Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à France 2 le 13 mars 2026, sur la mort d'un soldat français au Kurdistan iranien, l'antisémitisme, les droits des femmes, une candidature unique pour le centre droit à l'élection présidentielle.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;
  • Jeff Wittenberg - Journaliste

Média : France 2

Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour Aurore BERGÉ.

AURORE BERGÉ
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. Un soldat français a été tué dans une attaque au Kurdistan irakien. Une attaque revendiquée par un groupe armé pro-iranien qui avait déjà, d'ailleurs, menacé les intérêts français en raison de l'arrivée sur place, dans la Méditerranée, du porte-avions Charles de Gaulle. Est-ce qu'on peut dire ce matin, Aurore BERGÉ, que la France est, de fait, entrée dans cette guerre, en tout cas, à vos yeux ?

AURORE BERGÉ
Déjà, je veux rendre hommage à l'ensemble de nos soldats qui sont engagés. Il y a plusieurs centaines à être présents en Irak, sur des opérations qui sont essentielles : de lutte contre le terrorisme, de lutte contre Daesh, en particulier. L'un d'entre eux est tombé, six autres sont blessés. Donc, je pense à eux. Je pense évidemment à leurs familles. Et c'est évidemment…

JEFF WITTENBERG
Et je le rappelle, c'est un groupe armé pro-iranien qui revendique en tout cas cette attaque.

AURORE BERGÉ
Tout à fait. Mais c'est la démonstration que le terrorisme, justement, tue : il a tué sur notre sol. Et c'est la nécessité aussi, pour la France, quand on préserve ses intérêts, c'est aussi, justement, d'avoir des soldats qui sont présents pour garantir la protection des intérêts nationaux français. Et la préservation des intérêts nationaux français passe évidemment par la lutte et l'engagement contre le terrorisme. Ensuite, en ce qui concerne le conflit, aujourd'hui, la France n'est pas partie prenante de ce conflit. Et ça, je crois que c'est essentiel de le rappeler. La France n'a pas déclenché le conflit qui existe aujourd'hui. La France est présente. Et présente pourquoi ? Elle est présente, d'abord, parce que nous avons 400 000 ressortissants français qui sont présents dans la région. Vous savez que beaucoup d'opérations de rapatriement ont été organisées et vont se poursuivre. La France est aussi présente pour protéger et accompagner ses alliés. C'est le sens de la présence du Président de la République à Chypre, notamment. Et c'est le sens de la présence de notre porte-avions.

JEFF WITTENBERG
Vous rappelez que la France n'est pas partie prenante et n'a pas déclenché ce conflit.

AURORE BERGÉ
Tout à fait.

JEFF WITTENBERG
Néanmoins, encore une fois, l'un des arguments employés par ce groupe terroriste, qui est probablement à l'origine de la mort de ce soldat, c'est précisément la présence de la France. Donc, est-ce que vous estimez que, si j'ose dire, cela en vaut la peine ? Est-ce que c'est une guerre juste, dans laquelle nous ne sommes pas présents, mais nous avons quand même... enfin, la France a quand même une action, ne serait-ce que par la présence du porte-avions ?

AURORE BERGÉ
La France, c'est ce que je vous disais... La présence de la France, c'est deux raisons : 400 000 ressortissants français à protéger, et des alliés, évidemment, aussi, pour lesquels nous sommes présents.

JEFF WITTENBERG
Et faire tomber le régime iranien, est-ce que c'est un souhait que la France a, que vous, vous avez ?

AURORE BERGÉ
Sur le régime iranien, il n'y a aucune ambiguïté sur le fait que la France, évidemment, que les intérêts de la France ont été directement menacés par ce régime. Quand on parle de terrorisme, quand on parle de terrorisme islamiste, évidemment que ce régime représente une menace.

JEFF WITTENBERG
Et il faut le faire tomber par ce moyen ?

AURORE BERGÉ
En revanche, la France, encore une fois, n'est pas partie prenante de ce conflit. Elle ne l'a pas décidé. Et elle n'a pas souhaité, au départ, que ce conflit puisse exister.

