Texte intégral
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Bonjour Aurore BERGÉ.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Alors, on ne peut pas vous recevoir et parler de violences contre les femmes sans évoquer le contexte actuel, notamment l’affaire Patrick BRUEL accusé de viols et d’agressions sexuelles. Des témoignages sur des faits qui parfois remontent à des années, certaines personnes comme la chanteuse LIO qui dit : "on le savait depuis des années". Alors, la parole se libère, oui peut-être, mais pas assez vite selon vous ?
AURORE BERGÉ
Moi, ce que j’ai toujours dit et pensé, c’est que je crois que les femmes ont toujours parlé, mais que la société n’a pas toujours été prête à les écouter et à les entendre. Aujourd’hui, il faut que la société les écoute, il faut le faire avec respect. Je crois que c’est extrêmement important. On voit à quel point, à chaque fois que des femmes s’expriment, on met immédiatement en accusation de leur parole, comme si elles avaient un intérêt supposé, en tout cas un présupposé qu’elles auraient intérêt à mentir. Donc, il faut respecter et écouter cette parole et, je dis bien "et", il faut évidemment respecter la présomption d’innocence. Il faut arriver à tenir les deux et je crois que c’est totalement possible et que c’est surtout absolument souhaitable.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Alors, Aurore BERGÉ, vous venez à Dax aujourd’hui pour inaugurer cette Maison des femmes. Elle a été ouverte en octobre dernier. Il s’agit d’un dispositif national, cette Maison dacquoise, c’est la 111ème du genre en France. Alors, le gouvernement veut une maison au moins par département. Pourquoi ? Pourquoi c’est important ?
AURORE BERGÉ
Exactement, c’était l’engagement que j’avais pris d’avoir une maison de santé des femmes dans chacun des départements. C’est donc la première qui est inaugurée aujourd’hui dans le département des Landes. Il y en a quatorze désormais dans la région Occitanie. Concrètement, une maison de santé des femmes, c’est une maison, au sens propre du terme, c’est-à-dire un lieu où on se sent bien, où on se sent accueillie, où on se sent accompagnée, où on se sent respectée. Et un lieu où on n’a pas à pousser une porte après l’autre parce que tout l’accompagnement global va être possible sur place, c’est-à-dire à la fois l’accompagnement en matière de santé, puisque c’est adossé évidemment sur un établissement hospitalier. Et santé, c’est la santé globale, y compris la santé mentale, parce qu’on a besoin aussi de cette reconstruction. Ce sont des permanences juridiques qui vont pouvoir avoir lieu avec des associations que nous finançons et accompagnons. C’est aussi la possibilité, si les femmes y sont prêtes et le souhaitent, de pouvoir porter plainte sur place. Donc, c’est l’ensemble de l’accompagnement qui est possible immédiatement sur place. Et ça, c’est extrêmement important pour que les femmes n’aient pas, encore une fois, à pousser une porte, deux portes, dix portes, mais qu’elles puissent avoir un accompagnement global.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Alors, l’idée aussi, c’est d’agir vite quand une femme est victime de violences. Pourquoi c’est important justement d’aller vite ?
