Texte intégral
FABIO MARLETTA
Sébastien MARTIN, bonjour. Vous êtes le ministre délégué chargé de l'Industrie. Merci d'avoir accepté notre invitation dans " Bonjour Marseille " ce matin. Vous êtes en déplacement dans notre département cette semaine. Vous serez, ce matin, chez AIRBUS HELICOPTERS à Marignane d'ailleurs, entreprise spécialisée dans la fabrication d'hélicoptères civils et militaires. Vous venez lancer le chantier d'un nouveau bâtiment. Il doit permettre à AIRBUS HELICOPTERS de moderniser son outil industriel. Votre présence là-bas permet de dire que les Bouches-du-Rhône, c'est un site clé sur le sujet de l'industrie militaire ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui bien sûr, les Bouches-du-Rhône sont un département qui a un fort enjeu industriel, au sens large du terme, parce qu'il y a beaucoup de projets, y compris sur le port de Fos. J'étais, hier, avec les industries du maritime. Tout à l'heure effectivement on ira chez AIRBUS. Donc effectivement, c'est un département qui a créé l'emploi industriel d'ailleurs et qui a des belles perspectives en matière d'emploi industriel.
FABIO MARLETTA
Pour être exact avec le plan France 2030, 34 millions d'Euros vont être alloués au développement d'AIRBUS HELICOPTERS. Est-ce que ce sont aussi des fonds qui vont bénéficier aux autres entreprises, aux salariés des Bouches-du-Rhône ?
SEBASTIEN MARTIN
Bien sûr, parce qu'on sait qu'autour d'AIRBUS HELICOPTERS, il y a un nombre très, très important de sous-traitants. On sait qu'on va aussi signer avec les collectivités locales une espèce d'engagement autour de la filière de l'hélicoptère qui prévoit quand même plus de 5 000 emplois créés d'ici dix ans, donc il y a forcément des retombées. Tout simplement, quand AIRBUS construit un nouveau bâtiment, ça fait travailler aussi beaucoup de monde dans le secteur du bâtiment, et puis la sous-traitance, le transport, ça a un impact.
FABIO MARLETTA
Vous avez des exemples concrets peut-être d'entreprises que ça va aider au niveau emploi ?
SEBASTIEN MARTIN
Je n'ai pas le nom précis forcément d'entreprise, mais je disais forcément le bâtiment par exemple va être impacté, puisqu'il faut construire de nouveaux bâtiments. Et puis vous avez toute la sous-traitance. Je veux dire qu'AIRBUS HELICOPTERS ne fabrique pas toutes ses pièces sur son site ici, il fait fonctionner un réseau de sous-traitants. Et donc tous ces gens-là forcément vont avoir leur carnet de commandes qui va continuer à croître.
FABIO MARLETTA
On disait site clé tout à l'heure pour l'industrie militaire, les Bouches-du-Rhône. Est-ce qu'il faut même en faire le site numéro un, le site majeur ?
SEBASTIEN MARTIN
Écoutez, il a des avantages, notamment ce grand port maritime qui a des avantages certains. Cette ouverture sur le bassin méditerranéen en est un aussi. Mais moi je suis ministre de l'Industrie pas que des Bouches-du-Rhône. Les Bouches-du-Rhône sont un département important qui s'ouvre aussi sur toute la moitié sud de la France, et qui par de là même, avec les compétences dont il dispose, peut proposer surtout aux jeunes… Je veux dire aux jeunes, de s'engager dans les filières techniques, dans les filières industrielles. On a la chance d'avoir des belles entreprises comme AIRBUS, mais pas que. Il y a un chantier naval aussi dont le chiffre d'affaires a été multiplié ces dernières années par quatre ou cinq. Donc il y a des belles entreprises, des filières techniques qui recrutent et avec des salaires qui sont souvent intéressants.
FABIO MARLETTA
Et en Provence, bien sûr…
SEBASTIEN MARTIN
Et en Provence, sur place, sans avoir à bouger.
FABIO MARLETTA
On a la technologie, on a la main d'oeuvre. Il faut que les jeunes s'impliquent plus dans l'industrie locale ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui, oui, je crois. Et d'ailleurs, il y a un travail qui est fait aussi avec les services de l'éducation nationale. Il y a un travail qui est fait ici tout particulièrement dans ce département avec la préfecture. Et j'étais accompagné, encore ce matin, de la préfète qui est chargée de la politique de la ville, il y a des actions emplois qui sont menées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, y compris vers les métiers de l'industrie, qui sont des beaux métiers.
