Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations entre la France et la Grèce, à Athènes le 24 avril 2026.

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Circonstance : Toast du Président de la République Emmanuel Macron à l'occasion du dîner avec le Président de la République hellénique Konstantínos Tasoúlas au Palais présidentiel d'Athènes

Texte intégral

Emmanuel MACRON

Monsieur le Président de la République hellénique,
Madame, Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités.

Ellás – Gallía – Symmachía. Ce slogan Grèce-France-Alliance fut scandé par les Grecs lors du retour de Konstantinos Karamanlis dans l'avion présidentiel français après une décennie d'exil à Paris, et il est aujourd'hui, au fond, plus à propos que jamais.

Votre invitation de ce soir nous honore, Monsieur le président, et elle s'inscrit dans la continuité d'une longue histoire. Celles des visites qui ont marqué l'amitié entre nos deux pays, celle du général De Gaulle en 1963, ou encore celle de Valéry Giscard d'Estaing en 1975, premier chef d'État à rendre visite au Premier ministre Karamanlis après le retour de la démocratie en Grèce.

Dès l'origine, la France s'est faite la principale défenseuse de la vocation européenne de votre pays. Tous les présidents français, je le crois, et tous les Français, sont en effet depuis toujours animés par l'idée que l'Europe sans la Grèce ne serait pas l'Europe. D'abord, ce fut par la volonté de consolider le retour de la démocratie dans le pays qui en fut le berceau, ensuite par un sentiment tenace de solidarité venu de loin et qui ne s'est guère démenti lorsque l'histoire se fit, il y a 15 ans notamment, plus tumultueuse pour vous et pour nous tous, Européens.

La profondeur de ce lien, vous l'avez rappelé à l'instant, Monsieur le président, chacun ici la connaît, elle remonte à l'Antiquité, le philhellénisme qui a nourri la pensée française, sa littérature comme sa philosophie, et au fond, cette complicité qui a fait que vous avez inventé les Jeux olympiques, mais il a fallu un Français pour les réinventer à l'ère moderne. Tout ça naquit du soutien français à votre lutte pour l'indépendance aussi, nourri d'une soif de justice, d'une admiration historique, celle de ses combattants français volontaires, de Navarin à la Morée, celle des intellectuels et des artistes philhellènes, tous animés par les mots de Byron, Chateaubriand ou Hugo, ou les pinceaux de Delacroix, présents jusque dans votre bureau.

La Grèce sur les ruines de Missolonghi, qui a voyagé cette année jusqu'à cette ville d'Étolie, figure, ainsi, en quelque sorte, comme la grande sœur de notre liberté guidant le peuple, et scelle, en quelque sorte, le destin de nos deux nations unies par le même goût de la liberté. Sont venues plus tard les épreuves de la guerre civile et de la dictature, et là aussi la France a fait siennes ses enfants de la Grèce, et ils le lui ont bien rendu, mettant tout le génie créatif de leur pays d'origine au service de son rayonnement, de Costa-Gavras à Cornelius Castoriadis, et tant de destins scellés présents autour de ces tables et je veux ici les en remercier.

La France n'oublie pas non plus les milliers de Grecs qui se sont portés volontaires pour la défendre, des tranchées de la Grande Guerre jusqu'aux Armées de la Libération, avec toujours cette même volonté de se tenir côte à côte lorsque nos valeurs de liberté et de démocratie sont menacées.

Cette histoire commune est profondément européenne. Nous fêtons cette année l'anniversaire de l'adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne, 45 ans de fidélité et de solidarité, unis par cet idéal de liberté universelle, 45 ans d'admiration mutuelle, résolument méditerranéenne et si européenne. Et sur ce socle historique, nous bâtissons l'avenir. Nous le bâtissons en étant côte à côte dans les temps difficiles, nous le bâtissons en ayant aussi la même volonté d'innovation, de technologie, de culture, de défense et de sécurité. Et je dois dire à quel point nos deux pays — je parle sous le contrôle de Monsieur le Premier ministre — sont, comme on le dit, affinitaires sur tant de sujets. Nous le faisons aussi avec beaucoup de respect et d'admiration pour le chemin parcouru par votre pays durant les 15 dernières années.

Le succès économique grec est admirable à tous égards. Il s'est bâti sur des sacrifices réels que nul n'oublie, mais il force le respect de toute l'Europe et a rendu l'Europe elle-même plus forte, succès incarné symboliquement depuis quelques semaines par votre présidence de l'Eurogroupe que la France a soutenue.

Alors vous avez tout dit, des tumultes actuels du monde, et je ne veux pas être plus long, Monsieur le président. Mais au fond, en effet, depuis 2021, nous avons construit un partenariat nouveau au service de votre sécurité, de notre souveraineté, conscients aussi que lorsque la Grèce peut être menacée, c'est l'Europe toute entière qui l'est, et la France aussi.

Demain, nous allons ensemble renforcer ce partenariat en lui donnant un visage nouveau, continuant à renforcer nos liens en matière de sécurité, de défense, mais aussi de culture, d'économie, d'innovation. Aucun champ n'échappera à ce qui va être scellé demain et ce que vous aurez à nourrir. Et je le dis ici devant les plus éminents représentants de nos industries, de notre économie, de notre défense, de notre culture, qui sont présents autour de ces tables. Et vous aurez à le faire parce qu'au fond, notre destin est scellé depuis tant de siècles, mais les troubles du monde que vous avez parfaitement décrits le rendent plus vivant encore.

Alors, j'avais un discours beaucoup plus élaboré, mais je l'ai dit tout à l'heure avec le Premier ministre et nous le redirons demain, et vous avez parfaitement dit les choses, Monsieur le Président, donc je m'inscris dans vos propos. Parce que je vois vos chandeliers qui sont progressivement consumés par la bougie, et je ne voudrais pas retarder davantage ce dîner. En voyant cette image, me revient simplement, pour vous dire les choses avec des mots peut-être plus spontanés, une image que j'ai souvent convoquée et qui est dans les lettres que Diderot fait à Sophie Volland. Il va un jour chez elle pour la retrouver. C'était son amoureuse. Et alors qu'elle est absente, il écrit, la bougie progressivement se consume. Et il écrit avec frénésie, noircit les pages. A un moment, la bougie se consumant, il ne voit plus clair.

Il a cette phrase pour lui dire : " Je ne sais pas si j'écris encore sur la page, mais partout où vous n'arriverez pas à me lire, lisez simplement que je vous aime. " Alors, de tous les mots que je n'ai pas prononcés ce soir, au fond et au-delà de tous les grands discours, je voudrais simplement que vous toutes et tous ici, en Grèce, vous sachiez une chose très profondément, c'est qu'au-delà de tous les mots et malgré tout ce que je n'ai pas convoqué ce soir ou pas dit, n'oubliez jamais que les Français vous aiment.

Et donc, ne doutez jamais, et lorsque le risque revient, sachez que nous serons là, mais ne doutez jamais aussi, parce qu'au-delà de toutes les choses très compliquées, parfois, qu'on peut accompagner de mots très technocratiques, il y a au fond une amitié profonde. Oui, l'amour que nous avons pour vous.

La France, la Grèce, l'Alliance. Vive l'amitié entre nos deux pays. Oui, vive l'amitié. Santé. Bon appétit.