Texte intégral
BENJAMIN DUHAMEL
Bonjour Stéphanie RIST.
STÉPHANIE RIST
Bonjour Benjamin DUHAMEL.
BENJAMIN DUHAMEL
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes donc ministre de la Santé et vous supervisez le retour en France, hier c'est ce que vous avez fait, des cinq passagers français de la croisière. On en parlera dans un instant avec vous, Arnaud FONTANET, bonjour.
ARNAUD FONTANET
Bonjour.
BENJAMIN DUHAMEL
Merci d'être avec nous, directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur. Vous étiez membre du conseil scientifique au moment de l'épidémie de Covid-19.
FLORENCE PARACUELLOS
Alors pour commencer Stéphanie RIST, les cinq Français qui étaient à bord du bateau ont été rapatriés hier de Ténérife. Ils sont en quarantaine, à l'heure nous parlons, à l'hôpital Bichat à Paris. L'un d'entre eux, je crois que c'est une femme, donc l'une d'entre eux a présenté des symptômes pendant le voyage de retour. Comment va-t-elle ce matin ?
STÉPHANIE RIST
Oui, alors dans les cinq Français, une des personnes pendant le voyage en avion a eu des symptômes. Elle s'est malheureusement dégradée cette nuit et je peux dire ce matin que les tests sont revenus positifs à l'Hantavirus. Donc il s'agit d'une patiente avec un Hantavirus qui est dans un endroit, un hôpital spécialisé en maladies infectieuses avec toute une technique dans les chambres qui est très protectrice pour éviter évidemment que le virus se propage.
FLORENCE PARACUELLOS
Donc la France compte ce matin son premier cas positif d'Hantavirus ?
STÉPHANIE RIST
Oui, je dois le dire très clairement. Cette personne était sur le bateau de croisière, elle est revenue hier, elle s'est dégradée dans la nuit et elle est positive à l'Hantavirus.
BENJAMIN DUHAMEL
C'est très important ce que vous nous dites ce matin. Vous parlez d'un état qui s'est dégradé. Est-ce que ça veut dire que son pronostic vital est engagé pour cette femme qui est donc positive à l'Hantavirus ?
STÉPHANIE RIST
Ce qu'on sait, parce que c'est un virus qui est connu, c'est que quand on se dégrade avec ce virus, on peut avoir un pronostic vital engagé. C'est peut-être le cas de cette personne.
FLORENCE PARACUELLOS
Quels sont ses symptômes ?
STÉPHANIE RIST
Elle a des symptômes qui sont équivalents et qui peuvent ressembler à l'Hantavirus. Mais encore une fois, le diagnostic est confirmé par les tests PCR qui ont été réalisés chez cette personne.
FLORENCE PARACUELLOS
Ce qu'on comprend là, c'est que cette personne qui ressent de premiers symptômes hier dans l'avion entre Ténérife et Paris-Le Bourget, quelques heures plus tard, se trouve dans une situation critique. C'est un des effets connus de ce virus, Arnaud FONTANET ?
ARNAUD FONTANET
Cette évolution est plus rapide que ce que l'on observe habituellement. Il y a généralement ce qu'on appelle des prodromes sur trois jours à peu près où les patients vont se plaindre d'une fièvre, de douleurs musculaires, ils vont avoir des troubles digestifs aussi. Et c'est effectivement après trois jours que des symptômes pulmonaires apparaissent et signalent l'aggravation. Donc là, on est sur une évolution plutôt rapide.
BENJAMIN DUHAMEL
Stéphanie RIST, il faut qu'on continue de parler très concrètement de ce qui va se passer en France. Cinq Français qui ont donc été rapatriés, une personne testée positive à l'Hantavirus dont l'état s'est dégradé dans la nuit. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire des quatre autres Français qui sont à l'isolement ? Est-ce que les concernant, il n'y a pas pour l'instant de symptômes ?