FABIO MARLETTA
Est-ce qu'il n'y a pas aussi une " mauvaise image"» de l'industrie ? Est-ce que parfois ce n'est pas trop technique et nos jeunes ont l'impression d'être... c'est un peu flou, un peu loin de... Comment on les motive justement ?
SEBASTIEN MARTIN
On a à faire une reconquête des esprits en matière d'industrie dans ce pays. Pendant des années et des années, on a dit que la France pouvait être un pays sans usines et qu'après tout, on vivrait très bien qu'avec des services, avec de la communication, avec du marketing, avec de la vente. Mais on voit bien qu'il faut produire. On s'en est rendu compte au moment du Covid, on n'était plus capable de faire des masques, alors qu'en fait, on est une grande puissance industrielle. Tout à l'heure, on va avoir des hélicoptères. J'ai vu, hier, des planeurs sous-marins. On sait faire des avions, on sait faire des automobiles, on sait faire des centrales nucléaires, on sait faire plein de choses dans ce pays. Et donc, il faut redonner goût à ces métiers et je pense qu'il y a un travail qui est engagé, notamment avec l'éducation nationale, qui est très utile.
FABIO MARLETTA
Vous parliez des sous-marins. Justement, le département des Bouches-du-Rhône a aussi une influence majeure dans l'industrie maritime. Hier, vous avez participé au salon Euromaritime au parc Chanot, c'est un grand rendez-vous sur les métiers du maritime à Marseille. Votre présence aussi, elle permet de dire, ça c'est un des points forts du département des Bouches-du-Rhône.
SEBASTIEN MARTIN
Bien sûr, c'est un des points forts pour le département des Bouches-du-Rhône. La filière de l'industrie maritime, c'est quand même 100 000 emplois, alors quand on met avec les énergies renouvelables, mais je sais qu'ici à Marseille, les éoliennes en mer, c'est quand même un sujet important. Il y a un chantier naval ici à Marseille. Et puis on a annoncé un appel à projets pour accompagner la décarbonation de l'industrie maritime avec 70 millions d'Euros qui sont mis sur la table pour accompagner des projets de moteurs beaucoup plus propres, d'électrification, de la filière de la voile aussi qui sont des filières d'avenir pour notre pays.
FABIO MARLETTA
Vous parliez d'éoliennes en mer, ça me fait penser à cette entreprise qui a été récompensée d'ailleurs au salon Euromaritime, cette entreprise marseillaise SeaCAT qui crée des drones capables d'inspecter les éoliennes en mer. C'est la preuve qu'il y a de vrais entrepreneurs capables de faire évoluer l'industrie maritime française ici chez nous.
SEBASTIEN MARTIN
Oui et d'ailleurs on veut les encourager. On veut les encourager parce que le Gouvernement français défend aujourd'hui l'idée de mettre de plus en plus des critères de production locale dans les produits qui peuvent faire appel à de la commande publique. En gros, dès lors qu'il y a des subventions, il faut qu'en face il y ait une part de contenu local, c'est-à-dire que ce soit du Made in France ou du Made in Europe. Et donc cette entreprise comme d'autres, dès lors qu'elles vont faire appel à de la commande publique, elles seront mieux favorisées que des entreprises qui font du Made in China.
FABIO MARLETTA
Quand on parle d'industrialisation dans les Bouches-du-Rhône aussi, Sébastien MARTIN, on pense industrie verte avec notamment tout ce qui est transport, décarbonation, la zone Marseille Fos, la commune de Berre-l'Étang aussi, quel est le plan de l'État sur ce sujet, cette industrie dans les Bouches-du-Rhône ? C'est un point important de notre département aussi, plus que majeur.
SEBASTIEN MARTIN
Tout à fait, vous savez qu'il y a un plan partenarial d'aménagement, c'est-à-dire entre l'État et les collectivités locales pour accompagner finalement le développement de cette base industrialo-portuaire de Fos. Le préfet a annoncé hier qu'il y avait encore une grosse centaine de millions d'investissements qui peuvent se faire dans des infrastructures, dans des établissements de santé qui accompagnent tout ce développement parce que c'est une vraie opportunité. On a du foncier, du foncier industriel, du foncier qui est prêt à être aménagé. Il y a un certain nombre de projets d'ailleurs qui vont arriver sur Fos comme H4, par exemple, ou MARCEGAGLIA. Donc il se passe des choses et l'État est là pour accompagner.
