Interview de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, à TF1 le 17 avril 2026, sur le conflit au Moyen-Orient et la politique de la défense.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Catherine VAUTRIN.

CATHERINE VAUTRIN
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Le Président américain Donald TRUMP a annoncé hier soir un cessez-le-feu de dix jours au Liban. Ce matin, on apprend que l'armée libanaise accuse Israël de ne pas le respecter. Le Hezbollah dit avoir d'ailleurs visé des soldats israéliens en représailles. Quelle conclusion vous en tirez ? Est-ce qu'il faut déjà oublier cette idée de cessez-le-feu ?

CATHERINE VAUTRIN
Je pense qu'il ne faut pas oublier le cessez-le-feu. Il faut, au contraire, tout faire pour que le cessez-le-feu soit respecté. Vous l'avez vu, la situation libanaise est absolument dramatique et je pèse mes mots. Et il est absolument indispensable que nous réussissions non seulement à ce que ce cessez-le-feu soit respecté, mais qu'également, dans les discussions qui ont lieu actuellement avec l'Iran, avec les États-Unis et avec Israël, le Liban fasse bien partie du sujet des discussions. Parce que, finalement, toute la question, c'est aussi, cela a été dit, puis plus ou moins évoqué, et c'est la raison pour laquelle j'insiste sur la nécessité d'obtenir un accord de paix, qui concerne la totalité de la zone.

ADRIEN GINDRE
Vous dites qu'il faut tout faire. Je disais que c'est le président américain, seul, qui annonce le cessez-le-feu. Et hier soir, il a dit également seul qu'il allait recevoir le président libanais et le Premier ministre israélien à la Maison-Blanche. Est-ce qu'il reste une place pour la France dans cette équation ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, Adrien GINDRE, je crois que personne ne peut remettre en cause les relations entre la France et le Liban. La France et le Liban, c'est la FINUL depuis 1978.

ADRIEN GINDRE
On a 700 militaires sur place.

CATHERINE VAUTRIN
Nous avons 700 militaires sur place dans le cadre de la FINUL, mais nous avons également des militaires qui accompagnent les FAL pour former les FAL, nous avons, il y a un mois…

ADRIEN GINDRE
Les forces libanaises…

CATHERINE VAUTRIN
Les Forces armées libanaises, c'est la constitution de l'armée libanaise. Il y a un mois, la France a fait un don, qui était un don d'équipement, ce qu'on appelle des VAB, des Véhicules avant blindés qui ont été remis au Liban pour aider des FAL…

ADRIEN GINDRE
On va avoir un rôle, nous, dans l'application de ce cessez-le-feu ?

CATHERINE VAUTRIN
Nous, nous avons une présence permanente au côté des Libanais. Il ne faut pas oublier, quand vous parlez avec un pays, ce qui concerne le Liban, c'est d'abord la population libanaise, les autorités libanaises qui évidemment continuent à discuter avec les autorités françaises parce que je parlais de la FINUL, mais je peux aussi rappeler qu'au moment de l'exposition du port de Beyrouth, quel a été le premier pays qui est arrivé au Liban, ça a été la France. Et donc il y a entre la France et le Liban une histoire commune et un accompagnement que rien ne pourra supprimer.

ADRIEN GINDRE
Dans la région également, engagement de la France aujourd'hui avec une réunion à l'Élysée, coprésidée par la France et le Royaume-Uni : une quarantaine de pays non belligérants. Donc, si on comprend bien, ça veut dire sans les États-Unis. L'objectif, dit-on…

CATHERINE VAUTRIN
Et sans l'Iran, pour être très clair, sans Israël.

ADRIEN GINDRE
…De rouvrir et sécuriser le détroit d'Ormuz, une fois les hostilités terminées. Ça veut dire que notre rôle à nous, ce sera après la guerre. Ce sera une fois que les belligérants auront décidé, eux, que c'est terminé.

