Texte intégral
ALICE RUFO
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens Combattants. Ce Charles de Gaulle, notre porte-avions, a donc traversé le canal de Suez, il est en mer Rouge. Il va passer, semble-t-il, le passage de Bab-el-Mandeb, c'est donc la direction d'Ormuz.
ALICE RUFO
Pour le moment, il passe Suez et il est en mer Rouge. C'est un prépositionnement.
APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi, un prépositionnement ?
ALICE RUFO
Ça veut dire que jusqu'à maintenant, dans les dernières semaines, il était en Méditerranée orientale dans une mission de réassurance en particulier de nos alliés du sud de l'Europe et puis proche du Liban aussi, pour démontrer qu'on était là en solidarité avec nos alliés. Le fait de passer le canal de Suez, comme l'a décidé le Président de la République, et d'aller en mer Rouge, c'est vraiment à l'appui de la coalition qu'il a proposée pour la liberté de circulation maritime. Donc c'est un signalement très fort de notre disponibilité à agir pour que la liberté de circulation dans le détroit d'Ormuz puisse reprendre.
APOLLINE DE MALHERBE
Effectivement, on suit la route. Il a donc passé ce canal de Suez, dans la plus grande discrétion, on ne l'a appris qu'une fois que c'était fait. Il y a, pour sortir de la mer Rouge, ce fameux passage de Bab-el-Mandeb. Est-ce que vous redoutez ce passage ou est-ce que vous vous dites " nous, on passe comme on veut " ?
ALICE RUFO
Non, on n'a pas à redouter, on a plutôt fait une démonstration de puissance quand même dans les dernières semaines. La question n'est pas de craindre ou de ne pas craindre. La question est de savoir comment on s'en sort de cette situation qui, quand même, pèse beaucoup sur tout le monde, sur l'économie mondiale. Donc on ne peut pas faire que l'économie mondiale, finalement, soit laissée à la seule volonté - et puis les prix à la pompe pour nos concitoyens - soit laissée à la seule décision et qui change beaucoup, on le voit aussi dans les derniers jours, des belligérants. Donc on doit à la fois porter une initiative, faire une proposition étayée par des moyens, c'est le cas du Charles de Gaulle qui est un groupe, c'est-à-dire qu'il y a des frégates avec lui et des moyens très importants avec lui, agréger autour de nous des volontés et puis aussi poser nos exigences aux belligérants.
APOLLINE DE MALHERBE
Poser nos exigences, on va y revenir. Une coalition avec qui ? On va y revenir aussi, mais puisque vous mentionnez l'ensemble des bateaux qui accompagnent le Charles de Gaulle, combien de bateaux ? Combien de marins ? Combien de soldats ?
ALICE RUFO
Alors le Charles de Gaulle a tout son équipage, c'est très important, ce sont plusieurs centaines. Il y a aussi des avions sur le porte-avions par définition et puis il y a beaucoup de moyens de surveillance. J'ajoute qu'il est traditionnellement accompagné de frégates. Il y en avait plusieurs qui étaient déjà en mer Rouge et évidemment l'idée c'est d'agréger autour de nous parce que lorsqu'il était en Méditerranée orientale, il était accompagné d'un certain nombre de frégates aussi européennes d'autres pays. Toutes les discussions que nous avons… Après les éléments sont en cours, il y a des réunions de planification dans ces cas-là qui sont encore en cours dans la journée et qui doivent permettre d'agréger d'autres moyens, y compris d'autres pays européens. L'Allemagne a fait quelques annonces concernant le déminage qui sont bienvenues. Chacun doit pouvoir jouer son rôle. Il y a d'autres pays qui ont des moyens comme par exemple l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas avec lesquels nous travaillons beaucoup à justement construire cette coalition, ces moyens qui permettront d'agir. Maintenant pour agir, il faut que les exigences soient respectées et que les conditions soient réunies.
APOLLINE DE MALHERBE
Les conditions, encore une fois je voudrais y revenir mais là vous commencez à mentionner les uns et les autres. Cette coalition, est-ce que ça veut dire qu'au fond notre Charles de Gaulle montre la voie, si je puis me permettre ainsi, et va être suivi de ces autres bateaux ou soldats des autres pays ? Est-ce que c'est ça l'objectif ?
ALICE RUFO
Oui, il y a une cinquantaine de pays qui sont engagés dans cette coalition. Je rappelle qu'elle a été réunie...
APOLLINE DE MALHERBE
C'est la matérialisation de cette coalition, parce qu'on l'évoque depuis le premier jour, c'était jusqu'à présent un projet, c'est une réalisation désormais.