STÉPHANIE RIST
Ils sont hospitalisés, je le redis, dans des chambres qui sont faites exprès, avec des flux d'air qui permettent d'éviter la contamination et des professionnels soignants que je salue et qui sont formés à prendre en charge des malades contagieux. Donc, ils sont évidemment isolés dans cet hôpital et resteront jusqu'à nouvel ordre dans cet hôpital.
BENJAMIN DUHAMEL
Ils ont été testés à l'Hantavirus ?
STÉPHANIE RIST
Ils sont évidemment testés à l'Hantavirus, négatifs aujourd'hui, mais avec des contrôles qui vont se refaire.
FLORENCE PARACUELLOS
Est-ce qu'avec cette personne qui est malade parmi ces cinq Français, le protocole a changé ? Puisqu'au début, il était question de les garder à l'hôpital pendant 72 heures, puis de les renvoyer chez eux, où ils se seraient isolés eux-mêmes. Est-ce que le protocole a changé ? Est-ce que ça veut dire qu'on va garder ces gens plus longtemps à l'hôpital ?
STÉPHANIE RIST
Ils sont à l'hôpital jusqu'à nouvel ordre. Nous avons besoin d'avoir d'évolution…
FLORENCE PARACUELLOS
Jusqu'à nouvel ordre, ça veut dire potentiellement au-delà des 72 heures prévues au départ ?
STÉPHANIE RIST
Au minimum 15 jours, je dirais, et nous réévaluerons. Le décret pris par le Premier ministre hier soir nous permet de durcir ces isolements.
BENJAMIN DUHAMEL
Un mot aussi, Stéphanie RIST, sur les cas contacts. Puisqu'on a appris ce matin, un certain nombre de médias, dont nos confrères de BFM TV, ont révélé qu'il y avait une vingtaine de cas contacts en France. Est-ce que là encore, vous pouvez nous préciser, non seulement le chiffre, combien précisément de cas contacts avez-vous identifié en France et les mesures qui sont prises là encore pour tenter de limiter au maximum le risque ?
STÉPHANIE RIST
Oui, il y a eu un vol le 25 avril, dans lequel il y avait huit Français, dans lequel la patiente a voyagé qui est ensuite décédée après. Ces huit Français sont en isolement. Il y a un deuxième vol…
FLORENCE PARACUELLOS
Vous parlez d'un premier vol Sainte-Hélène-Johannesburg ?
STÉPHANIE RIST
Exactement.
FLORENCE PARACUELLOS
Puis d'un second vol Johannesburg-Amsterdam, c'est ça ?
STÉPHANIE RIST
Dans le deuxième vol Johannesburg-Amsterdam, la patiente n'a pas fait le voyage. Et dans ce deuxième vol, il y a 14 Français qui ont été là aussi identifiés, qui ont reçu l'information, et à qui, comme c'est écrit dans le décret, nous demandons de se rapprocher aussi, parce que ce décret va nous permettre de renforcer l'isolement de ces personnes.
BENJAMIN DUHAMEL
Donc ça veut dire, Stéphanie RIST, 14 plus 8, ça veut dire 22 cas contacts ?
STÉPHANIE RIST
On a 22 cas contacts plus ou moins proches, mais cas contacts qui sont de ces vols.
FLORENCE PARACUELLOS
Ces gens ont été prévenus quand ?
STÉPHANIE RIST
Les huit Français, le premier vol, ont été mis en isolement rapidement, il y a maintenant presque une semaine.
Et le deuxième vol, nous avons envoyé des informations, nous demandons aussi à ce qu'ils nous contactent, parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement, c'est ce que fait le décret qui a été pris hier soir par le Premier ministre.
FLORENCE PARACUELLOS
Vous n'avez pas encore eu de contact avec tous ces gens ?
STÉPHANIE RIST
Tous ces gens ont eu l'information de se mettre en isolement, en auto-isolement.
