Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à CNews le 7 mai 2026, sur le voile des fillettes et sur les banquets du Canon français.

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Média : CNews

Texte intégral

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Ministre de l'Intérieur. Beaucoup de sujets à voir ce matin. D'abord, ce PSG, cette victoire du PSG hier face au Bayern Munich. Il se qualifie pour la finale de la Ligue des Champions le 30 mai prochain à Budapest. Mais malheureusement, au-delà de la joie des supporters, il y a eu des débordements : des policiers qui ont été agressés, des débordements en marge des Champs-Élysées que vous aviez complètement bloqués pour éviter ces scènes de violence. Est-ce que vous avez un bilan à nous donner ce matin ?

LAURENT NUNEZ
Oui. D'abord, je condamne évidemment ces débordements, mais qui deviennent malheureusement habituels, les soirs de victoire du Paris Saint-Germain, puisque nous sommes à Paris.

LAURENCE FERRARI
Mais on doit s'habituer justement, Laurent NUNEZ ?

LAURENT NUNEZ
Non, on ne s'habitue pas à ça. On ne s'habitue pas à ça. Je condamne extrêmement fermement. Vous avez toujours des centaines d'individus qui créent ces débordements à l'issue des festivités, même pendant les festivités, et qui cherchent à s'en prendre aux forces de l'ordre, à piller des commerces également.

LAURENCE FERRARI
Et on voit encore une fois de plus les forces de police.

LAURENT NUNEZ
Donc, le bilan. D'abord, je veux remercier et féliciter le préfet de police, l'ensemble de ses équipes, qui sont intervenus systématiquement, conformément aux instructions qui sont les miennes, qui étaient celles aussi de mes prédécesseurs : c'est de ne tolérer aucun débordement et d'intervenir systématiquement. C'est ce qui a été fait hier soir, systématiquement. Il n'y a pas eu, à ma connaissance, de pillage de commerces. Il y a eu une tentative, elle a été empêchée. Le bilan, c'est 127 interpellations sur l'agglomération parisienne, dont 107 à Paris.

LAURENCE FERRARI
Et des blessés aussi en raison de dangers pyrotechniques ?

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr. On a 11 blessés parmi les personnes qui étaient sur l'espace public, dont une grave, en faisant usage d'un mortier. Et puis, parmi les policiers, on a quand même 23 policiers légèrement blessés. 23 policiers légèrement blessés. Mais encore une fois, je veux saluer la grande réactivité des effectifs de la préfecture de police, du préfet de police. Il y avait un dispositif. Évidemment, on ne peut que condamner ces débordements. Mais ce qui est important, c'est la réponse policière qui est apportée systématiquement. On intervient systématiquement. Ils ont essayé de bloquer le périphérique. Ils en ont été empêchés. Chaque fois qu'il y a eu des tentatives de dégradation de pillages de commerce, ils en ont été empêchés. Il y aura toujours cette réponse de grande fermeté.

LAURENCE FERRARI
C'est-à-dire qu'il y aura un dispositif encore plus important pour le 30 mai prochain, lors de la finale ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Le 30 mai, oui. C'est la finale.

LAURENCE FERRARI
Vous allez doubler le dispositif ? Qu'est-ce que vous allez faire ? De barricader Paris ?

LAURENT NUNEZ
Oui, on a l'expérience de l'année dernière. On va discuter aussi avec le maire de Paris, qui a annoncé de manière unilatérale la création d'une fan zone. En général, on discute un peu avec le préfet de police avant ça.

LAURENCE FERRARI
Ça n'a pas été le cas ?

LAURENT NUNEZ
Ça n'a pas été le cas. Il faudra qu'on voit où cette fan zone va être organisée. Mais évidemment, le soir de la finale, il y a des risques de débordements importants. Et je veux redire ici, à votre antenne, qu'il y aura une réponse qui aura la même fermeté que celle d'hier soir : des interventions systématiques. On ne tolère pas de débordements.

LAURENCE FERRARI
Ça veut dire qu'on ne peut plus aujourd'hui fêter un événement sportif sans tout casser, c'est ça, monsieur le ministre ?

