Texte intégral
LAURENT NUNEZ
Bonjour.
MARIE CHANTRAIT
Vous êtes évidemment le ministre de l'Intérieur. Merci infiniment d'avoir accepté notre invitation ce matin. Énormément de sujets à aborder avec vous, mais d'abord cette garde à vue de Rima HASSAN, l'eurodéputée sortie libre hier soir après près de 15 heures d'audition. Elle sera jugée, on l'a appris par le parquet, devant le tribunal correctionnel en juillet prochain pour apologie du terrorisme commise en ligne. Vous avez vous-même fait un signalement après ce tweet. Beaucoup d'insoumis se sont indignés de cette garde à vue, dont le leader insoumis Jean-Luc MELENCHON qui parle de police politique. Vous êtes directement visé. Que lui répondez-vous ce matin ?
LAURENT NUNEZ
Non, ma réponse c'est que nous sommes dans un État de droit, il y a des règles qui s'appliquent, il y a une justice qui passe. Quand un député, même un député européen, publie un tweet tel que celui qui avait été publié, on a considéré que c'était de l'apologie du terrorisme, et c'était normal de faire ce signalement. On ne pouvait pas faire référence à un homme qui a été un terroriste, qui a été condamné pour avoir tué des personnes. Donc ça s'appelle de l'apologie du terrorisme, et donc c'était normal de faire ce signalement. Après, moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur les suites qui ont été données par la justice. Il y a le parquet qui a communiqué, et qui, je le comprends, a bien poursuivi pour apologie du terrorisme. Ça veut dire que l'analyse des services qui étaient les miens était la bonne. Voilà, je n'ai pas d'autre commentaire à faire. C'est normal. On le fait systématiquement, vous savez.
MARIE CHANTRAIT
Persécution politique, persécution judiciaire, encore Manuel BOMPARD ce matin. Vous dites Etat de droit encore une fois, la justice fait son travail.
LAURENT NUNEZ
L'action politique, elle doit rester dans les limites de l'État de droit, voilà. Il y a des règles à respecter. L'apologie du terrorisme, c'est une infraction qui est très grave et qui a été poursuivie à ce titre.
MARIE CHANTRAIT
J'entends votre grande prudence, une garde à vue aussi, monsieur le ministre de l'Intérieur, qui a vu aussi la fouille de ses effets personnels, de son sac, comme le veut la procédure. Et dans le sac de Rima HASSAN, des matières s'apparentant à du CBD, mais également d'autre part à de la 3-MMC, une drogue de synthèse a été retrouvée. Ça aussi, ça a été confirmé par le parquet, des éléments que dément la principale intéressée Rima HASSAN, qui parle de CBD, mais uniquement utilisé à des fins médicales. Sur ce point précis, Laurent NUNEZ, avez-vous des éléments à nous donner ce matin ?
LAURENT NUNEZ
Non, tout ça relève de l'enquête, voilà. Moi, je ne ferai aucun commentaire là-dessus. Je regrette d'ailleurs qu'il y ait eu des fuites, je comprends qu'il y ait eu quelques fuites avant que le parquet ne s'exprime, il n'y a que le parquet qui peut s'exprimer sur ces sujets.
MARIE CHANTRAIT
Et sur ce sujet, le parquet a confirmé ces éléments.
LAURENT NUNEZ
Voilà, mais je n'ai pas de commentaire à faire, je ne suis pas en charge de la procédure judiciaire.
MARIE CHANTRAIT
Et là encore, vous êtes pris à partie, à l'instar du garde des Sceaux, Gérald DARMANIN, notamment par Jean-Luc MELENCHON, qui dit que la police laisse faire un traquenard à Lyon, faisant référence évidemment à la mort de Quentin DERANQUE, les juges laissent des centaines de messages racistes, mais une députée en garde à vue et des pseudo-infos sur la drogue circulent. Manuel BOMPARD, encore une fois, il demande à ce que vous diligentiez immédiatement des enquêtes internes pour sanctionner les responsables de ces fuites, de ces pratiques, de mettre un terme, il finit sa citation.
LAURENT NUNEZ
On poursuit tout type d'infraction, tout type de délit. On ne laisse pas fonctionner, se déverser des centaines d'attaques racistes. On répond toujours à la justice, on saisit toujours la justice. Sur les fuites dont il parle, c'est mon problème.
