Déclaration de M. Serge Papin, ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, sur les sociétés à mission, Paris le 24 mars 2026.

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  • Serge Papin - Ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat

Circonstance : Présentation du 9ème baromètre de l'Observatoire des sociétés à mission

Texte intégral

Madame et monsieur les coprésidents de la Communauté des entreprises à mission, [Hélène BERNICOT et Guillaume DESNOES],
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Je sens qu'il y a de la pression dans l'air, ce matin, dans cette salle. Et c'est bon signe ! Car qui dit pression élevée, dit beau temps. Et c'est le cas : le temps est au beau fixe pour les entreprises à mission en cette année 2026, si j'en crois le baromètre que vous allez détailler dans quelques instants.

Près de 2 600 sociétés à mission recensées aujourd'hui, depuis la création de ce modèle par la loi PACTE en 2019. Ce qui veut dire 500 nouvelles sociétés à mission chaque année. Une croissance continue, régulière, comme on en observe dans peu de domaines. Et ce qui me frappe dans ces chiffres, c'est qu'on retrouve des sociétés à mission dans tous les domaines : production d'énergie, transports, mais aussi la santé, ou encore l'immobilier. Ces entreprises sont implantées partout en France : 59% ont leur siège en région. C'est toute l'économie de notre pays qui est en marche : entreprise à mission se conjugue avec ancrage territorial.

Je dois vous avouer quelque chose : pour quelqu'un ayant passé l'ensemble de sa vie professionnelle dans le monde coopératif, parler de société à mission, ça résonne beaucoup. Une société, une entreprise a au coeur de son identité une mission, une finalité particulière au-delà des objectifs économiques. Ce qu'on appelle aussi sa raison d'être.

La raison d'être de l'entreprise importe tout autant que son chiffre d'affaires. Car la raison d'être d'une entreprise, c'est pour les salariés la raison d'y être… et pour les clients la raison d'y venir. Et par les temps qui courent, avoir un sentiment d'appartenance pour les salariés, c'est un gage de fidélité et d'ancrage.

Alors certains pourraient croire que ce ne sont que des mots. Que les chefs d'entreprise se mettent à faire de la philosophie en parlant de raison d'être, de finalité, voire même de bien commun. Que tout ça, c'est bien beau, mais ce qui compte, au fond, c'est la rentabilité.

Au contraire. Rien de plus concret, rien de plus engageant qu'une société à mission. Oui, à travers vos entreprises, vous portez deux enseignements forts.

Le premier, c'est que l'entreprise à mission est un lieu d'engagement, d'engagement réel.

J'ai moi-même fait partie d'un comité de mission chez Yves Rocher et à la Camif. Et je peux témoigner que tout y est : la raison d'être, des objectifs sociaux et environnementaux clairs, et une gouvernance dédiée au suivi de cette mission.

On nous dit souvent qu'il y a une crise de l'engagement. Mais chaque entreprise qui choisit librement de devenir une société à mission dément cette idée. Ce choix est libre, volontaire – il ne résulte d'aucune norme ou surtransposition, ce qui est rare -, et montre que vous avez fait un choix de conviction, un choix fort : nous voulons un capitalisme différent, plus humain, plus social, plus démocratique.

Le deuxième enseignement, c'est que cet engagement de devenir une société à mission se traduit de façon très concrète, efficace, et visible. La parole est liée aux actes.

Pour aller au-delà des chiffres cumulés dont on peut se réjouir, je voudrais prendre ici quelques exemples d'entreprises qui incarnent cette vision intégrale de l'économie. Une vision où l'économie, c'est de l'argent, mais ce sont aussi des femmes et des hommes, un territoire, un environnement naturel.

Parmi ces entreprises qui s'engagent au niveau local, je pense au Crédit Mutuel Arkea, qui investit dans des solutions pour gérer l'eau, une ressource précieuse, un bien commun, face à la sécheresse notamment en Nouvelle-Aquitaine.

Il y a aussi Le Slip Français, qui a décidé de relocaliser toute sa chaîne de production : du tricotage de la matière jusqu'au packaging, tout est fait en France. Made in France, et accessible, avec des t-shirts de qualité en vente à seulement 7,90€. Des petits prix, grâce à une production automatisée. Voilà un modèle à suivre !

Du made in France accessible, ça existe aussi pour les plus petits, avec l'entreprise Les Petits Culottés : une autre société à mission, qui s'engage à simplifier la vie des familles. Une production respectueuse de l'environnement, et qui travaille à une meilleure inclusion en faisant notamment travailler des personnes en situation de handicap en Vendée et dans les Vosges. Voilà un exemple de ce qu'il faut soutenir !

Il y a aussi Pimpant, qui a ouvert son usine en Normandie, et propose des produits d'hygiène rechargeables. Et plusieurs autres.

Je m'engage personnellement à soutenir de telles initiatives. Au sein de mon ministère, nous travaillons à accompagner des entreprises qui choisissent la voie du made in France accessible, car cette réindustrialisation de notre économie, c'est bien plus que des produits : c'est un territoire qui renaît, des emplois durables, un tissu humain qui se renforce. Les entreprises à mission, c'est aussi le pari de l'économie de proximité, où l'on peut être puissant et proche.

Chers amis,

Nous vivons aujourd'hui l'affrontement entre deux modèles économiques concurrents. D'un côté des marketplaces, guidées par la politique du chiffre au détriment de la santé, de l'environnement. C'est Shein, c'est Temu. Une économie sans foi ni loi, fondée sur le jetable, sur la consommation destructrice et qui sont prêts à abandonner leurs partenaires économiques, au mépris de l'impact social de leurs décisions comme on l'observe aujourd'hui avec le contournement de la taxe petits colis.

De l'autre, une économie qui s'enracine, qui donne du sens au travail, qui respecte l'environnement : une économie qui dure. Et ma conviction, c'est que les entreprises à mission, c'est l'avenir d'un capitalisme qui gagne, parce qu'il est créateur de sens, créateur d'emplois, créateur d'avenir. Où les gagnants ne sont pas une petite minorité, mais un capitalisme pour tous, où la valeur créée est davantage partagée.

Alors, ensemble, engageons-nous sur cette voie qui est celle d'une économie qui gagne.

Je vous remercie.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 26 mars 2026