ALICE RUFO
Absolument, c'est-à-dire que c'est une démonstration de crédibilité de la coalition maritime qui a été construite. Je me rappelle que lorsqu'il y a eu la Réunion à l'Elysée… Enfin bon c'est quand même normal de poser le cadre politique et d'agréger autour de soi, et en fait là il s'agit de mise en oeuvre, d'exécution et de crédibilité de la démarche engagée. Maintenant, on n'est pas belligérant. On n'est pas belligérant mais on subit. Et toute la démarche qui est engagée ces derniers jours, c'est aussi de dissocier la question du détroit d'Ormuz de ce qu'on voit des négociations positives ou pas entre les Iraniens et les Américains. Et donc cette question du détroit d'Ormuz, elle est d'intérêt commun parce qu'on voit les conséquences pour nous et donc on a le devoir, vu la très grande gravité de la situation, de proposer une initiative crédible qui soit à bonne distance des belligérants, parce qu'on ne participe pas à cette guerre, mais qui puisse permettre, de manière crédible, la libération du détroit.
APOLLINE DE MALHERBE
Prendrons-nous la direction de cette coalition ? Nous avons le leadership, enfin en tout cas pris l'initiative en coordination avec les Britanniques.
En coordination, mais nous avons le leadership de cette coalition. Aujourd'hui la France est aux avant-postes de cette coalition.
ALICE RUFO
Oui, parce que la France a des moyens, parce que le Président de la République a eu la même stratégie depuis le départ, c'est-à-dire de dire, nous ne sommes pas belligérants, nous voulons isoler la question du détroit, qui est quand même d'intérêt mondial du reste des tensions et de la négociation, parce que c'est une priorité et que j'ajoute, pardon, c'est à la fois une exigence que nous posons aux belligérants, mais aussi une proposition que nous leur faisons. Il y a besoin de temps pour la négociation et cette négociation doit se faire dans un contexte où l'économie mondiale n'est pas paralysée, parce que ça pèse sur tout le monde, ça pèse sur l'Iran, ça pèse sur les États-Unis, ça pèse évidemment sur l'Europe, sur l'Asie, sur le monde entier.
APOLLINE DE MALHERBE
Au moment où l'on se parle, ce détroit d'Ormuz, il est toujours bloqué. Concrètement, un navire a été attaqué hier, il appartient à l'armateur CMA CGM, qui est également propriétaire de BFM TV et de RMC, sous pavillon panaméen, mais aussi sous escorte américaine. À quoi sert l'escorte ?
ALICE RUFO
Je ne sais pas. Honnêtement, je ne peux pas… Il faut voir avec la compagnie, je ne sais pas jusqu'à quel point il y avait une escorte matérialisée américaine. Ce que je sais, c'est que le Président TRUMP avait annoncé une initiative d'escorte, qui a finalement été abandonnée. Donc on voit bien quand même que la situation n'est pas claire, ce que ça montre cet épisode. Ce n'est pas la France, je crois que le Président de la République l'a redit il y a quelques heures.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est important pour vous de mentionner que ce n'est pas la France qui a été visée ?
ALICE RUFO
Oui, c'est important, parce qu'en fait...
APOLLINE DE MALHERBE
C'est une propriété d'une entreprise française, mais ce n'est pas la France.
ALICE RUFO
Mais ça n'en est pas moins grave, si je puis me permettre. Ce que ça démontre, c'est que la situation est extrêmement grave, extrêmement tendue, qu'il n'y a pas de solution évidente, et qu'il faut bien...
APOLLINE DE MALHERBE
Si vous prenez le temps, je voudrais quand même bien préciser des choses, et je voudrais qu'on comprenne ce qu'il y a derrière cette phrase. Quand vous dites, et quand vous redites ce matin, ce qu'Emmanuel MACRON a dit hier en Conseil des ministres, et a voulu faire savoir par la voix de la porte-parole du GOUVERNEMENT hier, la France n'est pas visée, c'est aussi pour dire, ce n'est pas une déclaration de guerre. Ça ne nous entraîne pas dans la guerre.
ALICE RUFO
Exactement.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est ça que vous avez en tête.
ALICE RUFO
Exactement. Et d'ailleurs la question est posée depuis le début, je crois en ces termes, c'est pour ça qu'on répète qu'on est dans une position défensive, qu'on n'est pas belligérants. Je rappelle quand même la gravité de la situation sur le plan militaire. On a aussi des soldats qui sont tombés dans la région. Donc il faut vraiment dire la vérité. La vérité, c'est qu'on n'est pas belligérants. Et le fait de ne pas être belligérants, c'est quand même... Ça nous permet d'agir.