MARIE CHANTRAIT
Et vous pourriez diligenter des enquêtes sur ces fuites ?
LAURENT NUNEZ
On n'en est pas là pour l'instant. Je veux redire qu'il y a eu un tweet de madame Rima HASSAN qui est grave, que je condamne, pour lequel on a saisi la justice, et c'est normal. Et ce n'est pas de la justice politique, c'est normal. Personne n'est au-dessus des lois, surtout sur des sujets aussi graves.
MARIE CHANTRAIT
Pas d'acharnement judiciaire ?
LAURENT NUNEZ
Il n'y a pas d'acharnement. Sur des sujets aussi graves que le terrorisme, évidemment, l'apologie en l'occurrence du terrorisme, je crois qu'il ne faut pas faiblir, c'est tout, il ne faut rien laisser passer, c'est tout ce que je peux dire ce matin. La justice a été saisie et elle est au travail. Madame Rima HASSAN était en garde à vue hier, c'est ce que j'ai vu dans la communication du parquet, et on va rester attentifs à tous ces sujets, toujours, tout le temps.
MARIE CHANTRAIT
Et on entend votre grande prudence ce matin concernant aussi cette possession de drogue, confirmée par le parquet. Pour le moment, pas de commentaire plus précis de votre part ou de confirmation ?
LAURENT NUNEZ
Non, je ne fais pas de commentaire. Si c'était le cas, c'est ce qu'on appelle une procédure incidente. Ce n'était pas l'objet principal. L'objet principal c'était ce délit d'apologie du terrorisme, qui, je le comprends, est poursuivi au final.
MARIE CHANTRAIT
Absolument, et pour être tout à fait complet, elle dément ces informations et donnera normalement une conférence de presse dans l'après-midi.
Laurent NUNEZ, plus d'un mois de conflit au Moyen-Orient, et évidemment ces risques d'importation sur notre territoire. Un attentat déjoué en fin de semaine dernière devant une banque américaine à Paris. On a appris aussi hier que la banque Goldman Sachs était placée sous surveillance à Paris également. Et cette information, qui, j'avoue, quand je l'ai lue ce matin, m'a un peu interpellée. La banque américaine, la Citi, a indiqué à certains de ses salariés de se mettre en télétravail. Je dois avouer que je me suis dit : " Est-ce qu'on renonce ? Est-ce qu'on cède finalement à la peur ? " Ou vous incitez ce type de pratiques pour ces entreprises américaines notamment ?
LAURENT NUNEZ
D'abord, la menace est toujours la même, c'est celle dont j'ai parlé depuis plusieurs jours. Le procureur national antiterroriste en a encore parlé ce matin sur une autre chaîne d'informations. Elle est là parce qu'on sait qu'un certain nombre de services iraniens peuvent agir par l'intermédiaire de proxys pour atteindre des intérêts américains, des intérêts juifs aussi sur notre territoire.
MARIE CHANTRAIT
Les proxys des intermédiaires ?
LAURENT NUNEZ
Les intermédiaires qui sont des délinquants de droit commun avec toute une chaîne de commandements. Manifestement, c'est ce qui s'est passé dans l'attaque qui a été déjouée dans la nuit de vendredi et samedi.
MARIE CHANTRAIT
Souvent très jeune pour des centaines d'Euros.
LAURENT NUNEZ
Voilà, quelques centaines d'Euros. C'est pour ça qu'on reste très vigilant dans la protection de l'ensemble de ses intérêts, particulièrement ce week-end qui est le week-end de la Pâques chrétienne, la Pâques juive.
MARIE CHANTRAIT
Et de la Pâques juive également.
LAURENT NUNEZ
Sur ce qui s'est passé, sur la Citi, c'est une décision de ces entreprises américaines. Ce sont leurs décisions. L'alerte qu'ils énoncent n'est pas recoupée par les services de renseignement français. Elle n'est pas recoupée.
MARIE CHANTRAIT
Mais vous la comprenez ? C'est une précaution nécessaire ?
