Texte intégral
APOLLINE DE MALHERBE
Très bon réveil et très belle journée à tous. Il est 7 h 41 à la radio sur RMC, à la télé sur RMC Story. Nombre d'étudiants qui explosent et budget insuffisant : les universités disent être au bord de la faillite. Bonjour Philippe BAPTISTE.
PHILIPPE BAPTISTE
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre, le ministre chargé des Universités puisque vous êtes chargé de l'Enseignement supérieur. Voilà le tableau qu'ils nous font : des amphis surchargés, des travaux dirigés avec parfois près de cinquante étudiants, des salles sans chauffage. Je voudrais que vous écoutiez les mots du président de l'université de Rouen-Normandie, Franck LE DERF. Il est interrogé par la cheffe du service Société de RMC, Bérangère BOUQUILLON. Écoutez ce qu'il dit de sa faculté.
FRANCK LE DERF, PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ DE ROUEN-NORMANDIE
Au mois de septembre, oui, j'ai réduit à peu près de 700 places le nombre de places en première année. On va réduire considérablement le nombre de travaux dirigés. On n'ouvre pas aussi des formations à faibles effectifs. Je réduis aussi mes recrutements. Ma campagne d'emploi va être diminuée par trois cette année. Et malgré ça, j'ai un déficit de onze millions d'euros.
APOLLINE DE MALHERBE
Les universités qui commencent l'année avec un budget déjà en déficit…
PHILIPPE BAPTISTE
Alors, je ne vais pas commenter spécifiquement la situation de l'Université de Rouen. Ce que je peux vous dire, c'est que globalement, le nombre de places aujourd'hui qui sont disponibles sur Parcoursup - parce que les jeunes, les bacheliers qui préparent leur baccalauréat… le nombre de places est stable globalement en France. Il peut y avoir des endroits où ça baisse, des endroits où ça monte. Mais globalement, il y a une stabilité complète. Il y a 25 000 formations qui sont disponibles. Et je rappelle que l'an dernier - juste peut-être un tout petit peu pour rassurer, pour qu'il n'y ait pas un message qui soit excessivement anxiogène vers les bacheliers, enfin les futurs bacheliers, pardon - l'an dernier, à la fin de la campagne Parcoursup, il y avait une trentaine de jeunes pour lesquels on avait une difficulté. On n'arrivait pas à trouver une place.
APOLLINE DE MALHERBE
Une trentaine de jeunes sur tout Parcoursup ?
PHILIPPE BAPTISTE
Une trentaine de jeunes sur un million au début qui étaient sur la plateforme. Donc, je voudrais rassurer tout le monde. Tous ceux qui veulent suivre des études supérieures demain vont trouver des places. Maintenant, après, sur la situation budgétaire globale des universités, je voudrais dire d'abord que c'est une terre de contrastes. Il y a des établissements qui vont très bien. Il y a beaucoup de formations qui ont de très bonnes dynamiques. On a des formations qui sont quand même d'excellence. On a des universités, des grandes écoles, des BTS, des IUT qui fonctionnent très, très bien. Des jeunes qui sortent, ils sont embauchés, ils trouvent de l'emploi. Un certain nombre de filières sont hyper attractives dans le monde entier. Je voudrais un tout petit peu relativiser le discours. Maintenant, qu'à tel endroit ou à tel autre, on ait des difficultés, oui, c'est vrai, absolument. Que des formations ferment, mais c'est bien normal.
APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne vous choque pas, ça ? Ça vous paraît en fait la vie de la recherche ?
PHILIPPE BAPTISTE
Il y en a qui ferment, il y en a qui ouvrent. Après, la question c'est : est-ce que par exemple au niveau master, on a besoin d'autant de différents types de masters partout dans le monde, de parcours de master ? On en a des centaines, il y en a qui contiennent cinq, six, dix étudiants. Est-ce qu'on a besoin de tous les garder ? Est-ce qu'il y en a certains qu'il ne faut pas regrouper - non pas les fermer ?
APOLLINE DE MALHERBE
Mais parce que certains deviennent aussi obsolètes, peut-être, par rapport à la vie professionnelle ?
PHILIPPE BAPTISTE
Je pense que c'est des questions… mais c'est comme dans tous les secteurs. Je veux dire, c'est normal qu'on se pose ces questions-là. C'est normal qu'il y ait une dynamique. C'est la liberté académique des universités qui doit vivre cette liberté avec les contraintes qui sont les contraintes du budget. Je voudrais juste rappeler quand même un chiffre. Globalement, mon ministère aujourd'hui, c'est 32 milliards d'euros. C'est la quatrième dépense de l'État. L'État investit pour les jeunes, investit pour la recherche. Et dans les dernières discussions budgétaires, vous le savez, on a trouvé 350 millions d'euros de plus par rapport au budget de l'année passée.