LAURENT NUNEZ
Si, on peut fêter un événement sportif. On peut fêter un événement sportif. Ça se passe dans les grandes capitales européennes. Ça se passe aussi en France. Ça se passe quand il y a des victoires de l'équipe de France, du Paris Saint-Germain. Ça se passe. Mais il y a toujours quelques centaines d'individus qui viennent pour créer des troubles. Et ils auront toujours une réponse très ferme de l'État.

LAURENCE FERRARI
Un mot des forces de l'ordre. Selon les informations européennes et du renseignement territorial, les agressions contre les policiers ont bondi de 19 % au premier trimestre : 17 policiers sont agressés chaque jour dans notre pays. C'est bande contre bande, aujourd'hui, Laurent NUNEZ, en France ?

LAURENT NUNEZ
Non, ce n'est pas bande contre bande. D'abord, vous avez raison de souligner que les violences urbaines, d'une manière générale, depuis le début de l'année, elles baissent plutôt. Elles vont vers presque au moins 10 %. Mais au sein de cette catégorie, les atteintes aux forces de sécurité intérieure augmentent. Elles augmentent de 19 % depuis le début de l'année. C'est à peu près un quart des violences urbaines. Évidemment, ça nous inquiète. Il y a des prises à partie des forces de l'ordre dans les quartiers.

LAURENCE FERRARI
Même en civils ? Même lorsqu'ils sont en civils ?

LAURENT NUNEZ
Et c'est d'ailleurs pour cela que j'ai passé des instructions aux préfets et au directeur de police, qui sont très claires. C'est l'intervention systématique. L'intervention systématique. Contrairement à ce que j'ai pu entendre encore il y a quelques jours sur votre antenne, d'un chroniqueur, qui disait que les préfets avaient l'instruction de ne pas intervenir. Le ministre lui-même donnait ces instructions. Non, on intervient systématiquement. J'ai été encore aux côtés des policiers dans les Yvelines il y a quelques jours, où il y a eu des violences urbaines importantes. Ils interviennent systématiquement. Je veux saluer évidemment leur courage et la réponse de l'Etat. C'est toujours celle de la fermeté.

LAURENCE FERRARI
On va évoquer dans un instant la Rave Party. Juste, le Député insoumis Thomas PORTES demande une commission d'enquête sur les « crimes » policiers. Qu'est-ce que vous lui dites ?

LAURENT NUNEZ
Non, mais c'est insupportable. Je pense qu'en réalité, les Députés de la France insoumise, chaque fois qu'il y a des interventions de police, ils vous expliquent que ce sont des violences policières. Systématiquement. C'est-à-dire que ces personnes sont contre la police, en tout cas contre une police armée, et qui intervient, et qui fait rétablir l'ordre, et qui rétablit l'ordre.

LAURENCE FERRARI
Donc, ils sont pour les délinquants ?

LAURENT NUNEZ
Je n'irai pas jusque-là, quand même. Mais enfin, ce faisant, il facilite un peu le travail de ceux qui sèment le désordre dans notre pays. Il est normal que la police intervienne de manière proportionnée. Elle est sous contrôle, comme aucun autre corps, comme aucun autre corps, et c'est aussi vrai de la gendarmerie nationale. Et donc, voilà. Je trouve que ces propos sont extrêmement graves, en fait. Ils sont extrêmement graves pour le congrès républicain au sein de notre pays. Il est normal que la police donne la force quand il y a des dégradations. C'est normal et c'est légitime.

LAURENCE FERRARI
Laurent NUNEZ, vous êtes notre invité sur CNews et sur Europe 1. Autre événement qui a beaucoup fait polémique, cette Rave Party qui s'est déroulée jusqu'à mardi soir dans les environs de Bourges, dans le Cher, réunissant près de 20 000 participants. Là encore, des gendarmes ont été blessés lors de l'évacuation très compliquée des lieux. Ils ont été transportés à l'hôpital de Bourges. Ils ont reçu des boules de pétanque, des tirs de mortier, des cocktails Molotov. Ce n'était pas une fête. C'était un rassemblement interdit sur un site militaire. Interdit. On ne sait plus faire respecter la loi sur notre territoire ?

