vient pas du tout écraser ou effacer les dernières annonces que le Gouvernement a pu faire, y compris sur des sujets de grande urgence, les questions liées par exemple à l'eau, des enjeux liés aux prédations, enfin tous ces sujets que vous connaissez par ailleurs.
Mais c'est vrai que là, on est quand même dans un moment qui est particulier, dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions, dans lequel on n'a pas suffisamment tiré des conclusions sur le modèle de consommation et la manière dont les Françaises et les Français consomment et ont consommé ces dernières années : je rappelle que Serge PAPIN a été un des papas d'EGAlim, et qu'on va y revenir aussi dans un instant, on doit se projeter sur cela, et puis surtout, et de manière peut-être plus politique, on ne tire pas suffisamment de conclusions sur ce que les crises géopolitiques du moment peuvent induire sur notre modèle productif français.
La semaine dernière, à peu près aux mêmes horaires, on parlait de la relance du logement dans le pays, qui est un des moyens d'aller chercher la croissance. Là, évidemment, on est en train de toucher à quelque chose d'encore plus sensible, encore plus central. Le président national des chambres d'agriculture, Sébastien WINDSOR, le rappelait récemment : qu'évidemment, notre capacité à produire et à nourrir notre propre population, et à ne pas voir l'alimentation et l'agriculture instrumentalisées par des menaces hybrides, comme on a pu le voir avec évidemment la guerre en Ukraine, et comme on le voit désormais dans un cadre commercial qui est complètement dérégulé, est remis en question, on le voit notamment avec la nouvelle administration américaine.
Et au fond, on voit bien, je vois aussi les papiers dans la presse, post-budget : que va faire le Gouvernement ? etc. Moi, je l'ai dit au ministre, qu'au fond, le Gouvernement, il n'avait qu'une seule chose à faire, c'était s'occuper de l'essentiel. Et l'essentiel, c'est de réduire le décalage entre la brutalité de la crise géopolitique et notre organisation intérieure. C'est vrai de la programmation militaire, notre capacité à réaffirmer notre indépendance en matière de défense. C'est vrai en matière de protection vis-à-vis du numérique, ce qui a été voté en début de semaine sur les écrans. On est le premier pays européen à le faire. Ce qu'on a fait il y a quelques semaines, Serge, sur les plateformes chinoises, et notamment Shein, dans lequel, je vous rappelle qu'on a été le premier pays à prendre justement des mesures de suspension.
Et là, on le voit bien qu'au fond, il faut qu'on arrive à repenser une part de notre organisation, notre modèle agricole, en essayant de définir une vision avec toujours la même humilité. Un certain nombre de choses peuvent être prêtes et faites avant l'élection présidentielle, annoncer d'ailleurs la construction et la co-construction d'une loi en matière agricole. D'autres seront prêts pour l'après présidentielle, mais au moins celles et ceux qui nous suivront pourront profiter justement de ce travail qui doit aussi en grande partie faire l'objet d'un débat politique de haut niveau, parce que c'est une question culturelle, que la question aussi de savoir ce que l'on veut avoir dans son assiette, quelle part d'argent on est prêt à y mettre, et quelle part de dépendance aussi avec l'étranger nous sommes prêts à avoir.
Au fond, tout le monde est toujours d'accord quand il s'agit d'évoquer quelques principes, mais lorsqu'il s'agit de rentrer un tout petit peu dans le détail et d'être dans le concret, ça me semble un peu moins vrai. Ça va aussi poser des questions assez complexes dans les temps à venir sur ce que l'on attend de la puissance publique européenne, discussion, négociation de la politique agricole commune.
Un premier jalon a été posé grâce au président de la République, là, ces dernières semaines, mais enfin ça va être une longue aventure encore que d'arriver à structurer ces discussions et ces négociations de la politique agricole commune. Il est bien probable d'ailleurs que ça nous amène à la toute fin du quinquennat, voire au début du quinquennat prochain. Donc là, on est bien aussi placé désormais pour savoir que, soit les négociations partent droit, elles peuvent avoir et obtenir ces effets pour défendre les intérêts de l'agriculture française actuelle mais aussi à venir, soit, au contraire, les discussions ne partent pas droit, et là, elles sont beaucoup plus dures à rattraper et c'est pour ça que je mets beaucoup d'énergie avec les ministres pour ce faire, et que donc, j'y viens, cette puissance publique européenne, nationale (qu'est-ce qu'on attend de l'État ?), locale aussi (on a un acte de décentralisation en préparation), on voit bien qu'il y a des voix agricoles qui se sont manifestées tout à l'heure pendant la réunion de travail en disant, "Si c'est de la souveraineté les choses ne peuvent pas être aussi différentes d'une région à l'autre, d'un département à l'autre".
