Texte intégral
Cher M. le Président Emmanuel Cugny,
Cher M. le ministre Sébastien Martin,
Chers Journalistes,
Nous sommes souvent, vous et moi, chacun d'un côté du spectre.
Vous observez, vous interrogez, vous analysez. Nous décidons, nous arbitrons, nous assumons.
Nous partageons le même intérêt pour la politique et l'économie, mais nous les abordons chacun depuis notre place, avec nos rôles, nos contraintes, nos responsabilités.
Et pourtant, tout au long de l'année, nous nous croisons, nous dialoguons, parfois nous nous confrontons — toujours avec une même exigence.
Pour toutes ces raisons, et bien d'autres, ce moment était particulièrement important pour moi.
Je veux donc d'abord remercier Emmanuel Cugny, président de l'AJEF de rendre possible ce moment un peu à part. Un moment à la fois formel, parce qu'il permet d'exprimer une vision, une ligne, des convictions. Et informel aussi, parce qu'il offre l'occasion d'échanger autrement, et de prendre un peu de recul.
Ces voeux ont pour moi une résonance particulière. Je suis fils de journaliste. J'ai grandi en voyant mon père rentrer tard, finir ses papiers à pas d'heure, relire, réécrire, vérifier encore. J'ai vu ce que ce métier exige : du temps, de l'énergie, de l'engagement. Alors je veux évidemment vous souhaiter une très bonne année à vous, mais aussi à vos familles, qui sont souvent les premiers soutiens, les soutiens indispensables, de votre travail quotidien.
Ces voeux s'inscrivent aussi dans un moment singulier. Un moment de bouleversements profonds du monde, de tensions géopolitiques, de fragmentation des repères, de guerre informationnelle. Dans ce contexte, votre rôle n'a jamais été aussi essentiel.
Les réseaux sociaux ont profondément transformé l'accès à l'information, sa diffusion, sa vitesse, parfois au détriment de sa véracité. Et pourtant, vous continuez, chaque jour, à informer, à enquêter, à contextualiser, à objectiver.
Le monde économique n'est pas épargné. Il est lui aussi exposé aux fausses informations, aux demi-vérités, aux rumeurs, qui peuvent avoir des conséquences très concrètes sur les marchés, les cours de bourse, les entreprises, l'emploi.
Dans un monde qui perd parfois ses repères, votre responsabilité est donc immense. Comme la mienne, d'une autre manière. La vôtre comme la nôtre consiste à tenir une ligne : celle de la vérité, de la rigueur, de l'objectivité. C'est une exigence démocratique. C'est aussi, plus que jamais, une nécessité collective.
Dans cette période donc, il était fondamental de vous dire ce que je souhaite, et ce que nous souhaitons avec Anne le Henanff et Sébastien Martin, construire, créer, accomplir. Parce que dire que l'année sera " utile ", ça ne veut rien dire, si on y met une vision, des actions, une méthode et des exemples. Comme vous aimez tant à nous le demander.
Nous n'avons jamais été aussi proche de l'adoption d'un budget ! Enfin, pour vous, comme pour nous, comme pour la France !
Ce budget va nous permettre de nous consacrer à la projection de l'économie française dans l'avenir. Et j'espère à concentrer votre attention sur d'autres sujets, dans un monde qui bouge et qui ne nous a pas attendu. Les marchés semblent avoir salué ce budget au regard de la baisse des spreads avec l'Allemagne.
L'ordre mondial tel que nous le connaissons depuis 1945 risque de basculer.
Ce qui est en jeu pour la France et pour l'Europe, c'est un combat pour notre indépendance.
Pour le gagner, nous n'hésiterons pas à utiliser toutes les armes à notre disposition.
- Nous l'avons déjà fait : sur les petits colis, la préférence européenne, la régulation du numérique.
- Nous sommes prêts à le faire contre toute forme de coercition.
