Déclaration de Mme Rachida Dati, ministre de la culture, sur la sécurité dans les musées, au Sénat le 6 janvier 2026.

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Circonstance : Déclaration à l'occasion du débat organisé à la demande du groupe les Républicains

Texte intégral

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Les Républicains, sur la sécurité dans les musées.

Je vous rappelle que, dans ce débat, le Gouvernement aura la faculté, s'il le juge nécessaire, de prendre la parole immédiatement après chaque orateur pour une durée de deux minutes ; l'orateur disposera alors à son tour du droit de repartie, pour une minute.

Madame la ministre, vous pourrez donc, si vous le souhaitez, répondre après chaque orateur, une fois que celui-ci aura retrouvé une place dans l'hémicycle.

(…)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je répondrai aux différents orateurs dans mon propos conclusif, mais je veux apporter à ce stade quelques éléments d'information que je n'aborderai pas dans mon intervention finale, notamment pour ce qui concerne le fonds de sûreté et le récolement des œuvres.

Vous m'avez posé, monsieur le président de la commission, des questions sur le fonds de sûreté ; j'évoquerai d'abord son périmètre. Comme je l'ai indiqué lors de mon audition par votre commission, celui-ci recouvre les établissements culturels conservant des collections publiques d'une sensibilité ou d'une valeur particulière, relevant de la fameuse "loi Musées" – la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France – ou protégées au titre des monuments historiques.

Vous le savez, nous avions prévu que le fonds soit doté de 30 millions d'euros ; seraient financés, comme vous l'avez indiqué, les audits et diagnostics de sûreté, les équipements de détection, le renforcement des protections physiques et la sécurisation des objets, qu'il s'agisse des vitrines ou des accrochages. L'aide sera conditionnée à l'établissement d'un diagnostic et à la mise en place d'un schéma directeur actualisé et d'un plan pluriannuel de sûreté.

Ce fonds n'a donc pas vocation à se substituer à d'autres financements, notamment aux financements programmés.

J'en viens à votre question sur le récolement, madame la sénatrice Lermytte. Ce récolement est décennal. Le bilan sera établi au premier semestre 2026 ; il concerne 125 millions d'œuvres. La tâche est évidemment immense. Le dernier bilan date, de mémoire, de 2016.

Monsieur le sénateur Ouzoulias, vous parlez de défaillance de la tutelle. Je suis d'accord avec vous. Je reviendrai dans mon propos conclusif sur la tutelle, l'autonomie et l'indépendance des musées, car, pour certains opérateurs, c'est un véritable enjeu : l'autonomie ne signifie pas l'indépendance totale vis-à-vis de la tutelle ! Or, généralement, les opérateurs ne se rappellent au bon souvenir de leur tutelle que lorsqu'ils rencontrent des difficultés financières. Vous avez donc raison d'évoquer ce point.

Toutefois, vous affirmez, à propos du vol, des dysfonctionnements et des défaillances, qu'il y avait un problème de tutelle. J'espère que vous avez dit la même chose à mes prédécesseurs, car les vols spectaculaires ne datent pas d'aujourd'hui…

M. Pierre Ouzoulias. Oui ! C'est un phénomène ancien !

Mme Rachida Dati, ministre. C'est d'ailleurs ce qui a justifié la création de la mission dont vous avez parlé tout à l'heure. La Missa sera donc renforcée, comme je le préciserai dans mon propos conclusif.

Vous avez raison, il faut renforcer les moyens, mais il faut également renforcer la tutelle. Depuis que je suis ministre, certains opérateurs ont été un peu surpris que je demande des comptes ; cela fait pourtant partie du contrat d'objectifs que nous imposons lors de la nomination des dirigeants de ces établissements. Or certains oublient parfois l'existence de la tutelle…

La Missa sera donc évidemment renforcée, de même que son périmètre.

En ce qui concerne les musées territoriaux, 192 missions ont été menées en 2024, et ce nombre sera augmenté. En effet, non seulement les moyens seront renforcés, mais, comme vous le savez, mon collègue ministre de l'intérieur et moi-même avons aussi, à la suite du vol, demandé à tous les préfets de se mettre en contact avec les équipements culturels, notamment les musées, pour pouvoir recenser les failles éventuelles de sécurité, mais aussi les œuvres sensibles à protéger ou à sécuriser de manière particulière.

En effet, et c'est un point essentiel que vous avez souligné : aujourd'hui, ces crimes sont de plus en plus organisés et les œuvres volées sont de plus en plus ciblées.

Mme la présidente. La parole est à Mme Monique de Marco. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – M. Pierre-Alain Roiron applaudit également.)

Mme Monique de Marco. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je remercie le groupe Les Républicains d'avoir proposé un débat sur la sécurité dans les musées.

Le braquage spectaculaire du musée du Louvre, en octobre dernier, a marqué les esprits. Ce vol a mis en lumière des lacunes importantes dans les dispositifs de surveillance et la vulnérabilité des œuvres confiées à notre plus grande institution muséale.