LAURENT NUNEZ
Non, ce qui s'est passé... D'abord, c'est ces rassemblements musicaux illégaux qu'on appelle Rave party. Nous, on dit des rassemblements musicaux illégaux. Il n'était pas déclaré. Il n'y a eu aucun contact avec la préfecture.

LAURENCE FERRARI
La préfecture ne l'avait pas interdit ?

LAURENT NUNEZ
Oui, c'était interdit, évidemment. Mais vous avez des milliers de personnes qui convergent dans la nuit, de plusieurs points du territoire, et qui s'installent sur un terrain.

LAURENCE FERRARI
Et on ne sait pas les empêcher de faire ?

LAURENT NUNEZ
C'est toujours comme ça que ça se passe. Et une fois qu'ils sont installés, c'est très compliqué de les déloger. Je comprends que nos concitoyens ne comprennent pas qu'on ne puisse pas intervenir.

LAURENCE FERRARI
Avant, en amont. Avant qu'ils ne s'installent.

LAURENT NUNEZ
Vous êtes sur une zone qui est un polygone militaire, que je connais bien, puisque je suis originaire du département du Cher. Je connais bien cette zone. Je vous assure que quand vous la traversez en méconnaissance des règles applicables, vous êtes verbalisés. Et je comprends que nos concitoyens, je comprends que les riverains, je comprends que les habitants du département du Cher ne comprennent pas qu'on ne puisse pas intervenir dans ces cas-là. Mais une fois qu'ils sont installés, c'est très compliqué de les déloger.

LAURENCE FERRARI
J'entends. Une fois qu'ils sont installés, c'est quasi impossible. Comment on peut les empêcher en amont ? Les camions qui amènent la Sono, c'est imposant quand même. On les voit passer.

LAURENT NUNEZ
Alors, je vais vous dire. En revanche, ce qu'on a fait, on a fait des contrôles. Moi, je suis allé sur place. Moi, j'ai eu une réunion avec le préfet, que je veux saluer, le préfet, les gendarmes qui sont impliqués. Et on a procédé à des contrôles systématiques en sortie : contrôles d'alcoolémie, contrôles...

LAURENCE FERRARI
Mais c'était trop tard.

LAURENT NUNEZ.
Verbalisation systémique, puisque ça n'est malheureusement qu'une contravention. Malheureusement, ça n'est qu'une contravention. Et puis ensuite, on a saisi tout le matériel. 700 m3 de matériels.

LAURENCE FERRARI
Mais vous n'avez pas le moyen d'agir en amont, monsieur le ministre ? Empêcher que l'installation ne se fasse pas.

LAURENT NUNEZ
En amont, il y a des façons d'agir. D'abord, il faut que nos textes soient plus dissuasifs. Ça les fera réfléchir avant de faire ce type d'action. Il faut que ce soit délictuel, qu'on puisse avoir des gardes à vue, qu'on puisse poursuivre, y compris pour les participants. Quand vous occupez pendant trois ou quatre jours un terrain, comme ça a été fait, avec de nombreuses dégradations pour les agriculteurs, pour les riverains, des nuisances, pendant trois ou quatre jours, vous ne pouvez pas être sanctionné d'une simple contravention comme une simple infraction routière. Ce n'est pas possible. Donc, on veut créer un délit. C'est ce que je porte dans le projet de loi RIPOST. Et puis, en amont, c'est compliqué de prévenir ce type de mouvements, parce qu'ils s'organisent de manière quasi-militaire. Et les services de renseignement n'ont pas, pour des groupes festifs, finalement, ils n'organisent que des fêtes. Mais ça crée des nuisances. On n'est pas sur des groupes radicaux violents où on peut mettre en place des techniques de renseignement et être plus intrusive. Ce que j'ai dit hier au Sénat, c'est que quand même, on peut s'interroger...

LAURENCE FERRARI
Une organisation militaire. Et nous, on est incapables de répondre à ça ?

LAURENT NUNEZ
On peut quand même s'interroger sur le fait, quand vous occupez, comme ça a été le cas hier, un terrain militaire sur lequel on n'a pas le droit de pénétrer, que vous avez une revendication qui est clairement d'ultra-gauche. C'était antimilitariste.