CATHERINE VAUTRIN
Mais vous le savez depuis le premier jour. Souvenez-vous de l'adresse du président de la République aux Français, nous étions tout début mars, le 3 mars si mes souvenirs sont exacts. Qu'a dit le président de la République ? Que nous souhaitions privilégier une voie diplomatique. Et c'est exactement ce que nous souhaitons faire. C'est-à-dire que les pays qui sont réunis aujourd'hui, avec une présence physique, évidemment, du Premier ministre STARMER, c'est logique, on est coleaders avec les Britanniques, une présence du Chancelier MERZ et de la Présidente MELONI... C'est dire si les Européens sont là, présents à Paris aujourd'hui. Et de très nombreux pays, y compris asiatiques, sont là en VTC. Pourquoi ? Parce que tous ces pays, qui ne sont pas belligérants, sont des pays engagés pour restaurer la liberté de navigation. Parce que c'est ça qui se joue.

ADRIEN GINDRE
Mais ça veut dire quoi, demain ? Ça veut dire que c'est nous qui allons déminer le détroit ? Ça veut dire qu'on va escorter les bateaux ? Ça veut dire qu'on va vérifier qu'il n'y a pas de péages dans le détroit d'Ormuz ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, quand on parle de liberté de navigation, par définition on ne veut pas de péage. Et en faisant ça, nous ne faisons que respecter le traité de 82 sur la libre circulation dans les mers. Donc ça, c'est le premier sujet. Le deuxième sujet, c'est effectivement qu'on peut être en capacité - dès lors qu'il y a un accord de cessez-le-feu, voire de paix, ce qui est quand même ce que nous recherchons tous - avoir une capacité à rassurer les armateurs, les assureurs, pour que des bateaux puissent s'engager. Avant que les bateaux s'engagent, il y a un sujet de déminage. Personne ne sait, au moment où nous parlons, si le détroit est ou pas miné.

ADRIEN GINDRE
Mais le déminage, ce serait au cas échéant, aux Iraniens de le faire ou ce serait à nous de le faire ?

CATHERINE VAUTRIN
Le sujet, c'est qui dispose de bâtiments pour déminer. Et nous savons que les Européens sont nombreux : je pense aux Pays-Bas, je pense à la Belgique, je pense à la France. Nous sommes plusieurs pays à avoir des capacités de déminage. Et ensuite, troisième élément : il y a des capacités d'accompagner de manière totalement " accompagner " - c'est-à-dire en aucun cas offensif, bien évidemment - des bateaux pour assurer la circulation dans le détroit. C'est cela ce qui va se discuter aujourd'hui à Paris. Donc, vraiment, l'élément important, c'est Paris et Londres à la manoeuvre dans une logique qui est celle de la liberté de navigation. Je rappelle qu'Ormuz, c'est 20% de la navigation, quez donc ce n'est pas qu'un sujet avec l'Occident, ça concerne aussi l'Asie. Et c'est pour cela qu'il est important qu'à cette réunion de Paris nous ayons également la présence des pays asiatiques, qui sont tout aussi concernés que nous.

ADRIEN GINDRE
Et avec des conséquences sur le prix du pétrole chez nous et en Asie, vous avez raison, encore plus directement. Juste un point : il y a ce que les Iraniens font. Les Américains eux-mêmes, encore hier, le Secrétaire américain HEGSETH, disent que les États-Unis maintiendront leur blocus des ports iraniens aussi longtemps qu'il le faudra. Mais ils ne sont pas du tout prêts, eux, à rétablir la circulation.

CATHERINE VAUTRIN
Mais vous savez, il y a une chose qui est très claire : c'est que ce qui se passe aujourd'hui sans les belligérants est évidemment quelque chose dont les belligérants sont informés. En d'autres termes, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas là que, bien évidemment, il n'y a pas de contacts. Vous ne pouvez pas rétablir la circulation à Ormuz sans discuter notamment avec les Iraniens. Par définition, ça fait partie des sujets qui doivent être discutés, y compris avec les belligérants. Nous ne partageons pas la guerre, nous ne sommes pas parties à la guerre depuis le début. Et pour autant, ce que nous souhaitons, c'est restaurer cette liberté de navigation. C'est tout le sens de cette initiative.