C'est un bon débat, je le dis pour les députés, les sénateurs qui sont ici, les élus locaux, que de se poser cette question. J'ai moi-même présidé un département voisin, donc on ne peut pas me suspecter d'être particulièrement jacobin, mais je dois bien avouer que cet argument de l'égalité territoriale sur la manière d'accompagner les questions agricoles est une thématique désormais ancienne et qu'il est tant, me semble-t-il, de la trancher.
Pour être encore plus précis, au fond, que veulent, que nous proposent, que nous demandent les jeunes agriculteurs avec cette intuition autour des contrats à venir ? C'est de revenir au fond de la planification, la planification entre le producteur, production actuelle et passée, mais peut-être aussi à venir avec les conclusions et les leçons que nous devons tirer du réchauffement climatique pour les diversifications. On a d'ailleurs visité une production d'amandes tout à l'heure qui est tout à fait passionnante dans le modèle de réussite : les transformateurs, secteur dans lequel on ne va pas se raconter d'histoires, malheureusement ces dernières décennies, on a plutôt perdu des acteurs de transformation. En tout cas, dans le département voisin, que je connais le mieux, on voit bien que les choses se sont évidemment largement réduites. Donc là, on a un enjeu aussi qui est absolument clé. Et puis, le consommateur, c'est évidemment la consommation directe, la consommation par la grande et moyenne surface. Le ministre y reviendra. Et puis aussi, par ailleurs, la commande publique, qui est un des thèmes évidemment aussi de ce déplacement, parce qu'il y a quelque chose d'absolument surréaliste, avoir une guerre commerciale sous nos yeux, avoir un libre échange qui est complètement remis en question, y compris par des grands pays fondateurs, signataires de l'OMC, et au fond, de voir que nous, on a encore une pratique de la commande publique sympathique avec des objectifs de bio, de produits de qualité. Et on le revendique, parce que c'est plutôt le bilan des 8 dernières années que d'avoir fait notamment ces lois EGalim. Mais on voit bien qu'on n'est plus du tout à la taille, on n'est plus du tout au niveau de radicalité qu'il faut avoir pour être capable justement de se protéger.
Personne ne peut comprendre, désormais en 2026, que des euros d'argent public du contribuable (le contribuable local ou le contribuable national), que cet argent puisse encore aller acheter de la nourriture en dehors de l'Union européenne. Et au fond, il y a quelque chose de complètement surréaliste, à avoir une mobilisation et une unanimité aussi forte contre le traité du Mercosur, et en même temps que personne ne se pose vraiment la question d'où vient tel ou tel morceau de viande, tel ou tel fruit ou légume dans son assiette. Et je vais être honnête, charité bien ordonnée commence par soi-même, c'est d'autant plus surréaliste que l'État et les parlementaires ont pris des lois pour donner des obligations aux collectivités territoriales, lesquelles les ont en partie remplies, en partie seulement. Et l'État, lui, n'a absolument pas montré l'exemple, puisqu'il est largement mauvais élève. Preuve en est : cet exercice intéressant cette semaine dans lequel j'ai cherché à savoir quelle était d'abord la somme globale de commandes publiques pour acheter de la nourriture pour les cantines qui dépendent de l'État, vraiment de l'État (pour les armées, les universités, etc.). C'est 900 millions d'euros, et en fonction des années pas loin du milliard d'euros par an. On ne parle pas de subventions. Là, on parle d'acquisitions, de carnets de commande de clients. Et j'ai donc demandé aux différents services de nous dire sur ce milliard, ce petit milliard, au fond, combien allait à l'étranger, combien restait en France, combien allait en dehors de l'Union européenne et combien restait en France. Eh bien, on n'a toujours pas la réponse. Et donc, c'est un peu inédit ce que je fais, parce qu'en général, les ministres, ils aiment bien annoncer des bonnes nouvelles ou dire qu'on est les meilleurs. Moi, je suis venu vous dire qu'on n'était pas bon et que ça ne pouvait pas durer. Qu'on ne peut pas avoir un milliard d'euros de commande publique de l'État par an en matières premières agricoles et alimentaires, dont on ne sait pas dire où est-ce que cet argent va.