APOLLINE DE MALHERBE
Alors on va y revenir, mais il y a aussi cette question, vous dites : "Est-ce qu'il y a certaines filières qui doivent aussi être fermées, d'autres ouvertes ?" Il y a aussi cette question quand même de l'accueil, du modèle même de l'université. Vous le dites, tous ceux qui veulent aller à l'université pourront aller à l'université, mais il y a un très fort taux d'échec en licence. Est-ce que la sélection - alors c'est un très gros mot pour les universités - mais doit être revue ?
PHILIPPE BAPTISTE
Il y a un sujet qui est évidemment compliqué en soi. Le modèle aujourd'hui en France, c'est de dire que vous avez le baccalauréat, quelque part vous avez le droit à une place, et c'est bien ça qu'on met en œuvre. La difficulté c'est quoi ? C'est que la massification, elle s'est faite essentiellement à la fois dans les universités, à la fois par une explosion démographique - c'est-à-dire beaucoup plus de jeunes qui arrivent en tranche d'âge - et puis en même temps aussi des taux de succès au baccalauréat qui ont pris dix points en quinze ans. Donc ça veut dire qu'aujourd'hui, bac général 97,7 %.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui, tout le monde l'a désormais.
PHILIPPE BAPTISTE
Et donc on a une vraie difficulté aujourd'hui, parce que nos universités à la fois ont développé des parcours d'excellence où il y a de très, très bons élèves, et puis d'autres qui sont en très grande fragilité, et donc c'est compliqué, c'est tendu. La question derrière… mon problème, ce n'est pas tellement la question théorique, c'est juste qu'aujourd'hui, on promet à des jeunes, aujourd'hui, un accès à l'université qu'on donne, mais qui ne mène parfois à rien, parce qu'ils n'ont pas le bagage initial.
APOLLINE DE MALHERBE
Et parce qu'ils vont se retrouver parfois en difficulté pour passer dans les années supérieures. Yacine est avec nous au 32 16, qui nous appelle de Vigneux-sur-Seine, dans l'Essonne. Bonjour Yacine.
YACINE, ÉTUDIANT EN MASTER 2 EN DROIT DES AFFAIRES, DONC À L'UPEC DE CRETEIL
Bonjour, bonjour à toutes et à tous.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes vous-même étudiant, c'est ça ? Racontez-nous.
YACINE
Tout à fait. Écoutez, je suis étudiant en Master 2 en droit des affaires, donc à l'UPEC de Créteil. Donc quand j'entends - excusez-moi, avec tout le respect que j'ai pour vous, monsieur - quand je vous entends dire que, entre guillemets - excusez-moi de grossir le trait - tout va bien, entre guillemets, ça me fait doucement rire. Vous savez, j'ai commencé, il y a quatre ans et demi maintenant, les études en licence en première année. On était, je pense, peut-être - allez, je vais vous grossir la chose - peut-être 700 dans un amphithéâtre. J'étais dehors, je ne pouvais même pas rentrer à l'intérieur. Là, désormais, on est un peu moins, donc c'est beaucoup plus facile. Et quand vous voyez les conditions dans lesquelles travaillent les professeurs, on voit qu'ils n'ont même plus envie de nous faire apprendre, c'est de plus en plus compliqué. Quand je vois les jeunes qui postulent via Parcoursup, qui malheureusement se font rejeter - parce que je l'ai été malheureusement - c'est de plus en plus compliqué. Et je pense que ce n'est même plus une question… La question n'est plus seulement de savoir combien de places est-ce qu'on peut avoir justement dans les facs, etc. Mais c'est même au niveau de la qualité de l'enseignement qui n'est plus du tout ce qu'elle était. Moi, je revois ce que j'ai pu voir au début en licence ou même pour mes premières années, etc. Ça n'a rien à voir avec ce que j'apprends maintenant. Vous voyez l'UPEC de Créteil, si un jour vous avez l'occasion de vous y rendre, je vous y inviterai vraiment volontiers. C'est vraiment dans un état de délabrement, j'emploie le terme, vraiment incroyable.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais aujourd'hui, vous avez quand même le sentiment, au-delà de la question des amphis surchargés, que la qualité de l'enseignement… parce que vous êtes déjà très avancé en Master 2, est-ce que la qualité de l'enseignement quand même vous satisfait ?
YACINE
Pas du tout, pas du tout. Je vous le dis très concrètement. Et en plus, j'ai cette chance-là d'être socialement parlant, assez proche des formateurs avec qui je peux être amené à échanger régulièrement.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous vous impliquez, quoi ?
YACINE
Oui, je m'implique parce que j'ai envie de réussir, j'ai envie d'apprendre. Et vous voyez ce qu'eux vous disent, justement de leurs conditions de travail, et puis même des relations qu'ils ont avec leurs collègues. Il y en a quelques-uns, je vous dis honnêtement, si ce n'était pas pour nous, ils ne seraient plus là depuis bien longtemps. Ils en souffrent vraiment.
APOLLINE DE MALHERBE
Ils en souffrent eux aussi. Yacine, je voudrais que le ministre puisse vous répondre.