Il n'est, hélas ! pas un cas isolé. Dans la même période, d'autres établissements ont subi des cambriolages, avec notamment le vol des pépites d'or au Muséum national d'histoire naturelle, des objets précieux détournés au musée national Adrien-Dubouché à Limoges et au musée Jacques Chirac en Corrèze.

Si ces délits spectaculaires ne sont pas nombreux, leur anachronisme est frappant. Comment expliquer que, à l'époque de la surveillance généralisée, un stratagème aussi rudimentaire ait pu fonctionner ?

Depuis octobre, sous l'impulsion de son président, la commission de la culture s'est saisie avec opiniâtreté de cette question : visite de la galerie d'Apollon et contrôle du système de sécurité, lecture d'un rapport d'audit interne, multiplication des auditions afin de faire la part des responsabilités des uns et des autres.

Les éléments que nous avons collectivement réunis sont accablants. Ils illustrent la négligence, par les directions successives, des travaux d'entretien et de mise aux normes, souvent au profit d'aménagements scénographiques en perpétuelle rénovation, sous l'influence du fait du prince. Chacun semble porter une plus grande attention au fait de marquer personnellement l'histoire du musée plutôt qu'à assurer des conditions de travail décentes à ses équipes ou à garantir la protection des œuvres.

Au Louvre, la situation est d'autant plus préoccupante que le fait du prince est le fait du Président de la République. Le projet Louvre – Nouvelle Renaissance, annoncé en grande pompe par le chef de l'État voilà un an, a immédiatement fait l'objet d'un concours international d'architecture. Dans le même temps, le plan de sécurité du musée, destiné à la modernisation technique et à la protection des œuvres, reste en sommeil depuis huit ans.

Le rapport d'audit interne et les conclusions de la Cour des comptes vont dans le même sens. Évaluée à plus de 1 milliard d'euros, l'opération Louvre – Nouvelle Renaissance est qualifiée par la Cour de "projet porteur de risques financiers significatifs". Dans un contexte tendu au sein de l'établissement depuis le cambriolage, ce projet est aussi sous le feu des critiques des syndicats, qui dénoncent une dégradation continue des conditions de travail et réclament des moyens pour y remédier.

Enfin, le projet d'installer la Joconde dans une salle inondable suscite des interrogations, tout comme l'objectif même de porter le nombre de visiteurs de 9 millions à 12 millions, au point de se demander, madame la ministre, si vous êtes à la tête du ministère de la culture ou de celui du tourisme… (Mme la ministre s'exclame.) L'une de vos prédécesseurs, Roselyne Bachelot, dénonce, elle aussi, cette fuite en avant et le surtourisme, qui, dit-elle, "nous pousse vers l'abîme".

Quelle est la vocation première d'un musée ? Servir de vitrine ? léguer un patrimoine commun ? éduquer à l'art ? Posons-nous des questions de fond.

Les besoins pour l'ensemble des sites, musées et monuments historiques en matière de restauration pour la décennie à venir sont estimés à près de 5 milliards d'euros, selon la Cour des comptes.

Madame la ministre, alors que le ministère de la culture va être confronté à un mur d'investissements qui ne saurait concerner le seul musée du Louvre, je souhaite savoir comment le Gouvernement entend articuler le projet Louvre – Nouvelle Renaissance avec la nécessaire modernisation des dispositifs de sécurité de l'ensemble des musées placés sous sa tutelle.

Les impératifs patrimoniaux et symboliques ne doivent pas faire obstacle à la protection des collections et des visiteurs. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Mme Marie-Claude Lermytte et M. Pierre-Alain Roiron applaudissent également.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je veux revenir sur le projet Louvre – Nouvelle Renaissance, que vous connaissez bien et que vous avez même évalué. Depuis longtemps, des investissements étaient demandés pour ce musée, notamment pour en améliorer la sûreté et la sécurité. Ce projet intègre le fameux schéma directeur, évalué à 450 millions d'euros. Il comprend donc toutes les mesures de sûreté et de sécurité.

Vous ne pouvez donc pas dire que ce projet a été priorisé aux dépens de la sécurité : celle-ci en fait partie intégrante ! C'est d'ailleurs ce qui a motivé l'annonce du Président de la République au début de l'année 2025 sur ce projet, qui inclut un pan consacré à la sécurité, à la sûreté et à la mise aux normes.

Mme la présidente. La parole est à M. Bernard Fialaire.

M. Bernard Fialaire. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le vol survenu le 19 octobre dernier au musée du Louvre n'est pas seulement un acte criminel spectaculaire. Il est aussi le révélateur d'un dysfonctionnement structurel dans la gestion de la sécurité de nos musées et de notre patrimoine.

Les auditions menées au sein de la commission de la culture ont mis en exergue une réalité préoccupante : la vulnérabilité du Louvre, l'un des plus grands musées du monde, était connue, des alertes avaient été formulées ; pourtant, les failles documentées n'ont pas été traitées à temps.

