Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à France Info le 9 avril 2026, sur la hausse des prix du carburant, le conflit au Moyen-Orient et la politique économique du gouvernement.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Roland Lescure - Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique ;
  • Agathe Lambret - Journaliste

Média : France Info

Texte intégral

Agathe LAMBRET
Bonjour Roland LESCURE.

ROLAND LESCURE
Bonjour. Bonjour à tous les deux.

PAUL LARROUTUROU
Bonjour à tous.

AGATHE LAMBRET
Bonjour Paul. Merci d'être avec nous sur France Info.

ROLAND LESCURE
Merci à vous.

AGATHE LAMBRET
Alors que le monde est suspendu à une trêve fragile entre l'Iran et les États-Unis, jour 2 aujourd'hui, une trêve qui, à peine annoncée, a fait chuter les cours du pétrole. Roland LESCURE, est-ce que les prix des carburants vont enfin baisser ?

ROLAND LESCURE
C'est absolument indispensable. Vous l'avez dit : les prix du pétrole ont baissé. La baisse qu'on a eue en 24 h, c'est historique : plus de 15 dollars le baril en une journée. En général, ça monte vite. Là aussi, sur les marchés, ça a tendance à baisser plus lentement. Et vous l'avez dit : c'est l'annonce d'un cessez-le-feu. On est passé, en 24 h, de la destruction d'une civilisation à un cessez-le-feu, qu'on espère durable. Donc, évidemment, nous l'avions dit, je le répète, et aujourd'hui, on aura une réunion avec les distributeurs pour s'en assurer : c'est monté vite, il faut que ça baisse vite. Et donc, on s'attend à ce que les prix à la pompe baissent dans les heures, dans les jours, qui viennent.

AGATHE LAMBRET
Vous allez leur demander quoi concrètement aux distributeurs ?

ROLAND LESCURE
Moi, je vais leur demander d'être aussi réactifs à la baisse qu'à la hausse. On a vérifié, parce que la confiance n'exclut pas le contrôle, qu'à la hausse, il n'y avait pas d'excès sur les marges des distributeurs. Vous savez qu'on peut, en théorie, contrôler les marges des distributeurs. Et on leur a dit...

PAUL LARROUTUROU
... en théorie ?

ROLAND LESCURE
Parce qu'on ne l'a pas fait, même si, je vais vous le dire, le décret était prêt, parce qu'on a considéré, en observant la réalité, qu'il n'y avait pas d'excès sur les marges. Vous savez qu'on a multiplié les contrôles, et qu'effectivement, à part les 5% habituels d'abus qui, d'ailleurs, ont été sanctionnés, 95% des stations jouaient les jeux. À la hausse, il n'y a pas eu d'excès. Il faut qu'à la baisse, on retrouve, je dirais, la même réactivité, et c'est ce qu'on va leur dire aujourd'hui. Je dois reconnaître que certains se sont déjà engagés. L'UFIP, qui est l'organisation de professionnelles, a annoncé hier...

PAUL LARROUTUROU
Justement, ils annoncent que les prix pourraient baisser de 5 à 10 centimes. C'était Olivier GANTOIS, son président, hier, sur France Info. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce chiffre ? 5 à 10 centimes, c'est l'objectif, c'est réaliste ?

ROLAND LESCURE
Non mais, un, je ne donne pas d'objectif. Et deux, je dirais, si on peut aller plus loin, il faudra aller plus loin.

PAUL LARROUTUROU
Plus de 10 centimes ?

ROLAND LESCURE
Non, mais, pour l'instant, on a 24 heures. Le pétrole a baissé de 15%, ce qui est énorme. Si vous faites le travail, je dirais, comptable, mécanique, ça fait effectivement à peu près 5 à 10 centimes. On va voir. Si la baisse du pétrole se poursuit, moi, ce que je m'attends, c'est à ce que la baisse de l'essence à la pompe, et du gasoil surtout, parce que vous savez que c'est ce qui a augmenté le plus...

AGATHE LAMBRET
1,70 euros avant la guerre pour le gasoil. Il a pris 65 centimes. Il est en moyenne à 2,37 euros le litre aujourd'hui. Sur un plein, ça fait 30 euros de plus par plein. Quand est-ce que les Français retrouveront ce prix-là, ce prix d'avant ?

