Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à France Info le 21 mai 2026, concernant les aides sur le carburant pour les agriculteurs, la question des engrais, l'augmentation des prix alimentaires et le projet de loi d'urgence agricole.

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Intervenant(s) : 
  • Annie Genevard - Ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

Média : France Info

Texte intégral

MADJID KHIAT
Bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

MADJID KHIAT
Il y a dans l'actualité aujourd'hui, vous le savez bien, cette conférence de presse de Sébastien LECORNU sur le prix du carburant, sur ces aides sur le carburant, à 17 heures. Alors, on ne va pas déflorer les annonces du Premier ministre. Vous n'allez pas le faire. Mais est-ce que les agriculteurs vont y trouver leur compte ?

ANNIE GENEVARD
Écoutez. Les agriculteurs sont concernés, évidemment, par les mesures que le Gouvernement a déployées pour venir au chevet des professions les plus exposées à la hausse du carburant, et pour ce qui concerne les agriculteurs, à la hausse des engrais. C'est indispensable.

MADJID KHIAT
Sébastien LECORNU l'a dit : il envisage de revoir les 6 milliards d'euros de gel de crédit pour compenser l'impact de la guerre. Est-ce que les agriculteurs qui nous écoutent ce matin, sur France Info, verront un geste financier conséquent du Gouvernement ?

ANNIE GENEVARD
D'ores et déjà, depuis le mois d'avril, nous avons déployé des aides. Par exemple : sur le gasoil non-routier, qui est le carburant des agriculteurs. On a éteint tous les droits d'assises, c'est-à-dire la fiscalité du gasoil non-routier.

MADJID KHIAT
Elles seront maintenues, ces aides ?

ANNIE GENEVARD
Elles seront maintenues, mais si vous le permettez, je vais laisser le Premier ministre faire ses annonces. Moi, je serai à l'Assemblée nationale, au banc. Je ne serai donc pas aux côtés du Premier ministre au moment de ces annonces. Mais nous avons fait très régulièrement des réunions. Nous faisons régulièrement des réunions pour déployer tout le panel des aides. Alors, c'est effectivement des aides financières, mais aussi des prêts structurels, des aides-carburants, des reports de cotisations. Voilà. Il y a tout un panel de dispositifs pour aider nos agriculteurs.

MADJID KHIAT
Il y a un autre sujet sur cet impact de cette guerre au Moyen-Orient : ce sont les engrais avec la Commission européenne qui a présenté un plan d'action, mardi, pour aider le monde paysan. 200 millions d'euros dans un premier temps pour soulager ces agriculteurs. Est-ce que c'est suffisant, selon vous ?

ANNIE GENEVARD
Non, ça ne sera certainement pas suffisant. Et la Commission européenne a déjà annoncé qu'il y aurait une deuxième enveloppe, si vous voulez. La France est un très grand pays céréalier. A nous seuls, nous sommes le premier pays producteur de céréales dans l'Union européenne. Près de 20% des céréales y sont produites. Donc, c'est considérable. Et les engrais, c'est indispensable pour produire des céréales en quantité et en qualité. Donc, ce danger-là est très, très, présent, et nous y attachons une très grande importance.

MADJID KHIAT
Il y a la question de la production des engrais. Comment on devient producteur d'engrais de manière très importante, alors qu'on ne maîtrise pas la matière première ?

ANNIE GENEVARD
C'est tout le problème, si vous voulez. C'est que l'Union européenne n'est souveraine qu'à 40 %. Elle ne produit que 40% dont les agriculteurs européens ont besoin. Et pour la France, c'est encore plus grave : on est dépendant à 70%. Donc, le plan du Gouvernement, c'est à la fois de répondre à l'urgence. Il y a le plan européen de soutien pour les engrais, mais il y a aussi un volet national. On a déployé des aides, près de 40 millions. Et on va continuer. Mais il y a aussi le moyen et le long terme. Il faut qu'on reproduise à nouveau des engrais en France pour être plus autonome, sachant qu'il y a beaucoup de composants des engrais qu'on ne trouve pas sur notre sol, qu'il faudra de toute façon importer. Et puis il y a des adaptations culturales. Il faudra peut-être cultiver différemment si on dispose de moins d'engrais.

MADJID KHIAT
Sur France Info, tout au long de la journée, on va donner la parole aux Français : sur la vie chère, sur l'inflation, notamment. Et on a l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture qui parle d'un risque de choc agroalimentaire, avec la fermeture du détroit d'Ormuz, avec, potentiellement, une grave crise mondiale, notamment sur les prix alimentaires. Est-ce que la France est à l'abri de ce choc ?

ANNIE GENEVARD
La France n'est pas concernée par l'augmentation des prix alimentaires. L'inflation y est très modérée, alors même que les coûts de production, eux, ; augmentent.

MADJID KHIAT
Les prix n'augmenteront pas ?

ANNIE GENEVARD
Ce qui est une difficulté. Alors, il faut effectivement pouvoir absorber une partie des surcoûts de production. Mais en même temps, tout ne peut pas reposer sur le portefeuille des consommateurs. Donc, pour l'instant, les choses sont maîtrisées.

MADJID KHIAT
Justement, d'ores et déjà, la FNSEA demande la réouverture des négociations commerciales avec la grande distribution. Est-ce que vous y êtes favorable ?

ANNIE GENEVARD
Non, je ne suis pas favorable à ce qu'on réouvre les négociations commerciales. Elles viennent de s'achever. C'est un moment difficile pour chacune des parties, et je ne pense pas que ce soit raisonnable de réouvrir ce temps des négociations.

MADJID KHIAT
Malgré la situation internationale ?

