Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour Maud BREGEON.
MAUD BREGEON
Bonjour.
GILLES BORNSTEIN
Merci d'avoir accepté l'invitation des 4V. Les prix du pétrole ont considérablement baissé cette nuit après que le Président TRUMP a dit que la guerre était bientôt finie. Les automobilistes vont-ils voir cette baisse tout de suite ?
MAUD BREGEON
Cette baisse dépendra, cette baisse qu'on attend tous, dépendra de l'évolution du conflit sur place. Et vous savez que le président de la République a pris deux initiatives majeures. D'une part la première pour libérer le détroit d'Ormuz, parce qu'il faut le rappeler, le nœud logistique, le nœud du conflit en matière énergétique vient de là. 20 % du gaz et du pétrole à l'échelle mondiale transitent par le détroit d'Ormuz. Il y a aussi une réflexion qui est portée par le président de la République pour libérer des stocks de pétrole à l'échelle mondiale. Vous savez que le G7 Finances s'est réuni hier et je vous dis ce matin que nous réunirons le G7 Énergie en marge du sommet international du nucléaire qui se tient à Paris pour avancer sur cette question-là avec un objectif qui est de baisser les prix.
GILLES BORNSTEIN
La France souhaite cette libération des stocks stratégiques ?
MAUD BREGEON
La France y travaille pour une raison très simple. Si vous remettez du volume sur le marché, alors vous pouvez avoir un impact à la baisse sur les prix. Et la priorité du président de la République, il l'a montré depuis le début, c'est de protéger les Français, de protéger nos ressortissants sur place, de protéger les consommateurs en France sur notre sol et de faire en sorte que ce conflit puisse être contenu afin d'éviter autant que possible l'embrasement. Je sais que beaucoup de Français vivent une situation difficile, que le prix à la pompe est subi, que pour beaucoup de nos compatriotes ils n'ont pas d'autre choix que de faire le plein, de prendre leur voiture pour aller travailler le matin. Mais ce que je veux dire aujourd'hui, c'est que tout cela dépend en grande partie de l'évolution de la situation au Moyen-Orient.
GILLES BORNSTEIN
Vous ne pouvez pas le dire comme ça, mais on comprend que la France n'est pas opposée, voire favorable, à cette libération des stocks stratégiques. J'en reviens à ma première question. Quand les prix du pétrole ont augmenté, l'essence a augmenté immédiatement. Les automobilistes ne comprendraient pas que le prix du pétrole refluant, l'essence ne baisse pas immédiatement. Est-ce que vous pouvez nous dire, oui ou non, que l'essence va baisser rapidement après que les prix du pétrole ont baissé cette nuit ?
MAUD BREGEON
C'est trop tôt pour le dire. Il y a ce qu'il se passe sur les marchés et puis il y a la situation réelle. À l'heure où on se parle, le détroit d'Ormuz est toujours bloqué. Et donc, la priorité absolue, c'est de permettre un retour à la normale autant que possible, un transit des marchandises dans ce détroit.
GILLES BORNSTEIN
Je comprends Madame la Ministre, mais quand les stocks... Quand le prix du pétrole augmente, l'essence a augmenté immédiatement, alors qu'on sait très bien que c'était des stocks d'essence qui avaient été achetés quand le pétrole était bas. Si ça augmente rapidement, ça doit baisser rapidement, sinon les Français ne le comprendraient pas. Je le redis.
MAUD BREGEON
Pardonnez-moi, ça a commencé à augmenter précisément à cause du conflit dans la région, à cause du blocage du détroit et du fait que le pétrole et le gaz ne pouvaient plus circuler. Ensuite, il y a toute une chaîne de valeurs qui a intégré les difficultés au Moyen-Orient. Il n'y a pas uniquement les distributeurs, mais il y a les grossistes, il y a les transporteurs, il y a la partie sur le raffinage. Et donc, c'est l'ensemble de cette chaîne de valeurs qu'il faut regarder. Moi, ce que je dis encore une fois, c'est que notre responsabilité, c'est de mettre tout en œuvre pour tirer les prix à la baisse. C'est ce que fait le Président avec les initiatives portées à l'international. C'est ce que nous faisons avec Serge PAPIN en réalisant des contrôles. C'est ce que nous allons proposer cet après-midi avec Roland LESCURE dans le cadre du G7 Énergie pour avancer sur cette libération de stocks de pétrole que nous avons notamment en France, mais que d'autres pays ont à l'international.
GILLES BORNSTEIN
Hier, vous avez parlé des contrôles. Effectivement, on vous a vus, ces contrôles commencer. On vous a vu hier avec Serge PAPIN. Est-ce que, pour traquer d'éventuels abus, est-ce que vous avez relevé des abus ? Est-ce qu'il y aura des sanctions ?
MAUD BREGEON
Nous avons, vous savez, diligenté 500 contrôles en trois jours à la demande du Premier ministre. 231 contrôles ont été réalisés hier. Et j'en profite pour remercier les services de l'État qui ont été pleinement mobilisés. Nous avons observé environ 16 %, 15 %, 16 % d'anomalies, dont certaines, évidemment, ont été sanctionnées de par des amendes.
GILLES BORNSTEIN
Qui est sanctionné ? Comment ?