LAURENT NUNEZ
J'ai toujours un peu de mal à le comprendre. Mais c'est la responsabilité de chacun des acteurs. Nous, on n'a pas à se mêler de ça. Ce que je peux vous dire, c'est que moi, je suis à la tête de services de renseignement français qui évalue la menace, notamment la Direction générale de la Sécurité intérieure, dont c'est le rôle, dont c'est la mission. Nous, on ne recoupe pas des menaces qui justifieraient que de telles mesures soient prises. Maintenant, c'est la responsabilité de chaque entreprise. Je suis en contact avec les responsables de ces entreprises qui m'ont prévenu de leur décision.
MARIE CHANTRAIT
D'inciter leurs salariés au télétravail.
LAURENT NUNEZ
Moi, je leur ai bien redit que nous, on assurait une protection de l'ensemble de ses intérêts, comme on l'a toujours fait. Cette décision a été prise. C'est de leur responsabilité. Mais ça ne correspond pas à une information des services français.
MARIE CHANTRAIT
Parce que je sais que dans la semaine, plusieurs confrères vous ont demandé : " Est-ce qu'on peut aller dans des enseignes de fast-food américaines ? " Encore une fois, vous dites : " Attention, restons sereins ". La menace est là, mais contrôlée. C'est ce que vous nous dites aussi ce matin.
LAURENT NUNEZ
On est toujours sereins. Le risque zéro n'existe pas. Mais on a un dispositif de protection qui est déployé sur tout le territoire. C'est ce que m'ont demandé le Premier ministre et le président de la République. C'est ce que je mets en place comme ministre de l'Intérieur.
MARIE CHANTRAIT
Sur le calendrier très précis, vous y faisiez référence, la Pâques, mais également la Pâques juive, là aussi, des forces de l'ordre positionnées vers les églises, vers les synagogues. C'est ça aussi ce que vous mettez en place.
LAURENT NUNEZ
Il y a un gros dispositif de protection de l'ensemble des offices, des processions, de l'entrée-sortie des fidèles dans les lieux de culte. Positions statiques ou dynamiques en fonction des lieux. Tout ça a été mis en place par les préfets de la République, que je veux évidemment saluer pour leur engagement et l'ensemble des responsables de gendarmerie et de police.
MARIE CHANTRAIT
Laurent NUNEZ, on va parler dans quelques instants de votre nouvelle loi que vous allez présenter en Conseil des ministres à la fin du mois, je crois sur le séparatisme, encore une. Mais d'abord, j'aimerais vous interroger sur un discours vieux de quelques semaines que vous avez tenu le 12 mars à la Grande Mosquée de Paris. Un long discours au cours duquel vous avez exprimé votre opposition à interdire le port du voile pour les mineurs dans l'espace public, je précise. Ces propos ressortent, ont été utilisés par certains de vos opposants politiques, je pense notamment à Marine LE PEN, sur certaines chaînes de télévision également. J'aimerais qu'on clarifie votre position là-dessus. Vous assumez tous vos propos ? Vous êtes contre l'interdiction du voile pour les mineurs ?
LAURENT NUNEZ
Ces propos, vous avez raison de le dire, c'était dans le cadre d'un discours assez long pour l'IFTAR, la rupture du jeûne, à la Grande Mosquée de Paris.
MARIE CHANTRAIT
Absolument, après le Ramadan.
LAURENT NUNEZ
Je me suis rendu comme ministre de l'Intérieur et ministre des Cultes. Le ministre de l'Intérieur, c'est aussi le ministre des Cultes. Et j'ai tenu un discours, d'ailleurs qui a été rendu public, qui est accessible d'une grande fermeté, pour rappeler, comme je le fais à chaque fois, que le Gouvernement français et moi-même, comme ministre de l'Intérieur, mais c'est aussi l'histoire de ma vie comme haut-fonctionnaire, je suis intraitable. Je suis intraitable sur le séparatisme, l'entrisme islamiste.
MARIE CHANTRAIT
La radicalisation.
LAURENT NUNEZ
C'est-à-dire que tous ces mouvements qui visent à considérer et à imposer le fait que la loi religieuse soit supérieure aux lois de la République. Et c'est ce discours de fermeté que j'ai tenu, évidemment en indiquant qu'on allait continuer à être extrêmement ferme, tout en rappelant que c'est une mission qui est délicate à mener. On n'est pas dans la brutalité, c'est parfois difficile, et c'est dans ce cadre-là que j'ai parlé de l'interdiction du port du voile de jeunes filles. C'est dans ce cadre-là que j'ai parlé, dans les mesures qui visent à éviter toute forme de stigmatisation.