FLORENCE PARACUELLOS
En auto-isolement, donc ça veut dire qu'eux ne sont pas soumis à l'hôpital.
STÉPHANIE RIST
Le décret va nous permettre de renforcer l'isolement.
BENJAMIN DUHAMEL
On va, et avec évidemment Arnaud FONTANET, développer la façon dont on peut percevoir ce qui est en train de se passer et le risque qu'il peut y avoir. Mais pour ceux qui nous écoutent ce matin, qui écoutent le début de ce grand entretien, découvrent qu'il y a donc un premier cas positif à l'Hantavirus en France, que cette personne, cette malade est dans un état dégradé. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui nous écoutent et qui sont inquiets ce matin, et qui se disent que peut-être les paroles rassurantes que l'on a pu entendre, sont peut-être quelque peu en décalage avec les nouvelles que vous nous donnez ce matin ?
STÉPHANIE RIST
Moi, je suis là concentrée, je suis là en tant que ministre de la Santé pour informer. Ce qui est important, c'est d'agir tout au début. Et c'est là où on en est, c'est-à-dire de briser les chaînes de transmission du virus. C'est toute l'énergie et le travail qu'on fait avec le Premier ministre, et notamment avec ce décret qui est sorti aujourd'hui, qui va nous permettre de renforcer, pour mettre les gens en quarantaine, les cas contacts en quarantaine, pour éviter la transmission de ce virus.
FLORENCE PARACUELLOS
Il faut qu'on revienne sur ce qu'est cet Hantavirus des Andes, avec vous Arnaud FONTANET. On rappelle qu'il a été identifié en 1995, c'est ça, ce virus ? Nous, on ne le connaissait pas, objectivement, jusqu'à présent. Pourriez-vous, en quelques phrases, nous faire un portrait-robot de cet Hantavirus, et nous expliquer pourquoi, malgré sa létalité qui est assez importante, il ne vous inquiète pas, comme le Covid a pu vous inquiéter ?
ARNAUD FONTANET
C'est un Hantavirus, effectivement, dont les premières descriptions datent de 1996. Il y a eu 5 clusters, qui ont été publiés dans la presse scientifique et qui nous permettent de comprendre les modalités de transmission. Il faut savoir qu'il y a chaque année, entre 50 et 100 cas de cet Hantavirus, en Argentine par exemple. C'est quelque chose qui survient de façon très régulière. Simplement, comme le rongeur, qui est le réservoir de cet Hantavirus, vit en zone rurale, les cas auxquels on est confronté, en Argentine et au Chili, sont plutôt dans ces zones assez reculées. Et ça explique, en partie, pourquoi il n'y a pas eu des clusters plus importants. Alors, il y a eu des circonstances qui nous ont permis d'étudier quand même sa transmission. Il y a eu notamment un article publié en 2018, qui raconte un anniversaire où il y avait 100 personnes, et où un patient était présent. Ce qui est intéressant de noter dans cet article, c'est que les 5 personnes qui ont été infectées étaient celles qui étaient assises à côté du malade. Donc, on voit bien que la transmission se fait de façon, ce qu'on appelle, rapprochée, et d'une façon générale…
BENJAMIN DUHAMEL
"Rapprochée", il faut expliquer à Arnaud FONTANET, c'est-à-dire que là où le Covid, la transmission se faisait notamment par ce qu'on appelle les aérosols, là, c'est plutôt par gouttelettes, c'est-à-dire que c'est beaucoup moins contagieux que l'était le Covid.
