Déclaration de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, sur l'état des lieux du sexisme en France à l'occasion de la remise du rapport annuel du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, Paris le 21 janvier 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

Texte intégral

Madame la présidente, chère Bérangère,
Mesdames et messieurs les membres du Haut Conseil,
Mesdames, Messieurs,

Je veux d'abord vous dire merci.

Merci pour votre travail, votre engagement, votre exigence.

Le rapport que vous présentez aujourd'hui, à quelques jours de la journée nationale contre le sexisme, est à la fois un miroir fidèle et un signal d'alarme pour notre société.

Et ce qu'il nous dit est clair : le sexisme en France n'est pas un vestige.

Il n'est pas une relique poussiéreuse d'un monde ancien.

Il est là, structuré.

Il circule, il mute.

Et parfois, il s'endurcit.


Le sexisme n'est pas seulement une somme de préjugés.

C'est un système.

Et ce système a deux piliers.

Il y a d'abord ce sexisme que l'on dit "paternaliste", celui qui se donne les habits de la protection, de la bienveillance mais qui entérine en réalité l'idée d'un déséquilibre fondamental entre les femmes et les hommes.

75 % des personnes interrogées estiment que les femmes doivent être "protégées et aimées" par les hommes.

68 % pensent qu'il revient aux hommes d'assumer la responsabilité financière de la famille.

Il y a aussi le sexisme hostile.

Et là, nous ne sommes plus dans le registre du stéréotype mais de la contrainte et de la violence.

26 % des hommes reconnaissent avoir déjà douté du consentement de leur partenaire.

24 % estiment qu'il est normal qu'une femme accepte un rapport sexuel pour faire plaisir ou par devoir.

Et selon votre rapport, en France, près de 10 millions de personnes adhèrent aujourd'hui au sexisme hostile.


Ce que ce rapport met aussi en lumière, c'est la fracture.

La fracture entre les femmes et les hommes.

La fracture entre les générations.

La fracture entre ce que vivent les femmes… et ce que certains continuent de ne pas vouloir regarder en face.

3/4 des jeunes femmes de ce pays pensent aujourd'hui qu'il est désavantageux d'être une femme.

Cela veut dire quoi, sinon qu'une génération entière commence sa vie adulte avec le sentiment qu'elle devra courir plus vite, lutter plus fort, prouver davantage, simplement pour être traitée à égalité ?

Et pendant ce temps, une partie des jeunes hommes pense que l'égalité serait déjà atteinte.

Ou pire : qu'elle irait trop loin.

Comme si la justice pouvait être excessive.

Comme si l'égalité pouvait être une menace.

Ce décalage n'est pas abstrait.

Il n'est pas théorique.

Il se lit dans les corps et dans les vies.

49 % des femmes déclarent avoir subi des discriminations au travail.

84 % ont vécu au moins une situation sexiste.

21 % déclarent avoir été victimes de viol.

Nous parlons bien d'une femme sur 5.

Ce ne sont pas des statistiques.

Ce sont des existences contraintes, des peurs intégrées, des trajectoires freinées, des destins entravés, des silences appris très tôt.

Parce qu'il faut bien "rester à sa place".

Et pourtant, nous vivons dans un pays où presque tout le monde affirme condamner les violences sexuelles.

Voilà le paradoxe français, voilà le grand écart.

On condamne en principe, mais on compose en pratique.

On s'indigne dans les déclarations, mais on relativise dans les comportements.

Et votre rapport le montre : plus on adhère au sexisme, plus on trouve des raisons d'excuser la violence, de la minimiser, de la déplacer, de la faire disparaître.

Il faut le dire clairement : le sexisme n'est pas seulement une injustice.

Il est un système de justification de la violence.

Et aujourd'hui, ce système se propage, se répète, se met en scène, se diffuse en boucle, s'érige en spectacle, notamment sur les réseaux sociaux.

Le cybersexisme est devenu la première forme de haine en ligne.

Des plateformes entières sont devenues des fabriques de mépris, des écoles de la brutalité, des accélérateurs de radicalité.