ROLAND LESCURE
Écoutez, j'allais dire : demandez aux belligérants. Vous savez qu'on ne l'est pas, et que nous, on participe plutôt à trouver des solutions diplomatiques, y compris, une fois que le cessez-le-feu, j'espère, sera durable, pour libérer le détroit d'Ormuz. Il manque aujourd'hui, dans le monde, 12 millions de barils tous les jours. Et ces 12 millions de barils tous les jours qui manquent, ils manquent essentiellement en Asie, mais ils se traduisent par une forte hausse des prix qui nous affecte tous et tous. C'est un choc, j'ai eu l'occasion de le dire, qui affecte l'ensemble de l'économie française. Le rôle, la responsabilité du Gouvernement, c'est un, de s'assurer qu'on ait de l'essence. Et ce que je peux vous annoncer aujourd'hui, j'ai les chiffres de 8 h ce matin.

AGATHE LAMBRET
Vous avez les chiffres des pénuries ?

ROLAND LESCURE
Ce n'est pas des pénuries, mais c'est qu'effectivement, des stations, je dirais, qui font beaucoup de plein pour les automobilistes, ont tendance à manquer d'essence le temps qu'on leur approvisionne. Au sortir du week-end de Pâques, on était à 2 0%. On est ce matin, à 8 h, à 13%. Donc, ça baisse. Donc, les mesures qu'on a prises pour s'assurer qu'on ait de l'essence dans les stations-service. Des dérogations pour que les camions puissent livrer la nuit, le week-end. Le suivi au quotidien. Je vous annonce aussi qu'à partir d'aujourd'hui, on aura sur le site carburant.gouv.fr la disponibilité des carburants, une fois par jour, dans toute la France. Donc, si vous arrivez à une station où il n'y a pas d'essence, cliquez sur le site, vous en trouverez une où il y en a. Donc, premier point : information, information, information, transparence. Et deux : s'assurer que du côté des prix, quand on a de l'essence, il n'y a pas d'abus. Et trois : s'assurer que cette crise qui va nous coûter, je dirais, elle n'est pas supportée par les plus fragiles. C'est pour ça qu'on a privilégié les secteurs les plus exposés dans notre réponse initiale.

AGATHE LAMBRET
Les aides ciblées. Mais pardon, Roland LESCURE, là, vous nous dites " A court terme, ça va baisser de 5 à 10 centimes ". C'est-à-dire...

ROLAND LESCURE
J'espère qu'on ira plus loin, mais ça dépendra du prix du but final.

AGATHE LAMBRET
C'est-à-dire, vraiment, de pas grand-chose, aujourd'hui, pour les gens qui vont faire leur plein. Vous aviez prévu de nouvelles aides ciblées, que vous deviez annoncer en début de semaine. Nous sommes jeudi : toujours pas d'aides qui se profilent. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que maintenant qu'il y a un cessez-le-feu, vous renoncez à ces nouvelles aides ciblées ?

ROLAND LESCURE
Non, ça veut dire que cette crise, elle évolue tous les jours et que notre réponse, elle doit être flexible et adaptable.

AGATHE LAMBRET
Mais donc, pas d'aides pour l'instant, pas de nouvelles aides pour l'instant ?

ROLAND LESCURE
À ce stade, on attend de voir comment évolue la situation internationale dans les jours qui viennent. On est prêt à adapter notre réponse à l'évolution de la crise. Mais reconnaissons-le : depuis 48 heures, ça va plutôt mieux. Le carburant, j'espère, va baisser.

AGATHE LAMBRET
5 à 10 centimes ?

ROLAND LESCURE
On verra, peut-être plus.

AGATHE LAMBRET
Pour les infirmiers libéraux, par exemple, vous dites : " Vous pouvez continuer comme ça ". Certains posent des arrêts maladie, parce que ça devient trop cher pour eux de prendre leur voiture pour aller travailler.

ROLAND LESCURE
J'entends, mais vous savez que quand un certain nombre de pays ont mis en place des baisses de taxes importantes, des milliards d'euros, la baisse de l'essence à la pompe qui va avec, c'est aussi quelques centimes. Donc, là, en 24 heures, on a l'équivalent d'une baisse de la TVA qui, oui, ne coûte rien à l'État, qui permet de donner un peu d'oxygène. On espère que ça va durer. Et si ça ne dure pas, je peux vous dire qu'on sera prêt à mettre en place des aides qui resteront économes du denier public, parce que c'est mon devoir, ma responsabilité, ciblées sur ceux qui en ont plus besoin.

