Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à BFM TV le 24 mars 2026, sur les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur l'agriculture française et les mesures du gouvernement pour y faire face.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Annie Genevard - Ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire ;

Média : BFM TV

Texte intégral

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Merci d'être avec nous en direct. Vous êtes ministre de l'Agriculture. Et vous avez choisi BFM TV ce matin pour faire des annonces, parce que les agriculteurs sont un peu pendus à vos lèvres. Passez-moi l'expression. Ils attendent des mesures de soutien. Les transporteurs en ont eu. Les pêcheurs en ont eu. Quel est le geste peut-être que le Gouvernement est prêt à faire pour aider nos agriculteurs, madame la ministre ?

ANNIE GENEVARD
Bien sûr. C'est absolument nécessaire. La période est très difficile, notamment pour des intrants stratégiques comme le gasoil non routier et les engrais, qui sont directement concernés par la crise de l'énergie. Et c'est la raison pour laquelle, dès l'apparition du conflit, nous avons mis en place une cellule d'urgence pour apporter des réponses attendues par la profession.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Mais aujourd'hui, vous faites quoi, madame la ministre, pour les agriculteurs ?

ANNIE GENEVARD
Alors aujourd'hui, nous annonçons un certain nombre de choses. D'abord des reports de cotisation MSA, qui est la Sécurité sociale des agriculteurs, et puis de certaines obligations fiscales. Nous mettons en place un prêt à court terme, un prêt carburant à court terme pour soulager les trésoreries qui sont les plus concernées par l'augmentation du GNR, dont je voudrais dire qu'il n'y a pas à date de difficultés de disponibilité. Et puis pour ce qui est de certaines filières, nous mettons en place des prêts structurels pour un encours à hauteur de 500 millions d'Euros pour restructurer les trésoreries qui seraient particulièrement affectées structurellement par cette crise. Et il nous faut aussi nous projeter. Au fond, cette crise, elle révèle des fragilités, notamment notre dépendance en matière d'engrais, qui sont évidemment tout à fait essentielles à la production agricole. Et c'est la raison pour laquelle je vais lancer un grand plan engrais.

MATHIEU COACHE
Voilà, un grand plan engrais. Mais vous venez d'annoncer surtout finalement des reports, des aides de trésorerie, mais pas d'aide directe pour les agriculteurs. Vous avez traversé avec eux une crise très grave de l'agriculture ces dernières années. Est-ce que vous pensez que cela va les contenter, leur suffire alors qu'ils sont en difficulté ?

ANNIE GENEVARD
Alors je voudrais dire que concernant le gasoil non routier, parce que nous sommes à un moment de l'année où les travaux dans les champs reprennent. Et donc les agriculteurs vont avoir à utiliser du GNR. Le GNR, c'est un carburant qui est déjà largement soutenu par l'État, puisque chaque année dans le budget, c'est près d'un milliard d'Euros d'allègements fiscales portant sur le GNR. Donc nous aidons déjà beaucoup l'utilisation de gasoil non routier, je le répète, pour près d'un milliard d'Euros dans le budget de 2026 comme dans les années précédentes. Donc vous voyez que la solidarité nationale n'est pas absente. Et donc les mesures que j'annonce avec les prêts à court terme pour le carburant s'ajoutent à cette aide structurelle que nous apportons sur la consommation du GNR.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Merci infiniment, madame la ministre. Nous sommes également avec Gaston DESMYTTERE que nous suivons depuis ce matin, qui est agriculteur dans le Nord. Vous venez d'écouter les annonces de votre ministre. Qu'en pensez-vous ?

GASTON DESMYTTERE, AGRICULTEUR
Oui. Tout d'abord, bonjour. Alors j'ai entendu un peu partiellement les aides que la ministre proposait. Et bon, apparemment, ça ne va pas forcément dans le bon sens pour nous, parce qu'on entend souvent parler d'aide de trésorerie qu'il va falloir rembourser plus tard. Le problème, c'est que le trou, on le fait maintenant et on n'arrivera pas forcément à le boucher plus tard quand il va falloir rembourser ces emprunts. Je m'attendais plutôt à une annonce sur la taxe sur les engrais qui est européenne et qui nous impacte beaucoup sur le coût de nos engrais, qui vient s'ajouter à la hausse des engrais au niveau mondial.

MATHIEU COACHE
Gaston, la ministre a annoncé un plan engrais. Dites-nous exactement combien coûtent ces engrais et combien ils vous coûtaient avant. Quelle a été la hausse ?

GASTON DESMYTTERE
Alors la hausse, avant la fermeture du détroit d'Ormuz, on était à peu près à 320 Euros la tonne. Maintenant, on se retrouve à plus de 400, 450 Euros la tonne. Et le problème, c'est que l'année prochaine, on risque de se retrouver avec une pénurie d'engrais. Si le détroit d'Ormuz continue d'être fermé, il n'y aura pas assez d'engrais au niveau mondial. Et les cours vont continuer de s'envoler.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mars 2026