LAURENCE FERRARI
Ils vous visaient particulièrement ?

LAURENT NUNEZ
Qui me visait, par ailleurs. D'abord, on visait les armées, parce que c'était sur un champ militaire. On visait le ministre de l'Intérieur qui, on le sait, combat les Rave party, les organisateurs de Rave party, parce qu'il est originaire de Bourges, né à Bourges, où il y a toutes ces attaches. Donc, on vient dans le Cher. Voilà. Je pense que la façon dont ils ont procédé mérite qu'on s'interroge pour savoir s'il ne faut pas monter en puissance sur le suivi de l'enseignement de ces groupes qui, finalement, créent des violences qui sont inacceptables.

LAURENCE FERRARI
Ça paraît évident. Hier, le Sénat a adopté votre proposition de loi RIPOS, qui vise à renforcer l'arsenal juridique, justement, contre ces free-party illégales, mais aussi contre les Rodéo urbains, les tirs de mortiers d'artifice, les protoxydes d'azote. Et il crée un délit de participation à ces événements. Est-ce que cela aurait arrêté ces délinquants ou pas ?

LAURENT NUNEZ
En tout cas, on aurait pu les verbaliser plus sévèrement, avec du délit. Le délit, c'est, pour prendre ce que ça veut dire, ça veut dire des peines de prison, des amendes extrêmement fortes, et puis la possibilité d'aller en garde à vue. Je pense que ce sera plus dissuasif. Ça me paraît assez clair. Et dans le projet RIPOST, d'ailleurs, on vise à durcir systématiquement les sanctions d'un certain nombre d'infractions insupportables pour nos concitoyens et qui persistent : Les rave party, les rodéos, les violences dans le sport, on l'a vu hier soir, les violences autour du sport, le protoxyde d'azote, l'usage de mortiers contre les forces de l'ordre. Tout à l'heure, on parlait des violences contre les forces de l'ordre, qui augmentent de 10 %. La plupart du temps, c'est l'usage de mortiers. Donc, voilà. On durcit la sanction. Puis, par ailleurs, dans ce texte, on vise aussi à faciliter les procédures. C'est d'abord un choc d'autorité, des sanctions, et puis un choc d'efficacité. Où je veux aussi que les policiers et les gendarmes puissent avoir des moyens accrus de lutter contre la délinquance. Donc, on permet d'utiliser la vidéo assistée, la vidéo protection assistée, comme on l'avait fait pendant le JO, sur des bâtiments fréquentés par un nombre public, dans des lieux publics. On permet aussi une meilleure utilisation des lecteurs automatisés des plaques d'immatriculation, pour mieux surveiller les flux, pour lutter contre tout type de délinquance, pouvoir conserver les données plus longtemps. On permet également aux policiers et gendarmes d'avoir des possibilités accrues en matière de fouilles sur les zones frontalières. Voilà. Donc, on renforce à la fois les sanctions et les possibilités d'action des forces de sécurité.

LAURENCE FERRARI
Et protéger aussi les policiers avec un système de présomption de légitime défense.

LAURENT NUNEZ
Oui. Oui, oui.

LAURENCE FERRARI
Parce que souvent, ils hésitent, eux, à riposter par peur des sanctions qui tombent sur eux.

LAURENT NUNEZ
Alors, ça, c'est un autre texte qui a été déposé par un parlementaire des Républicains, qui s'appelle monsieur Éric PAUGET, qui a déposé un texte qui a été réécrit avec le Gouvernement, sur un amendement gouvernemental, et qui vise à considérer que quand les policiers et les gendarmes feront un usage des armes, de leurs armes, il y aura une présomption d'usage légitime. Voilà. Ce texte, il n'a pas complètement abouti. Il doit rester une petite demi-heure de discussion. Et on va maintenant, rapidement, le réinscrire à l'Assemblée pour le faire adopter. C'est important pour les policiers. Et c'est un message important de considérer que quand ils utilisent leurs armes, eh bien, ils sont présumés le faire de manière légitime. C'est une présomption simple. Elle tombe très vite, hein. Elle peut, très vite, être démonté. Mais en termes de symbole, c'est extrêmement important, et y compris, je pense que nos concitoyens y sont très favorables. Quand un policier, un gendarme doit malheureusement faire usage de la force, c'est toujours pour de bonnes raisons. Il n'y a que des cas extrêmement limités où c'est fait à tort. Pour moi, c'est un texte extrêmement important, et je me battrai jusqu'au bout pour qu'il soit vraiment inscrit et adopté.