ANNIE GENEVARD
En revanche, j'ai organisé avec Serge PAPIN une réunion des filières pour voir comment la grande distribution, les distributeurs, peuvent quand même prendre une partie de l'augmentation des coûts de production, parce qu'ils ont exposé et ils ne peuvent pas tout absorber.

MADJID KHIAT
D'ailleurs, aujourd'hui, il y a aussi un rapport sénatorial sur les marges des industrielles de la grande distribution, qui doit être publié à 11 h. Qu'est-ce qu'on fait face à ces marges, pour les maîtriser ?

ANNIE GENEVARD
Je crois, si vous voulez, que quand on parle d'alimentation, il y a trois grands acteurs. Il y a l'agriculteur, le producteur, celui qui fournit la matière première. Il y a ensuite celui qui va la transformer, pour faire des yaourts ou pour faire toutes sortes de produits alimentaires, des pâtes, etc. Et puis il y a celui qui va vendre le produit. Chacun doit gagner sa vie. Chacun doit prendre sa part équitablement, de la valeur produite entre l'agriculteur et le distributeur. Et il faut aussi moraliser certaines pratiques. Voilà. Je pense que le rapport sénatorial, je ne l'ai pas encore lu, il vient d'être publié. Mais moi, je ne montre du doigt personne. Je dis : il faut des bonnes pratiques, il faut des bons usages, il faut se respecter les uns les autres, et il faut que la valeur soit équitablement répartie.

MADJID KHIAT
Il y a un autre sujet extrêmement important dans l'actualité. Vous l'avez dit, vous étiez hier du côté de l'Assemblée nationale pour ce projet de loi d'urgence agricole. Il y a beaucoup de mesures qui font débat. Parmi elles, l'une qui a été votée en commission : la possibilité de tirer les loups dans les parcs nationaux ou dans les réserves naturelles. Est-ce que ce n'est pas contraire à la mission de conservation de ces espaces ?

ANNIE GENEVARD
Le loup est une espèce protégée. Et le projet de loi ne revient pas sur ce point. Simplement, moi, qui suis la ministre des agriculteurs, des éleveurs, du pastoralisme, des bergers, je me dois de porter la voix de ces éleveurs, qui sont désespérés lorsqu'ils arrivent le matin dans leur pâture de voir leurs bêtes égorgés. Donc, il faut absolument que l'on entende la détresse des éleveurs.

MADJID KHIAT
Mais vous êtes favorable à cet amendement ?

ANNIE GENEVARD
Alors, il y a des règles. Et il ne s'agit pas de transgresser les règles. Il s'agit quand même d'adapter la gestion du loup à la réalité de ce qu'on appelle la prédation. Il y a eu 12 000 victimes l'an dernier : 12 000 victimes qui laissent les agriculteurs, les éleveurs, dans la détresse absolue. Donc, il faut pouvoir mieux gérer la présence du loup. Il y a des territoires où le loup est trop nombreux, trop agressif, trop violent à l'égard des troupeaux. Il faut pouvoir diminuer la pression.

MADJID KHIAT
J'ai appelé hier un céréalier, en avance. J'ai appelé hier un céréalier, hier, que j'avais rencontré en reportage en 2024, lors de la crise agricole. Et il voulait vous interroger sur une chose. Il me dit : " Est-ce qu'on est certain que dans ce projet de loi d'urgence agricole, il y aura plus de contrôles des denrées qui sont importées et vendues en France ? " Parce que ça, c'est un sujet pour tous ces agriculteurs.

ANNIE GENEVARD
Bien sûr, c'est une exigence normale. Ils veulent une concurrence loyale. Ils ne supportent pas qu'on leur impose des règles dont ceux qui importent leur production chez nous s'affranchissent. Les mêmes règles pour tout le monde. Une réciprocité des normes de production. Donc, moi, j'ai dit, dans l'article 2 de cette loi, il y avait des dispositions qui permettaient à la ministre d'interdire l'importation de denrées ne respectant pas nos règles. Un vote, vraiment, que je qualifierais de stupide, alliant le Rassemblement National et la France Insoumise, m'empêche de faire cela, à annuler cette disposition, et, tenez-vous bien, empêche aujourd'hui l'arrivée en France de denrées qui sont autorisées partout dans l'Union Européenne.

MADJID KHIAT
Annie GENEVARD, il nous reste très peu de temps. Guy SAVOY, le grand chef Isérois, va intégrer l'Académie des Beaux-Arts. C'est la première fois qu'un chef y est reçu. Est-ce que c'est une réparation à l'injustice faite à la gastronomie française ?

ANNIE GENEVARD
Alors, la gastronomie française est reconnue en France et dans le monde entier, vous le savez. Et Guy SAVOY est un personnage absolument magnifique, qui honore la gastronomie et qui a toute sa place à l'Académie. J'en suis très heureuse. C'est la reconnaissance d'un métier qui est follement exigeant, mais qui contribue à magnifier les produits de notre belle agriculture française.

MADJID KHIAT
Dernière question, Annie GENEVARD : il y a cette élection présidentielle, elle est dans toutes les bouches ; sur nos antennes, on en parle beaucoup. Gabriel ATTAL devrait se porter candidat. Alors, vous, vous avez été suspendu des Républicains. Ce sera qui votre candidat pour l'élection présidentielle ? Bruno RETAILLEAU, Gabriel ATTAL ?

ANNIE GENEVARD
Moi, je suis toujours... LR est ma famille.

MADJID KHIAT
Donc ce sera Bruno RETAILLEAU.

ANNIE GENEVARD
Et ma famille politique. Et elle le demeure. Moi, ce que je veux, c'est que ma famille politique pèse dans cette élection, soit en ayant un candidat, que je soutiendrai, soit en pesant sur le projet pour redresser le pays.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mai 2026