Et ça, ça doit nous amener à la radicalité dont je parlais, où maintenant, on a changé de monde. C'est un monde beaucoup plus brutal. Donc, nous-mêmes aussi, nous avons assumé une forme de radicalité dans les choix que nous allons faire. Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles et alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne. Et donc certains disent "préférence nationale". Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne. On ne va pas commencer nous-mêmes à abîmer ceux qui participent à la réussite de notre modèle. En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous trouvons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture, qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient de l'autre bout du monde. Donc c'est du bon sens. On peut toujours dire : "mais oui, mais oui, il fallait le faire plus tôt". Si c'était si simple, ça serait déjà fait, on n'aurait pas besoin de vous en parler. Et ça va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs, puisque désormais les orientations politiques sont données et donc il faut aussi que ça suive.
En tout cas, c'est là l'instruction qui est donnée et nous l'inscrirons, Mesdames et Messieurs les parlementaires, dans les lois à venir de décentralisation, comme la loi agricole que nous préparons et non pas non plus pour nous redonner des objectifs théoriques qu'on serait amenés peut-être à remplir à la Saint-Glinglin, mais au contraire être dans une logique désormais d'interdiction et de principe.
Cela nous amène à un choc majeur, potentiellement, choc positif, mais pour le monde agricole. Capacité à devoir produire de manière régulière, prévisible dans les quantités agréées et contractualisées, être capables d'avoir les outils de transformation, être capables de construire au fond la sécurité d'approvisionnement. Cela tombe bien, on retombe sur nos jambes, c'est exactement ce qu'on cherche à faire avec ces contrats d'avenir. Et plutôt que de le faire de manière nationale, là pour le coup que l'approche de cette planification soit davantage locale. Et c'est pour ça, Messieurs les présidents de chambre d'agriculture, que là, pour le coup, État, chambres, le monde agricole, avec les différents acteurs, vont avoir évidemment un rôle à jouer majeur et les organisations professionnelles seront évidemment là pour le faire.
Je ne veux pas être trop long. En tout cas, je veux vous redire que dans le temps qui s'ouvre, post-vote du projet de loi de financement pour la sécurité sociale ; j'ai engagé la responsabilité du Gouvernement une dernière fois ce matin. J'espère que la France aura un budget la semaine prochaine. Mais derrière cette séquence budgétaire, je voulais dire de nombreuses reprises, j'avais promis quelques ruptures. S'il y en a une, c'est d'arrêter ce décalage préoccupant entre la vie politique nationale, la vie du pays et l'ensemble de la géopolitique qui nous entoure. Car parfois, je sens quand même malgré tout un petit parfum, pardon de le dire, mais d'étranges défaites chez une part des élites du pays et sur lequel je ne me résigne pas. Et qu'au fond, il faut désormais que le Gouvernement s'occupe avec l'ensemble de la classe politique et du Parlement et des élus, s'occupe de l'essentiel et l'essentiel, malgré tout, dans notre histoire, ça reste notre indépendance.
Madame la Ministre.
(Applaudissements).
Annie GENEVARD
Merci.
Quelques mots dans la séquence de crise agricole que nous avons vécue.