AGATHE LAMBRET
Vous les avez préparées, déjà, ces aides ?

ROLAND LESCURE
Bien sûr. On est prêt.

AGATHE LAMBRET
Elles sont posées sur une étagère ?

PAUL LARROUTUROU
Ça pourrait être quoi ?

ROLAND LESCURE
Non, non, non, je ne vais pas rentrer dans le détail, perce qu'on verra bien.

PAUL LARROUTUROU
Dommage.

ROLAND LESCURE
Oui, je sais. Je comprends, mais aujourd'hui, moi, ce que je souhaite, c'est qu'on puisse adapter la réponse de l'État à la situation réelle sur le terrain.

PAUL LARROUTUROU
J'aimerais vous interroger sur la réponse de TOTAL, qui a plafonné les prix. Ils sont un peu plus tôt au-dessus. Là, ils ont réussi à être au-dessous, à plafonner les prix. Est-ce que, dans votre réunion si importante à 15 heures avec le distributeur, vous allez leur demander de réfléchir à un plafonnement des prix, si le détroit d'Ormuz met du temps à être débloqué ?

ROLAND LESCURE
Non, mais depuis le début, on a décidé que le plafonnement des prix, généralisé et décidé par le ministre de l'Économie, c'était une mauvaise idée. Pourquoi ? Parce que soit vous plafonnez les prix trop hauts, et tout le monde va s'y mettre, et là, vous aurez une hausse des prix. Soit, vous les plafonnez trop bas, au sens où certains distributeurs intermédiaires vont perdre de l'argent en vendant de l'essence à ce prix-là. Ils arrêteront de vendre de l'essence. Le plafonnement des prix généralisé et décidé par le ministre de l'Économie, c'est l'usine à pénurie. Ça, on veut l'éviter. Ensuite, qu'il y ait des distributeurs, qu'il y ait des stratégies qui nous permettent, grâce à la concurrence, qui existe en France, de baisser les prix ou de les plafonner, tant mieux. Et d'ailleurs, on parlait tout à l'heure des difficultés d'approvisionnement qu'on a eues dans les stations-services. C'était essentiellement chez TOTAL. Ils étaient moins chers que tout le monde.

AGATHE LAMBRET
Parce qu'ils ont plafonné les prix. Mais Mathilde PANOT, l'insoumise qui était à votre place sur ce plateau et qui réclame ce plafonnement des prix, un blocage des prix, elle dit " Mais ça se fait ailleurs. Ça se fait à La Réunion. Ça ne coûte pas un euro à l'État ".

ROLAND LESCURE
Mais bien sûr que si.

AGATHE LAMBRET
Elle dit que non.

ROLAND LESCURE
Soit, vous compensez, soit vous organisez la pénurie, puisque vous vendez à perte. La raison pour laquelle on le fait dans certains départements d'outre-mer, c'est qu'il n'y a pas de concurrence là-bas. Donc, effectivement, si vous libérez les prix dans ces départements, vous vous retrouvez avec des prix à la hausse.

PAUL LARROUTUROU
Et le préfet change, comme on l'a appris dans Le Vrai ou Faux de l'Info, ce matin, sur France Info, le préfet varie les prix selon les prix justement. C'est un département qui est organisé.

ROLAND LESCURE
Mais bien sûr. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de formule magique. Si vous voulez qu'il y ait des acteurs qui distribuent de l'essence à La Réunion, à Mayotte, ou ailleurs, il faut que ce soit en ligne avec les prix de marché. Comme il n'y a pas de concurrence, contrairement à la métropole, l'Hexagone, on a vu effectivement des prix plutôt tenus, c'est le préfet qui les tient, je dirais, à la place du marché. Mais quand le pétrole augmente, les prix à La Réunion, à Mayotte, ou ailleurs, ils augmentent aussi. C'est un choc extérieur qui affecte l'ensemble des pays mondiaux.

PAUL LARROUTUROU
Un choc pétrolier ?

ROLAND LESCURE
Les seuls pays qui y gagnent, ce sont les pays qui produisent du pétrole. On ne produit pas de pétrole. Et il faut qu'on trouve d'autres solutions. Et j'espère qu'on aura l'occasion d'y revenir.