ARNAUD FONTANET
En tout cas, ce que l'on sait de ces études, c'est que ce sont des personnes qui étaient assises à côté qui ont été infectées, ce sont les conjoints, ce sont les personnels soignants... Donc, on voit quand même qu'on est sur des contacts qu'on appelle proches et répétés, et ça, c'est un premier élément qui est important. Le deuxième élément qui est important, c'est que les personnes qui ont transmis la maladie étaient symptomatiques au moment où elles étaient contagieuses. Et ça veut dire aussi que si on arrive à identifier très rapidement les personnes symptomatiques et à les isoler, isolement et quarantaine des contacts vont permettre de stopper les chaînes de transmission. Rappelez-vous qu'avec la Covid, on pouvait être contagieux avant le début des symptômes, et du coup, l'isolement et la mise en quarantaine des contacts étaient beaucoup moins efficaces. Donc ça, c'est deux éléments qui sont plutôt favorables en termes de risque de dissémination. Les éléments en revanche péjoratifs, c'est ce taux de létalité extrêmement élevé.
FLORENCE PARACUELLOS
C'est-à-dire ?
ARNAUD FONTANET
Entre 30 et 50% des personnes infectées décèdent. Comme vous le voyez, c'est une maladie qui, malheureusement, tue beaucoup. Et ici, c'est le contexte. Ce virus est arrivé dans un bateau de croisière, ce qui est très inhabituel. Je vous rappelle que les cas constatés en Argentine et au Chili, c'était plutôt dans des zones rurales assez reculées. Et dans ce bateau de croisière, vous aviez une centaine de passagers, 23 nationalités, et tout le casse-tête d'aujourd'hui qui est de retracer le parcours de toutes ces personnes qui sont reparties plus ou moins dans leurs pays respectifs. Et il faut savoir par quels moyens ils sont repartis, avec qui ils étaient en contact, et tout le travail qui est fait avec les Français, qui vient de vous être décrit, en retraçant les avions qui ont pu être, par exemple, partagés avec des patients, et le suivi de ces contacts, les autres pays le font, et c'est ce travail-là qui va être très important.
BENJAMIN DUHAMEL
Juste un mot à tous les deux sur la question de la létalité, par rapport à ce que vous venez de nous annoncer, Stéphanie RIST, sur le fait qu'une Française avait vu son état se dégrader très nettement. Est-ce que c'est une personne qui avait des comorbidités, des prédispositions à se retrouver en risque face à un virus, ou est-ce qu'au fond, selon qu'on est septuagénaire ou trentenaire, on est en quelque sorte à égalité face à ce virus, Stéphanie RIST ?
STÉPHANIE RIST
Les études, mais sous le contrôle d'Arnaud FONTANET, montrent qu'avec ce virus, il ne ressort pas de prédispositions par rapport à des comorbidités, mais je laisserai cette confirmation…
BENJAMIN DUHAMEL
Mais donc, simplement, dans le cas d'espèce de la Française dont l'état s'est dégradé cette nuit, il n'y avait pas de prédispositions particulières à un risque face à un virus ?
STÉPHANIE RIST
Je n'ai pas les détails de ce cas particulier, évidemment, et si je les avais, il s'agit d'un secret médical. Ce que je peux dire aujourd'hui, c'est que cette personne est testée positive à l'Hantavirus, et que son état s'est dégradé dans la nuit.
ARNAUD FONTANET
Ce que je pourrais rajouter, c'est que sur un bateau de croisière, vous avez souvent des personnes qui sont un peu plus âgées, donc ça explique aussi l'âge moyen des personnes qui ont été infectées et on a vu, il y a eu déjà trois décès dans les débuts de cette épidémie. Maintenant, pour les personnes qui travaillent, et notamment j'en discutais avec nos collègues de l'Institut Pasteur de Guyane, qui ont le centre de référence des Hantavirus pour l'Amérique latine et qui connaissent très bien cette pathologie, ils voient aussi des sujets jeunes qui peuvent faire des formes graves, donc tout le monde est à risque de formes graves, même si on peut imaginer que l'âge et les comorbidités puissent être des facteurs aggravants.