Le Premier ministre a tenu à apporter le soutien de la solidarité nationale sous la forme d'un plan d'urgence de 300 millions d'euros. Mais nous ne perdons pas de vue l'absolue nécessité d'accompagner le monde agricole dans des perspectives d'avenir. Et c'est ce dont nous sommes venus parler aujourd'hui. Nous avons parlé de souveraineté alimentaire, l'enjeu stratégique pour un pays de nourrir sa population. Voilà la noble et belle tâche que nous avons donnée à nos agriculteurs. Et il y a trop de domaines de production dans lesquels nous ne sommes plus souverains. Vous avez entendu parler de la pénurie d'œufs, c'est un des exemples les plus criants qu'il soit. Nous devons donc travailler à assurer la souveraineté alimentaire de notre alimentation, de notre pays. C'est la raison pour laquelle, il y a quelques semaines, j'ai lancé les conférences de la souveraineté alimentaire et un travail partenarial étroit que je conduis, que nous conduisons avec les différentes filières et la déclinaison territoriale de ces conférences de la souveraineté alimentaire, ce seront les contrats d'avenir qui vont être conclus par les jeunes agriculteurs entre producteurs et transformateurs parce que c'est là que, véritablement, vont se créer des stratégies territorialisées autour de la diversification. On l'a vu aujourd'hui dans cette exploitation qui s'est diversifiée des grandes cultures vers la production d'amandes.
Ce sont des diversifications, là où nous sommes précisément, en manque de production et où nous devons absolument, dans les années qui viennent, reconquérir de l'autonomie. Mais se projeter dans l'avenir, ça se décline de toutes les façons.
C'est aussi le renouvellement des générations, c'est ce que nous allons faire avec les chambres d'agriculture, avec les jeunes agriculteurs, France Service Agriculture sait préparer le renouvellement des générations. Et Monsieur le Premier ministre a évoqué la question de la restauration collective, c'est un enjeu capital. Parce que là, l'État et les collectivités, donc la puissance publique, doit avoir la main sur la commande et donc, la production agricole. Et c'est très fondamental pour d'abord sécuriser du revenu parce que le principal sujet pour les agriculteurs aujourd'hui, c'est de parvenir, dans un contexte géopolitique particulièrement difficile, à sécuriser des revenus. Et je le dis ici, dans cette ère de production de grandes cultures tellement chahutée par les cours mondiaux qui s'affaissent, tandis que les coûts de production augmentent, donc il y a un défi de résilience de notre agriculture au choc géopolitique, au choc économique auquel nous devons les aider à se préparer.
Donc, c'est tout ça dont nous avons parlé aujourd'hui, mais véritablement une projection dans l'avenir, parce que c'est un enjeu absolument capital, c'est un enjeu de souveraineté. On parle de souveraineté militaire, on parle de souveraineté énergétique. La souveraineté alimentaire se place au même niveau d'importance. Je vous remercie.
[Applaudissements]
Animateur
Mesdames et Messieurs les journalistes, avez-vous quelques questions ? Nous allons nous répartir les réponses avec les ministres.
Journaliste
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour les ministres. Lorsqu'on était dans le Covid et la crise sanitaire, nous avions tous un rêve, c'était le rêve du monde d'après. Et le monde d'après, on le voyait dans les circuits courts, la consommation des produits locaux. Et d'ailleurs, [inaudible] était un petit initiateur parce que la Chambre d'agriculture et une grande coopérative [inaudible] en créant ce qu'on a appelé aussi la plateforme sur le champ. Seulement, cette plateforme a fonctionné pendant quasiment 3 ans. Et à leur dernière Assemblée générale, cette belle structure qui fait des produits locaux à des prix accessibles, etc., elle a décidé d'ailleurs que si ça ne tient pas l'année prochaine, ils l'arrêtent. Alors, dans votre futur plan pour l'agriculture française, pour l'égalité entre les territoires, vous avez dit tout à l'heure, il faut que la consommation soit prise en compte. Il faut aussi qu'on produise ce qui est vendable, etc. Sachant que cette année, on a eu les pommes de terre, on a eu une surproduction là aussi. Comment avez-vous intégré cette possibilité aussi du produit, de l'avenir, pour qu'on produise comme la dame tout à l'heure pour les amandes, produire localement et pour la localité ?