AGATHE LAMBRET
Mais on a des stocks que vous avez payés moins cher. Est-ce que ça ne peut pas servir à faire baisser les prix, ça ?

ROLAND LESCURE
Mais non, parce que les stocks stratégiques, qu'on libère de manière parcimonieuse pour s'assurer qu'on ait de l'essence partout en France, ils sont aujourd'hui reconstitués aux prix du marché. Donc si le pétrole est à cent dollars, il faut les reconstituer à cent dollars. On a deux enjeux. On a un enjeu de volume : premier objectif très clair, s'assurer qu'on n'ait pas de choc pétrolier en France, pour reprendre votre question et qu'on ait du volume, qu'on ait de l'essence. Pour tout le monde. Et ensuite, qu'on essaye de limiter l'impact de la hausse sur l'économie française, parce qu'on veut préserver la croissance. Mais qu'on préserve aussi le déficit public, parce que ça, c'est ce qu'on doit à nos enfants.

AGATHE LAMBRET
On vous entend, et c'est pour ça que vous dites ce matin : à court terme, pas de nouvelles aides, alors que ces nouvelles aides avaient été promises par le Gouvernement ces derniers jours, le cessez-le feu...

ROLAND LESCURE
Parce qu'on a une amélioration réelle qui, j'espère, va se traduire à la pompe.

AGATHE LAMBRET
Alors, pardon, Roland LESCURE, mais vous connaissez bien la politique américaine. Vous avez été député des Français d'Amérique du Nord. Vous nous dites : " On a une amélioration réelle ". Quand on voit la versatilité de Donald TRUMP, que vous avez rencontré d'ailleurs, vous pensez vraiment qu'on est tirés d'affaire avec ce cessez-le-feu ?

ROLAND LESCURE
Non, c'est fragile. Ça reste fragile. Évidemment, ce qui se passe au Liban est absolument inacceptable. Vous le savez, la France souhaite que le Liban soit intégré au cessez-le-feu dans la région. Il n'y a pas de raison que le Liban soit une victime, j'allais presque dire expiatoire, de ce qui se passe dans le Golfe aujourd'hui. Le HEZBOLLAH attaque Israël, c'était inacceptable. La réponse aujourd'hui d'Israël est disproportionnée.

AGATHE LAMBRET
Vous dites qu'elle est disproportionnée ?

ROLAND LESCURE
C'est le ministre des Affaires étrangères qui le dit, mais évidemment, je reprends ses mots.

PAUL LARROUTUROU
Des attaques israéliennes, des bombardements massifs au Liban, ont fait 182 morts hier. On écoute Joshua ZARKA, ambassadeur d'Israël en France, invité de France Info ce matin.

JOSHUA ZARKA, AMBASSADEUR D'ISRAËL EN FRANCE
Le Gouvernement libanais fait un choix, par crainte d'une guerre civile, de ne pas faire l'effort de désarmer le Hezbollah. Ça fait des années que le Hezbollah a pris en otage ce pays en entier. Et le Hezbollah a fait un choix de ne pas se désarmer, malgré les résolutions du Conseil de sécurité, et malgré l'accord de cessez-le-feu qu'il a lui-même signé. Cette guerre au Liban, nous ne l'avons pas demandée. Elle nous a été imposée. "

PAUL LARROUTUROU
Le président MACRON a pourtant appelé à inclure le Liban dans le cessez-le-feu. Les Israéliens répondent que c'est complètement hors de question. Est-ce que la France est impuissante ?