PHILIPPE BAPTISTE
D'abord, merci de l'invitation, mais il se trouve que je vais régulièrement dans les universités, donc j'étais à l'UPEC il y a quelques mois justement, donc j'ai eu le plaisir déjà de venir. Moi, ce que je voudrais dire, c'est que j'ai vu des enseignants qui étaient des enseignants hyper motivés, qui étaient dédiés et qui consacraient leur vie professionnelle…
APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est ce que dit Yacine, mais il dit qu'en même temps ils ont des conditions terribles.
PHILIPPE BAPTISTE
Et la qualité de l'enseignement, elle est forte. Après, c'est une université qui fait un gros effort, qui a un bassin de recrutement sur un endroit où il y a une très grande diversité sociale, qui justement fait l'effort d'amener tout le monde et d'emmener tout le monde vers la réussite. Et moi, je voudrais saluer leur travail. Que votre auditeur ne soit pas content peut-être…
APOLLINE DE MALHERBE
Il y a un problème de gestion des universités ? L'idée d'avoir donné une sorte d'autonomie de gestion des universités… Est-ce que, puisque vous parlez de cette diversité aussi au sein des universités où certaines vont bien, d'autres mal, est-ce qu'il y a un problème aussi de responsabilité des universités elles-mêmes dans leur gestion du budget ?
PHILIPPE BAPTISTE
Alors, je pense que… évidemment, on a 70 universités et aussi 200 écoles - écoles d'ingénieurs, des écoles de commerce, etc. Et ces établissements, ils ont une forme d'autonomie. Donc, effectivement, la manière dont ils sont gérés à la fin, individuellement, ça a un impact sur le moyen, sur le long terme, puisqu'ils bénéficient d'une très, très grande autonomie. Ça n'a - juste pour que vos auditeurs aient bien conscience - ça n'a rien à voir avec un lycée où les choses sont organisées.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous leur donnez l'enveloppe et eux, ils s'en débrouillent.
PHILIPPE BAPTISTE
Exactement. C'est eux qui décident. C'est eux qui décident de leur carte de formation, qui investissent, qui décident du nombre de formations, des recrutements. Donc, c'est une forme d'autonomie. Après, il y a le budget que nous, on donne évidemment, le budget qu'ils vont aller chercher aussi à l'extérieur à travers des appels d'offres, etc. On va discuter de tous ces sujets-là. Tous ces sujets-là, on va les ouvrir. Il va y avoir des assises. Il y a des assises, en ce moment, qui ont commencé, des assises de financement de l'enseignement supérieur et de financement des universités. Il faut qu'on travaille sur ces questions-là.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que la question de l'autonomie pourrait même être mise en cause ?
PHILIPPE BAPTISTE
L'autonomie, non. Parce que l'autonomie, moi, je crois fondamentalement au fait que derrière le mot d'autonomie, il y a les libertés académiques. Il y a le fait que, quelque part, ce n'est pas un Gouvernement qui décide directement de ce que fait telle ou telle université. Et ça, c'est fondamental en termes de libertés publiques. Par contre, après, la question, effectivement, de la manière de la gestion des universités, la gouvernance, etc.
APOLLINE DE MALHERBE
La gestion, j'allais dire presque comptable et gouvernance. Une autre question, juste avant de vous laisser partir, Monsieur le Ministre, sur le repas à un euro. Quand on voit que la situation est, en tout cas dans certaines universités, déjà très tendue, cette promesse du repas à un euro pour tous les étudiants, ceux qui en ont vraiment besoin et ceux qui en ont moins besoin, est-ce que ce n'est pas une folie ?
PHILIPPE BAPTISTE
Alors, d'abord, ça ne va pas impacter directement l'université en tant que telle. C'est vraiment un sujet pour les restaurants universitaires, les CROUS, qui sont…. Donc, bien sûr, on va les accompagner. Il y a une mesure, c'est un coût budgétaire, évidemment, derrière, qui a un coût significatif. C'est à peu près 80 millions d'euros par an qu'on va mettre en plus pour contribuer, pour rendre cette mesure possible. Ça va être une grosse charge de travail aussi, en plus, pour les restaurants universitaires, pour les personnels des CROUS. On les accompagnera. Maintenant, après, c'est aussi un budget de compromis, ce qu'on a fait. Comme vous le savez, ce n'était pas une mesure que moi, je poussais beaucoup, mais c'était une mesure qui était très importante pour le Parti Socialiste. Donc, c'est une discussion qu'on a eue. Et effectivement, c'est une mesure qui va bénéficier globalement aux étudiants. Moi, la petite difficulté que j'avais, c'est que je me disais qu'en fait, elle ne va peut-être pas se focaliser exclusivement sur les étudiants qui en ont le plus besoin. Donc, ça, c'était peut-être une petite difficulté. Mais on va le faire. On va le faire dès le mois de mai. On va le faire efficacement. Le repas sera à un euro pour tout le monde. Et on accompagnera les CROUS pour que ça fonctionne.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2026