Déclaration de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, sur la police, à Paris le 12 mai 2026.

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Circonstance : Cérémonie d'accueil des gardiens de la paix de la 278e promotion

Texte intégral

Monsieur le préfet de police, cher Patrice,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame l'adjointe au maire de Paris,
Mesdames et messieurs les maires,
Mesdames et messieurs les préfets,
Monsieur le directeur national de la sécurité publique, cher Philippe,
Madame la directrice de l'Académie de police, chère Valérie,
Madame la directrice adjointe de l'inspection générale de la police nationale,
Mon Général, commandant en second la région de gendarmerie d'Ile-de-France,
Mon Général, commandant en second la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris,
Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de services,
Mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales et associatives,
Mesdames et messieurs,

Gardiens de la paix de la 278e promotion,

La Préfecture de police accueille aujourd'hui dans ses rangs 500 nouveaux gardiens de la paix issus de la 278e promotion. Le 17 avril dernier, des sept écoles nationales de police, vous sortiez. Aujourd'hui, vous entrez. Vous entrez dans cette maison à nulle autre pareille. Vous entrez dans cette institution où le sentiment d'appartenance est si fort, où l'exigence de la mission est si grande.

Il faut la force des symboles pour marquer les rites de passage. Cette cour du 19 août, où vous êtes réunis ce matin, en est un.

Symbole, d'abord, de mobilisation et de courage : elle porte le nom de ce petit matin de 1944 qui vit deux milliers de policiers résistants reprendre aux mains de l'occupant la caserne Cité, et bientôt dans son sillage Paris toute entière libérée. C'est par la bravoure de ces agents de la Préfecture de police - dans la lignée de laquelle vous vous inscrivez désormais – que vient à l'instant de vous être remise la fourragère rouge que vous porterez à l'épaule gauche de votre tenue d'honneur.

Symbole aussi du sacrifice : celui gravé dans le marbres des deux monuments que cette cour abrite, marqués du nom des policiers de la Préfecture de police morts pour la France ou victimes de leur devoir – certains dans cette cour même.

Bref : symbole des heures glorieuses et des heures tragiques, symbole des victoires et des épreuves, symbole du meilleur et du pire, à l'image précisément des termes de l'engagement qui vous attend. Celui que vous avez accepté de prendre, peut-être guidé par la passion, peut-être par l'altruisme, peut-être par l'exemple d'un autre, mais librement.

Pour toutes ces raisons, vous le verrez, cette cour qui est ce matin un point de départ sera aussi régulièrement pour vous un point de rencontre, quel qu'ait été le chemin qui vous a conduits jusqu'ici, quels que soient les rangs que vous vous apprêtez à rejoindre.

Aujourd'hui, près de 300 d'entre vous – dont votre major de promotion – intègrent les services la Direction de sécurité de proximité de l'agglomération parisienne. Ils ont les visages humains que la police parisienne présente à nos concitoyens, sur la voie publique, dans les transports en commun, dans nos commissariats, et partout où ils sont appelés ; à l'accueil du public, en sécurisation ou en intervention, mais toujours à hauteur d'hommes. Oui : dans le nom de la direction qui vous accueille, le mot " sécurité " est essentiel mais celui de " proximité " est décisif. Voilà pourquoi ceux qui intègrent la DSPAP ont une responsabilité si grande : parce qu'ils forment le poste avancé de cette institution et que c'est sur l'exercice de leurs missions que bien souvent se tissent les liens entre la police et la population, et que se noue la confiance que les Français vous accordent très largement. Une responsabilité si grande… et une tâche si lourde, car c'est encore sur vous que reposera la charge de lutter contre la délinquance. Or, dans l'agglomération parisienne sans doute plus qu'ailleurs, cette délinquance est vraiment du quotidien.

Quelque 200 autres parmi vous rejoindront les rangs de la Direction de l'ordre public et de la circulation, cette direction emblématique qui fait toute la singularité de cette maison. Ceux-là sont sur le point d'embrasser un métier et une expertise qui forgent le caractère unique de cette institution et la font si sensible à l'actualité. Gardiens de la paix : vous deviendrez bientôt gardiens de l'ordre, souvent défié quand il n'est pas troublé. Car si la DOPC prend le pouls des rues de la capitale et de ses environs, alors que chacun le sache : ce cœur bat à plus de 7 000 événements par an. Des rassemblements au mieux déclarés, quelquefois interdits ; des manifestations tantôt revendicatives, tantôt festives, régulièrement sportives, mais qui ne peuvent se tenir que parce que vous vous mobilisez pour les protéger. Des cortèges le plus souvent pacifiques et soudain : les incidents, les émeutes, les violences urbaines. Et tout cela sans compter les services d'ordre à monter, toujours plus nombreux, et les nombreux voyages officiels à escorter et sécuriser, toujours plus sensibles. A Paris qui concentre tant de lieux de pouvoir, de passion et de symboles, garder l'ordre public, c'est garder la République elle-même.