ROLAND LESCURE
Non, je peux vous dire, pour suivre tout ça de très près, que la France n'est pas impuissante. On est dans une situation difficile, où nous continuons à jouer le jeu de la diplomatie. Nous parlons à tout le monde. Je pense qu'il n'y a personne au monde aujourd'hui qui est capable de parler à tout le monde. On ne va pas tout régler tout seuls. On a bien vu que les Palestiniens avaient joué un rôle important, que le sultanat d'Oman a joué un rôle important dans la libération des otages français. Mais la capacité qu'a la France, à la fois à montrer qu'on a des moyens ? le porte-avions Charles de Gaulle, les frégates dans la région, qui pourront, une fois que la désescalade sera en oeuvre, contribuer à sécuriser le détroit d'Ormuz, mais aussi une capacité à parler à tout le monde, et notamment évidemment au Liban, où c'est essentiel. Ce qui est vrai aujourd'hui, c'est que les États-Unis vont jouer un rôle très important dans les heures, dans les jours qui viennent, sur la capacité du cessez-le-feu à concerner aussi le Liban. Malgré les exactions du Hezbollah, nous demandons à ce que le Liban soit intégré dans ce cessez-le-feu, et qu'on puisse aller vers un processus de paix pour l'ensemble de la région. Pas seulement évidemment pour des raisons économiques. Le ministre de l'Économie aujourd'hui, il vous le dit, il sera à Washington la semaine prochaine. Je vais présider un G7 des ministres des Finances mercredi prochain, je vous l'annonce également. Parce que si on n'est pas capables aujourd'hui de se coordonner, d'échanger de l'information, d'évaluer les diagnostics et d'agir... Vous savez que grâce à l'action du G7, grâce à l'action de la France, on a libéré des stocks stratégiques de manière à s'assurer qu'on donne un message aux marchés, de volonté de s'assurer qu'il y ait du pétrole partout, même s'il y a des zones qui en manquent. Donc, non, la France agit, mais la France n'agit pas seule. On est dans un monde multilatéral. On sait que les États-Unis jouent un rôle très important. La France joue un rôle essentiel, et il faut qu'on continue à le faire.

PAUL LARROUTUROU
Vous nous annoncez ce matin que vous allez présider un G7 à Washington, mais vous pensez vraiment que les Américains et les Israéliens vont vous écouter ?

ROLAND LESCURE
Alors, les Israéliens ne sont pas membres du G7...

PAUL LARROUTUROU
Bien sûr, bien sûr, mais par communiqué interposé, voulais-je dire.

ROLAND LESCURE
Mais j'espère en tout cas que ça va être le cas. Le rôle de la France, c'est de rappeler que le Gouvernement libanais fait face à une tâche extrêmement difficile. Il a encore des forces armées du Hezbollah sur son territoire qui sont très difficiles à éradiquer et qui doivent cesser leurs exactions. Mais on est aux côtés du Gouvernement libanais. Sans la France, on n'aurait sans doute pas de Gouvernement libanais du tout. Je rappelle quand même que c'est grâce à l'action de la France qu'on a pu mettre en place un Gouvernement. Et surtout on est aux côtés du peuple libanais.

AGATHE LAMBRET
Oui, mais Roland LESCURE, quelques heures après qu'Emmanuel MACRON, hier, a appelé à inclure le Liban dans le cessez-le-feu, il y a eu des frappes massives d'Israël sur le Liban, des bombardements qui ont fait 182 morts. Donc pour l'instant, être aux côtés des Libanais ne change pas la réalité des Libanais sur place.

ROLAND LESCURE
Non mais je peux vous dire que cette situation ne va pas se régler en 24 heures. Elle est extrêmement compliquée.

AGATHE LAMBRET
Elle ne va pas se régler en 24 heures, elle va se régler en combien de temps-là ? Parce que vous dites que ce cessez-le-feu est fragile, la situation au Liban ne va pas se régler non plus. Quelles sont les perspectives aujourd'hui ? Vous pensez que ça va durer combien de temps ? Ça compte en semaines, en mois ?

ROLAND LESCURE
À ce stade, le cessez-le-feu est annoncé pour quinze jours. À ce stade, sauf au Liban, il est respecté. À ce stade, on a un marché, notamment un marché de l'énergie, qui se calme. On va voir si dans les quinze jours qui viennent, on peut mettre en place les conditions pour le pérenniser. Vous savez qu'il y a des conditions de négociation qui sont aujourd'hui clairement en phase de négociation et on espère qu'on va pouvoir pérenniser ce cessez-le-feu. Mais la situation est fragile, c'est la raison pour laquelle nous, on suit les choses de très près. C'est la raison pour laquelle que tout ce qui est fait n'est plus à faire : la baisse du pétrole sur les marchés doit se retrouver à la pompe et j'espère qu'on va rentrer dans une espèce de cercle vertueux qui va nous amener à une désescalade durable et à une paix durable. Mais aujourd'hui, évidemment, rien n'est acquis. On a un premier rayon de soleil, mais il est plutôt, je dirais clair-obscur. On a encore beaucoup de nuages à l'horizon. Il faut qu'on arrive à les dégager. Et vraiment, j'insiste là-dessus, ce n'est pas facile aujourd'hui, mais la France joue un rôle essentiel. Soyons-en conscients, si ce n'est fiers.