Pour cette année, je me fixe trois priorités : 1) construire la puissance de demain ; 2) renforcer notre indépendance ; et 3) maintenir l'ordre et la sécurité économique et numérique.
Nous avons dans ce ministère les leviers nécessaires pour y travailler.
1. L'énergie
Je le redis, mon obsession, c'est de bâtir la puissance énergétique de la France.
Donald Trump ne s'y est pas trompé : il a mis l'indépendance énergétique des Etats-Unis au coeur de son mandat. Nous aussi, mais sur un autre type d'énergie.
L'énergie, c'est la mère des batailles : c'est une des conditions de notre indépendance notamment vis-à-vis des puissances pétrolières et gazières, de la décarbonation de notre appareil industriel et du renforcement de notre souveraineté numérique.
Pour cela, 2 axes :
- Produire plus : construire de nouveaux réacteurs nucléaires, accroître nos capacités en amont et en aval du cycle nucléaire, et déployer des parcs éoliens en mer.
- Électrifier plus : les usages, et l'ensemble des activités économiques. Nous engagerons un plan
d'électrification dans tous les secteurs.
Nous devons faire ce que nos prédécesseurs ont fait après les deux chocs pétroliers dans les années 1970 : lancer ces grands chantiers énergétiques pour conserver notre avantage en la matière, avec une énergie décarbonée, pilotable et moins chère que nos voisins.
[2. Industrie]
La puissance énergétique doit servir notre industrie.
Soutenir nos entreprises en difficulté ne suffit pas. Nous devons construire notre croissance future sur les technologies de pointe.
Nous devons sécuriser nos chaînes de valeur. L'accès aux minerais critiques est vital. Je présenterai avec Sébastien Martin un plan national de souveraineté sur l'accès aux terres rares. Ce sera une priorité du G7 Finances avec la création d'un club de pays partenaires.
Construire notre puissance, c'est aussi protéger nos entreprises de la concurrence déloyale via les instruments de défense commerciale et la préférence européenne. Sur ce point, Nous avons gagné la bataille des idées et des mots. Cette année, nous gagnerons la bataille des actes.
Nous favoriserons l'investissement français et étranger. Nous organiserons à nouveau Choose France et Choose France édition France. Nous resterons exigeants sur la conformité à nos intérêts nationaux.
A ce stade, je souhaite faire un point sur notre doctrine d'analyse des investissements étrangers en France, souvent mal comprise et trop souvent instrumentalisée. Ma doctrine est claire : protéger nos intérêts et attirer des capitaux. Protéger nos intérêts, parce que la sécurité économique est désormais un pilier de notre souveraineté, au même titre que notre défense ou notre indépendance énergétique. Attirer des capitaux, parce que la France reste une économie ouverte, attractive, et qu'elle a vocation à le rester. Dans un monde marqué par les tensions, les recompositions industrielles et la concurrence commerciale, ouverture et protection ne sont pas contradictoires : elles sont complémentaires. J'en ai la certitude.
Face à la diversité des situations, nous assumons une multiplicité d'appréciations, d'outils et de décisions. Chaque année, plus de 400 dossiers d'investissements étrangers sont ainsi examinés avec rigueur, discernement et proportionnalité par les services de Bercy.
Contrairement à ce que peuvent tweeter certains populistes et à leurs cris d'orfraies, nous agissons avec minuties, exigences et expertise sur chacun des dossiers, de façon chirurgicale. Avec une seule boussole : protéger nos intérêts et attirer les capitaux.
Je n'ai certainement pas de leçon de souveraineté à recevoir de personne.
Lorsque l'intérêt stratégique du pays l'exige, nous savons poser les conditions nécessaires.
Elles peuvent prendre des formes diverses : le maintien d'une empreinte industrielle sur notre territoire, la sécurisation de chaînes de production sensible comme le médicament, des prises de participation, ou encore des mécanismes de protection extrême tels que les golden shares de l'État.