MAUD BREGEON
Nous ferons le bilan sur le détail de ces résultats une fois les 500 contrôles passés. Ce que je peux vous dire, c'est que, d'une part, ces contrôles ont avancé. D'autre part, qu'effectivement, ça a permis de détecter des anomalies. Mais là encore, il faut être prudent sur les chiffres. Moi, je ne veux pas pointer du doigt bêtement les distributeurs, parce que nous faisons davantage de contrôles.
GILLES BORNSTEIN
Roland LESCURE a dit : "On fera du name and shame, on le dira".
MAUD BREGEON
Vous savez, ma conviction, c'est que, dans un moment difficile, il faut qu'on arrive à se serrer les coudes, que chacun doit faire preuve de solidarité et d'éthique. Je sais qu'il y a, je sais qu'il y a…
GILLES BORNSTEIN
Justement, ceux qui abusent, il n'y a aucune raison de les ménager.
MAUD BREGEON
C'est une évidence. Et c'est pour ça que nous mettons en place ces contrôles. C'est pour ça que nous reverrons les distributeurs dans deux jours. Jeudi, là encore, avec Roland LESCURE et Serge PAPIN à Bercy. Mais mon objectif, c'est qu'on arrive à travailler ensemble. Il y a aussi des femmes et des hommes de bonne foi dans les distributeurs, sur l'ensemble de la chaîne de production, sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Et je crois qu'on doit toutes et tous travailler pour l'intérêt national.
GILLES BORNSTEIN
Il n'y a pas que les distributeurs. Hier, à votre place, Michel-Édouard LECLERC disait très clairement : "Ceux qui se sont mis une marge indue dans la poche, ce sont les raffineurs". Il les a cités : TOTAL, SHELL, AVIA. Est-ce que vous dites la même chose ? Est-ce que ce sont les raffineurs qui ont exagéré ?
MAUD BREGEON
Michel-Édouard LECLERC a raison quand il dit qu'il faut regarder, là encore, l'ensemble de la chaîne et qu'il n'y a pas que les distributeurs.
GILLES BORNSTEIN
Est-ce qu'il y a les raffineurs ?
MAUD BREGEON
Il faut regarder l'ensemble, encore une fois, l'ensemble de la chaîne. Lorsque nous rencontrerons les distributeurs jeudi…
GILLES BORNSTEIN
Mais c'est bien de les rencontrer, mais à un moment, il faut le dire.
MAUD BREGEON
Il y aura aussi des raffineurs autour de la table. Donc, nous procéderons à l'ensemble des contrôles nécessaires. Là encore, nous suivons la situation avec la plus grande vigilance. Moi, je ne suis pas là pour pointer du doigt les uns ou les autres, donner des bons et des mauvais points. Nous mettons en place des contrôles. Nous ferons le point de la façon la plus factuelle possible. Une fois que ces contrôles seront réalisés, nous continuerons à rencontrer les distributeurs comme les raffineurs et nous rencontrerons, d'ici à la fin de la semaine, les acteurs concernés, touchés par ces hausses. Parce qu'il y a les consommateurs, mais il y a aussi les particuliers, mais il y a aussi les agriculteurs, il y a les pêcheurs, il y a les transporteurs. Avec les ministres concernés, nous prenons bien sûr attache avec toutes les forces vives du pays qui sont impactées d'une façon ou d'une autre par ce qui se passe au Moyen-Orient.
GILLES BORNSTEIN
Hier, vous avez dit sur RTL : "Toutes les options sont sur la table pour aider les Français". Est-ce que vous avez progressé depuis ? Est-ce que vous assumez de dire aujourd'hui, décréter la fin de l'État-nounou, que vous ne pouvez plus aider systématiquement les Français quand ils sont victimes de choses qui ne dépendent pas... dont le Gouvernement français n'a pas été la cause ?
MAUD BREGEON
Alors, je dis deux choses. D'une part, nous avons toujours été aux côtés des Français depuis huit ans durant les différentes crises. Mais je dis d'autre part que la situation que nous vivons est sans commune mesure par rapport à ce que nous avons traversé pendant le Covid, évidemment, et pendant la crise énergétique qui faisait suite à l'invasion russe en Ukraine. Donc, il n'y a pas de comparaison possible. Et j'entends ici ou là des forces politiques nous demander le blocage des prix ou le passage de la TVA à 5,5 %.
GILLES BORNSTEIN
LFI, le RN.
MAUD BREGEON
C'est un très bon exemple, le passage de la TVA à 5,5 %. Ça coûte environ vingt milliards d'euros par an.
GILLES BORNSTEIN
Que nous n'avons pas.
MAUD BREGEON
Le conflit a commencé il y a dix jours. Ce sont des propositions qui sont politiciennes. Donc, moi, j'invite vraiment les uns et les autres, là encore, à faire preuve d'un peu de solidarité nationale. Je sais que c'est peut-être un peu naïf quand on regarde le fonctionnement du champ politique ces derniers mois, mais je crois que c'est important et c'est ce que les Français attendent de nous.
GILLES BORNSTEIN
Maud BREGEON qui nous a annoncé la tenue d'un sommet G7 Énergie cet après-midi à Paris, invitée des 4 Vérités. Désolé pour le retard. Bonne journée à tous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2026