LAURENCE FERRARI
Encore un mot rapide sur le projet de loi RIPOST, sur le narcotrafic. Vous voulez augmenter les amendes pour les consommateurs, elle est passée de 200 à 500 euros. En additionnant ça à une suspension du permis de conduire en cas de condamnation, ça va dans le bon sens, mais est-ce que c'est suffisant pour dissuader les consommateurs ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Alors, c'est un élément du tout de la lutte contre le narcotrafic. On part du consommateur au deal de rue, au bas de spectre, jusqu'aux importateurs de cocaïne qui opèrent dans les Antilles, en Amérique du Sud. C'est un élément de toute notre pièce de lutte contre le narcotrafic. Et c'est extrêmement important. Les consommateurs ont une responsabilité dans tout ce qui se passe. Ils ont une responsabilité. Il faut qu'ils le comprennent clairement. Et c'est pour ça qu'à la demande du président de la République, on va augmenter l'amende, qui passe de 200 à 500 euros.

LAURENCE FERRARI
Laurent NUNEZ, on est sur CNews et sur Europe 1. On va parler de l'Algérie. Vous êtes allé en Algérie en février dernier pour échanger avec vos homologues. On vous a beaucoup reproché le fait d'être trop laxiste par rapport à l'Algérie, de ne pas tenir une posture de fermeté. Quels sont les chiffres que vous avez, par exemple, en matière de reconduction de ressortissants algériens condamnés sur le sol français ? Est-ce que le chiffre d'une trentaine de laissez-passer consulaires accordés est le chiffre que vous nous annoncez ce matin ?

LAURENT NUNEZ
Non. D'abord, ce que je vais dire, c'est que d'abord, je suis allé en Algérie, parce que je pense qu'il fallait sortir de cette logique de bras de fer, d'opposition frontale avec l'Algérie.

LAURENCE FERRARI
Parce que ça n'a pas marché ?

LAURENT NUNEZ
Un, ça n'a pas marché. Et puis deux, surtout, indépendamment de ça, je ne juge pas les uns et les autres.

LAURENCE FERRARI
Là, vous visez Bruno RETAILLEAU ?

LAURENT NUNEZ
Non, je ne vise pas Bruno RETAILLEAU. Je dis : attention, on doit avoir des relations avec l'Algérie en matière de sécurité, en matière migratoire. On ne peut pas ne pas avoir de relations avec l'Algérie. Ça a été ma position. Ce que je veux dire...

LAURENCE FERRARI
Ce n'est pas la soumission, donc ?

LAURENT NUNEZ
Non, absolument pas. Ce n'est pas la soumission. On est dans un dialogue exigeant. Ce sont deux grands États qui se parlent, avec des responsables politiques qui se parlent, des responsables de sécurité qui se parlent. Et c'est comme ça que ça doit fonctionner. C'est comme ça que ça a fonctionné. J'ai suffisamment d'expérience pour savoir que ça a été productif en termes de sécurité par le passé. Il faut que ça continue, il faut que ça reste. C'est trop important. Ce que je veux dire, c'est que oui, effectivement, il y a des chiffres qui circulent sur les laissez-passer.

LAURENCE FERRARI
Trentaine.

LAURENT NUNEZ
Moi, quand je suis allé en Algérie à la mi-février, nous n'avions aucun laissez-passer délivré depuis le début de l'année. Aucun laissez-passer délivré. Donc, on avait fait quelques reconduites.

LAURENCE FERRARI
Et de 0, c'est repassé à ?