Plusieurs constats utiles à l'appréhension du sujet de la sécurité dans les musées peuvent ainsi être dressés. Cet enjeu doit être placé au cœur des priorités stratégiques des musées. Les rapports existaient, parfois depuis plus de dix ans ; un audit avait été réalisé en 2017, suivi par celui de Van Cleef & Arpels sur la galerie d'Apollon et par des cartographies des risques. Tous ces documents pointaient des vulnérabilités, notamment face au risque d'intrusion et de vol, mais ils ont malheureusement été mal exploités ou n'ont pas été transmis.

Le schéma directeur des équipements de sûreté, lancé il y a plusieurs années, n'entrera réellement en phase opérationnelle qu'en cette année 2026.

Dans le même temps, des projets d'ampleur, comme le programme Louvre – Nouvelle Renaissance, qui vise à apporter des solutions pérennes aux problèmes structurels, requièrent des moyens considérables. Il est évidemment essentiel de moderniser et de continuer à adapter le Louvre. Cependant, les auditions ont permis de poser une question fondamentale : peut-on engager des projets à 1 milliard d'euros sans avoir, au préalable, sécurisé ce qui existe et évalué précisément les coûts de fonctionnement qui en résultent, comme l'a souligné la Cour des comptes ?

Ce débat dépasse bien entendu le seul cas du Louvre. La France compte plus de 1 200 musées, dont beaucoup relèvent des collectivités territoriales, avec des moyens bien inférieurs à ceux du Louvre. Je rappelle le vol de la couronne de la statue de la Vierge de Fourvière, à Lyon, en 2017. Cette couronne, fabriquée à partir de quatre kilos d'or sertis de près de 4 800 pierres, n'a jamais été retrouvée…

Ce que nous révèle cette affaire, comme d'autres, c'est la nécessité d'élaborer une doctrine nationale en matière de sécurité des musées qui soit plus exigeante et plus contrôlée. Ces événements doivent déclencher une prise de conscience collective. Il nous appartient désormais de tirer toutes les leçons de cet échec, afin de repenser plus efficacement la manière dont l'État protège ses biens les plus précieux.

Madame la ministre, sur votre demande, l'Igac a mené une enquête administrative qui lui a permis d'identifier les mesures à prendre d'urgence. Quel est l'état d'avancement de ses différentes recommandations ?

Comment pouvons-nous exiger des pays qui nous demandent, légitimement, de leur restituer certains biens culturels qu'ils garantissent des conditions de sécurité, si nous ne sommes pas nous-mêmes exemplaires sur ce point ?

Enfin, l'absence d'une gouvernance claire en matière de sécurité est hautement préjudiciable : les auditions ont mis en évidence un fonctionnement en silo, sans autorité clairement identifiée ; les responsabilités sont diluées dans un maillage décisionnel peu lisible.

La délégation sénatoriale à la prospective a entendu un intervenant en enseignement supérieur en design, une discipline négligée qui forme pourtant des professionnels qui savent assembler des compétences différentes pour les élever à une dimension culturelle. Notre société gagnerait à mettre en valeur cette filière insuffisamment représentée dans nos institutions, nos administrations, nos musées, et même au sein de la représentation nationale. Madame la ministre, pouvez-vous valoriser cette filière afin d'enrichir, par ses compétences, toutes nos institutions ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées des groupes GEST et CRCE-K.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de La Provôté. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme Sonia de La Provôté. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le cambriolage du Louvre, le 19 octobre dernier, a été un traumatisme national. C'est un peu de notre identité collective que les voleurs ont emporté dans leur méfait. Passée la sidération, l'événement a suscité de l'incompréhension et de la colère et, avouons-le, une blessure dans notre amour propre, tant le mode opératoire avait l'allure d'un forfait des Pieds Nickelés plutôt que d'une action d'Arsène Lupin…

Cependant, au-delà de ces réactions, l'événement doit nous servir de leçon et même d'électrochoc.

Dès le lendemain du vol, notre commission, sous la houlette du président Laurent Lafon, a programmé une série d'auditions pour comprendre et agir, afin de prévenir de tels événements. Les conclusions de ces auditions dépassent l'entendement. Ce qui nous apparaissait comme de l'incompétence est en réalité un cocktail d'impréparation, de méconnaissance – voire de déni – des risques et d'un défaut grave d'organisation. Des choix stratégiques incompréhensibles, des audits d'alerte inconnus de la direction ou, au mieux, rangés sur des étagères, des équipements obsolètes : voilà ce que nous avons découvert. Tout cela était confondant, pour ne pas dire consternant !