MARIE CHANTRAIT
Interdiction à l'école, donc ?
LAURENT NUNEZ
Enfin interdiction à l'école, c'est dans la loi.
MARIE CHANTRAIT
C'est dans la loi, mais vous ne souhaitez pas qu'elle soit étendue à l'espace public.
LAURENT NUNEZ
Je termine, puisque tous les propos donnent lieu à polémique. C'est cette phrase qui a été complètement sortie de son contexte et commentée effectivement dans certains médias. Alors, est-ce que, très honnêtement, voir des petites filles de 6-7 ans voilées sur l'espace public me choque ? Évidemment, oui. On peut se demander où est le libre-arbitre. Quand on a 6-7 ans, on peut se demander effectivement où est le libre-arbitre. Ce que signifie cette différence imposée, finalement, imposée par des adultes. Donc est-ce que c'est un problème ? Oui, évidemment.
MARIE CHANTRAIT
Mais vous êtes contre ?
LAURENT NUNEZ
Laissez-moi finir. Est-ce que c'est une priorité dans l'action que je mène pour lutter contre l'entrisme et le séparatisme ? Je n'ai plus de leçons à recevoir de personne sur mon engagement sur ces sujets. Nous avons porté la loi de 2021. Nous avons évidemment porté les lois antiterroristes, mais je ne reviens pas à cette autre chose. Mais dans le même temps où cette polémique naît, je présente au président de la République, au Premier ministre, on a déposé d'ailleurs au Conseil d'État ces jours-ci un projet de loi qui vise à renforcer la loi pour lutter contre le séparatisme islamique. Et j'ai lancé il y a quelques jours, qui a abouti il y a 48 heures, l'interdiction du rassemblement des musulmans de France, que nous rattachons clairement à la mouvance des frères musulmans. J'ai lancé leur mesure d'interdiction. Je n'ai plus de leçons à donner de mon engagement sur ces sujets.
MARIE CHANTRAIT
Pas de leçons, effectivement. J'y reviens à ma question. Vous êtes contre ?
LAURENT NUNEZ
Je dis qu'il faut être prudent sur ce type de mesures. Il faut mener ces actions contre les adultes, contre les structures, qui essaient d'imposer les lois religieuses sur les lois de la République.
MARIE CHANTRAIT
Parce que vous dites que ça brouille le message ?
LAURENT NUNEZ
Ce n'est pas que ça brouille le message. Ce sont des mesures qui peuvent conduire à stigmatiser, à donner l'impression à nos compatriotes musulmans que finalement, on ne les associe pas à la communauté nationale. Ce qui est faux.
MARIE CHANTRAIT
Pourquoi selon vous, ces propos ressortent maintenant ? Encore une fois, il date du 12 mars. Il y a quoi ? Une utilisation politique…
LAURENT NUNEZ
Ce sont des propos que j'ai toujours tenus. Mes propos ont toujours été dans la fermeté. Je n'en ai pu à en faire la démonstration. Ça fait 15 ans que je lutte contre le séparatisme et l'entrisme islamique avec beaucoup de fermeté. Ils sortent effectivement maintenant. Je ne sais pas. Peut-être qu'il faut que je rapproche ça à la dénonciation que j'ai faite, de propos qui avaient pu être tenus et, en tout cas, qui sont poursuivis en justice. On verra quelle suite sera donnée en matière de propos qui avaient un caractère d'injure publique contre le nouveau maire de Saint-Denis. Je n'en sais rien. Je ne fais pas de commentaire. Ce que je veux rappeler, c'est ma fermeté et en même temps…
MARIE CHANTRAIT
C'est votre fermeté et ce nouveau projet de loi contre le séparatisme, ça aussi…
LAURENT NUNEZ
Vous savez, je suis le ministre de l'Intérieur. Le ministre de l'Intérieur, c'est le ministre du vivre-ensemble, de la cohésion nationale, c'est le ministre du lien. Je dois veiller à ce que tout le monde vive ensemble et ferme avec les plus durs…
MARIE CHANTRAIT
Mais vous comprenez peut-être que d'un point de vue de certains de vos opposants, ces propos créent peut-être le trouble.
