Texte intégral
ROLAND LESCURE
Bonjour.
CELINE LANDREAU
Ministre de l'Économie et des Finances, merci d'être avec nous ce matin sur RTL.
ROLAND LESCURE
Merci à vous.
CELINE LANDREAU
Il va falloir en trouver combien ? Combien de milliards d'euros allez-vous devoir économiser en urgence ?
ROLAND LESCURE
Écoutez-moi, je rentre de Washington où j'ai rencontré l'ensemble de mes homologues mondiaux. On a beaucoup échangé, notamment avec les ministres du Golfe. Cette crise, elle est encore extrêmement incertaine dans son déroulement, dans son impact économique et donc dans son impact sur les finances publiques. Donc l'idée de ce comité d'alerte - On ne change pas une méthode qui a réussi l'année dernière, qui nous a permis d'atterrir sur un déficit public inférieur à celui qu'on attendait -, c'est de piloter au plus près. Donc on examine l'impact potentiel de la crise. À ce stade, il est encore très large. On parle de quatre à six milliards d'euros d'impact potentiel. Et on regarde ce qu'on peut faire en face en termes de, ce que j'appellerais, mesures de précaution. Je ne vais pas vous en donner les détails ce matin, parce que j'en garde la primeur, nous en gardons la primeur pour les parlementaires. Vous vous rendez compte, des parlementaires à 9 heures, c'est la moindre des choses. Mais voilà l'ordre de grandeur que je vous donne.
CELINE LANDREAU
Donc quatre à six milliards, vous confirmez ces chiffres-là ?
ROLAND LESCURE
Ça, c'est l'ordre de grandeur à ce stade du coût de la crise. Donc tel qu'on peut l'estimer, ça a un impact notamment sur le coût de la dette, qui est en hausse parce que les taux d'intérêt ont monté.
CELINE LANDREAU
Là, on est autour de 3,6 milliards.
ROLAND LESCURE
3,6 milliards à peu près. Et d'autres coûts, dont d'ailleurs les mesures de soutien. Je suis en mesure de vous annoncer - Le Premier ministre s'y était engagé - à ce qu'on travaille sur des mesures de soutien pour le mois de mai.
CELINE LANDREAU
Le prolongement des mesures qui sont déjà en cours, on va y revenir en détail tout à l'heure.
ROLAND LESCURE
On avait des mesures de soutien au mois d'avril et on va poursuivre ça au mois de mai.
CELINE LANDREAU
Juste, vous nous avez dit qu'on ne va pas changer une méthode qui marche. Il y a déjà eu des comités d'alerte comme ça sur les finances publiques. À chaque fois, ça s'était accompagné de mesures d'économie de l'ordre de cinq milliards. Ça veut dire qu'il faut s'attendre à ce que ces mesures soient aussi annoncées aujourd'hui ? C'est ça que vous allez dire aux parlementaires ?
ROLAND LESCURE
À ce stade, on est dans une logique de précaution. Les mots comptent. C'est-à-dire qu'on ne va rien annuler, mais on peut être amené à prendre des mesures de précaution. Dans le langage technique, ça s'appelle du gel. C'est-à-dire qu'on gèle les dépenses, qu'on peut ensuite dégeler si ça va mieux. Donc on va mettre en place des mesures de précaution. C'est ce qu'on va annoncer aujourd'hui aux parlementaires.
CELINE LANDREAU
Vous dites un ordre de grandeur de quatre à six milliards. On a bien compris qu'on n'aurait pas le chiffre précis. On est au 53ème jour de guerre aujourd'hui au Moyen-Orient. L'issue ne semble pas se dessiner dans l'immédiat. Ça veut dire que si ça dure, ce chiffre risque de grimper aussi ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, aujourd'hui, on l'annonce, on l'avait déjà rendu public la semaine dernière, on revoit à la baisse nos prévisions de croissance de 1% à 0,9%. Donc une révision relativement modeste. Elle est en phase avec tout ce que j'ai entendu à Washington la semaine dernière, c'est-à-dire une économie mondiale plutôt résiliente en entrée de crise, mais qui prend un ralentissement. Les risques autour de ça, ils sont dans les deux sens. Il faut reconnaître que si le conflit dure, s'il s'intensifie... On est plutôt dans une accalmie depuis quelques jours. Vous savez que les prix à la pompe, ils ont baissé de vingt centimes par rapport au plus haut pour le gasoil. On avait monté de 70. Donc ça donne à peu près une idée d'ailleurs de là où on en est vis-à-vis de la crise.
CELINE LANDREAU
Ça fait toujours plus de cinquante, en résumé, pour le consommateur.
ROLAND LESCURE
Exactement. Et donc c'est moins élevé qu'il y a quinze jours. Très bien. Mais il faut que ça se poursuive. Et pour ça, il faut que la crise se calme.