JEFF WITTENBERG
Donc, elle ne le soutient pas ? Donc, la France ne soutient pas cette action ?

AURORE BERGÉ
Donc, la France préserve les intérêts de ses ressortissants. La France est présente pour ses alliés. La France combat à travers le monde le terrorisme islamiste. Le terrorisme islamiste a fait des centaines de morts dans notre propre pays, qui a été touché par de nombreux attentats, de nombreux attentats. Donc, la France, évidemment, préserve ses intérêts nationaux.

JEFF WITTENBERG
Aurore BERGÉ, entre autres attributions, votre ministère est chargée de la Lutte contre les discriminations. Est-ce que ce regain de tension au Moyen-Orient suscite, en France, un regain de tension aussi communautaire ? On sait ce qui s'était passé après le 7 octobre. Est-ce que, aussi, vous observez un changement, et, en tout cas, une tension entre les communautés ?

AURORE BERGÉ
Vous savez, la force et la singularité de la France, c'est d'avoir toujours eu une vision universaliste, qui fait que vous ne fragmentez pas le pays, vous ne fracturez pas le pays, vous ne communautarisez pas le pays. Certains espèrent fracturer et communautariser. C'est notamment le cas de la France insoumise qui aimerait qu'on se renvoie communauté contre communauté. Ça ne doit jamais être le cas dans notre pays. Et c'est vrai le 7 octobre 2023, c'est-à-dire les attentats terroristes perpétrés par le Hamas en Israël, 1 200 personnes qui avaient été assassinée, dont 51 Français. Nous avions subi une vague d'antisémitisme dans toutes les démocraties. Heureusement, on voit que l'antisémitisme recule par rapport au niveau qu'il avait atteint après les attentats du 7 octobre. Il doit continuer, évidemment, à reculer, parce que toute attaque et toute aide antisémite est une atteinte contre la République elle-même, contre la démocratie elle-même.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes chargée de la Lutte pour l'Égalité entre les femmes et les hommes. A ce qu'il parait, vous étiez aux Nations unies cette semaine.

AURORE BERGÉ
Tout à fait.

JEFF WITTENBERG
Vous avez participé au rendez-vous annuel consacré aux droits des femmes, dans la foulée de la journée du 8 mars. Est-ce que, vous l'avez écrit dans une tribune, les droits des femmes, c'est un curseur des libertés dans le monde ?

AURORE BERGÉ
Toujours.

JEFF WITTENBERG
Est-ce qu'à ce titre, vous estimez, et on revient sur cette question sur l'Iran, puisqu'on se souvient du combat mené par des femmes courageuses, là-bas, qu'il faudrait aussi que ce régime tombe pour que les droits des femmes soient améliorés ?

AURORE BERGÉ
Vous savez, le cri de ralliement dans les rues de Téhéran, et qui a traversé le monde entier, le premier mot, c'est « femme » : femme, vie, liberté. Le premier mot, c'est « femme ». Pourquoi ? Parce que ce sont les femmes qui ont été à l'avant-garde de cette révolution. Ce sont les femmes qui, les premières, ont été dans la rue, ont dansé, ont chanté, se sont découvertes, ont retiré leur voile, ont défié un régime au prix de leur vie. On parle de dizaines de milliers de civils qui ont été assassinés par ce régime. Des dizaines de milliers de civils qui ont défié le régime et qui ont été prêts à être présents. Et notamment, cette révolution des femmes, elle a été absolument déterminante. Elles ont dit qu'elles allaient reprendre le pouvoir, reprendre le pouvoir sur leur corps, reprendre le pouvoir sur leur liberté.

JEFF WITTENBERG
Donc, c'est aussi un enjeu du conflit actuel ?