AGATHE LAMBRET
Roland LESCURE, on va vous demander combien cette guerre a coûté aux Français, mais pour l'instant, il est 8 h 48 et c'est l'Info en une minute avec Maureen SUIGNARD.

(...)

Avec Roland LESCURE, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Cette guerre dure depuis 40 jours et a des conséquences aussi pour le porte-monnaie des Français, Paul.

PAUL LARROUTUROU
Monsieur le ministre, ce matin sur France Info, est-ce que vous pouvez nous dire combien cette guerre a coûté aux Français ?

ROLAND LESCURE
Non, c'est trop tôt. Ce que je peux vous dire à ce stade, c'est qu'en termes de finances publiques, la note, si ça dure toute l'année, sera aux alentours de 4,8 milliards d'euros. C'est beaucoup d'argent.

AGATHE LAMBRET
Au total.

ROLAND LESCURE
Que sur la croissance, à ce stade, l'impact est relativement modéré, mais tout va dépendre de l'évolution du conflit. Pourquoi ? Parce qu'on est rentré dans ce conflit plutôt, je dirais, en bonne forme. On avait une croissance qui était plutôt au-dessus de ce qu'on attendait. On va avoir un ralentissement lié à cette crise. Et si, ce que j'espère, cette crise s'estompe dans les semaines qui viennent, on restera sans doute en phase. On attendait 1% de croissance pour 2026. La Banque de France vient de sortir à 0,9% de prévision. L'INSEE dit que si tout se passe bien, à la fin du premier semestre, on aura déjà 0,9% de croissance embarquée. Donc, on est à peu près en phase avec ce qu'on attendait. Le 21 avril, on réunit ce qu'on appelle le comité d'alerte des finances publiques, où on va échanger notamment avec les parlementaires pour leur donner l'état de la croissance et des finances publiques à la fin du premier trimestre. Ça avait été mis en place l'année dernière pour s'assurer qu'on arrive là où on avait prévu d'arriver. Vous savez que l'année dernière, on a fait un déficit public plutôt meilleur qu'attendu. On veut rester à 5% de déficit cette année.

PAUL LARROUTUROU
Justement, le coût de la dette risque d'exploser à cause de la guerre. C'est une vraie préoccupation pour vous.

ROLAND LESCURE
Alors, ça, les 4,8 milliards dont je parlais tout à l'heure, c'est essentiellement, et là encore, ça bouge tous les jours, les taux ont baissé depuis 24 heures, le niveau des taux d'intérêt qui renchérit le coût de la dette. La raison pour laquelle depuis 24 heures, je dirais, je trouve que ça va mieux, c'est évidemment le pétrole, mais aussi les taux d'intérêt qui baissent.

AGATHE LAMBRET
Des taux d'intérêts qui baissent. Il y a l'augmentation des taux d'intérêt liés à la guerre, il y a les aides ciblées du Gouvernement, il y a aussi le déploiement de la marine française en Méditerranée, notamment notre porte-avions Charles de Gaulle. Quelle est la part des dépenses militaires pour les Français ? Parce que ça coûte très cher de déployer ces moyens-là.

ROLAND LESCURE
Alors, c'est contenu dans ce qu'on appelle le budget des opérations extérieures, qui sont toujours provisionnées d'une année sur l'autre. Évidemment, on ne prévoit pas les guerres, mais on s'y prépare au cas où. Donc, elles sont, je dirais, provisionnées dans le budget. Là encore, il est trop tôt pour savoir.

AGATHE LAMBRET
Vous ne pouvez pas nous donner ?

ROLAND LESCURE
Non, non, je ne peux pas vous le dire. Et j'allais dire, même si je l'avais, je ne vous le donnerais pas, parce que ce sont des sujets confidentiels. Donc, il nous arrive de rendre des comptes devant...

PAUL LARROUTUROU
C'est bon ou c'est mauvais ?