LAURENT NUNEZ
Depuis que je suis allé en Algérie, c'est reparti évidemment. On a eu 120 laissez-passer délivrés depuis que je suis allé en Algérie. Et les reconduites, depuis le début de l'année, donc, hier, on a dépassé les 140. Évidemment, il faut qu'on fasse mieux. Évidemment, il faut qu'on fasse plus. Mais les choses se sont réamorcées. Et évidemment, je m'en félicite. Et les chiffres sont supérieurs à ce que j'ai pu lire ces jours derniers dans la presse. Il faut encore faire plus. Attention, il faut encore faire plus. Mais la situation ne peut que s'améliorer, puisque je vous rappelle qu'à l'année dernière, à la même époque, les relations ont conduit, un bras de fer qui a conduit à ce que nous n'avions quasiment plus aucun laissez-passer. Donc, forcément, ça ne peut faire que s'améliorer. Et on va poursuivre dans ce dialogue existant avec l'Algérie.

LAURENCE FERRARI
Il y avait une promesse de reprendre les vols groupés de la part du Président Tebboune ? Est-ce que cette promesse a été honorée ?

LAURENT NUNEZ
Pas encore. Pas encore.

LAURENCE FERRARI
Pas encore ?

LAURENT NUNEZ
J'aimerais en discuter avec mon homologue. J'ai lu d'ailleurs dans un grand journal du dimanche que je souhaitais absolument rencontrer mon homologue. Non, je ne souhaitais pas rencontrer absolument mon homologue. Nous avions convenu de nous voir et discuter de la réorganisation de ces vols groupés. Et je vais effectivement le recontacter pour qu'on puisse remettre en place ces vols groupés. Voilà. C'est l'autre élément sur lequel il faut qu'on aboutisse maintenant assez vite.

LAURENCE FERRARI
Dans les centres de rétention administrative, est-ce que vous savez combien il y a de ressortissants algériens ? Est-ce que le chiffre de 700 est correct ou pas ?

LAURENT NUNEZ
Oui, il est correct. C'est ça. C'est exactement ça.

LAURENCE FERRARI
Sur 2 000 places.

LAURENT NUNEZ
Il y en a un peu plus de 700 sur 2 000 places. C'est ça. C'est à peu près 30 à 40 %. C'est assez variable. Oui, oui, c'est exactement ce chiffre. C'est pour ça que c'est important de reprendre...

LAURENCE FERRARI
De reprendre le flux des reconduites.

LAURENT NUNEZ
Voilà. De reprendre le flux des reconduites. Oui. C'est extrêmement important.

LAURENCE FERRARI
Effectivement. Un mot de notre compatriote Christophe GLEIZES, qui est toujours détenu en Algérie. Est-ce qu'il y a un espoir ? Il a renoncé à son pouvoir en cassation. Il y a un espoir qu'une grâce présidentielle lui soit octroyé ? Vous le demandez ?

LAURENT NUNEZ
On le souhaite vivement. Et chaque fois qu'on discute avec nos homologues algériens, chaque fois, tout ce qu'on fait avec l'Algérie, on a toujours en tête la situation de Christophe GLEIZES. Vous savez, moi, j'ai rencontré à deux reprises sa mère, son beau-père, à deux reprises. Et voilà. Ils savent que nous sommes évidemment très attentifs à cette situation.

LAURENCE FERRARI
Le fait que Kamel DAOUD, écrivain franco-algérien, ait été condamné par Alger à trois ans de prison pour un livre, ça vous choque ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez. Je n'ai pas de commentaires à faire, évidemment. Je pense que quand un auteur est condamné pour ce qu'il écrit, c'est toujours évidemment choquant. Mais voilà, je n'ai pas d'autres commentaires à faire. On reste très attentifs, je vous assure, à la situation de Christophe GLEIZES.

LAURENCE FERRARI
D'accord. L'autre projet de loi contre l'entrisme et le séparatisme est actuellement examiné par le Conseil d'État. Il sera présenté en Conseil des Ministres dans les prochaines semaines. Ce qui est un peu surprenant, Laurent NUNEZ, c'est que le Sénat a adopté hier le texte quasiment identique de Bruno RETAILLEAU sur le même thème qu'il avait commencé. Est-ce qu'il y a une concurrence entre vous sur cette entrée de la lutte contre l'entrisme ?