CELINE LANDREAU
Et donc vous dites un gel des dépenses pour l'instant. Ça veut dire aussi peut-être supprimer des lignes de crédit. Il y a déjà des propositions qui fleurissent de part et d'autre. À gauche, l'Insoumis Éric COQUEREL vous conseille plutôt d'augmenter les impôts avec peut-être une taxe exceptionnelle sur ceux qui ont tiré profit de cette crise pétrolière. À droite, Philippe JUVIN, LR, rapporteur général du budget, lance des pistes d'économie par exemple en disant : on a une démographie qui baisse, moins d'élèves à venir, est-ce qu'il ne faut pas par exemple supprimer un certain nombre de postes d'enseignants ?
ROLAND LESCURE
Et c'est exactement l'objet de ce comité d'alerte. Éric COQUEREL et Philippe JUVIN seront là. On est là pour les écouter. On est là pour débattre. Et ensuite, on fera des annonces.
CELINE LANDREAU
Il y a déjà des pistes que vous écartez, non ? D'augmentation d'impôts. C'est toujours vrai aujourd'hui ? C'est toujours la ligne du Gouvernement ?
ROLAND LESCURE
Je pense qu'au point de vue impôts, on est quand même champions du monde.
CELINE LANDREAU
Donc il n'y en aura pas d'autres.
ROLAND LESCURE
Donc on peut toujours imaginer les augmenter davantage. Il y a un sujet autour d'un éventuel prélèvement exceptionnel. On n'en est pas là sur des entreprises ou des secteurs qui auraient profité particulièrement de cette crise.
CELINE LANDREAU
Donc cette porte-là n'est pas fermée ?
ROLAND LESCURE
On ne la ferme pas. On a demandé à la Commission européenne de travailler là-dessus. On verra s'il y a des bonnes idées qui courent. Il ne faut pas se leurrer. On n'est pas un pays producteur de pétrole. Cette crise, c'est essentiellement un transfert de ceux qui importent du pétrole au profit de ceux qui en exportent. On n'en exporte pas. Donc on ne va pas avoir une ardoise magique qui va nous permettre d'effacer les effets de la crise comme ça. Mais on ne s'interdit rien, évidemment, dans le cadre du débat budgétaire. Ce sera à l'automne. Mais en attendant, imaginer qu'on va régler le problème de la crise iranienne par un prélèvement supplémentaire, je pense que c'est se mettre le doigt dans l'oeil. Ce n'est pas la première fois que les Insoumis nous demandent d'augmenter les impôts.
CELINE LANDREAU
Ce n'est pas la première fois que vous refusez non plus.
ROLAND LESCURE
Exactement. On est dans Pavlov. Ils nous demandent d'augmenter les impôts. Nous, on dit non. J'imagine que ce débat va se poursuivre une fois de plus.
CELINE LANDREAU
Vous nous l'avez dit un petit peu tout à l'heure. Le Gouvernement entend prolonger les mesures de soutien qui ont déjà été annoncées et qui sont entrées en vigueur cette semaine pour le secteur routier. C'était 70 millions d'euros si on compte secteur routier, agriculteurs, pêcheurs. Tout ça sera prolongé en mai ?
ROLAND LESCURE
On a une réunion avec le Premier ministre. Il nous a demandé de lui faire des propositions pour le mois de mai. À la fois sur le prolongement éventuel de ces mesures et peut-être sur d'autres idées.
CELINE LANDREAU
Ça veut dire que d'autres secteurs pourraient être aidés à leur tour ?
ROLAND LESCURE
On peut, on peut. Le Premier ministre a dit notamment qu'il s'intéressait de près au sort des gros rouleurs qui sont en première ligne face à cette crise.
CELINE LANDREAU
Qu'est-ce que vous appelez les gros rouleurs ? Que les gens qui nous entendent le comprennent ce matin s'ils sont concernés ou pas.
ROLAND LESCURE
Les gens qui utilisent leur véhicule dans le cadre professionnel et qui du coup se retrouvent face à des hausses de prix qui les impactent directement.
CELINE LANDREAU
Les commerciaux, les infirmières libérales par exemple ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, on va annoncer ça. Le Premier ministre va les annoncer en fin de journée. Réunion à 16 h 30 pour lui présenter nos idées. Il va arbitrer comme on dit et les annoncer dans la foulée.
CELINE LANDREAU
Donc on attend des annonces ce soir de Sébastien LECORNU et on suivra ça évidemment sur RTL pour en connaître le détail. Votre collègue David AMIEL, ministre du Budget, l'a dit : il faudra de toute manière tout compenser à l'euro près. Le surplus généré par cette TVA liée à la hausse du prix du carburant va suffire à absorber tout ça ?
ROLAND LESCURE
Non. Là encore il n'y a pas de recette magique. On a eu l'occasion de le dire sur le mois de mars et là aussi tout à l'heure devant les parlementaires on va actualiser les chiffres sur les deux premières semaines du mois d'avril. Ce qu'on gagne un petit peu d'un côté du côté de la TVA on le perd ailleurs. Donc on est vraiment dans une logique où l'État - On a dit à peu près quatre milliards d'euros directs d'impact sur les frais d'endettement - ne s'enrichit pas sur la crise. Donc ceux qui nous font croire qu'on peut baisser la TVA, gagner de l'argent, aider les Français là encore, ils se mettent le doigt dans l'oeil et ils mentent aux Français. Il faut être rigoureux face à cette crise. J'ai entendu ici ou là, j'ai même entendu un de vos auditeurs tout à l'heure dire faites comme en Espagne.