APOLLINE DE MALHERBE
On n'est pas belligérants, mais est-ce qu'on n'est pas en train de devenir lâches ? C'est-à-dire que vous dites, il y a des soldats qui sont tombés, on s'en désole, et plus que s'en désoler, on souffre, et en même temps, il n'y a pas de conséquences.
ALICE RUFO
En fait, il y a des conséquences…
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous comprenez la…
ALICE RUFO
Sujet par sujet. Si je puis me permettre, pour ce qui concerne le Liban, il y a eu une enquête qui a été demandée de manière extrêmement ferme. En Irak, le Président a aussi eu des conversations sur ce sujet. Mais au-delà de... Si vous voulez, on voit bien ce que donnent des méthodes qui peuvent être un peu brutales en diplomatie. Je ne crois pas, moi, que le fait d'avoir une posture diplomatique soit lâche ou faible. Je ne crois pas. Par contre, je pense que la diplomatie doit être armée de moyens crédibles pour porter crédiblement une position. Et je pense que c'est ça qu'on réussit à faire.
C'est-à-dire qu'on a toujours dit que cette guerre n'est pas la nôtre, mais on en subit les conséquences. Donc si on regarde nos concitoyens et qu'on dit que ce n'est pas la nôtre et qu'on ne fait rien, je comprends qu'on puisse nous le reprocher. Mais là, on ne fait pas rien, puisque le porte-avions passe le détroit d'Ormuz, et puisque nous avons une initiative...
APOLLINE DE MALHERBE
Enfin le porte-avions ne passe pas le détroit d'Ormuz ?
ALICE RUFO
Pardon, excusez-moi.
APOLLINE DE MALHERBE
Le détroit de Bab-el-Mandeb.
ALICE RUFO
Non, le canal de Suez, pardon. Je suis désolée.
APOLLINE DE MALHERBE
Et il va passer ce détroit de Bab-el-Mandeb ?
ALICE RUFO
Mais ce que je veux dire par là, c'est que notre initiative, d'abord, elle est soutenue par de nombreux pays qui ne sont pas belligérants, qui subissent les conséquences. Donc on a réussi à agréger autour de nous. On a aussi des moyens militaires. Enfin, ça sert à quelque chose d'avoir investi dans la défense aussi.
APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est important. Et c'est évidemment un message que vous faites passer aux députés et aux élus parce que la question du budget de l'Armée est à nouveau, comme chaque année, en discussion et qu'il continue à augmenter. Alice RUFO, on le disait, ce navire qui a été attaqué hier, l'arrivée de notre porte-avions, est-ce qu'on aura vocation à escorter d'éventuels bateaux pour leur permettre de sortir aussi par le détroit d'Ormuz, ou même d'y rentrer ? Est-ce que notre vocation sera d'escorter ? Est-ce qu'on aura ce rôle-là très concrètement ?
ALICE RUFO
Oui, on sait que pour sécuriser le trafic maritime, il faut redonner de la confiance aux armateurs et aussi aux compagnies d'assurance, parce qu'il faut bien passer. Donc il y a des questions de mines, de déminage, il y a plusieurs actions à mener, et il y a évidemment des questions de sécurisation des transits. Maintenant, au stade où on en est maintenant, au fond, ce qu'on dit à l'Iran, c'est : vous avez besoin de passer. C'est aussi dans l'intérêt de l'Iran que le trafic puisse reprendre. Et vous devez, pour ça, donner des gages crédibles aux Américains que vous êtes prêts à vous engager dans une négociation sérieuse. Et aux Américains, on dit : " Séparez la question du détroit d'Ormuz du reste de la négociation, et nous sommes prêts à prendre nos responsabilités pour permettre, sans être belligérant, de sécuriser le trafic. "
APOLLINE DE MALHERBE
Que vous répondent-ils ?
ALICE RUFO
Je trouve, en tout cas, dans les contacts qu'on a eus ces derniers jours, à tous les niveaux, et le président de la République a eu des échanges aussi avec le Président iranien et avec le Président TRUMP, notre voix est entendue.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que cette coalition est soutenue aussi par les États-Unis ? Ou est-ce qu'elle doit être totalement indépendante ?