ROLAND LESCURE
Non. Mais là, quand vous faites face à des enjeux de défense nationale, vous ne vous demandez pas si c'est bon ou si c'est mauvais.

PAUL LARROUTUROU
Si c'est soutenable ?

ROLAND LESCURE
Non, mais bien sûr. On a voté une loi de programmation militaire. La ministre des Armées a présenté son actualisation hier. Et quand on programme les dépenses militaires sur les cinq ans qui viennent, in fine, on aura doublé les dépenses militaires en France de 2017 à 2027. Donc, on a investi dans nos armées. Je dirais, malheureusement, l'avenir nous a donné raison, puisqu'on fait face, aujourd'hui, à une conflictualité plus forte que jamais.

AGATHE LAMBRET
Et dans ce contexte, Roland LESCURE, est-ce que le budget 2027 sera plus dur que le budget 2026 ?

ROLAND LESCURE
Alors, il ne sera pas facile. Mais surtout, ça devra être un budget de priorité. La priorité à la souveraineté, évidemment, militaire. La priorité à la souveraineté énergétique. Parce qu'une fois de plus, on voit bien qu'une crise comme ça, ça doit nous forcer à accélérer comme la France l'a fait dans les années 70 avec le programme électronucléaire. Donc, la programmation pluriannuelle de l'énergie, forte hausse de l'électrification. On était à 90% d'hydrocarbures dans les années 70. On est à 60% aujourd'hui. Tant mieux. On est mieux protégé que d'autres face à cette crise. Il faut qu'on continue à baisser notre dépendance aux hydrocarbures pour des raisons écologiques, pour des raisons économiques et pour des raisons géopolitiques. Donc, la programmation pluriannuelle de l'énergie et l'électrification. Aujourd'hui, à 11 heures, réunion chez le Premier ministre avec les ministres concernés, dont votre serviteur, pour accélérer le plan d'électrification. On a besoin d'une France électrique pour éviter que ce soit une France dépendante.

PAUL LARROUTUROU
Et ce sera le dernier budget d'Emmanuel MACRON, qui plus est en pleine élection présidentielle. Donc, on aura l'occasion d'en reparler.

ROLAND LESCURE
Je n'en doute pas.

PAUL LARROUTUROU
Ça s'annonce compliqué. Une réforme des tickets restaurant qui concerne 5 millions de salariés en France. Votre Gouvernement va déposer un projet de loi qui va pérenniser la possibilité d'utiliser ces tickets resto pour payer ses courses alimentaires en supermarché, ouvrir la possibilité, aussi, de les utiliser le dimanche. On va écouter ensemble Johnny. Johnny, c'est le patron de la Félicita à Boulogne-Billancourt. Et il répond à Marc BERTRAND.

JOHNNY, PATRON DU RESTAURANT LA FELICITA A BOULOGNE-BILLANCOURT
Ça s'appelle ticket restaurant. C'est destiné normalement pour les restaurants, pas pour faire les courses dans du supermarché ou dans des boucheries. C'est une perte énorme pour nous, les restaurateurs. Déjà qu'on souffre, on est en train de ramer pour payer le personnel et tout ça. En tant que responsable, on ne prend même pas de salaire. Et je comprends. Les temps sont difficiles. Les gens, ils préfèrent faire les courses avec, mais on n'enlève pas pour certains pour soutenir d'autres. Il faut que le Gouvernement trouve vraiment une solution favorable à tout le monde.

PAUL LARROUTUROU
Vous prenez le risque de fragiliser les restaurateurs.

ROLAND LESCURE
Bon, d'abord, les restaurants, vous savez qu'ils sont pas mal aidés en France : la TVA à 5,5 %, on sait que ça coûte beaucoup d'argent à l'État et que c'est un des moyens de les soutenir. Aujourd'hui, on le sait les habitudes alimentaires des Français. Elles ont évolué. On ne va pas forcément au restaurant le midi manger un plat et boire un demi comme c'était le cas il y a vingt ans ou il y a trente ans. Aujourd'hui, de plus en plus, les déjeuners, les repas rapides sur le pouce, se font par des courses au supermarché. Donc, je pense qu'on adapte les outils. Cet outil, il vise à aider les Français qui travaillent à déjeuner quand il n'y a pas de cantine. C'est ça l'objectif. Vous n'avez pas de cantine, vous avez des tickets restaurant qui remplacent, qui vous permettent d'aller déjeuner à l'extérieur.