Si nous ne devions retenir qu'une seule idée de l'ensemble de nos travaux, c'est que tout s'est joué à trente secondes près. Ainsi, selon le chef de l'Igac, Noël Corbin, ce laps de temps aurait permis aux agents de sécurité ou aux policiers d'empêcher la fuite des voleurs. Trente secondes, c'est si peu et pourtant bien trop ; la mise en œuvre de seulement quelques-unes des recommandations issues des audits de 2017 et 2019 aurait suffi à combler cet intervalle de trente secondes.

Prenons du recul. Au-delà des anathèmes et de la recherche de responsabilités, le cambriolage du Louvre invite à une réflexion plus large sur la sécurité de l'ensemble de notre patrimoine. Autrement dit, la sécurité n'est pas un enjeu seulement pour les grands monuments et musées nationaux. La vétusté des équipements ne s'observe pas qu'au Louvre. Et la sécurité, ce n'est pas que le vol : il faut élargir le spectre.

Notre premier constat, c'est que la sécurité fait figure, en quelque sorte, de parent pauvre dans les choix budgétaires et les arbitrages. J'ajoute d'ailleurs que le vol n'est que l'une des quatre grandes menaces visant les musées, avec l'inondation, l'incendie et la dégradation.

Le deuxième constat concerne le vol. Le nombre de faits enregistrés dans les musées n'a pas augmenté dernièrement : on en a comptabilisé environ dix-huit par an entre 2011 et 2024. En revanche, ces actes ont tendance à être plus violents ; il faut en tenir compte.

Troisième constat : beaucoup de personnes savaient ; les fragilités et les faiblesses révélées par le cambriolage étaient connues, et pas seulement des experts. Agents d'accueil et de surveillance, conservateurs, médiateurs : tous avaient donné l'alerte. Avant d'être un enjeu technique, voire technologique, la sécurité est une question de ressources humaines. La problématique est donc liée au manque d'effectifs, à l'insuffisance des formations, aux conditions de travail et à la hiérarchie des processus et des organisations.

Quatrième et dernier constat : si le Louvre n'a pas eu les moyens de réagir à un tel vol, imaginez ce qu'il en est pour de petites institutions ! Les inégalités territoriales sont flagrantes. Les grands musées ont des moyens humains et financiers importants, mais la sécurité ne peut devenir un luxe réservé à quelques établissements prestigieux ; elle doit être garantie pour l'ensemble des musées.

Les collections et objets de grande valeur historique, affective ou vénale sont répartis partout sur notre territoire. Or de nombreux musées locaux, souvent installés dans des bâtiments anciens, parfois classés, peinent à financer des dispositifs adaptés. Le financement de la sécurité est une affaire d'État, quel que soit le statut du responsable. Et qu'en sera-t-il quand les collectivités, qui demeurent les principaux financeurs de la culture, réduiront encore leur participation du fait du gel de leurs dotations ?

Madame la ministre, cet événement a mis en lumière une absence de diagnostic, de stratégie, de moyens et de lucidité, voire une naïveté, une négligence et un déni excessifs face à un sujet qui relève de notre capacité à protéger et à respecter notre histoire et notre mémoire collectives.

Ces collections, ces lieux nous appartiennent à tous. C'est pour cela que le ministère doit pleinement s'emparer de ce sujet. Quel est le calendrier prévu pour élaborer une feuille de route nationale, concernant tous les musées, dans l'ensemble des territoires, et pour atteindre ces objectifs ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées des groupes GEST et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Béatrice Gosselin. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

Mme Béatrice Gosselin. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la sécurité dans les musées s'impose aujourd'hui comme une exigence incontournable. Pourtant, il faut le reconnaître, elle n'a pas toujours été considérée comme une priorité, en particulier dans les musées de petite ou moyenne taille, souvent implantés dans les territoires ruraux. Néanmoins, cette priorité semble également avoir fait défaut au Louvre. C'est le constat auquel nous sommes parvenus au terme de nos auditions.

Pendant longtemps, les choix budgétaires ont naturellement privilégié la conservation, la médiation ou la programmation culturelle, reléguant les investissements de sûreté au second plan. Cette situation, compréhensible au regard des contraintes locales, se heurte désormais à un contexte plus exigeant, marqué par l'augmentation des risques et par des standards de sécurité plus exigeants.

Or les collectivités propriétaires et les gestionnaires de musées sont aujourd'hui confrontés à un manque de moyens très concret. Les audits et diagnostics de sécurité se multiplient et les besoins sont clairement identifiés, mais les financements nécessaires pour passer à l'action font défaut. Sans accompagnement structuré, ces audits risquent de rester sans suite – on l'a vu dans le cas du Louvre –, alors même que les exigences pesant sur les établissements continuent de croître.

Dans ce contexte, la perspective d'un fonds de sûreté consacré à la sécurisation des musées semble constituer une piste particulièrement intéressante. Un tel dispositif permettrait de prioriser les investissements essentiels, d'aider les musées les plus fragiles à se mettre à niveau et d'assurer une meilleure égalité de traitement entre les territoires, notamment entre zones urbaines et rurales.