Le point que je voulais signaler par rapport à ce qui nous arrive aujourd'hui, c'est qu'au-delà de la complexité de devoir suivre des personnes qui, comme je le disais, se sont maintenant réparties dans les 23 pays dont ils sont originaires, il y a aussi la durée d'incubation qui est longue. En moyenne, il faut deux à trois semaines entre le moment où vous avez été en contact et le moment où vous développez des symptômes, ça peut aller jusqu'à six semaines, et quand on regarde l'évolution des clusters qui ont été publiés en Argentine ou au Chili, c'est des histoires qui durent sur trois mois, avec quatre chaînes de transmission. Et même si on n'est pas inquiet, au même sens qu'on a pu l'être pour la COVID, parce que la contagiosité est plus faible, et que surtout les moyens d'isolement des cas et quarantaine des contacts permettent de contrôler cette épidémie, il faut quand même s'attendre à ce que l'on puisse voir, dans les semaines à venir, des cas isolés apparaître, parce que ce suivi des contacts sur l'ensemble de la planète va être très fastidieux à mener, et doit être fait de façon extrêmement rigoureuse, comme cela a été expliqué pour les sujets français.
FLORENCE PARACUELLOS
Alors, ce qu'on comprend, c'est que ce cluster, enfin en tout cas cette épidémie sur un bateau, c'est un cas d'école, qui ne ressemble pas à ce qui a été étudié jusqu'ici, dans ces clusters sud-américains. Ce qu'il faut que vous nous disiez, c'est combien une personne malade peut-elle contaminer d'autres personnes, d'une part, et d'autre part, est-ce que comme Antoine FLAHAULT, épidémiologiste aussi, le dit dans Le Parisien ce matin ; vous pensez comme lui que ce virus est aussi grave qu'Ebola ?
ARNAUD FONTANET
Alors, je n'irai pas faire des comparaisons avec Ebola parce que les modes de transmission sont différents. La létalité d'Ebola est extrêmement élevée, plutôt de l'ordre de 80%. Je pense que les contextes sont différents. Mais, par rapport à votre première question, qui est de savoir quel est le nombre de reproductions, le nombre de cas secondaires par personne infectée, tout dépend du contexte dans lequel vous vous trouvez. Ici encore, le bateau de croisière, ce sont des espaces confinés, et on peut expliquer qu'au début il y a eu… On voit la chronologie, il y a un premier patient qui a ses symptômes le 6 avril, c'est celui qui est décédé le 11 avril, et on voit apparaître 15 jours plus tard, 3 cas.
Donc ça, c'est effectivement la durée d'incubation de 15 jours, 3 personnes qui ont été infectées, ça vous donne un peu une idée, c'est des chiffres moyens, mais ce qui est très important, c'est qu'avec des mesures d'isolement des cas dès qu'ils sont symptomatiques, on arrive à casser ces chaînes de transmission, et c'est ça qui va changer la donne. Ce qui est très important dans cette aventure, et c'est aussi un point que je voulais signaler, c'est le rôle que l'OMS est en train de jouer. Parce que le 2 mai, un ressortissant britannique a été diagnostiqué, et le Royaume-Uni a immédiatement, selon le règlement sanitaire international, prévenu l'OMS. Et c'est en prévenant l'OMS qu'ils ont permis d'avoir une action concertée qui concerne l'ensemble des pays touchés, et c'est un moment où quand même l'OMS est très critiquée, on a vu les États-Unis qui ont choisi de quitter l'OMS, l'Argentine aussi, il est intéressant de voir comment l'OMS a permis une coordination qui était nécessaire par rapport à une épidémie qui peut toucher l'ensemble de la planète, et le rôle de ces organisations internationales reste très important.
FLORENCE PARACUELLOS
Ça veut dire que l'OMS continue à fonctionner correctement, malgré le départ des États-Unis, qui est quand même la première puissance scientifique du monde.
ARNAUD FONTANET
Et je trouve que c'est important, et vous avez vu d'ailleurs que le directeur général de l'OMS était hier aux Canaries pour bien marquer le coup.