Je n'oublie pas enfin les quelques-uns qui intègrent aujourd'hui l'unité de surveillance et d'assistance de la Direction de la police judiciaire.  Vous faites vos premiers pas dans cette filière judiciaire qui fait l'objet de toutes les attentions, traduites récemment dans un plan investigation défendu de haute lutte. Et pour cause :  l'investigation est l'ultime maillon de la chaîne de nos ambitions. A la Préfecture de police, comme ailleurs, la hausse des taux d'élucidation est un objectif aussi important que la baisse des chiffres de la délinquance. Quinze parmi vous prêteront ainsi appui et assistance aux services d'enquête de la DPJ-PP, mêlant vos efforts à ceux d'une direction qui ne ménage pas les siens. Et vous me permettrez d'avoir un mot de gratitude pour l'investissement de son directeur qui la quittera dans quelques semaines après tant d'énergie donnée à la Police nationale en général, et à la Préfecture de police en particulier.

Et pourtant, derrière vos affectations diverses et incroyablement variées – c'est là aussi l'étendue des possibles qu'offre cette maison - une seule Préfecture de police, une et indivisible, comme la République dont elle protège le cœur. Derrière vos écussons, une unique devise, celle que vous partagez avec l'ensemble de la police nationale : pour la patrie, ils veillent. Or, à Paris et dans son agglomération, on veille tard. Ici, les journées sont souvent longues, et les nuits peuvent être courtes. Devant moi, 500 effectifs qui ne font qu'un seul homme puisque désormais vos réussites seront toujours collectives, et les échecs solidaires.

Des réussites, la stratège et performante Préfecture de police, emmenée par votre préfet Patrice FAURE, sait en engranger. Au cours des six derniers mois, la délinquance enregistre encore un recul significatif sur les principaux indicateurs, parmi ceux qui empoisonnent le plus la vie des habitants de l'agglomération parisienne : -12% de vols à la tire, -17,5% de cambriolages, -6% de violences crapuleuses. Depuis le début de l'année, elle peut être fière de recenser + 20% d'affaires de stupéfiants traitées, plusieurs points de deal asséchés, +15% de placements en rétention ou encore 17 filières d'immigration illégale démantelées. Mais derrière les chiffres, une réalité : celle de l'engagement irréprochable des agents de la Préfecture de police, et la détermination sans faille de ses directeurs et de leur chef, le préfet de police.

Malgré les victoires, les regards qui se poseront sur vous seront plus nombreux et plus insistants qu'ailleurs : l'œil scrutateur mais légitime des institutions de contrôle ; l'œil observateur des médias, pas toujours tendre ; et l'œil incisif de quelques détracteurs, souvent les mêmes. Comme au lendemain récent de la demi-finale du PSG-Bayern : ceux-là continueront de titrer le chaos là où je n'ai vu qu'un dispositif de sécurité parfaitement tenu. Exercer à la Préfecture de police, c'est aussi cela : assumer de travailler dans un environnement surexposé. Mais ne vous laissez jamais déstabiliser : au milieu de ces regards qui vous épieront, vous saurez toujours retrouver l'œil attentif d'une hiérarchie que je sais ici pétrie de qualités professionnelles et humaines immenses parce que tant de fois éprouvées.

Oui : je suis persuadé que vous percevrez bientôt, bien vite, que la Préfecture de police n'est pas une administration comme les autres, mais qu'elle est une véritable maison ; que ceux qui la rejoignent ne sont pas simplement des " effectifs ", qu'ils ne sont pas seulement des " personnels ". Car dans une famille – et la Préfecture de police en est bel et bien une -  il y a davantage que des agents : il y a des frères, unis par les liens solides de la mission exigeante.

Non, je ne doute pas que vous aurez tôt fait de mesurer que la Préfecture de police est bien plus qu'une affectation : elle est une forme de sacerdoce où l'on se donne souvent sans compter, mais où l'on apprend aussi plus vite parce que l'actualité y est toujours brûlante, et le défi permanent. C'est aussi à la Préfecture de police qu'Éric MASSON, lâchement abattu il y a tout juste cinq ans lors de l'interpellation d'un trafiquant de stupéfiants à Avignon, avait fait, comme vous, ses premiers pas de jeune gardien de la paix. Il a donné son nom à votre promotion : qu'il vous laisse aussi l'exemple de son dévouement et l'inspiration de son courage pour accomplir la carrière si noble que vous débutez au service de la sécurité de nos concitoyens. Et dans cette entreprise du service, sachez avec certitude que vous avez toute ma confiance, et mon invariable soutien pour relever les défis de cette maison qui m'est si familière.

Vive la Préfecture de police, 
Vive la Police nationale,
Vive la République,
Et vive la France !


Source https://www.interieur.gouv.fr, le 13 mai 2026