Madame la ministre, quelles sont les intentions du Gouvernement pour faire de la sécurité des musées une priorité pleinement assumée ? La création d'un fonds de sûreté spécifique sera-t-elle à nouveau envisagée afin de permettre aux établissements, en particulier les plus modestes, de répondre concrètement aux exigences de protection des œuvres, du personnel et du public ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe UC.)

M. Jacques Grosperrin. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à M. Adel Ziane. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

M. Adel Ziane. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, nous remercions notre collègue Agnès Evren de nous donner l'occasion de débattre ce soir de la sécurisation de nos musées. Je la soutiens dans cette démarche.

La France compte plus de 1 200 musées, fréquentés chaque année par des dizaines de millions de visiteurs. Aussi, notre patrimoine relève pleinement d'un service public culturel vivant et ancré dans nos territoires. Dès lors, protéger les musées, c'est protéger un droit fondamental : l'accès de toutes et tous à la culture. C'est à l'aune de cette exigence qu'il faut analyser les récents événements.

Le 19 octobre dernier, le cambriolage spectaculaire du Louvre a, par l'émotion qu'il a suscitée et sa médiatisation, agi comme un électrochoc. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Avant et après, d'autres établissements ont été frappés, souvent dans une indifférence relative, voire totale : le musée Cognacq-Jay et le musée du Hiéron en novembre 2024, le musée national Adrien-Dubouché à Limoges en septembre 2025, le musée du Président Jacques Chirac à Sarran en octobre dernier ou encore le Muséum national d'histoire naturelle de Paris en décembre.

M. Pierre Ouzoulias. Absolument !

M. Adel Ziane. Le préjudice cumulé se chiffre en dizaines de millions d'euros et les modes opératoires témoignent d'une violence et d'un professionnalisme croissants. Nous sommes face à une évolution récente. Hier, c'étaient les banques et les bijouteries qui étaient visées. À mesure que le niveau de protection de ces lieux a été renforcé, les cibles ont changé.

Aujourd'hui, nos musées sont concernés sur l'ensemble du territoire : ils apparaissent encore trop souvent comme des lieux plus accessibles et moins protégés, alors même qu'ils abritent des biens d'une valeur exceptionnelle.

Ainsi, le vol au Louvre ne doit pas être considéré comme un fait nouveau, isolé ou cantonné aux grands établissements. Les réseaux criminels se sont adaptés et continueront de le faire. Il n'y aura jamais de risque zéro, mais l'inaction ou l'improvisation, c'est la certitude d'un échec. La protection des musées ne peut donc se limiter à une réponse conjoncturelle à un seul événement.

De plus – c'est l'intérêt du débat de ce soir –, la sécurité des œuvres est encore largement pensée a posteriori, après la survenue d'un drame, et abandonnée à la seule responsabilité des établissements, avec des moyens très inégaux. Mme Gosselin l'a dit : cette asymétrie de traitement et de capacités des établissements, en particulier en milieu rural, les laisse seuls, démunis, face à cet enjeu. Les conséquences sont déjà visibles : faute de garanties suffisantes, certains établissements retirent leurs œuvres les plus précieuses ou renoncent à les exposer.

Or refuser de présenter des œuvres pour les protéger, cela revient à laisser la peur dicter la programmation et accepter le recul de la culture ; c'est la négation même des missions d'un musée. C'est précisément ce qu'il faut éviter : transformer les musées en bunkers et restreindre l'accès du public, au risque de voir s'installer une culture à deux vitesses, en vertu de laquelle seuls les grands établissements continueraient d'exposer pleinement.

Nous sommes réunis ce soir pour faire des propositions ; alors, que faire ?

Tout d'abord, nous devons sortir de l'improvisation et assumer une politique nationale de protection des œuvres. M. Filaire l'a suggéré : il nous faut établir une doctrine. En effet, contrairement à ce qui existe pour le risque incendie, il n'existe aujourd'hui ni règles contraignantes ni calendrier des contrôles en matière de sûreté. Il faut définir des principes communs de protection, proportionnés aux risques, organisés autour d'un objectif simple : dissuader, empêcher l'intrusion et retarder l'acte en attendant l'intervention des forces de l'ordre.

Ensuite, nous devons nous donner les moyens de ces exigences. La sécurité ne peut dépendre des seules capacités financières des musées ; ce serait une véritable injustice pour les établissements au sein des territoires. Sans soutien ciblé de l'État, les musées territoriaux resteront les plus exposés : il y va de l'égalité territoriale et culturelle. Or, dans le PLF 2026, les crédits consacrés aux musées stagnent.

Lors de l'examen des crédits de la mission "Culture", un amendement déposé par notre collègue rapporteur pour avis, Mme Drexler, visait à concrétiser le fonds de sûreté que vous aviez annoncé. Cet amendement est tombé au cours de la discussion, mais vous nous avez indiqué, madame la ministre, que le Gouvernement y était favorable.