AURORE BERGÉ
C’est important d’aller vite parce qu’on a cette statistique terrible qui dit qu’en moyenne, une femme victime de violences elle va faire sept allers-retours. C’est-à-dire, sept fois elle va partir, revenir, partir, revenir, parce qu’il y a le poids de la honte, le poids de la culpabilité, le poids du doute, et puis aussi le poids de l’inconnu sur "il se passe quoi le lendemain ? L’heure d’après, le moment où je suis partie, comment je vais vivre, comment je vais être accompagnée, comment je vais être soutenue ?" D’autant plus que dans huit cas sur dix, une femme qui est victime de violences, c’est aussi une mère de famille. Donc, se pose la question pour ses enfants : comment vont-ils être pris en charge et soutenus ? Et donc, c’est pour ça qu’il faut qu’on ait cet accompagnement global pour qu’une fois que la femme a réussi à prendre cette décision de partir, qui est extrêmement courageuse, elle ne revienne pas en arrière sur sa décision. Et donc, quand vous avez cet accompagnement global, une fois que vous avez poussé cette porte-là, évidemment, on en voit les effets : on voit que vous avez moins le risque de revenir en arrière sur la décision prise, et puis vous êtes accompagnée parce que vous avez connaissance aussi de tous les dispositifs qui sont mis à disposition pour vous. Et ça, c’est aussi extrêmement important. Et c’est ce qu’on développe beaucoup, notamment en Nouvelle-Aquitaine, c’est de garantir qu’on ait ce qu’on appelle de "l’aller-vers", c’est-à-dire que les femmes n’aient pas en permanence à pousser des portes et qu’au contraire, on aille vers elles et qu’on les accompagne, y compris dans les territoires qui sont parfois plus éloignés de certains services publics.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Alors ici à Dax, cette maison des femmes, elle a un nom particulier, elle s’appelle la Maison des lendemains, ça veut tout dire, non ? L’idée, c’est vraiment d’aider les femmes à se reconstruire, à envisager l’après ?
AURORE BERGÉ
Oui, je crois que c’est un très beau symbole. C’est un très beau symbole de pouvoir envisager qu’il y a un lendemain, on se sente en sécurité, on se sente protégée, on se sente aimée. Qu’on retrouve aussi cette dignité. On parle de femmes qui parfois ont passé, non pas des semaines et des mois, mais parfois des années : des années de contrôle, des années de violences, des années d’emprise. Et donc, il faut accepter que cette reconstruction prenne du temps et il faut respecter le temps de ces femmes. Parfois, on s’interroge, là encore : pourquoi est-ce qu’elle n’est pas partie plus tôt ? Pas par choix, mais parce qu’elle n’arrivait pas à partir plus tôt, parce qu’elle avait peur de partir plus tôt. Pourquoi est-ce qu’elle n’a pas porté plainte plus tôt ? Parce que, là encore, il n’y a rien d’évident à réussir à porter plainte contre celui qu’on a aimé, contre celui qui est aussi souvent le père de son enfant. Donc, c’est la possibilité du lendemain. Mais pour qu’il y ait un lendemain, nous, notre engagement, c’est qu’il y ait cet accompagnement global.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Alors, le Conseil Départemental des Landes a dénoncé hier dans un communiqué le fait qu’il n’y ait pas assez d’hébergements spécialisés pour les femmes victimes de violences conjugales dans notre département. 80 % des Landaises concernées se retrouvent à l’hôtel au moment où elles trouvent le courage de partir. Seulement 12 % des victimes bénéficient, en fait, d’un hébergement spécialisé. Le département espère un geste de l’État. Qu’est-ce que vous répondez aujourd’hui ?
AURORE BERGÉ
Alors, déjà que nous, on a signé une circulaire très claire avec le ministre du Logement. C’est de garantir que les femmes victimes de violences soient toujours prioritaires sur l’accès à l’hébergement d’urgence, quel que soit le type de violences dont elles sont les victimes. Moi, ce matin, justement, je serai en dialogue avec les élus locaux, avec le conseil départemental, sur la question spécifique, justement, de l’hébergement d’urgence parce que je comprends qu’il y a des tensions très fortes dans le département des Landes. Donc je viens aussi pour ça : non pas juste pour inaugurer la Maison des lendemains, mais pour voir comment on peut aller encore plus loin sur la question de l’hébergement d’urgence.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Merci beaucoup, Aurore BERGÉ, d’avoir été notre invitée.
AURORE BERGÉ
Merci à vous.
MARION DAMBIELLE-ARRIBAGÉ
Je rappelle que vous êtes la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes et que vous êtes donc dans le département des Landes aujourd’hui pour inaugurer notamment cette Maison des lendemains à Dax. Bonne journée.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 26 mai 2026