Interview de Mme Maud Bregeon, Porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée chargée de l'énergie, à RTL le 9 mars 2026, sur la hausse des prix des carburants, les taxes sur les carburants et le blocage du détroit d'Ormuz.

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Média : RTL

Texte intégral

THOMAS SOTTO
Il est 7h42, c'est donc la porte-parole du Gouvernement, Maud BREGEON, qui est l'invitée de RTL matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Bonjour à tous.

THOMAS SOTTO
Vous êtes la porte-parole mais aussi désormais la ministre déléguée à l'Énergie. Ça tombe bien parce qu'on va parler de cette hausse vertigineuse des prix des carburants. Je vais synthétiser tous les messages qu'on a au 74 900 ici sur RTL ce matin. Est-ce que les pétroliers et les distributeurs nous prennent pour des pigeons ?

MAUD BREGEON
D'abord, ce que je voudrais commencer par dire c'est que je suis pleinement consciente, et le Gouvernement est pleinement conscient, de l'impact que ça a pour les consommateurs, pour les Français qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, c'est sûrement le cas de ceux qui vous écrivent ce matin, qui vont travailler avec.

THOMAS SOTTO
Y compris 40 centimes sur le pétrole…

MAUD BREGEON
Et pour qui l'augmentation du prix à la pompe a un impact évident sur le pouvoir d'achat. Donc on ne balaie pas ça d'un revers de main.

THOMAS SOTTO
Est-ce qu'il y a de l'abus ?

MAUD BREGEON
Notre responsabilité c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'abus. D'abord vis-à-vis des distributeurs et plus globalement de l'ensemble de la chaîne de valeur. Nous avons reçu les distributeurs la semaine dernière avec Roland LESCURE. Le Premier ministre a annoncé 500 contrôles en 3 jours pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus…

THOMAS SOTTO
Donc d'ici à mercredi.

MAUD BREGEON
D'ici à mercredi… Et je vous annonce ce matin que nous recevrons de nouveau les distributeurs en fin de semaine avec Roland LESCURE pour faire un point, un état des lieux avec eux, en fonction des résultats des 3 jours à venir.

THOMAS SOTTO
Vous n'avez pas une petite idée de l'état des lieux quand même, sincèrement, regardant les prix ? On a vu ces cas extrêmes, 2,50 Euros dans une station SHELL de Seine-et-Marne sur l'autoroute A6. On a dépassé les 2 Euros dans beaucoup d'endroits, notamment dans les villes, dans les grandes villes, les villes moyennes. Il n'y a pas de l'abus, honnêtement ? François LENGLET parlait des profiteurs de guerre avec la Chine et la Russie. Est-ce que ceux qui vendent l'essence aujourd'hui, ceux qui la produisent en France, n'abusent pas ?

MAUD BREGEON
Il y a d'abord une situation internationale qui est évidente. Ce qui impacte les prix à la pompe, c'est ce qui se passe en Iran. C'est la guerre en Iran, c'est le blocage du détroit d'Ormuz.

THOMAS SOTTO
Sauf qu'en général, il y a un décalage. Entre le moment où le prix du baril augmente et le moment où ça augmente à la pompe, il y a plusieurs jours.

MAUD BREGEON
Sauf qu'en général, pardonnez-moi, le détroit d'Ormuz, qui voit passer 20% du pétrole mondial, n'est pas bloqué. C'est un événement absolument majeur. Pour autant, moi je le redis, notre responsabilité, c'est d'être intraitables. Et on n'hésitera pas à pointer du doigt ceux qui profiteraient de la situation, parce que c'est absolument intolérable. Il y a besoin…

THOMAS SOTTO
Pointer du doigt ?

MAUD BREGEON
Je crois qu'on doit tous faire preuve de solidarité et d'éthique dans ce genre de moment, d'où les contrôles qui ont été lancés la semaine dernière par Roland LESCURE et moi-même, et démultipliés cette semaine par le Premier ministre. Là encore, il y a évidemment des distributeurs qui jouent le jeu. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Je vois comme vous, les prix à la pompe à certains endroits… Il y a de toute évidence, d'une part, des prix qui ont été rehaussés trop tôt. Et d'autre part, probablement, dans certains cas, des abus.

THOMAS SOTTO
Mais quelle sera la réaction ? Vous avez dit qu'il y a les contrôles jusqu'à mercredi. Il y a donc cette réunion vendredi avec tous les acteurs de la filière de l'essence en France. Il y aura des sanctions ou ça sera juste pointer du doigt ? Parce que ça va leur faire une belle jambe de leur faire de gros yeux, non ?

MAUD BREGEON
Nous verrons, toutes les options sont sur la table.

THOMAS SOTTO
Même des sanctions ?

MAUD BREGEON
Toutes les options sont sur la table. Et je le dis, ça ne concerne pas que les distributeurs.

THOMAS SOTTO
Ça peut être quoi les options ?

MAUD BREGEON
Les distributeurs, pardonnez-moi, c'est ce que voient vos auditeurs très concrètement. C'est la station-service.