Vous n'avez toutefois pas saisi l'occasion de déposer un amendement du Gouvernement allant en ce sens, alors qu'il aurait recueilli une majorité en séance et aurait permis d'ancrer ce fonds dans le texte budgétaire. Certes, ces 30 millions d'euros auraient été insuffisants, mais ils auraient constitué un premier signal concret.

En l'absence de traduction budgétaire, ce fonds reste, comme trop souvent, une annonce sans portée réelle, alors même que les établissements, en particulier les plus modestes, attendent des moyens effectifs pour sécuriser leurs œuvres.

Madame la ministre, la sécurité des œuvres, dans la mesure où elle conditionne la capacité de nos musées à remplir leur mission – transmettre, émanciper, rassembler –, ne peut être réduite à une séquence d'annonces sans lendemain. Nous attendons désormais des actes.

Pouvez-vous nous dire si ce fonds sera réellement doté de moyens, pérennisé et accessible à l'ensemble des musées qui en ont besoin ? Vous avez esquissé un début de réponse en évoquant un diagnostic, madame la ministre : qui sera chargé de le mettre en œuvre, notamment dans les musées qui n'en ont pas les moyens ?

Est-il possible que le Gouvernement passe d'une logique réactive à une politique structurée de prévention, de sécurité et de sûreté pour nos établissements ? (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes GEST et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Grosperrin. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Jacques Grosperrin. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je veux profiter de cette intervention pour formuler trois vœux pour l'année 2026.

Madame la ministre, vous ne serez pas étonnée que j'aborde le cas du Louvre. "Un tel événement ne peut pas rester sans conséquence ni sans action immédiate en ce qui concerne les responsabilités." Vous avez prononcé cette phrase devant la représentation nationale, le 28 octobre dernier, à la suite du cambriolage qui a eu lieu dans ce bel établissement. Toutefois, cet avertissement a-t-il été entendu ? Trois mois plus tard, nous nous interrogeons. Une suite d'événements fâcheux se sont succédé depuis lors, en particulier des inondations.

Après le vol des bijoux impériaux, la commission de la culture a entamé une série d'auditions, sous l'impulsion du président Laurent Lafon, afin d'établir la chaîne des responsabilités, mais sans succès, car aucune des personnes entendues n'assume réellement les fautes commises en interne !

Mon premier vœu est donc simple : que cessent cette tendance à se défausser de ses responsabilités, cette culture du déni et de l'excuse, cet entre-soi parisien ! Il faut en finir avec cette partie de ping-pong qui ne fait que renforcer les soupçons des Français. La sécurité du Louvre, malgré ce qui a été dit, n'a jamais été un véritable objectif pour sa direction générale. D'ailleurs, nous n'avons toujours pas compris s'il existait une direction chargée de la sûreté au sein de ce musée…

Deuxième vœu : que soient nommés des manageurs à la tête des musées, car ce métier diffère de celui de conservateur. Appuyées par l'audit qui avait été commandé en 2017 à Van Cleef & Arpels, les conclusions de l'enquête administrative sont accablantes et appellent une réelle prise de conscience.

Plusieurs dysfonctionnements structurels concernant la sûreté à l'intérieur de cet écrin, symbole de l'excellence culturelle française, sont à déplorer. Ces failles avaient toutes été identifiées par plusieurs travaux antérieurs, mais, plutôt que de s'appuyer pleinement sur ces derniers pour préparer un schéma directeur des équipements de sûreté digne d'une institution muséale comme le Louvre, la direction a préféré se défausser de toute responsabilité, en invoquant une charge de travail trop lourde, des raisons budgétaires ou la complexité du projet.

La sécurité de nos œuvres ne peut pas être à géométrie variable. Elle engage directement la protection de notre patrimoine, mais aussi la crédibilité de l'État et du ministère de tutelle, c'est-à-dire le vôtre : c'est là mon troisième vœu. Vous l'avez bien compris, car vous avez missionné Philippe Jost pour s'acquitter de cette lourde tâche. Les décisions ne peuvent reposer sur les seuls éléments esthétiques, mais elles doivent aussi porter sur les équipements de sécurité.

Je conclurai par une question, madame la ministre : si de telles vulnérabilités existent dans un si grand établissement, alors qu'en est-il dans les musées de taille moyenne situés dans des territoires ruraux, souvent confrontés à des problématiques de vieillissement du bâti et d'un manque de visibilité nationale ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Gérard Paumier. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

M. Jean-Gérard Paumier. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le vol des bijoux de la Couronne dans la galerie d'Apollon, qui nous a tous sidérés, a eu un retentissement mondial, à la hauteur de la notoriété du musée du Louvre et de l'audace des malfaiteurs.

Madame la ministre, vous avez aussitôt diligenté une enquête pour faire toute la lumière sur cet événement funeste et, à la suite des audits antérieurs – qui avaient été suivis de peu d'effets –, en tirer des enseignements rapides et concrets pour renforcer la sécurité du Louvre.