FABIO MARLETTA
On parle d'industrie maritime, militaire, industrie verte, ça ce sont les points forts des Bouches-du-Rhône. Est-ce qu'il y a des points plus faibles, peut-être des domaines où on doit aller plus loin, qu'on doit mettre plus en avant, qu'on doit mieux accompagner, chez nous en Provence évidemment ?
SEBASTIEN MARTIN
Bien sûr. Ecoutez, on a ici des filières fortes, on en a parlé avec l'Aéronautique, mais on a aussi des filières en ce moment autour de la chimie qui peuvent rencontrer plus de difficultés, mais ça c'est au niveau national et même européen. Si vous voulez, au niveau national, on voit bien qu'il y a deux, trois filières aujourd'hui qui rencontrent des difficultés, qui vont être la chimie, la sidérurgie et l'automobile.
FABIO MARLETTA
Et c'est le cas aussi chez nous dans les Bouches-du-Rhône.
SEBASTIEN MARTIN
Et ça peut être le cas aussi ici, chez vous, dans l'automobile. Mais bien évidemment, l'État est aux côtés de ces filières industrielles et j'aurai l'occasion d'ailleurs d'ici l'été de rappeler un certain nombre de choses.
FABIO MARLETTA
Comment on implique les jeunes, les entrepreneurs dans ces domaines-là ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
SEBASTIEN MARTIN
Moi, je compte beaucoup sur le monde de l'entreprise. Bien sûr, l'État peut être là pour impulser. Mais hier soir, j'ai dîné avec un certain nombre de chefs d'entreprise à la fois de la région, mais pas qu'eux, qui étaient présents pour le Salon du Maritime. Et il y a une vraie volonté de la part des chefs d'entreprise de mieux faire connaître leur métier, de mieux faire connaître leur savoir-faire, parce qu'effectivement, ils ont besoin d'avoir des jeunes qui s'impliquent et qui viennent dans leurs filières. Et je trouve qu'il y a des choses remarquables qui sont faites, notamment par les organisations professionnelles. Par exemple, l'UIMM, ici, dans les Bouches-du-Rhône, est très présente et mène beaucoup d'actions en direction des jeunes.
FABIO MARLETTA
Un dernier point important, Sébastien MARTIN, rapidement, sur les inégalités territoriales. C'est très marqué ici, dans les Bouches-du-Rhône, en termes d'industrie entre Marseille, par exemple, et des zones plus rurales. Comment est-ce que vous travaillez pour équilibrer les investissements entre Marseille, les communes plus rurales, les autres communes qui entourent notre ville ?
SEBASTIEN MARTIN
Vous savez, hier, quand je suis allé visiter cette usine qui fait des planeurs sous-marins, on n'était pas à Marseille. On était à Rousses. Voilà, on était dans la région d'Aix-en-Provence. Et donc, il y a une magnifique zone industrielle aussi là-bas. Il n'y a pas que sur Marseille, mais c'est vrai que cette zone industrialo-portuaire, elle est à l'image de ce qui est à Dunkerque ou de ce qui est au Havre. Ce sont quand même des choix qui ont été faits dans les années 60, d'avoir de gros équipements capables d'accueillir des industries. Mais vous savez, après, ça irrigue tout autour. On monte jusqu'à l'étang de Berre et on monte encore plus haut dans le département. Donc, l'industrie, elle a cette force, c'est qu'elle est présente aussi dans les territoires dits de taille intermédiaire.
FABIO MARLETTA
Rapidement, que vous disent les entrepreneurs provençaux que vous avez rencontrés là entre hier et que vous allez rencontrer tout à l'heure aussi ? Dans quel état d'esprit ils sont ?
SEBASTIEN MARTIN
Ils sont plutôt combatifs, inquiets de la tournure que prend le monde parce que l'instabilité internationale, les menaces successives de droits de douane, de conflits, honnêtement, ne participent pas à un climat serein. Mais dans le même temps, j'ai vu des gens qui continuent à investir. D'ailleurs, le niveau d'investissement est assez record en 2025 en France.
FABIO MARLETTA
Chez nous aussi, est-ce que vous le savez ?
SEBASTIEN MARTIN
Y compris ici, dans ce département. Donc, c'est assez paradoxal parce qu'on a un flux médiatique qui est assez négatif et en même temps, on a beaucoup de chefs d'entreprise qui ont envie de continuer à avancer.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2026