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup. Je pense qu'après le covid, tout le monde trouvait ça intéressant ou formidable. Ce n'est pas pour autant que tout le monde a compris que, désormais, c'est vital. Et vous voyez, je suis frappé, au fond, que la pénurie d'œufs dans les commerces et les grandes et moyennes surfaces ne fasse pas plus l'objet d'une couverture médiatique plus forte, pour être honnête. Qu'en France, en 2026, on puisse en arriver à la conclusion qu'il y a des étals entiers ou des rayons entiers de boîtes d'œufs qui sont vides, je crois que c'est l'élément le plus perturbant, au fond, qu'on ait eu à connaître depuis très longtemps. Et là, c'est un peu la connexion entre le monde réel ou la déconnexion parfois d'ailleurs entre le monde politico-médiatique et le monde réel. Mais là, on voit bien qu'entre des ensembles géopolitiques dans lesquels on se menace de guerre commerciale tous les matins, quand ce n'est pas pire qu'une guerre commerciale, d'une part. Et d'autre part, un modèle dans lequel, au fond, on a une consommation qui continue d'être importante, on n'a pas une production souveraine qui toujours arrive à suivre, mais aussi pour des raisons que l'on connaît, les blocages sur tel ou tel projet d'installation de poulaillers, enfin toutes ces choses sont connues. Là, c'est qu'il y a une alerte. Et donc, c'est pour ça qu'on n'est pas venu faire une énième annonce sur des objectifs, etc. Ça, c'était bien quand la mer était calme. Là, on est dans un moment dans lequel il faut qu'on arrive à sauver des fondamentaux, y compris parce qu'il y a une démographie des exploitants agricoles, une pyramide des âges d'agriculture qui arrête, d'autres qui doivent démarrer qui n'est pas dans la dynamique qu'on aimerait avoir. Là, pardon, on ne peut pas dire que rien n'a été fait en matière agricole ces 30 dernières années, c'est tout l'inverse. Chaque gouvernement a fait de son possible. Moi, je fais plutôt partie de ceux, au contraire, qui pensent que chacun, y compris les présidents des JA de l'époque, de la FNSEA de l'époque, de la coordination de l'époque, de la Confédération paysanne de l'époque, ce n'est pas le sujet. Ce n'est pas le sujet. C'est juste que le monde est en train de changer. Et donc, ça veut dire aussi que désormais, le rythme avec lequel on va devoir avancer, ce n'est pas un énième EGalim, c'est encore autre chose. Et donc, le modèle, pour moi, est plus une planification type gaullienne années 60, à ceci près que désormais, à mon avis, elle se construit plutôt davantage par le bas, qu'elle ne vient toujours depuis Paris. C'est peut-être ça qu'il faut réinventer. C'est sûrement le plus dur, et c'est aussi pour ça que la ministre GATEL est là, parce que, pour moi, ça va de pair avec ce qu'on cherche à faire sur notre réforme de l'État, des centralisations, des concentrations. On aura l'occasion d'y revenir. Autre question ?
Audrey TISON
Oui bonjour, Audrey TISON France Info. Est-ce que vous pouvez nous faire un petit point sur la loi Agriculture qui est censée être présentée d'ici le Salon de l'Agriculture ? Est-ce que les mesures que vous évoquez aujourd'hui vont être incluses dedans ? Et est-ce que vous avez un enjeu majeur, notamment en venant ici, c'est d'apaiser les agriculteurs avant ce rendez-vous qui est très souhaité.
Sébastien LECORNU
Vous savez, les agriculteurs, je pense qu'ils n'ont pas besoin d'être apaisés. Il ne faut pas les infantiliser. Ils savent ce qu'ils doivent attendre des politiques, des parlementaires européens. On a fini par oublier, aussi, qu'une part des clés de tout ça se joue à Strasbourg et à Bruxelles. Ce que veut le monde agricole, c'est de la clarté, de la visibilité des engagements concrets et de les tenir. Et d'ailleurs, c'est pour ça que je suis très attentif à ne pas remultiplier un certain nombre d'annonces, parce que les trois quarts du temps, elles ont déjà été faites par nos prédécesseurs, elles n'ont pas été appliquées. Et d'ailleurs, avec la ministre GENEVARD, ce qu'on s'est dit, c'est de reprendre davantage le tableau de toutes les annonces de ces 4, 5, 10, 15, 20 dernières années, en général constituent le vivier de ce qu'il faut faire. Pas besoin d'être très créatif, il faut repartir de ça. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est ce que je viens de vous dire, en revanche, ce que le réchauffement climatique d'une part, le comportement des consommateurs, puis la géopolitique d'autre part, créent comme rupture avec le passé. Ça, pour le coup, c'est pas dans les tableaux des dernières années. Et au fond, c'est un peu ça sur lequel il faut qu'on arrive à marcher. La loi, elle va être co-construite, donc elle va aussi englober la période du salon, parce que le salon va être un moment aussi de réunion de travail. Je veux aussi qu'on fasse un tour très précis de l'ensemble des filières. Mais après, pour répondre à votre question, oui, la plupart des choses que nous sommes en train de mettre sur la table, évidemment, ont vocation à se retrouver dans la loi, quand elles ne sont pas réglementaires parfois. Et donc, on n'attendra pas la loi pour le faire.