LAURENT NUNEZ
Je trouve surtout qu'ils sont sortis de leur contexte et qu'ils font fi de tout ce qui a été mon engagement en matière de lutte contre l'islamisme politique. Et ceux qui les ont tenus n'ignorent pas mon engagement.
MARIE CHANTRAIT
Et c'est très clair sur le projet de loi contre le séparatisme, pardonnez-moi, je le disais, encore un. Parce qu'une loi a été votée en 2021. Ce n'était pas suffisant. Il en faut encore un ? Aux téléspectateurs qui nous regardent, qui se demandent est-ce qu'on empile les textes les uns sur les autres.
LAURENT NUNEZ
C'était suffisant. On a fermé énormément de structures associatives qui étaient dans le séparatisme islamiste. On a fermé aussi des lieux de culte. On continue à le faire. Il y a énormément de contrôles d'accueil collectif de mineurs. Il y a un certain nombre - et c'est pour ça qu'il y aura un nouveau projet - il y a un certain nombre de structures que l'on ne peut pas atteindre à droit constant. Donc on modifie. On a un sujet sur les fonds de dotation. On a un sujet sur le contrôle de l'accueil collectif des mineurs. Il faut qu'on puisse tous les contrôler. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. On a un sujet sur les publications aussi, les publications pour les plus jeunes. C'est la protection des mineurs.
Pour les publications des plus jeunes, on a des polices spéciales. Mais on voudrait pouvoir, plus généralement, interdire des ouvrages qui comportent des propos qui appellent à la haine, à la violence ou discriminatoire.
MARIE CHANTRAIT
Rapidement, est-ce que vous aurez le temps ? On a compris dans la bouche du Premier ministre que cette année, avant la présidentielle, ne devrait pas être une année pour rien. Mais on s'interroge sur le calendrier législatif. Est-ce que vous irez au bout de l'examen de ce texte ?
LAURENT NUNEZ
On verra à quel moment on l'inscrit. En tout cas, on le dépose et on continue à travailler sur ce sujet. Mais dans le même temps, vous savez, on n'est pas les bras ballants. On a des textes juridiques qui nous permettent d'agir. On le fait tous les jours. Et les préfets en font la démonstration tous les jours sur le territoire de la République.
MARIE CHANTRAIT
Laurent NUNEZ, les élections municipales, récentes élections municipales, ont été le révélateur d'une violence contre les élus. Il y a parfois des actes de violence, mais également la violence dans les mots. Hier soir, on a appris que le parquet de Paris ouvrait une enquête pour injures à caractère raciste après que le maire de Saint-Denis, Bally BAGAYOKO, a été visé sur la chaîne de télé CNews. Est-ce que vous, cette enquête, l'ouverture de cette enquête, vous satisfait ce matin ?
LAURENT NUNEZ
Ça va permettre d'éclaircir les choses.
MARIE CHANTRAIT
Vous avez parlé d'attaques ignobles, d'injures ignobles à l'Assemblée nationale.
LAURENT NUNEZ
Bien sûr, il y a des propos qui ont été tenus. Tout le monde a en tête ces propos. Je l'ai dit, je l'ai qualifié, je le redis. Ce sont des attaques qui sont ignobles. La justice a été saisie. C'est le maire de Saint-Denis qui a porté plainte. Et le préfet de la Seine-Saint-Denis va se porter partie civile.
MARIE CHANTRAIT
Un rassemblement doit se tenir, d'ailleurs, dans la ville de Saint-Denis, demain, samedi à 14h. Vigilance là aussi particulière ? Pas d'interdiction ? Vous laissez ce rassemblement se tenir ?
LAURENT NUNEZ
C'est un appel contre le racisme. Il y a un certain nombre de structures, d'associations qui appellent à ce rassemblement. Ce que je veux rappeler, évidemment, il n'y aura pas d'interdiction de ce rassemblement qui sera encadré. C'est un rassemblement contre le racisme. Je ne voudrais pas que, eu égard aux structures qui appellent à se réunir ce jour-là, que ce rassemblement se transforme en rassemblement anti-police, ou qu'on entende des slogans anti-police. Il y a une cause, la lutte contre le racisme, qui est une cause juste. Ne mélangeons pas tout. Et je souhaite vraiment qu'il n'y aura pas de débordement, évidemment, sur l'espace public, mais pas non plus de débordement dans les slogans.