Les dossiers Opella, Fnac ou LMB en sont des illustrations concrètes. Ils montrent que nous savons concilier investissement étranger, développement des entreprises, création de valeur et d'emplois, tout en protégeant notre souveraineté économique.
C'est cela, notre ligne : une attractivité exigeante, une souveraineté offensive, et une sécurité économique pleinement assumée.
[3. Numérique]
Notre puissance énergétique doit servir notre indépendance numérique. Objectif : maîtriser les technologies d'intelligence artificielle.
Pour cela, plusieurs actions :
- Après le Sommet pour l'action sur l'IA de 2025, nous organiserons un grand rendez-vous sur la diffusion de l'IA dans l'économie et les services publics ;
- Avec la ministre de la transition écologique, nous travaillons à améliorer la qualité environnementale des datacenters ;
- Nous consoliderons notre avance dans le quantique
- Face aux cyberattaques, nous appliquerons la stratégie nationale de cybersécurité et le projet de loi sur la résilience des infrastructures critiques ;
- Nous mettrons fin au Far Ouest numérique : l'accès au marché européen se fait selon nos règles. Nous ne nous laisserons pas intimider.
Racisme, antisémitisme, c'est non, ingérences (surtout avant les échéances électorales c'est non), pédopornographie c'est non, RS aux ados c'est non.
Pour ce faire, nous nous battrons pour la transparence et des algorithmes, pour l'application du DSA.
[4. Financement]
Et pour faire tout ça, la puissance énergétique, le développement industriel, la révolution de l'intelligence artificielle, nous avons besoin de financements massifs pour nos secteurs innovants, nos technologies de rupture, nos infrastructures stratégiques.
Quatre actions :
- Poursuivre l'Union de l'épargne et de l'investissement : achever la réforme de la titrisation et la supervision centralisée.
- Créer un 28e régime juridique pour toutes les entreprises européennes.
- Déployer une nouvelle phase de l'initiative Tibi à l'échelle européenne.
- Unifier et approfondir le marché européen pour les entreprises de croissance.
Enfin, le débat sur les fonds de pension est inévitable. Ils sont une clé pour financer nos retraites et nos entreprises. Immigration
[5. Échéances pour 2026]
Je reviens un instant sur les échéances internationales qui nous attendent.
- Février : Lancement de l'année franco-indienne de l'innovation, à Delhi
- Mars : Deuxième Sommet mondial sur l'énergie nucléaire, à Paris.
- Mai : réunion des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G7 à Paris et la Ministérielle numérique du G7 à Paris
- Juin : Sommet Choose France à Versailles et Sommet des Leaders du G7 à Évian
[Conclusion]
Dans ce contexte exigeant, je veux redire combien le dialogue entre responsables publics et journalistes économiques est précieux. Nous n'avons pas toujours les mêmes grilles de lecture, ni les mêmes temporalités, ni les mêmes contraintes — et c'est normal. Mais nous partageons une responsabilité commune : celle d'éclairer, d'expliquer, de rendre lisible un monde de plus en plus
complexe.
Vous contribuez, par votre travail, à nourrir le débat public, à donner des clés de compréhension aux citoyens, aux entreprises, aux investisseurs. Vous aidez à démêler le vrai du faux, le structurel du conjoncturel, le durable de l'éphémère. Et dans une période marquée par l'incertitude, cette fonction est essentielle.
Je souhaite que l'année qui s'ouvre soit une année de dialogue exigeant, de confiance lucide et de respect mutuel. Une année où nous continuerons à nous parler franchement, à nous questionner, parfois à nous contredire, mais toujours dans l'intérêt général.
Et avec le souci constant de dire et d'éclairer la vérité.
À toutes et à tous, je vous adresse mes meilleurs voeux pour 2026 — des voeux de réussite professionnelle, mais aussi, et surtout, des voeux personnels, pour vous et pour celles et ceux qui vous accompagnent au quotidien. Je vous remercie.
Source https://ajef.net, le 10 février 2026