AURORE BERGÉ
Et j'espère que c'est un mouvement qui est inarrêtable. En tout cas, ce que je sais, c'est que le régime tremble quand les femmes sont à l'avant-garde de ces révolutions. Et nous voyons à travers le monde, et nous l'avons constaté encore dans ce rendez-vous aux Nations Unies, à quel point, dans toutes les régions du monde, nous assistons à un recul sur la question des droits humains, singulièrement ceux des femmes. Donc, oui, la question de la liberté des droits des femmes, c'est un curseur sur l'état du monde et l'état des démocraties.

JEFF WITTENBERG
Une question politique pour finir. Après les élections municipales, dont le premier tour va avoir lieu dimanche, on va évidemment très vite se tourner vers l'élection présidentielle. Certains sondages placent... Il y a une hypothèse aujourd'hui que le second tour oppose Jean-Luc MELENCHON, le candidat de la France insoumise, à Jordane BARDELLA. Est-ce que c'est une hypothèse à laquelle vous croyez ? Première question. Et comment vous comptez l'éviter ?

AURORE BERGÉ
C'est une hypothèse que je combatte. Moi, je ne souhaite pas que notre pays n'ait uniquement le choix entre le Rassemblement national, d'un côté, et la France insoumise de l'autre. Mais pour ça, ça veut dire qu'il ne faut pas que l'élection présidentielle soit confisquée par les ambitions de quelques-uns.

JEFF WITTENBERG
Alors, ça veut dire quoi, ça, très concrètement, parce qu'il y a plusieurs…

AURORE BERGÉ
Pour ça, ça veut dire qu'il va falloir une candidature unique. Une candidature unique du centre et de la droite. De plus en plus de voix s'expriment pour la primaire. Je me suis exprimée en faveur d'une primaire.

JEFF WITTENBERG
Et laquelle ?

AURORE BERGÉ
Je vois que Gérald DARMANIN l'a fait, que Gérard LARCHER l'a fait, que Valérie PECRESSE le fait, David LYSNARD. Donc, ça veut dire qu'il y a de plus en plus de voix qui sont des voix de la raison. Nous avons besoin d'une candidature unique. Sans candidature unique, nous serons responsables de livrer les Français, de livrer le pays à un duel mortifère entre le RN et la France insoumise.

JEFF WITTENBERG
Mais madame BERGÉ, vous vous rangeriez derrière n'importe quelle candidature si elle émane de la droite ou du centre ? Vous iriez de Bruno RETAILLEAU à Gabriel ATTAL, par exemple ? Question simple. Vous pourriez soutenir…

AURORE BERGÉ
Le principe même d'une primaire, c'est de laisser le choix aux Français, de décider qui doit être leur candidat ou leur candidate.

JEFF WITTENBERG
Et vous ?

AURORE BERGÉ
Pour incarner le centre et la droite. Sans cela, s'il n'y a pas de candidature unique... Et donc, ensuite, un candidat ou une candidate soutenue par nous tous. Alors, c'est simple : on restera à la maison au soir du second tour, parce qu'on ne sera pas partie prenante. On sera des spectateurs de cette élection, des commentateurs de cette élection. Et là, on parle du risque d'avoir soit le Rassemblement national, soit la France insoumise au pouvoir. Je ne crois pas que ce soit le destin de la France.

JEFF WITTENBERG
Cela pourrait vous intéresser, vous-même, d'être candidate à cette primaire que vous appelez de vos voeux ?

AURORE BERGÉ
D'abord, je me bats pour que cette primaire existe. Moi, j'essaie de faire les choses dans le bon ordre. Et le bon ordre, c'est garantir qu'une telle primaire puisse exister avant la fin de l'année.

JEFF WITTENBERG
Et ensuite ?

AURORE BERGÉ
Et ensuite, nous verrons. Mais moi, j'espère que déjà, nous arriverons à avoir une voix plus raisonnable. On le voit que dans d'autres élections, on est divisé. On voit le risque de la défaite. Et là, le risque de la défaite, c'est non seulement celle des idées et des valeurs, mais c'est, encore une fois, une irresponsabilité qui serait la nôtre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2026