Cependant, la médiatisation exceptionnelle du vol au Louvre ne doit pas nous faire oublier que cette attaque n'est pas un fait isolé et que la protection des œuvres d'art de notre patrimoine est un enjeu national majeur : elle concerne les 1 223 musées labellisés "Musée de France".

Madame la ministre, je salue votre initiative consistant à multiplier les audits et les commissions pour évaluer les besoins de sécurité de l'ensemble des musées nationaux et territoriaux. Pour souligner l'importance que vous attachez à la question de la sécurité dans ce domaine, vous pourriez saisir leur instance supérieure, le Haut Conseil des musées de France, dont vous êtes ès qualités la présidente, de cette question majeure, qui concerne tous les établissements de notre pays. Je rappelle que le Haut Conseil peut être consulté et formuler des recommandations sur toute question relative aux musées de France ; cela fait partie de ses missions.

Le renforcement de la sécurité des musées et la protection des collections des établissements mériteraient, à mon avis, de figurer, sur votre initiative, à l'ordre du jour du Haut Conseil en 2026. Vous pourriez ainsi présenter à ses membres un rapport sur l'état de la situation dans tous les musées de France en matière de sécurité, leur soumettre, pour avis, les pistes d'amélioration que vos services proposeront et recueillir leurs éventuelles recommandations.

Madame la ministre, en tant que représentant de la Haute Assemblée au sein de cette instance, je vous le demande : comptez-vous saisir pour avis en 2026 le Haut Conseil des musées de France de la question du renforcement de la sécurité des musées de France et de leurs collections ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

M. Max Brisson. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la présidente, monsieur le président Lafon, mesdames, messieurs les sénateurs, ce débat est important, car la sécurité et la sûreté des musées représentent un enjeu culturel majeur.

Madame Evren, vous avez dressé un constat lucide et important, puis formulé des recommandations ; vous le savez, je les ai prises en compte dans les mesures que j'ai récemment annoncées et qui sont en cours de mise en œuvre. Je salue, à ce titre, leur efficacité.

Le président Lafon l'a rappelé : nous nous sommes sans doute trop attachés à la sécurité des publics, en oubliant parfois les œuvres et les bâtiments, qui font eux aussi partie de notre patrimoine.

Le vol survenu au musée du Louvre nous incite à appréhender sérieusement le sujet de la sécurité. Comme l'a souligné Mme Drexler, cet événement doit nous conduire à un sursaut.

Pour autant, M. Ouzoulias l'a dit, ce n'est pas un phénomène nouveau. Dès la fin des années 1980, la recrudescence des vols et des cambriolages d'ampleur avait conduit à la mise en place de la mission sécurité, sûreté et audit au sein du ministère, dont le responsable est présent à nos côtés ce soir. Cette mission est d'ailleurs à ce jour la seule de ce genre en Europe.

Les modes opératoires et les œuvres ciblées ont évolué. Vous évoquiez la durée spectaculaire du vol qui a eu lieu au Louvre : trois minutes et cinquante-deux secondes ! Autrefois, les cambriolages pouvaient s'étaler sur plusieurs heures. Désormais, ils se déroulent en quelques minutes et sont souvent l'œuvre de commandes. Il faut donc intégrer les nouveaux défis liés à la criminalité organisée.

Aussi, il faut adapter notre réponse. Comme l'a suggéré M. le sénateur Lafon, cela passe évidemment par un renforcement des moyens de la mission sûreté, sécurité et audit. Il est également prévu de systématiser les visites des experts de cette mission dans les musées et les monuments, et de mettre en place des visites de contrôle, dont la périodicité a été fixée à cinq ans. La réalisation des travaux liés à leurs prescriptions, par ailleurs, deviendra obligatoire.

D'autres mesures seront prises sur le fondement de la mission parlementaire confiée au député Christophe Marion, qui reprendra d'ailleurs en partie les actions liées au fonds de sûreté.

Je pense aussi au groupe de travail mis en place par la direction générale des patrimoines et de l'architecture (DGPA), dont je remercie la directrice, ici présente. Celui-ci a été mis en place au mois de novembre 2025 afin de définir un plan d'action pour améliorer la sûreté des musées.

En ce qui concerne plus particulièrement le Louvre, j'entends les remarques formulées par les différents orateurs. Pour répondre à l'urgence, dix-sept mesures sont d'ores et déjà en cours de déploiement, pour une refondation en profondeur de la politique de sûreté et de sécurité du musée du Louvre.

Je citerai notamment la mise en place d'une gouvernance spécifique, avec un coordinateur de la sûreté placé auprès de la présidence, et la création d'un comité de pilotage de sûreté associant la préfecture de police. En effet, l'enquête et les auditions sur le vol au Louvre ont révélé que la sûreté et la sécurité relevaient de missions dispersées entre presque toutes les directions. Il faut donc les recentrer à un niveau stratégique. Dans le cadre de la refonte de cette gouvernance, le coordinateur de la sûreté sera rattaché auprès de la présidence.

