Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour Maïa, bonjour à tous, bonjour Philippe TABAROT,
PHILIPPE TABAROT
Bonjour Gilles BORNSTEIN,
GILLES BORNSTEIN
Contexte d'incertitude accrue, ce matin, dans le Golfe, avec un conflit qui s'installe, ça fait déjà plus de deux mois. On a le sentiment d'un Gouvernement démuni, français démuni, sans vision stratégique, qui gère au jour le jour.
PHILIPPE TABAROT
Non, ce n'est pas le cas, certes la situation est mouvante en permanence, vous voyez que les déclarations de la veille ne sont pas celles du lendemain, bien souvent du fait soit du président américain, soit des Iraniens. La France essaie de garder un cap, un cap qui a été rappelé sur notre position par le président de la République encore, ce matin, pour condamner ce qui s'est passé, notamment l'attaque cette nuit dans les Émirats Arabes Unis, de rappeler qu'on est dans une stratégie de défense, de défense de nos alliés sur la zone, et puis qu'on appelle en permanence à la désescalade et notamment que le détroit d'Ormuz puisse reprendre son trafic. Et puis au niveau national, ça a été très bien dit par Alex de TARLE à l'instant, le Premier ministre continue à suivre quotidiennement, et je dirais même plus chaque heure, la situation et les répercussions dans notre pays, notamment au niveau des carburants, notamment à la pompe, par rapport à l'idée qu'il y ait des profiteurs de guerre et des surplus, et ça a été très bien dit dans votre reportage. Aujourd'hui, le surplus de taxes est d'environ 180 millions de taxes, et le Premier ministre a rappelé que les mesures ciblées qu'il a souhaité auprès des transporteurs routiers, auprès des agriculteurs, auprès des pêcheurs, auprès du bâtiment, vont coûter à notre pays pratiquement le double. Donc en tout cas, au niveau de l'État, il n'y a pas de profiteurs de guerre.
GILLES BORNSTEIN
Il y a deux catégories que vous n'avez pas citées, et ça tombe bien parce qu'elles sont dans votre portefeuille ministériel, ce sont les compagnies aériennes et les taxis. Parlons des deux. Question sur le transport aérien. Vous recevez les compagnies demain, pour faire le point sur cet été, a dit le ministre LESCURE. Y a-t-il un risque de pénurie de kérosène ? Les compagnies devront-elles annuler des vols ?
PHILIPPE TABAROT
Alors, à l'heure où je vous parle, non. Il y a un stock qui existe pour toutes les compagnies, pour toutes les plateformes aéroportuaires, pour un certain nombre de semaines.
GILLES BORNSTEIN
On va puiser dans nos stocks stratégiques ?
PHILIPPE TABAROT
Et on n'a pas touché à nos stocks stratégiques pour l'instant, ce n'est pas d'actualité, puisque les compagnies et les plateformes arrivent à se fournir, aujourd'hui, sans grande difficulté. Le problème n'est pas un problème d'approvisionnement, même si on surveille en permanence, c'est, aujourd'hui, plus un problème au niveau de prix et de survie de certaines compagnies, puisque je rappelle que le kérosène, c'était jusqu'à présent environ 25% du coût d'exploitation des compagnies. Aujourd'hui, c'est passé à 40, voire 45%. Donc, on est dans une crise lourde pour le transport aérien, qui n'est pas encore du niveau du Covid, mais qui devient inquiétante, et on voit que certaines compagnies essaient de se réorganiser, notamment au niveau de leur plan de vol. On surveille ça avec beaucoup d'attention.
GILLES BORNSTEIN
Mais certaines ont déjà annulé des vols, TRANSAVIA a annulé des vols.
PHILIPPE TABAROT
TRANSAVIA a annulé finalement très peu de vols, mais aux alentours de 2 % sur mai et sur juin. Il y a VOLOTEA qui a annulé 1 % des vols.
GILLES BORNSTEIN
Juillet-août, vous n'avez pas d'inquiétude sur des annulations de vols ?
PHILIPPE TABAROT
Alors, je ne dis pas qu'il n'y a pas d'inquiétude. Nous allons discuter justement avec Roland LESCURE, demain avec les compagnies, pour voir quels sont les plans de vol qu'ils proposent. On a deux choses. On va permettre aux compagnies de s'adapter par rapport à cette situation, pas d'approvisionnement, mais de l'augmentation du coût, comme on l'a dit. Et la deuxième chose, c'est le droit des passagers, qui est particulièrement important pour nous. Le droit des passagers, ça veut dire, en cas d'annulation, prévenir suffisamment tôt. Ça veut dire replacer les passagers sur un vol, s'ils le souhaitent, ou bien sûr des remboursements. Donc, c'est dans cet esprit, à la fois un équilibre pour les compagnies, leur permettre de s'adapter à cette crise.