ADRIEN GINDRE
Je voudrais vous interroger sur le travail de chercheurs qui a été relayé ces dernières heures par nos confrères de l'Agence France-Presse, du Parisien notamment. Ils alertent en disant que plus de trois quarts des pays européens ont recours à des services de cloud américains, donc l'informatique à distance - on y a accès pour bon nombre d'entre nous avec nos téléphones. Ils expriment la crainte qu'il puisse y avoir des coupures si les tensions avec l'administration TRUMP s'intensifient, alors même qu'il s'agit là de fonctions essentielles pour la sécurité nationale de ces pays. Ça veut dire que l'Europe est à risque aujourd'hui ?

CATHERINE VAUTRIN
Ça veut dire que la souveraineté est un enjeu majeur. C'est la stratégie française. On le fait en matière de dissuasion. Là, je présente dans deux semaines un texte d'actualisation de la loi de programmation militaire. Il y a dans cette loi de programmation des crédits pour l'espace, parce que qui dit espace dit information, dit communication. Après avoir échangé avec vous, je vais ce matin à Polytechnique. Qu'est-ce que je vais faire à Polytechnique ? Je vais parler quantique. Le premier pays qui sera en capacité de sortir un ordinateur quantique aura une capacité de maîtrise fondamentale. La France est absolument dans la course, est totalement mobilisée. C'est fidèle à notre logique de souveraineté.

ADRIEN GINDRE
L'actualisation de la loi de programmation militaire dont vous parlez, ce sont des dizaines de milliards en plus pour nos armées.

CATHERINE VAUTRIN
36, pour être précise.

ADRIEN GINDRE
36. La Cour des comptes, et notamment le Haut conseil des finances publiques, a tout de même une petite inquiétude et dit : " Ça va impliquer des arbitrages budgétaires importants, sauf à mobiliser des ressources nouvelles. " En clair : il faudra dépenser moins sur d'autres ministères. Par exemple le social, ce sont là pour le coup des centaines de milliards chaque année…

CATHERINE VAUTRIN
650 milliards.

ADRIEN GINDRE
Donc, pour faire plus d'armées, on fera moins de social demain ?

CATHERINE VAUTRIN
Ce n'est absolument pas le sujet. Comment on a fait cette année ? On a augmenté de 3,5 milliards le budget de la Défense cette année pour le passer à 57 milliards. Oui, il y a eu des choix. Ces choix budgétaires, ils se font chaque année lors de la loi de finances. Pour autant, cette année, vous avez pu remarquer que ce n'est pas sur le social. Le social a gardé son budget. Et c'est en fait dans d'autres ministères que l'effort a été fait. L'enjeu que jouons nous, c'est la souveraineté nationale. Et donc cette augmentation de crédits, elle est faite pour avoir plus de munitions, plus de présence dans l'espace, plus de maintien en condition opérationnelle. C'est le budget des armées cette année : 59 milliards pour la souveraineté de notre pays. On sera à 70 milliards, pour être tout à fait concrète, en 2030. Et je rappelle qu'en 2017, le budget était de 32 milliards. Sous les deux présidences d'Emmanuel MACRON, le budget de la Défense aura été doublé.

ADRIEN GINDRE
Et largement. Un tout dernier mot sur le Service national - Service militaire volontaire, si on veut le dire autrement. On le voyait tout à l'heure dans le journal : vous avez fixé un objectif de 3 000 places pour l'été. On y sera ? On a les 3 000 jeunes ?

CATHERINE VAUTRIN
On y sera. Et ce sont des jeunes qui sont volontaires, c'est-à-dire qu'ils candidatent, ils sont sélectionnés, et ils font une année de césure en découvrant les 500 métiers de la Défense. C'est ça le lien entre les jeunes et leur pays. Filles, garçons, de 18 à 25 ans, vous vous adressez au CIRFA. Vous avez un entretien et vous pouvez vivre une aventure, aussi bien avec la marine qu'avec l'Armée de l'air ou l'Armée de terre. Rejoignez-nous ! Et quant à vous, vous avez la réserve jusqu'à 72 ans pour servir nos armées.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 avril 2026