Nous prévoyons aussi l'installation de dispositifs anti-intrusion. La cartographie des risques, qui, jusqu'à maintenant, ne représentait pas une priorité, sera actualisée dans les semaines qui viennent. Enfin, la formation des agents au vol et à l'intrusion est désormais renforcée et deviendra obligatoire. En effet, à peine 3 % des agents étaient formés à ce type de mission.

À ce titre, la sûreté de nos musées est un enjeu global, qui doit aussi être pensé conjointement avec les organisations syndicales, que j'ai reçues et avec lesquelles j'ai travaillé. J'entends les troubles et l'émoi qui se sont exprimés à la suite de ce cambriolage spectaculaire. Je poursuis, personnellement et avec mon cabinet, ces discussions, qui se sont toujours déroulées en bonne intelligence. Les remarques, préconisations et observations qui nous ont été remontées sont tout à fait pertinentes.

Pour ce qui concerne les dysfonctionnements et la question de la responsabilité, madame Evren, ma priorité a été, dans un premier temps, de préserver la stabilité de l'établissement, son fonctionnement et sa capacité à accueillir le public dans de bonnes conditions. Cette année encore, le musée a d'ailleurs battu un record de fréquentation. Pour autant, cela ne veut pas dire que la question de la responsabilité ne doit pas se poser et elle se posera.

Le cambriolage a aussi mis en lumière les enjeux d'organisation de nos établissements publics. Je le répète : si le ministère exerce la tutelle sur ces établissements, ceux-ci bénéficient d'une autonomie, propice à leur agilité. Néanmoins, au cours des dernières années, cette autonomie légitime a parfois pu glisser vers une forme d'indépendance, ce qu'elle ne doit pas être ; l'autonomie ne constitue pas une exemption de rendre des comptes. Des dysfonctionnements, des défaillances ou des demandes particulières sont parfois signalés sans avoir d'effets, et les principales demandes adressées à la tutelle sont principalement d'ordre budgétaire.

La question du statut des dirigeants d'établissement a également été évoquée. Dans certains établissements, comme le Louvre, les dirigeants doivent avoir la qualité de conservateur général ; dans d'autres, comme le château de Versailles, ce n'est pas le cas. Le statut est propre à chaque établissement.

Néanmoins, je suis favorable à ce que nous revoyions la gouvernance des établissements publics de l'État pour renforcer et mettre au bon niveau la sécurité et la sûreté. À cet effet, je propose notamment que l'on adosse la prise en compte de la sécurité et de la sûreté à la part variable de la rémunération des dirigeants. Je souhaite enfin que l'on inscrive cette mesure dans la convention d'objectifs.

Plus largement, certains d'entre vous ont évoqué les inégalités territoriales en matière de sûreté et de sécurité.

En réponse à vos interrogations, monsieur le sénateur Adel Ziane, je vous indique que Laurent Nuñez et moi-avons conjointement donné l'instruction aux préfets de dresser un état des lieux des dispositifs déjà déployés autour des établissements culturels et, le cas échéant, de renforcer sans délai les mesures de sécurité.

Nous allons poursuivre en mettant en œuvre le fonds de sûreté, que je continuerai de défendre lors des débats budgétaires, et en renforçant ses missions. Je rappelle à cet égard, comme vous l'avez fait, qu'un vote a empêché sa création…

En matière de sûreté, l'État est aux côtés des collectivités et leur apporte des conseils, notamment via les Drac et la mission sécurité, sûreté et d'audit (Missa). Cette mission est d'autant plus importante que j'ai considérablement rehaussé notre ambition en matière de circulation de nos œuvres et de prêts aux musées territoriaux.

Avant tout prêt ou tout dépôt – je réponds, là aussi, à votre question, monsieur le sénateur –, les experts de la mission se rendent sur place pour constater les conditions de sûreté et de préservation. Je souhaite désormais que ces prêts ou ces dépôts soient conditionnés à la mise en œuvre effective de mesures de sécurisation si celles-ci sont nécessaires.

À cet égard, je tiens à saluer les élus et les musées qui, partout dans nos territoires, œuvrent avec la plus grande ambition à la sécurité des œuvres placées sous leur responsabilité. Dans de nombreux cas, ils exercent leurs missions en prenant en compte les contraintes patrimoniales des musées. En effet, nos musées s'intègrent aussi dans leur environnement extérieur, c'est-à-dire dans les villes et les villages où ils sont situés.

En ce qui concerne le Louvre, j'ajoute, sans aucune intention polémique, que la Ville de Paris est coresponsable de la sécurisation du site et de ses abords.

Tels sont, mesdames, messieurs les sénateurs, les aspects que ce débat nous a permis d'éclairer. (MM. François Patriat, Laurent Lafon, Guillaume Chevrollier et Mme Agnès Evren applaudissent.)


source https://www.senat.fr, le 4 février 2026