THOMAS SOTTO
Mais avant la station-service, il y a toute une chaîne de valeurs. Il y a des transporteurs, il y a des grossistes, il y a le raffinage.

(...)

THOMAS SOTTO
On est d'accord. Et toute la filière…

MAUD BREGEON
C'est l'ensemble de la filière qu'il faut regarder. Nous, ce qu'on fait aujourd'hui, c'est qu'on étudie tous les scénarios.

THOMAS SOTTO
Ça pourrait être quoi les sanctions ? Pardon, je ne connais pas bien la filière. Je ne sais pas comment on peut sanctionner un producteur, un raffineur, un distributeur. Ça peut être quoi ?

MAUD BREGEON
Nous verrons en fonction… Nous verrons là encore, je ne veux pas faire de plan sur la comète. Nous verrons en fin de semaine en fonction des résultats. Ce que je dis encore une fois, c'est que notre responsabilité, c'est de protéger les Français et d'anticiper tous les scénarios vis-à-vis de la filière. Mais d'abord et avant tout, vis-à-vis de ce qui se passe au Moyen-Orient…

THOMAS SOTTO
J'ai vu que ça va très, très vite, Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Et de la durée du conflit. Il faut quand même, je pense, redire à vos auditeurs ce matin, qui vivent un moment difficile, que tout ça dépend en grande majorité de la durée du conflit dans les semaines à venir et de son intensité.

THOMAS SOTTO
Ça, personne n'en sait rien. Sauf que, regardez comme ça va vite. Les Echos, la Une publiée…

MAUD BREGEON
Je l'ai vu.

THOMAS SOTTO
Voilà, pétrole, le spectre du baril à 100 Dollars. Cette nuit, il est passé à plus de 115 dollars. Le baril a pris 30% en quelques heures. Il faut amortir la hausse des prix des carburants, a dit Dominique De VILLEPIN. Est-ce que vous allez bloquer les prix, les plafonner ? Est-ce qu'il va y avoir un bouclier tarifaire ? Ou est-ce que tout ça, ce n'est pas d'actualité ?

MAUD BREGEON
D'abord, la meilleure façon de protéger les consommateurs français et européens, c'est de faire en sorte que cette guerre cesse et d'entamer une désescalade. C'est de faire en sorte que le détroit d'Ormuz soit libéré. Et c'est l'initiative du Président. Vous savez qu'il a échangé, notamment avec Donald TRUMP, avec l'ensemble de ses partenaires dans la région, avec les partenaires européens. C'est à cette condition que nous protégerons durablement le pouvoir d'achat des Français.

THOMAS SOTTO
D'accord. Mais est-ce que des aides, parce que ceux qui vont mettre le pistolet dans le réservoir ce matin se posent une question ? Est-ce qu'il va y avoir des aides, peut-être des aides ciblées ? Est-ce qu'il y a des choses qui sont envisageables ou envisagées ?

MAUD BREGEON
Aujourd'hui, il est trop tôt pour en parler. Je le redis, nous étudions tous les scénarios. Nous avons toujours montré, depuis 8 ans, avec le Président de la République, que nous étions au rendez-vous pour protéger les Français. Je le redis, protéger les Français, c'est ce que fait la France au Moyen-Orient.

THOMAS SOTTO
Ça pourrait être un chèque pour les plus fragiles, vous l'avez déjà fait ou pas ?

MAUD BREGEON
Je n'aborde pas ce sujet ce matin. En tout cas, ce n'est pas d'actualité, ce n'est pas à l'ordre du jour.

THOMAS SOTTO
Aucune aide n'est prise ce matin, pour l'heure ?

MAUD BREGEON
Notre objectif, c'est de contribuer à contenir le conflit dans la région, pour éviter autant que possible l'embrasement. C'est de contribuer à libérer ce détroit qui, encore une fois, pèse directement sur le prix à la pompe.

THOMAS SOTTO
Ça, on est d'accord. S'il n'y avait pas de guerre, ce serait plus simple et ça serait moins cher.

MAUD BREGEON
Oui mais encore une fois, j'entends l'appel des uns et des autres.

THOMAS SOTTO
Marine LE PEN a dit : "baissez la TICPE provisoirement", le niveau de taxe que touche l'État sur l'électricité.

MAUD BREGEON
Marine LE PEN a dit passer la TVA à 5,5% pour l'ensemble des produits énergétiques.

THOMAS SOTTO
C'est sa deuxième proposition.

MAUD BREGEON
Ça coûte 17 milliards.

THOMAS SOTTO
Et la TICPE, provisoirement, ça peut jouer le rôle d'amortisseur ?

MAUD BREGEON
Nous ne sommes absolument pas dans la situation de 2022. C'est un message aussi là encore important que je veux passer au Français…

THOMAS SOTTO
115 Dollars le baril, on s'en approche. Il était monté à 130.

MAUD BREGEON
Parce que nous avons diversifié nos approvisionnements, parce que nous avons des stocks, parce que concernant l'électricité, nous avons un parc nucléaire qui produit à plein, 373 TWh l'année dernière. Là où vous vous en souvenez, durant la guerre en Ukraine, les factures d'électricité avaient largement augmenté.