AGATHE LAMBRET
Mais pourquoi on ne donne pas du salaire, aujourd'hui, Roland LESCURE ? Ça a encore du sens de donner du des tickets restaurants pour vous ?

ROLAND LESCURE
En fait, ça, c'est une bonne question qui, je pense, se pose plutôt dans le cadre d'une campagne politique c'est : est-ce qu'on garde des aides ciblées, chèques vacances, tickets restaurant, etc. d'aider des professions ciblées, option A, ça a été l'option de la France depuis longtemps, le chèque énergie etc. Soit, on dit : " On simplifie tout ça ", ce qui aura sans doute des vertus administratives, mais conduira à des gens qui ne vont pas être très contents, parce que ces aides ciblées... Et donc, ça, je pense qu'il y a un défi un peu pour la société française de savoir comment on organise l'appui. On a tendance à faire des trucs très ciblés, qui coûtent un peu d'argent à l'État et qui ne sont peut-être pas les plus efficaces. Parlons-en. Mais en attendant, adaptons ces outils aux habitudes de consommation des Françaises et des Français. On ne déjeune plus de la même manière qu'il y a dix ou vingt ans. Il faut que les outils s'adaptent.

AGATHE LAMBRET
Roland LESCURE, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui, à retrouver sur les réseaux sociaux, aujourd'hui, la question qui déstabilise, il y a un an, exactement, sur France Info, vous disiez ceci à propos de Donald TRUMP : " Il est fou, Donald TRUMP, ou pas ? Parce que vous avez parlé de raisons psychiatriques. Moi, je pense qu'en tout cas, il y a une partie de son comportement qui est liée à un dysfonctionnement personnel, c'est sûr. " Est-ce que la question de la santé mentale de Donald TRUMP se pose, comme vous sembliez le dire à l'époque, Roland LESCURE ?

ROLAND LESCURE
Ce n'est pas au ministre de l'Économie et des Finances de la France de commenter ça.

AGATHE LAMBRET
Vous ne pourriez plus le dire aujourd'hui, ce que vous aviez dit ?

ROLAND LESCURE
J'avais plutôt posé une question qu'apporté une réponse. Ce n'est pas à un parlementaire d'apporter la réponse et ce n'est, a fortiori, pas à un ministre d'apporter la réponse non plus.

PAUL LARROUTUROU
Donc vous ne le pensez plus, on peut le dire.

ROLAND LESCURE
Non, mais aujourd'hui, la question se pose. Vous me la posez et elle se pose.

AGATHE LAMBRET
Elle se pose aux États-Unis, en tout cas.

ROLAND LESCURE
Et elle se pose aux États-Unis, il y a aux États-Unis, comme ailleurs, des procédures, une démocratie qui fonctionne encore malgré ses vicissitudes et parfois ses aléas. Et il y a un Congrès, il y a un Sénat, et ce sera à eux d'y répondre s'ils souhaitent y répondre.

PAUL LARROUTUROU
Il vous paraît irrationnel, pour le dire différemment ?

ROLAND LESCURE
Il est imprévisible. Et ça, je le disais à l'époque, je le dis encore aujourd'hui. Et c'est difficile, quand vous êtes un décideur public, de gérer cette imprévisibilité. La France, elle, souhaite rester prévisible. On a un cap : les valeurs de la démocratie, le multilatéralisme, la diplomatie, la volonté de faire en sorte que notre économie se développe. Il y a un certain nombre de choses qui nous animent. C'est une espèce de boussole. Et à partir du moment où cette boussole est claire, on essaie d'être prévisibles.

AGATHE LAMBRET
Imprévisible et impoli aussi, Donald TRUMP quand il s'en prend à Emmanuel MACRON ?

ROLAND LESCURE
Oui mais ça, je pense que le président de la République a eu l'occasion de le dire. C'est déplacé et pas à la hauteur du moment qu'on vit. Le moment qu'on vit aujourd'hui appelle à une certaine gravité. C'est un moment grave. Il appelle à une certaine rigueur, à une vision, on a une boussole. Et je pense que la France en a une dans ce monde où on en manque cruellement. Pour le reste, j'allais dire, c'est presque anecdotique. Personnellement, je trouve ça malheureux, mais c'est anecdotique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2026