BENJAMIN DUHAMEL
Stéphanie RIST, il faut effectivement reprendre les mots prononcés par le patron de l'OMS à Ténérife, qui dit qu'il ne s'agit pas d'un nouveau Covid, le risque actuel pour la santé publique reste faible. Et on voit bien ce matin les différences significatives qui peuvent exister entre l'Hantavirus et le Covid-19. Pour autant, qu'est-ce que vous dites à ce matin ceux qui se disent, de la même manière au tout début du Covid-19, on entendait des discours d'autorité, des discours gouvernementaux, des discours de médecins qui expliquaient qu'il n'y avait pas tant à s'inquiéter que cela. La différence fondamentale c'est quoi ? C'est que l'Hantavirus, on le connaît, là où le Covid-19 au début, on ne connaissait pas ce virus ?
STÉPHANIE RIST
Il y a deux différences. Il y a une différence qui est effectivement que ce virus est connu. La deuxième différence, c'est comme cela vient d'être dit, il y a eu une coordination internationale très précoce par rapport à ce qu'on avait pu connaître.
BENJAMIN DUHAMEL
C'est-à-dire qu'on a tiré des leçons de ce qui s'était passé pendant le Covid.
STÉPHANIE RIST
Mais encore une fois, je crois que là, on est vraiment au moment où il faut briser cette chaîne de transmission. Ce virus connu, comme cela a été dit, on sait aussi que si on arrive à mettre les gens en quarantaine, en isolement, on peut briser cette chaîne de transmission. C'est là tout l'enjeu des jours. Il faut prendre les mesures dès le début, c'est ce que nous faisons là.
BENJAMIN DUHAMEL
Et en même temps, Arnaud FONTANET, démarche peut-être d'humilité, non seulement des gouvernants, mais aussi des médecins comme vous. Est-ce qu'on est si sûr de tout savoir sur cet Hantavirus puisqu'il y a encore un certain nombre de zones de flou ? On en a évoqué quelques-unes, sur la durée d'incubation, sur le fait de savoir si avoir des comorbidités vous met plus en risque ou pas. Est-ce qu'on en sait au final tant que cela ? Le principe d'un virus, c'est qu'il mute. Ce n'est pas parce qu'on a pu étudier à la fin des années 2010 en Argentine un cluster que pour autant, on peut tout à fait anticiper la façon dont ce virus va évoluer.
ARNAUD FONTANET
Notre travail de chercheur de toute façon, c'est de se remettre en question en permanence et justement d'utiliser des épisodes comme celui-là pour challenger tout le savoir qu'on a. Il y a effectivement un travail scientifique très important qui va être fait sur cette épidémie pour comprendre et vérifier ce que l'on savait, mais également apprendre des nouveaux éléments qui vont être mis à notre disposition. Je pense qu'effectivement, on doit rester toujours très humbles dans ce type de situation. Les gens ont néanmoins besoin d'avoir des perspectives. Ce que l'on peut vous dire aujourd'hui, et c'est le sentiment quand même qu'on a, c'est que c'est une histoire qui ne va pas nous amener vers un nouvel épisode comme la Covid. Je vous le disais une fois de plus, il y a encore, chaque année, 50 à 100 cas de ce virus en Argentine. Le virus lui-même a déjà été séquencé. Les Suisses ont publié la séquence. Il est très proche de celui qu'on connaît du réservoir animal, donc les questions de mutations sont suivies très près et on va évidemment regarder l'évolution du virus. En revanche, il faut s'attendre à qu'on ait tout de même une épidémie qui va aller dans la durée, parce que cette très longue durée d'incubation qui peut aller jusqu'à six semaines fait qu'on n'est pas à l'abri, vu l'ensemble des cas qui ont été disséminés à l'échelle de la planète, devoir ressortir ce virus à des endroits improbables et c'est ce suivi qui va être très important et qui va permettre d'éteindre tous les foyers et seulement dans quelques semaines pourra-t-on dire espérons-le, que l'ensemble des foyers a été éteint.