ALICE RUFO
Je pense que cette coalition doit être indépendante parce que c'est la condition de son efficacité. Parce qu'au fond, le fait de ne pas être belligérant nous permet de porter un message aux belligérants qui soit à la fois une proposition crédible et en même temps des exigences crédibles.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites, nous ne sommes pas belligérants et on comprend bien, c'est une phrase importante pour vous. Vous devez poser cette limite. Mais je voudrais qu'on imagine le scénario. C'est-à-dire qu'au fond, une fois que le porte-avions sera arrivé à proximité, si, effectivement, cette coalition entre en action et que l'on participe à la fluidité et à l'ouverture, en quelque sorte, de ce détroit d'Ormuz, il y aura, comme vous le dites, une manière d'escorter les navires. Si l'un de ces navires est attaqué, comme ça a été le cas hier, un missile iranien qui prendrait pour cible un navire, on rentrerait clairement en action ?
ALICE RUFO
Vous savez, le droit international est une bonne boussole. En droit international, les détroits doivent être libres, de passage, et en droit international, un navire attaqué, par définition, se défend. La coalition qu'on propose, c'est vraiment une coalition de pays capables et volontaires…
APOLLINE DE MALHERBE
Ce que je veux, c'est que concrètement, si ce missile arrive, on répliquera ?
ALICE RUFO
De toute façon, je ne veux pas faire des scénarios qui ne sont pas sur la table aujourd'hui, mais, de toute façon, évidemment que les moyens français se défendent et puis défendent aussi les moyens civils quand ils sont à proximité. C'est littéralement la convention sur le droit de la mer ce que je vous dis. Il y a une différence entre utiliser des moyens militaires pour permettre de porter de manière crédible une solution. Parce que la crise est grave.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous espérez que notre présence, notre démonstration de force soit suffisante ?
ALICE RUFO
Il faudra un accord des belligérants sur les conditions et sur les exigences que nous portons. Ce que nous démontrons, c'est que nous sommes capables d'agir et que nous sommes volontaires pour agir.
APOLLINE DE MALHERBE
En fait, ce que vous êtes en train de me dire ce matin, Alice RUFO, c'est qu'au fond, notre présence militaire sera prête. Il n'y aura plus qu'à appuyer sur le bouton, si je puis me permettre.
ALICE RUFO
Ce n'est pas loin.
APOLLINE DE MALHERBE
Voilà. On s'approche pour pouvoir, le cas échéant, si véritablement les deux parties se mettent d'accord, être entré en action.
ALICE RUFO
Absolument. C'est-à-dire qu'il faut pouvoir peser. Parce que moi, j'entends ce que vous disiez tout à l'heure. On dit que cette guerre, nous ne l'avons pas choisie et puis il y a des conséquences pour tout le monde. Bon, il faut agir. Et donc agir, ça ne veut pas dire rentrer dans la guerre. Ça veut dire se mettre en mesure de. Et ça veut dire être clair sur la ligne. Depuis le début, le président de la République, la France et ses partenaires ont été extrêmement clairs. La boussole, c'est le respect du droit international, c'est la reprise des négociations, c'est la fin des hostilités et c'est surtout, là, aujourd'hui, tenir compte du fait que le détroit doit être rouvert et qu'il faut séparer ce sujet des autres.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous séparez ce sujet des autres, mais il y a une question, évidemment, qui est aussi celle de l'accès ou non de l'Iran à la bombe atomique. Selon l'agence Reuters, qui a eu accès à des documents du renseignement américain, l'Iran ne serait qu'à 12 mois de la bombe atomique. Est-ce qu'on peut véritablement se dire qu'une négociation dans ces conditions-là est possible ?
ALICE RUFO
Alors non seulement elle est possible, mais en plus, elle est nécessaire.
APOLLINE DE MALHERBE
Et on y participera, à celle-là ?
ALICE RUFO
Je crois que la France a suffisamment d'expertise sur le dossier nucléaire iranien pour savoir, en tout cas, qu'une négociation comme celle-là mérite du temps et du calme dans la durée. D'où aussi l'initiative qu'on porte. Je veux dire, ce n'est pas simplement on sépare le détroit d'Ormuz du reste et on ne s'occupe pas du reste. Ce n'est pas ça. C'est juste qu'il faut créer les conditions d'une négociation valable.
APOLLINE DE MALHERBE
Les Émirats arabes unis ont été visés par plusieurs missiles. On a des accords de défense avec eux. Est-ce qu'on a participé à leur défense ?
ALICE RUFO
Oui, nous avons participé à la défense du ciel des Émirats, y compris avec des moyens aériens. Ça fait partie des clauses que nous avons dans nos partenariats de sécurité avec les pays du Golfe de manière permanente.