Journaliste
Non, mais la convocation ne sera pas avant le salon ?
Sébastien LECORNU
Mais ça peut être pendant le salon. Enfin, je n'ai pas arrêté de calendrier précis. Si vous voulez, je ne m'enferme pas dans quelque chose de scolaire pour que ce soit déceptif derrière. Moi, je veux quelque chose de carré, d'organisé, dans lequel on sait ce qu'il y a dedans. On a derrière aussi les fenêtres de tir au Parlement qui nous permettent de les discuter dans les meilleurs délais. Et ce travail-là, pour le coup, il n'est pas terminé. Mais le fond avant la forme, le vecteur.
Anne RENAUD
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour messieurs dames, Anne RENAUD de l'AFP. Je voulais poser une question sur l'équipe gouvernementale avec laquelle vous allez travailler désormais, une fois la page du budget tournée. Vous avez promis un ajustement et quelles sont les règles de cet ajustement ? Combien de personnes ça concerne dans votre équipe ? Par rapport aux municipales, est-ce que ce sont ceux qui vont partir en campagne ? Est-ce que ce sont ceux qui vont être défaits après le scrutin ? Quelle est cette règle ? Et puis vous, vous concernant, vous êtes candidat aux municipales, pourquoi ? Et serez-vous aussi candidat aux sénatoriales ?
Sébastien LECORNU
Question qui concerne directement le monde agricole. [Rires] Vous êtes dans votre rôle. Moi, je n'ai pas parlé d'ajustement, mais ça me permet d'en parler, puisque vous me posez la question. Première chose, moi, je suis heureux que les ministres travaillent devant les électeurs. À la fin des fins, faire de la politique, c'est quand même se soumettre au suffrage universel. Et en fait, il y a quelque chose d'un peu bizarre ces dernières années, dans lequel, au fond, on finit par mettre davantage de pression sur des femmes et des hommes politiques qui vont voir les électeurs, que sur celles et ceux qui ne sont jamais allés les voir. Ce qui, quand même, en termes de légitimité, dit quand même quelque chose de curieux dans la manière de faire. Donc moi, je suis très heureux et j'ai encouragé les ministres au Conseil des ministres de mercredi dernier en leur disant, soyez conseillers municipaux, engagez-vous, quelle que soit la taille de la ville, etc. Donc je suis là, au contraire, pour encourager et montrer aussi une forme d'exemple. Le préfet, tout à l'heure, dans la voiture, me disait que la plupart des maires d'Eure-et-Loir repartaient, ce qui est donc aussi quelque... Y compris vous, monsieur le maire, si j'ai bien tout compris, nous vous souhaitons bonne chance et je pense que c'est absolument formidable. Ça fait 6 ans qu'on entend dire crise des vocations, etc, etc., et il y aurait donc au fond que les ministres qui eux ne devraient pas justement avoir ce rendez-vous avec les électeurs. Moi, je m'inscris un tout petit peu en rupture, pour être honnête, avec ce qui a pu se faire jusqu'à présent. Après, une fois que j'ai dit ça, exemplarité totale sur l'utilisation des moyens de l'État, c'est-à-dire aucune utilisation des moyens de l'État pour faire campagne. Règle très stricte sur la période de réserve lorsqu'elle s'ouvrira, parce que, pour le coup, quand on est ministre, on a encore plus de devoirs que les autres dans l'incarnation, justement, de ce qu'est l'État et dans le respect de la loi. Ça, c'est la moindre des choses. Ensuite, pour le reste, j'aurais bien l'occasion d'y réfléchir et de faire des propositions au président de la République. Et pour ce qui me concerne, je serai candidat aux élections municipales à Vernon. Parce que c'est chez moi, tout simplement.