FLORENCE PARACUELLOS
Alors justement, on a appris ce matin qu'un passager américain du bateau était également positif à l'Hantavirus, il est rentré dans son pays et beaucoup de spécialistes, Arnaud FONTANET, se sont étonnés de l'absence des Américains et notamment des centres de prévention et de lutte contre les maladies, les CDC aux États-Unis, qui ont été particulièrement discrets et absents depuis le début de cette crise. Vous l'avez observé vous aussi, ce silence, cette discrétion des Américains ?
ARNAUD FONTANET
Oui, tout à fait. Dans une crise pareille, habituellement, le CDC d'Atlanta, qui est un grand organisme de surveillance des maladies infectieuses pour les États-Unis, mais également à l'échelle de la planète, était très présent aux côtés de l'OMS dans le suivi et là, on les a très peu entendus. C'est le fait des coupes budgétaires qui ont été décidées par le gouvernement américain et 20 % du staff du CDC d'Atlanta a été limogé. Les personnes qui étaient en charge, notamment de tous ces sujets, bateaux de croisière, etc., ont été limogés. On en paye les conséquences. J'espère qu'ils vont réaliser à la faveur de cette épidémie à quel point ce type de suivi est important et prendre les mesures qu'il faut.
FLORENCE PARACUELLOS
Parce que potentiellement, ça peut être problématique dans les mois, les années à venir, pour le fonctionnement de l'OMS et pour la collaboration scientifique internationale ?
ARNAUD FONTANET
Ça peut tout à fait l'être. Vous savez que les États-Unis ont demandé leur retrait. Il faut un an pour que ce soit acté. On va voir ce qu'il va se passer.
BENJAMIN DUHAMEL
Pour terminer, Stéphanie RIST, deux points très concrets, là encore, qui résonnent avec des interrogations d'auditeurs. D'abord, sur les stocks de masques, à la fois chirurgicaux, mais aussi les masques FFP2, qui protègent la personne qui est en face de quelqu'un potentiellement contaminé. Est-ce que, du point de vue des stocks, la France est prête à faire face s'il y avait des besoins importants, massifs, en termes de masques chirurgicaux et de masques FFP2 ?
STÉPHANIE RIST
Oui, la réponse est oui. En termes de masques, en termes de tests, tests PCR notamment, en termes aussi de médicaments, d'usages symptomatiques.
BENJAMIN DUHAMEL
Combien s'élèvent les stocks de masques chirurgicaux et de masques FFP2 ?
STÉPHANIE RIST
J'ai évidemment demandé un état des lieux qui permet de confirmer que nous en avons assez.
BENJAMIN DUHAMEL
C'est-à-dire confirmer qu'il y en a assez ? C'est-à-dire que vous savez qu'il y en a assez ?
STÉPHANIE RIST
L'organisation, vous savez, depuis le Covid, a permis à faire en sorte que nous avons assez de stocks de masques, de stocks de tests et de permettre aussi des médicaments nécessaires.
BENJAMIN DUHAMEL
Et encore un point, la question de Christian sur l'application qui demande s'il y a un traitement pour ce virus, Stéphanie RIST, est-ce que là encore, il y a des recherches qui vont peut-être commencer pour un éventuel vaccin ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ce matin ?
STÉPHANIE RIST
Alors, il n'y a pas de médicaments à ce jour recommandés pour ce virus. Il y a des études très débutantes de vaccination qui sont dans les études de tout début.
ARNAUD FONTANET
J'aurais juste signalé à ce propos que cet après-midi avec l'ANRS et milieu, une réunion qui est l'agence française qui finance les recherches sur les maladies infectieuses émergentes, une réunion de tous les acteurs français, auxquels participera évidemment l'INSTITUT PASTEUR, mais aussi tous nos collègues, notamment sur les thématiques de traitement et vaccin, pour faire un état des lieux d'où nous en sommes, pour répondre à des crises de ce type.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mai 2026