MARIE CHANTRAIT
Mais c'est une crainte que vous pouvez avoir, vous, en tant que ministre de l'Intérieur ? Ou des remontées, vous avez des renseignements ?
LAURENT NUNEZ
Ce n'est pas une crainte que j'ai. Je rappelle la règle, et voilà, ça me paraît important de le rappeler.
MARIE CHANTRAIT
Laurent NUNEZ, Saint-Denis, mais comme d'autres villes aussi conquises par les Insoumis à l'occasion de ces élections municipales, qui ne souhaitent pas que leur police municipale soit armée, ou en tout cas remette en cause ce principe. Vous avez présenté, en Conseil des ministres, un projet de loi sur la sécurité du quotidien. Plus de répression envers les infractions troublant le quotidien des Français, donne plus d'outils aux forces de l'ordre. On s'interroge sur son application des libertés individuelles aussi, des associations s'en inquiètent. Est-ce que vous craignez peut-être que certains articles puissent être retoqués ou tout a été fait pour que l'application soit possible ?
LAURENT NUNEZ
Non. Il y a déjà des mesures qui visent à durcir certaines infractions qui empoisonnent la vie de nos concitoyens, qui sont des infractions graves : les rodéos, l'usage des mortiers, les rêves-parties illicites, les squats, l'utilisation du protoxyde d'azote… Je ne pense pas que ce sont des sujets assez consensuels. Et puis, il y a une seconde partie à ce projet de loi. Il y a un choc d'autorité. On réprime plus sévèrement des infractions. On crée des procédures administratives pour avoir un effet immédiat pour lutter contre toutes les infractions que je viens de citer. Et puis, il y a un volet qui vise à renforcer les moyens des forces de sécurité intérieures, avec notamment l'usage des lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation. On a des possibilités accrues de réaliser des fouilles, des contrôles pour lutter contre la délinquance et la criminalité organisée. Évidemment que ces mesures seront plus débattues, mais c'est mon rôle de porter le texte et c'est mon rôle d'expliquer à la représentation nationale toute l'utilité des mesures que nous proposons pour mieux lutter contre la délinquance et la criminalité organisée. Et c'est ce que tout le monde souhaite.
MARIE CHANTRAIT
Mais vous entendez les appels de certaines associations qui disent notamment sur la vidéosurveillance algorithmique que peut-être on va trop loin, que sur les libertés individuelles précisément, il y a peut-être des failles et des choses qui ne vont pas dans le bon sens.
LAURENT NUNEZ
Je pense que vous pointez la seule mesure qui sera discutée, comme quand elle a été expérimentée pendant les Jeux olympiques, comme elle a été introduite pour les Jeux olympiques d'hiver à venir, et elle sera évidemment commentée. Elle avait été adoptée et nous expliquerons qu'il ne s'agit que d'une assistance aux opérateurs vidéo pour leur permettre de mieux détecter des événements anormaux et ceux pour lutter contre le terrorisme ou les menaces et les atteintes graves à la sécurité des personnes. Je défendrai ce texte. Je vais le porter jusqu'au bout. Mais vous citez effectivement la mesure qui…
MARIE CHANTRAIT
…Qui pourrait faire l'objet ?
LAURENT NUNEZ
Qui mérite une pédagogie renforcée et c'est ce que je ferai.
MARIE CHANTRAIT
On arrive à la fin de cette interview. Juste une dernière question. Vous êtes allé en Algérie il y a quelques semaines. Avez-vous des nouvelles de notre compatriote Christophe GLEIZES quant à sa libération ?
LAURENT NUNEZ
L'affaire est suivie par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Évidemment, j'avais évoqué ce dossier. Je l'avais dit. Mais je vous le redis, en accord avec la famille de Christophe GLEIZES, je ne souhaite pas évoquer publiquement les échanges que j'ai pu avoir là-dessus. Ce que je peux vous dire, c'est que la relation policière-judiciaire et la coopération migratoire avec l'Algérie repart.
MARIE CHANTRAIT
Mais on a une pensée pour notre confrère, encore ce matin, Christophe GLEIZES, toujours emprisonné.
LAURENT NUNEZ
Evidemment.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 avril 2026