Hugo CAPELLI
Bonjour, Monsieur le Premier ministre, Madame, Messieurs les ministres. Hugo CAPELLI pour BFMTV. Vous avez beaucoup emprunté le mot crise depuis le début de l'après-midi. Alors, on parle beaucoup de crise agricole, il y a aussi une crise géopolitique. Justement, est-ce que la France, aujourd'hui, craint une attaque des États-Unis sur l'Iran et quelles conséquences cela pourrait avoir ?
Sébastien LECORNU
Le sujet est suivi de très près par le chef de l'État et les ministres concernés. De toute évidence, il y a déjà eu cette attaque contre les infrastructures nucléaires iraniennes ces derniers mois. La région n'est pas à l'abri d'une nouvelle escalade qui peut d'ailleurs emporter des conséquences de sécurité pour l'ensemble des pays d'Europe. Il y a la question du programme nucléaire iranien. Il y a évidemment la répression absolument épouvantable, c'est sans précédent, depuis la révolution islamiste, telle qu'on l'a connue ces derniers jours contre la population iranienne, et le fait que l'Iran se dote de plus en plus de programmes balistiques conventionnels qui potentiellement peuvent d'ailleurs toucher non seulement l'Europe, mais même l'Hexagone, et que la filière notamment de missiles à propulsion poudre est particulièrement préoccupante. Néanmoins, l'histoire a démontré au Moyen-Orient que le début d'un embrasement non contrôlé peut mener à une escalade qu'on n'arrive plus à maîtriser. Donc c'est pour ça que l'ensemble des canaux diplomatiques, le président de la République lui-même a entretenu beaucoup de relations bilatérales avec les différents pays de la région. Ce que je vous rappelle, c'est que nous, Français, nous avons des intérêts un peu partout dans la région, des communautés françaises, d'expatriés, des bases militaires, aux Émirats arabes unis, ailleurs, à Djibouti. Et donc évidemment, la situation est suivie de très près. J'insisterai aussi, d'ailleurs, sur les conséquences économiques de tout cela. Un certain nombre de commentaires, ces derniers jours, sur la croissance, les impacts du budget, etc. La réalité, c'est que la géopolitique pèse énormément sur nos circonstances économiques du moment, et notamment sur les énergies et le coût du pétrole. Et on voit bien qu'évidemment, la question iranienne impacte aussi cela. Donc, en fait, on essaie vraiment, nous chacun, dans nos responsabilités, d'avoir une approche à 360 degrés de ce dossier qui n'a pas fini de nous occuper.
Bastien AUGEY
Bonjour, Bastien AUGEY pour TF1 LCI. Ségolène ROYAL était cette semaine en Algérie où elle a rencontré le président TEBBOUNE et a rencontré, aussi, notre confrère Christophe GLEIZES. Est-ce qu'elle l'a fait avec l'aval – ou du moins en prévenant le gouvernement ou la diplomatie française ? Et par ailleurs, est-ce que vous jugez que sa démarche était la bienvenue ou au contraire contre-productive pour les relations avec l'Algérie ?
Sébastien LECORNU
Je ne ferai pas de commentaire là-dessus parce que depuis que j'ai pris mes fonctions, à vrai dire même d'ailleurs dans mes fonctions de ministre des armées, j'ai toujours eu une parole des plus prudentes, mesurées et maîtrisées dans la relation entre la France et l'Algérie. J'invite d'ailleurs à ne pas en faire un commerce de politique intérieure, comme beaucoup ont pu le faire. Je ne dis pas ça pour Mme ROYAL, elle a ses engagements, elle était candidate à l'élection présidentielle, elle est ancienne ministre, et elle a toujours montré de la volonté sur ce dossier, donc en tout cas, elle ne m'en a pas prévenu personnellement, si c'est votre question. Après, je pense que beaucoup de fermeté et de sobriété et de respect permettent d'obtenir des résultats, c'est ce que nous avons fait pour la libération de Boualem SANSAL.
Journaliste
Pardon, mais vous n'en avez pas dit assez [inaudible] commerce de politique intérieure…
Sébastien LECORNU
J'ai dit ce que j'avais à dire. Merci beaucoup.
Source https://www.info.gouv.fr, le 3 février 2026