LAURENT NUNEZ
Non, il n'y a pas de concurrence avec Bruno RETAILLEAU. Je l'ai dit hier au Sénat, il n'y a pas de concurrence. D'abord, la lutte contre l'entrisme s'inscrit dans une continuité depuis 2017 qui a consisté à lutter contre le séparatisme et l'entrisme.
L'entrisme, il faut que vos téléspectateurs comprennent bien ce que c'est. C'est plutôt la mouvance des Frères musulmans, du Millî görüs on essaie d'investir la société avec l'apparence de la normalité mais en réalité, le but qu'on a, c'est d'imposer une loi religieuse. C'est ça l'entrisme. C'est plus compliqué à cerner. Et le Gouvernement travaillait un texte. Monsieur Bruno RETAILLEAU a quitté le Gouvernement. Moi, j'ai été nommé ministre et j'ai repris le travail qui était en cours et donc, j'ai amélioré ce texte. Je l'ai complété avec des mesures nouvelles. On l'a mieux réécrit. On a saisi le Conseil d'État pour être sûr de passer la rampe du Conseil constitutionnel. Bruno RETAILLEAU a souhaité déposer une proposition de loi. Je respecte cette position mais moi, je suis légitime à dire que je suis le représentant du Gouvernement et monsieur RETAILLEAU sait mieux que quiconque que ce travail avait été lancé et il faut aller au bout, c'est-à-dire saisir le Conseil d'État. Et bien sûr, j'ai rajouté un certain nombre de mesures par rapport à celles qui étaient prévues par Bruno RETAILLEAU. Vous savez, ce sont des mesures qu'on a prévues de dissolution, de structure, de gel de fond, de gel administratif qui n'existent pas en matière de séparatisme islamique, ça n'existe qu'en matière de terrorisme. Voilà, ce sont des mesures extrêmement utiles qu'il faut faire aboutir et qui sont dans mon projet de loi. Il y en a d'autres d'ailleurs que j'ai rajoutées qui ne sont pas au projet de monsieur RETAILLEAU qui n'a pas voulu – je tiens à le dire - saisir le Conseil d'État, ce qui est quand même une difficulté. Charles RODWELL a fait adopter une proposition de loi avant-hier, très importante avec le contour du Gouvernement. J'ai passé trois jours à ses côtés au banc du Gouvernement pour porter la position du Gouvernement sur cette proposition de loi. Et nous avons, pour cette proposition de loi, saisi le Conseil d'État. C'est important de saisir le Conseil d'État.

LAURENCE FERRARI
Laurent NUNEZ, ça ne visera que l'entrisme islamiste où toutes les structures ont un individu séparatiste comme les groupes d'ultra droite ?

LAURENT NUNEZ
Ça visera tous les groupes mais c'est aussi le cas dans le cas du texte de monsieur RETAILLEAU.

LAURENCE FERRARI
L'entrisme islamique peut venir de l'ultra droite ?

LAURENT NUNEZ
Non, non, pas du tout. C'est aussi le cas dans le texte de monsieur RETAILLEAU. C'est-à-dire qu'on prévoit de dissoudre un certain nombre de structures où, par exemple, geler les avoirs administratifs de structures qui sont dans l'islamisme politique comme ils peuvent être dans la violence de l'ultra gauche ou de l'ultra droite. Voilà, c'est un texte large. C'est d'ailleurs pour ça que nous, l'intitulé du projet du Gouvernement, ne vise l'entrisme et le séparatisme sans forcément faire référence à l'islamisme politique même si, évidemment, ce texte a été écrit pour lutter contre ces dérives-là mais elles auront vocation à s'appliquer à d'autres types de dérives.

LAURENCE FERRARI
Justement, l'article 6 suscite un certain nombre d'inquiétudes puisque le ministre de l'Economie et de l'Intérieur pourrait décider conjointement de geler les fonds et ressources économiques d'une entité sans juge, sans condamnation, sans procès. Comment on définit ces critères et est-ce qu'ils ne peuvent pas être étendus demain pour un syndicat ou un média ?