CELINE LANDREAU
C'est ça, c'est Nicolas dans le journal de 7 heures, il disait baisser la TVA.
ROLAND LESCURE
Quatre milliards d'euros. Quatre milliards d'euros rien que pour baisser la TVA, sans doute plus si on la baisse jusqu'au niveau de 5% dont parlait votre auditeur.
CELINE LANDREAU
Ce qu'on comprend c'est que ce que nos voisins sont capables de faire aujourd'hui, la France ne peut pas le faire et c'est la conséquence d'une mauvaise gestion des années précédentes ?
ROLAND LESCURE
Non, vous savez à combien était l'inflation en décembre en Espagne ? Plus de 2%. Chez nous elle était de 0,7%.
CELINE LANDREAU
Mais la croissance était aussi nettement supérieure à celle de la France.
ROLAND LESCURE
Oui mais on se retrouve aujourd'hui face à un pouvoir d'achat espagnol beaucoup plus éreinté par la crise. Et donc ils prennent des mesures beaucoup plus importantes. Moi je préfère être dans un pays où l'inflation est modérée, où on compte l'euro public de manière parcimonieuse pour éviter d'avoir à rembourser demain. C'est la chance de la France, si je puis dire, d'avoir une inflation plus contenue qu'ailleurs. En Espagne on était au-delà de 2,5 en décembre, on était en dessous d'un en France.
CELINE LANDREAU
Les Français comme Nicolas qui vous demandent un coup de main pour les aider à faire le plein vous entendent depuis quelques semaines répondre " électrification ".
ROLAND LESCURE
Oui, et c'est essentiel parce qu'au fond, j'allais dire, il faut profiter de cette crise pour faire en 2026 ce qu'ont fait nos prédécesseurs dans les années 70 : profiter pour changer la France en profondeur, électrifier.
CELINE LANDREAU
Oui, alors vous avez annoncé notamment ce nouveau leasing social, c'est cette offre de voitures électriques à loyers modérés à partir de juillet. Maud BREGEON a parlé de 50 000 véhicules. 50 000, c'est peu, juste pour donner un ordre de grandeur, il y a à peu près 40 millions de voitures particulières dans le pays. Est-ce que ça va suffire à amorcer une révolution ?
ROLAND LESCURE
Non, aujourd'hui, il y a 25% de véhicules vendus en France, un peu plus même sur le dernier mois, qui sont électriques. Donc on va bien au-delà. Mais sur les personnes qui en ont le plus besoin, qui ne peuvent pas aujourd'hui se payer un véhicule électrique, on met en place le leasing social. Il y en a déjà 100 000.
CELINE LANDREAU
C'est pour les ménages qui gagnent 2 200 euros au maximum en moyenne par mois.
ROLAND LESCURE
Exactement. Alors on a eu 50 000 nouveaux véhicules électriques en 2024, 50 000 en 2025, 50 000 en 2026, plus 50 000, là encore, destinés directement à des gros rouleurs. Le vrai sujet aujourd'hui, c'est souvent les bornes électriques. On nous dit, il n'y a pas assez de bornes. Ce que je peux vous annoncer aujourd'hui, c'est que grâce à la Caisse des dépôts et consignations, on va multiplier les bornes électriques dans les copropriétés. Les maisons individuelles, c'est facile, vous branchez une borne dans votre garage, il n'y a pas de problème. Dans les copropriétés, c'est souvent une contrainte.
CELINE LANDREAU
Combien ?
ROLAND LESCURE
Aujourd'hui, on a un peu plus de 100 000 bornes, qui représentent à peu près 400 000 places de parking. On va passer à 1,7 million. Donc 1,2 million de places de parking électrifiées dans les copropriétés en plus d'ici 2035, c'est énorme. Et je pense que…
CELINE LANDREAU
Et ça, c'est financé donc avec la Caisse des dépôts dont fait partie l'épargne des Français.
ROLAND LESCURE
La Caisse des dépôts, qui finance, je dirais, les investissements. Il ne faut pas oublier que derrière, on s'y retrouve. On y gagne. Je pense que l'année 2026, quand on regardera avec du recul, sera l'année où la France a pris le virage du tout électrique, et on en sera fiers, comme on peut être fiers aujourd'hui du virage du tout nucléaire qui a été pris dans les années 70.
CELINE LANDREAU
On va compter sur RTL pour regarder ça et jauger de cette année 2026.
ROLAND LESCURE
Avec plaisir.
CELINE LANDREAU
Merci Roland LESCURE.
ROLAND LESCURE
Merci à vous.
CELINE LANDREAU
On va surveiller les annonces de Sébastien LECORNU attendues en fin de journée, on suivra ça évidemment dans RTL Soir. Restez avec nous Monsieur le Ministre, Alex VIZOREK est dans le studio. À tout de suite.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 avril 2026