Texte intégral
adame la ministre,
Monsieur le ministre,
Monsieur le préfet de la Région Bourgogne-Franche-Comté, préfet de la Côte-d'Or,
Mesdames et messieurs les députés,
Monsieur le sénateur,
Monsieur le président du conseil régional,
Madame la maire de Plombières-les-Dijon,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le directeur général de la police nationale,
Monsieur le directeur central des compagnies républicaines de sécurité,
Mon Général, commandant la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté,
Monsieur le premier président de la cour d'appel de Dijon,
Monsieur le procureur général près la cour d'appel de Dijon,
Madame la présidente du tribunal judiciaire de Dijon,
Monsieur le procureur de la République de Dijon,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
Chère famille,
Lundi 23 février 2026 au matin, l'unité motocycliste zonale Est des CRS est appelée à Auxerre pour assurer une opération coordonnée de sécurité routière, comme elle en a si souvent l'habitude. C'est là son cœur de métier, c'est là l'essence de sa mission.
Répondant comme chaque fois à l'appel, quatre CRS motocyclistes du détachement de l'UMZ de Dijon s'élancent sur les routes, empruntant l'un des innombrables axes que ces unités spécialisées sillonnent jour et nuit, arpentent matin et soir, kilomètre après kilomètre.
Mais ce matin-là, vers 11h20, sur la départementale D47 qui relie Brion à Joigny, l'un des CRS de ce quatuor motocycliste perd le contrôle de sa moto sur la chaussée détrempée. Son co-équipier à proximité s'arrête aussitôt pour lui porter secours ; ses deux autres collègues, au-devant, font demi-tour sans attendre. Gendarmes locaux, sapeurs-pompiers et SAMU arrivent rapidement sur les lieux. Mais, malgré les soins qui lui sont prodigués pendant près de trois heures, le brigadier-chef de police de classe supérieure, Frédéric SORRIAUX, décède à la suite de ce terrible accident.
A sa famille et à ses proches, en particulier à son épouse et à chacun de ses cinq enfants, la Nation exprime ce matin le témoignage sincère et démuni de son profond soutien et de son infinie compassion. Cet hommage national, rendu au même moment dans tous les services du ministère de l'intérieur, est celui de la République qui bat d'un seul cœur, même quand il est déchiré d'avoir perdu l'un de ses dévoués. Surtout quand il est déchiré d'avoir perdu l'un de ses dévoués.
Il ne s'écoule pas une année sans que la République ne soit endeuillée par la perte de ceux qui la gardent et la protègent. Chaque année, sans même compter les milliers de corps blessés, la police nationale pleure la disparition d'hommes et de femmes qui l'ont choisie pour vocation et pour seconde famille. En 20 ans, quelque deux cents policiers sont ainsi décédés en mission ou en service : ils étaient six l'an passé, et déjà deux depuis le début de l'année 2026.
Il y a dans ces drames qui coûtent la vie à ces policiers, comme au brigadier-chef Frédéric SORRIAUX, quelque chose qui révolte les cœurs parce que ceux-là perdent leur vie en s'évertuant quotidiennement à mettre en sécurité celle des autres. Parce qu'ayant prêté secours à tant de victimes, ces policiers deviennent un jour les victimes sans recours. Parce qu'au fond, on conçoit difficilement que l'on puisse reprendre la vie à ceux qui donnent la leur.
Ainsi du brigadier-chef Frédéric SORRIAUX, décédé dans ce tragique accident - ces accidents routiers que l'unité à laquelle il appartenait se donnait précisément pour mission de prévenir. Une mission de sécurité routière qui est celle de chaque jour pour les unités motocyclistes, et qui était encore celle de ce matin du 23 février.
Cette mission, c'était surtout l'engagement d'une vie pour le brigadier-chef SORRIAUX qui exerçait depuis plus de 22 ans au sein des CRS motocyclistes. Comme souvent dans ces unités spécialisées à haute technicité, la mission se confond avec la vocation, et le cœur du métier est bien souvent métier du cœur. Non seulement Frédéric SORRIAUX n'échappait pas à la règle, mais il la confirmait plus encore en exerçant avec professionnalisme et en excellant avec passion. Ce ne sont pas là des mots de circonstances que le ministre de l'intérieur prononce. Ce sont les témoignages qu'année après année, sa hiérarchie consignait, évoquant tour à tour un motocycliste chevronné, d'une disponibilité sans limite, et d'une implication sans faille, un professionnel respectueux, fiable et loyal ; un élément de valeur pour le détachement motocycliste.
Le brigadier-chef Frédéric SORRIAUX avait choisi les CRS motocyclistes, précédées de leur réputation partout où elles s'engagent : ici dans les opérations de sécurité routière, là dans les opérations ciblées de sécurisation, là encore dans les escortes les plus sensibles ou lors des grands événements qui font rayonner la France. Cette réputation, le brigadier-chef SORRIAUX ne l'avait jamais fait mentir, ni dans les occasions exceptionnelles, comme le sommet du G7 à Biarritz en 2019 ou le 80e anniversaire du débarquement en Normandie en 2024, ni dans les missions quotidiennes d'un plan national de sécurisation renforcée à Marseille, ou de l'épisode des violences urbaines en Seine-Saint-Denis de 2007. Pour chacune de ces occasions, et pour d'autres encore, Frédéric SORRIAUX avait répondu présent et il avait été félicité.
En réalité, depuis qu'il avait intégré la police nationale le 1er mars 2002 - c'est-à-dire il y a 24 ans, presque jour pour jour - Frédéric SORRIAUX n'avait jamais servi autrement que dans les rangs des compagnies républicaines de sécurité. Il avait fait le choix fidèle et jamais trahi des CRS qui forment la réserve de la police nationale dans laquelle, depuis huit décennies, notre République puise chaque jour pour assurer des missions aussi variées qu'expertes. Toutes, néanmoins, se reconnaissent sous ces trois initiales, et toutes brûlent de la même flamme dont les CRS ont fait leur symbole. Cette flamme, le brigadier-chef Frédéric SORRIAUX était aussi chargé de la transmettre en formant les nouvelles recrues à la spécialité motocycliste, notamment dans le centre de formation dédié de Sens - une responsabilité que l'on ne confie qu'à ceux qui se sont montrés dignes de la plus parfaite exemplarité et de la plus totale confiance.
Le brigadier-chef Frédéric SORRIAUX est cité à l'ordre de la Nation. La médaille de la sécurité intérieure – échelon or – et la médaille d'honneur de la police nationale – échelon or – lui sont décernées à titre posthume.
Il est promu au grade de capitaine à titre posthume.
En ce moment même, partout sur le territoire national, les services du ministère de l'intérieur lui rendent hommage, un hommage sincère et respectueux du policier de terrain engagé qu'il était et du professionnel reconnu qu'il faisait, tourné vers ses camarades d'unité, à qui je veux aussi adresser mes pensées émues, comme vers tous ceux qu'il entendait protéger.
Ce matin, inclinée devant sa dépouille et la souffrance de ses proches, la Nation qui pleure avec eux l'un des fidèles serviteurs, rend au capitaine Frédéric SORRIAUX l'honneur qu'il faisait aux compagnies républicaines de sécurité et à la police nationale toute entière.
Source https://www.interieur.gouv.fr, le 4 mars 2026