GILLES BORNSTEIN
Les compagnies doivent faire ça ? Prévenir, rembourser ou proposer un autre vol ?
PHILIPPE TABAROT
Bien sûr, les passagers ont des droits. C'est défini au niveau européen et particulièrement dans cette période difficile. Même si je le regrette et s'il y a des perturbations, mais quelquefois, dans ce contexte, il vaut mieux voir un avion plein plutôt que deux avions à moitié vide, ce qui arrive malheureusement en ce moment. Donc, il faut réorganiser ça.
GILLES BORNSTEIN
Une fois que vous avez votre billet en poche, une compagnie a-t-elle le droit d'augmenter le prix, c'est-à-dire de vous réclamer un supplément sur un prix que vous avez déjà payé pour vous permettre d'embarquer ?
PHILIPPE TABAROT
Future jurisprudence VOLOTEA, vous en avez parlé. C'est ce que fait cette compagnie aujourd'hui. C'est la seule qui le fait. La question se pose, je l'ai demandé au service de la DGAC de travailler sur cette question très rapidement. La répercussion sur le prix du billet d'avion, on peut la comprendre par rapport aux difficultés, mais après la vente, par rapport à un contrat qui a été passé, écoutez, juridiquement, on est en train de creuser la chose très rapidement.
GILLES BORNSTEIN
Donc, c'est un flou.
PHILIPPE TABARO
Donc, il y a un flou là-dessus, évidemment. La compagnie dit qu'elle met maintenant, au moment de la vente du billet, un paragraphe qui dit qu'elle peut se permettre de le faire. Aujourd'hui, il faut le vérifier, mais pas au niveau national, c'est au niveau européen que ça se fait.
GILLES BORNSTEIN
Ni Air FRANCE, ni TRANSAVIA, aucune compagnie française ne fait ça ?
PHILIPPE TABAROT
Aujourd'hui, non. Ils nous diront s'ils comptent le faire mercredi. En tout cas, certaines ont fait répercuter, je dirais, sur le prix du billet, clairement, une hausse. Il faut que ce soit une hausse qui soit contrôlée aussi, parce que les difficultés, ce ne sont pas que les passagers qui doivent les porter financièrement, ce sont les compagnies également. Il faut partager le coût de cette augmentation du kérosène.
GILLES BORNSTEIN
Autre catégorie que vous n'avez pas citée tout à l'heure, les taxis. Le Gouvernement a dévoilé un certain nombre de mesures pour pas mal de professions. Vous les avez dits, les pêcheurs, les routiers, rien sur les taxis. Pourquoi n'y a-t-il pas encore d'aide pour les taxis qui consomment du carburant ?
PHILIPPE TABAROT
C'est ce qu'on discute avec les taxis, parce qu'ils ont quelques propositions. On en a d'autres, on essaie de se mettre d'accord pour que les décisions prises soient les plus consensuelles et soient efficaces pour eux. Alors, il y a la question notamment…
GILLES BORNSTEIN
On se dirige vers quoi comme genre d'aide pour les taxis ?
PHILIPPE TABAROT
Écoutez, on doit fixer ça avec eux lundi. Il y a la question des taximètres, qui est en gros le compteur pour répercuter le coût sur le passager. Il y a la question aussi d'un remboursement anticipé de la TICPE, et pas une fois par an, mais par trimestre. Il y a des mesures d'aides…
GILLES BORNSTEIN
Vous discutez de mesures techniques, mais vous pouvez nous dire qu'il y aura une aide pour les taxis ?
PHILIPPE TABAROT
Bien sûr, les taxis sont impactés particulièrement. Je pense également au VTC, donc nous prenons en compte ces difficultés. Ce sont de gros rouleurs. Est-ce qu'ils doivent rentrer dans le dispositif gros rouleurs ou est-ce que c'est un dispositif à part ?
GILLES BORNSTEIN
Question très rapide, je vais me faire gronder. Il y a des marins français dans le Golfe. Il y a environ 800 navires, il y a à bord des marins français. Est-ce que vous les suivez ? Est-ce que vous avez des nouvelles ? Est-ce que tout va bien ?
PHILIPPE TABAROT
Quotidiennement, 59 navires à intérêt français en ce moment, plus d'entre 20 et 30 marins qu'on suit quotidiennement. Ce sont des marins qui ont souhaité rester, qui sont volontaires. Mais bien sûr que cette situation nous préoccupe et nous sommes à leur côté quotidiennement.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mai 2026