LAURENT NUNEZ
Non, ça n'est pas possible parce que ce texte qui permet de geler administrativement des avoirs, ça existe aussi en procédure judiciaire mais là, on permet de le faire en administratif. Ça existe déjà dans notre pays pour le narcotrafic depuis la loi narcotrafic. Ça existe depuis 2017 pour le terrorisme et ça existe pour les ingérences étrangères.
Et donc là, on rajoute le motif du séparatisme et d'autres motifs. On fait référence à un autre article du Code de Sécurité Intérieure qui vise tous les mouvements qui appellent à la haine, à la discrimination, à la violence, qui visent à s'organiser en groupe de combat, qui appellent à la lutte armée. Donc vous voyez, on est loin des partis politiques et des syndicats. Il ne faut pas avoir de crainte, on est vraiment sur la mouvance ultra, tout ce qui déstabilise nos intérêts fondamentaux.

LAURENCE FERRARI
On vous a aussi reproché vos propos sur le voile des fillettes. Ce ne sont pas elles qui menacent le vivre-ensemble. Est-ce que ce n'est pas ce voilement des fillettes, un des signes manifestes de l'entrisme islamique dans notre pays, Laurent NUNEZ ?

LAURENT NUNEZ
Ce n'est pas du tout ce que d'abord j'avais précisé à titre personnel, évidemment, le voile des fillettes me choque, il n'y a pas de libre arbitre là-dedans. J'avais précisé, j'avais donné cet exemple pour bien montrer que le combat que nous menons sur le séparatisme et l'entrisme, il faut veiller à ne pas stigmatiser. Et attention à ces mesures qui peuvent être justifiées, mais qui donnent un mauvais signal et qui laissent à penser finalement que ce contre quoi on lutte, c'est contre l'islam. Attention à ces mauvais signaux, c'est tout ce que j'avais voulu dire ce jour-là.
Et d'ailleurs, je note que le rapport sénatorial qui a précédé la proposition de loi de monsieur RETAILLEAU prévoyait une interdiction du voilement des mineurs, comme l'interdiction du jeûne au sens religieux pour les moins de 14 ans. Et je note avec satisfaction que finalement ces mesures n'ont pas été retenues dans la proposition de loi et je crois que c'est une bonne chose. Il ne faut pas donner de signes qui laisse à penser qu'on stigmatise, qu'on veut s'en prendre à nos compatriotes musulmans parce que le combat contre le séparatisme et l'entrisme, il est prioritaire, il faut se concentrer sur le coeur de l'objectif.

LAURENCE FERRARI
Une dernière question, Laurent NUNEZ, sur le Canon français dont d'ailleurs le recteur de la Grande Mosquée de Paris estime qu'il exclut symboliquement une partie de la population puisqu'on y mange du porc. Vous avez été interrogé au Sénat hier à ce sujet-là, à propos de propos qui auraient été tenus en marge de ce banquet à Caen qui aurait été raciste. Vous avez des remontées, est-ce que vous envisagez une interdiction du Canon français ?

LAURENT NUNEZ
Non, j'ai effectivement été interrogé hier à partir de la situation de la maire de Quimper qui avait demandé à la foire des expositions de la ville d'annuler une représentation indignée du Canon français et qui fait l'objet d'insultes sur les réseaux sociaux qui sont racistes, qui sont inacceptables et donc le préfet d'ailleurs est venu la soutenir. Il y a un sénateur qui m'a demandé si j'ai envisagé d'interdire le Canon français, ma réponse a été très claire… De demander, pardon, au préfet d'interdire… Ma réponse a été très claire. Non, il n'y a pas de trouble à l'ordre public.
Maintenant, il y a un cas qui mérite d'être étudié, c'est celui du dîner qui a eu lieu à Caen. Non pas pendant le dîner, mais apparemment les convives lorsqu'ils ont ensuite quitté ce dîner et se sont répandus dans le centre-ville de Caen, il y aurait eu des gestes, des propos racistes qui auraient été tenus. On a le maire de Caen qui nous a écrit, on a beaucoup de remontées qui nous signalent tout ça mais je vais vérifier et j'ai employé un conditionnel hier. Je reste évidemment très prudent. Pour l'instant, juridiquement, il n'y a aucune raison d'interdire ces dîners. Par contre, quand on nous signale évidemment des propos qui peuvent être des propos... on parle de gestes nazis ou de propos racistes, évidemment, c'est mon rôle de ministre de l'Intérieur de regarder tout cela.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mai 2026 3