THOMAS SOTTO
Il n'y a pas de risque de pénurie ni d'électricité, ni de pétrole, ni de gaz ?

MAUD BREGEON
Nous n'avons pas de risque de pénurie. Et là encore, nous sommes dans une situation très différente de celle de 2022, puisque le parc nucléaire fonctionne à plein et donc joue ce rôle de tampon, d'amortisseur. Nous sommes moins dépendants du gaz que ce que nous étions dépendants il y a trois ou quatre ans.

THOMAS SOTTO
Il pourrait être question, ce qu'évoquait François LENGLET, de racheter du gaz aux Russes et de renoncer à ne plus en acheter à partir de 2027 ?

MAUD BREGEON
En aucune façon.

THOMAS SOTTO
En aucune façon, ça c'est clair. Vous évoquiez le Chef de l'État, Emmanuel MACRON, il a parlé au Président iranien hier soir. Qu'est-ce qu'ils se sont dit ? Quel est le rôle de la France ? On est un intermédiaire de paix ? C'est quoi le…

MAUD BREGEON
Le Président de la République a d'abord toujours discuté lorsque c'était nécessaire pour avancer vers la désescalade. Moi je n'ai pas le détail de leur conversation. Mais il lui a rappelé évidemment, là encore une fois, la nécessité d'aller vers un apaisement dans la région pour protéger les populations.

THOMAS SOTTO
Est-ce que la France veut la chute du régime ? Est-ce qu'Emmanuel MACRON veut la chute du régime ?

MAUD BREGEON
Ecoutez, la France appelle à une chose, c'est contenir le conflit dans la région, encore une fois pour éviter autant que possible l'embrasement et permettre aux Iraniens, permettre au peuple iranien de décider de son avenir.

THOMAS SOTTO
Ils ont évoqué le sort de nos deux compatriotes et ex-otages Cécile KOHLER et Jacques PARIS, toujours bloqués à Téhéran. Il y a du nouveau quant à leur retour en France ? C'est quelque chose d'imminent ou c'est…?

MAUD BREGEON
Ce que je peux vous dire, c'est qu'ils sont en sécurité, en sécurité à l'ambassade et que, bien sûr, nous continuons à travailler pour leur retour dans les plus brefs délais.

THOMAS SOTTO
Mais on n'a pas davantage de nouveaux… pas de calendrier ni rien ?

MAUD BREGEON
Je n'ai pas plus à vous dire ce matin.

THOMAS SOTTO
Et sur le rapatriement des Français coincés au Moyen-Orient, ils sont combien là-bas, parmi ceux qui veulent rentrer, toujours bloqués ?

MAUD BREGEON
Encore plusieurs milliers. Ce que je peux vous dire en revanche, c'est qu'environ 10 000 de nos ressortissants sont aujourd'hui rentrés, en ayant été aidés par l'ambassade, par des vols commerciaux. Et le quai d'Orsay a rapatrié lui-même environ un millier de nos ressortissants, je pense aux plus vulnérables, aux personnes sous traitement, aux enfants, aux femmes enceintes. Je voudrais vraiment saluer le travail, bien sûr, de mon collègue Jean-Noël BARROT, mais de nos équipes diplomatiques et consulaires. La France a été le premier pays du monde à envoyer un avion pour rapatrier là encore nos ressortissants.

THOMAS SOTTO
On ne sait pas combien de temps il nous faudra encore…

MAUD BREGEON
Vous savez que les espaces aériens ouvrent et ferment, que tout ça est très mouvant, dépend de l'évolution de la situation. Mais là encore, là encore, la seule réponse structurante de long terme, c'est de contenir le conflit.

THOMAS SOTTO
Dernière question, on l'oublierait presque, mais on va voter dimanche prochain, premier tour des municipales. Faudra-t-il, dimanche soir, tirer des enseignements nationaux de ces municipales ?

MAUD BREGEON
Moi, je suis de ceux qui pensent qu'il faut toujours tirer des enseignements lorsque les Français se déplacent.

THOMAS SOTTO
Y compris nationaux ?

MAUD BREGEON
Il est évidemment trop tôt pour dire lesquels.

THOMAS SOTTO
Bien sûr, parce qu'on n'a pas voté.

MAUD BREGEON
Voilà, exactement. Et donc, mon message ce matin, c'est : intéressez-vous au programme, allez aux réunions publiques, interpellez vos candidats, faites-vous un avis, et évidemment, allez voter.

THOMAS SOTTO
Vous avez dit : "Je ne mettrai jamais un bulletin LFI dans l'urne".

MAUD BREGEON
Jamais. Un bulletin RN non plus d'ailleurs.

THOMAS SOTTO
RN ou UDR non plus ?

MAUD BREGEON
Non.

THOMAS SOTTO
Tout le monde n'est pas aussi clair dans votre famille politique.

MAUD BREGEON
Écoutez, moi je pense l'avoir toujours été. Je refuse de choisir entre le populisme et le communautarisme. Et j'estime que la responsabilité des forces du centre et de la droite, c'est de bâtir l'alternative pour les semaines, les mois et les années à venir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mars 2026