Ce que vous montrez et qui doit tous nous alerter, c'est qu'au cœur de cette mécanique s'installe désormais une idéologie structurée, organisée, offensive.

Le masculinisme.

Pas une provocation marginale.

Pas une lubie d'algorithme.

Pas une sous-culture inoffensive.

Une idéologie de la régression.

Une idéologie de la revanche.

Une idéologie qui raconte aux hommes qu'ils seraient les nouvelles victimes de l'égalité.

Qui prospère sur la "crise de la masculinité" pour mieux délégitimer les droits des femmes et attaquer leur liberté.

Qui transforme le progrès en spoliation et l'émancipation en persécution.

Qui fait de chaque avancée une "humiliation" et de chaque frustration un "ressentiment".

39 % des hommes pensent aujourd'hui que le féminisme menace leur place.

Un quart des femmes aussi.

Voilà jusqu'où cette idée a pénétré.

Voilà le niveau de cette bataille culturelle.

Et vous avez raison de le dire avec gravité : cette dynamique est un enjeu de sécurité nationale.

Car ce courant ne menace pas seulement les femmes.

Il menace l'État de droit, l'égalité devant la loi.

Il menace l'idée même de citoyenneté commune.

Il instille la défiance et organise la confrontation.

Il fabrique la guerre des identités.


Mais ce rapport dit aussi autre chose et c'est essentiel : au cœur même de notre société, un sursaut existe.

81 % de nos concitoyens considèrent que la lutte contre le sexisme est une priorité.

86 % souhaitent un contrôle plus systématique des propos en ligne.

80 % soutiennent les cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Et 90 % des Français se disent prêts à élire une femme présidente de la République.

Mais une démocratie ne se mesure pas à ce qu'elle souhaite.

Elle se mesure à ce qu'elle garantit.

Les symboles peuvent avancer pendant que les résistances s'organisent.

Les symboles peuvent rassurer pendant que les reculs se préparent.


Alors soyons clairs et soyons fermes !

Le combat pour l'égalité n'est ni périphérique, ni secondaire et encore moins négociable.

Ce n'est pas un supplément d'âme, ni un marqueur partisan ou une concession à l'ère du temps.

C'est un pilier de la République.

Un socle de notre pacte démocratique.

Une condition de notre unité.

C'est un combat pour la dignité humaine, pour la liberté réelle et pour l'universalité concrète des droits.

Et ce combat, nous ne le commenterons pas.

Nous ne le contournerons pas.

Nous continuerons de le mener :

Par la loi, pleinement, fermement, durablement.

Par l'école et par la culture, dès l'enfance et sans relâche.

Par la régulation ferme et assumée des plateformes.

Par la protection inconditionnelle des victimes.

Par une tolérance zéro, absolue, face aux discours de haine.

Parce que la République ne transige pas avec l'égalité.

Elle ne compose pas avec la domination.

Elle ne discute pas avec ceux qui veulent la faire reculer.

Elle les affronte et elle les combat.


Mesdames et Messieurs,

Plus que jamais, ce rapport doit circuler, déranger, réveiller, obliger.

Parce que l'égalité n'est ni un héritage confortable, ni un acquis tranquille.

Elle n'est jamais une rente de l'Histoire.

Elle est un combat sans cesse recommencé.

Une vigilance de chaque instant.

Une conquête toujours à défendre.

Et je veux le dire devant vous : la République ne reculera pas.

Elle ne s'excusera jamais de vouloir l'égalité.

Elle ne composera jamais avec la domination.

Elle ne transigera jamais avec l'injustice.

Parce que ce combat, au fond, n'oppose pas les femmes aux hommes.

Il oppose deux visions du monde.

Il oppose la démocratie à la loi du plus fort, la liberté à la peur.

Il oppose l'avenir au ressentiment.

Et ce combat, nous l'avons engagé.

Nous ne l'abandonnerons pas.

Et nous le gagnerons. Ensemble.


Source https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr, le 13 février 2026