APOLLINE DE MALHERBE
Là, ces derniers jours ?
ALICE RUFO
Pas sur un événement particulier. Mais je profite de cette occasion pour condamner évidemment les frappes complètement inacceptables qui ont eu lieu sur les infrastructures aux Émirats. On voit bien que cette guerre a des conséquences pour nos partenaires. En fait, la France fait quand même oeuvre de crédibilité, de prévisibilité. Quand on a le droit international, quand on le respecte...
APOLLINE DE MALHERBE
Et quand ils nous demandent, quand les Émirats arabes unis nous demandent de les défendre, nous sommes au rendez-vous.
ALICE RUFO
Oui. Nous sommes au rendez-vous. Nous sommes crédibles avec des moyens militaires. Enfin je veux dire, on a une stratégie diplomatique qui est très claire, qui est celle du respect international et de permettre la reprise de la liberté de circulation maritime et d'assurer la sécurité de nos ressortissants et de nos partenaires de la région. Et on met nos moyens militaires à l'appui de ces stratégies.
APOLLINE DE MALHERBE
Je rappelle pour ceux qui nous écoutent, Alice RUFO, que vous êtes la ministre déléguée aux Armées. L'enquête sur la mort de nos deux soldats tombés dans le cadre de la Finul dans le sud du Liban, est-ce qu'elle avance ? Et est-ce que vous en avez un début de conclusion ?
ALICE RUFO
Oui, les choses avancent. Le gouvernement libanais a pris vraiment des engagements en la matière. Nous, on a évidemment une exigence forte sur ce sujet. Et j'ajoute que les Nations Unies l'ont aussi. Parce qu'il ne peut pas y avoir d'impunité quand on vise un soldat de maintien de la paix. Pour l'instant, je n'ai pas d'éléments nouveaux à vous apporter.
APOLLINE DE MALHERBE
Le Président avait parlé d'éventuels crimes de guerre.
ALICE RUFO
De toute façon, de fait, cibler des soldats de maintien de la paix, vous ne pouvez pas ignorer que ce sont des soldats de maintien de la paix quand ils sont sur le terrain. Et qu'en plus, quand ils font une mission de ravitaillement en l'espèce d'un poste à un autre de la Finul.
APOLLINE DE MALHERBE
Il est confirmé que c'est le Hezbollah ?
ALICE RUFO
C'est de toute évidence une action de Hezbollah.
APOLLINE DE MALHERBE
Demain, c'est le 8 mai, vous accueillerez des vétérans ukrainiens qui viennent d'arriver sur le sol français. Est-ce que ça veut dire que cet autre front est toujours un front sur lequel nous sommes nous-mêmes le plus actifs possible ? Il y a évidemment les aides européennes. Quelle est la position de la France ? Est-ce qu'on continue à aider ?
ALICE RUFO
Oui, on continue à aider l'Ukraine. D'ailleurs, en fait, on voit les conséquences de la déconstruction du cadre international établi précisément après 1945. Bon, ce cadre, quand même, il nous a permis la paix. Donc il ne faut pas lâcher sur les principes du droit international et le fait qu'il y ait des règles. Il ne faut pas lâcher parce qu'on voit bien que quand il n'y a plus de règles, et quand on ne sait pas les défendre, et quand on ne met pas les moyens pour les défendre, ça pèse sur tout et sur la sécurité. Donc oui, on défend le droit international en Ukraine, comme on le défend ailleurs dans le monde. Il n'y a pas de double standard en matière de respect du droit international.
APOLLINE DE MALHERBE
Et une dernière question, la Finul, pardon, mais officiellement, c'est terminé à Noël prochain. Est-ce que nous prolongerons ? Est-ce que nous, d'une manière ou d'une autre, même si le cadre de la Finul lui-même n'aura plus de matérialité juridique, est-ce que nous prolongerons notre présence au Liban sous une autre forme ?
ALICE RUFO
Nous avons dit oui aux autorités libanaises notre disponibilité à continuer d'agir à l'appui des forces armées libanaises dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban. Je sais que les autorités libanaises souhaitent un cadre international, et c'est parfaitement respectable. Et nous y travaillons, en fait, dès maintenant, parce que c'est bien ça qu'il faut préparer pour la suite.
APOLLINE DE MALHERBE
Nous resterons, et presque aussi nombreux, ou peut-être même aussi nombreux.
ALICE RUFO
Les modalités doivent être définies, mais nous sommes tout à fait disponibles pour appuyer les autorités libanaises pour le désarmement du Hezbollah et dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mai 2026