Interview de M. Gérald Darmanin, Garde des Sceaux, ministre de la justice, à France 2 le 26 mai 2026, sur la politique de l'immigration et l'élection présidentielle de 2027.

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Média : France 2

Texte intégral

GILLES BORNSTEIN
Bonjour Gérald DARMANIN,

GERALD DARMANIN
Bonjour,

GILLES BORNSTEIN
Vous proposez dans JDD, hier, un moratoire de trois ans sur l'immigration légale. Qu'est-ce que ça veut dire ? Personne ne rentre en France ?

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, mais il faut diminuer la part de notre migration en France pour d'abord intégrer et assimiler les étrangers nombreux qui sont déjà sur notre territoire. La situation a changé par rapport aux années précédentes, le chômage augmente, on est à quasiment 8% et nous avons des capacités d'intégration, trouver des logements, mettre les enfants à l'école, leur apprendre le français, leur trouver un travail qui n'est pas aujourd'hui, je crois, au mieux. Nous devons d'abord intégrer les gens qu'on a sur notre sol avant de faire venir davantage d'autres personnes.

GILLES BORNSTEIN
Vous dites qu'il faut qu'on puisse débattre du nombre, c'est classique, des qualifications, mais aussi, ajoutez-vous, des zones géographiques d'origine, des gens qui veulent venir. Pourquoi des zones géographiques d'origine, il y a des zones qui fournissent de meilleurs travailleurs que d'autres ?

GERALD DARMANIN
Je pense qu'il est plus normal de faire venir en France des personnes qui parlent français, par exemple, ou qui sont de culture française parce que nous avons, pour intégrer des personnes, plus de difficultés à faire lorsqu'ils sont allophones, lorsqu'ils ne parlent pas notre langue. Pour avoir été ministre de l'Intérieur pendant quatre ans et demi, je vois le travail incroyable que font les associations, que fait l'État pour essayer d'intégrer ces populations. Le sujet d'immigration en soi, et moi je suis deux fois petit-fils d'immigrés, n'est pas le fait de choisir quelqu'un en fonction de sa religion ou de son origine géographique en tant que telle. En revanche, c'est de sa capacité à s'intégrer à la République française, à respecter les règles de la République française.

GILLES BORNSTEIN
Donc quelqu'un qui vient du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne où on parle français aurait plus de chances de rentrer que quelqu'un qui vient d'ailleurs ?

GERALD DARMANIN
Alors d'abord, c'est au Parlement que de le dire. Je propose que ce soit le Parlement qui fixe des quotas qui sont définitifs et pas indicatifs. J'ai mis des quotas indicatifs dans la loi, mais aujourd'hui il faut changer la constitution pour faire des quotas qui obligent. C'est ce qui existe par exemple au Canada, un pays qui le fait, notamment avec une immigration d'origine anglophone. Il faut croiser ses origines géographiques avec les qualifications. Ce que nous cherchons en France, c'est à faire venir moins d'étrangers, je le pense, et simplement dans certains métiers, dans certains corps de métier. Par exemple, nous avons 20% des médecins, aujourd'hui, à l'hôpital qui sont étrangers. Nous avons besoin de médecins étrangers, mais nous n'avons pas besoin de tous les métiers à tout moment. Non seulement on est à 8% de chômage, mais par ailleurs, les étrangers sont surreprésentés dans les personnes qui sont au chômage. Ce serait assez criminel de les faire venir en France, de ne pas savoir les intégrer et de ne pas leur offrir du travail.

GILLES BORNSTEIN
Vous avez insisté sur l'intégration à l'instant et hier aussi. Travaillons à l'assimilation des étrangers qui sont sur le territoire, dites-vous. Est-ce que ça veut dire que ceux qui ne posent pas de problème et qui travaillent ici doivent être davantage régularisés, doivent être plus facilement régularisés ?

GERALD DARMANIN
Alors, c'est ce que j'ai fait quand j'étais ministre à l'intérieur.

GILLES BORNSTEIN
Mais on vous entend moins là-dessus maintenant.

GERALD DARMANIN
Non, alors j'ai porté une loi avec Olivier DUSSOPT qui était très difficile parce qu'une grande partie de l'extrême-droite et de la droite n'en voulait pas, qui consistait à être très simple, être gentil avec les gentils et méchant avec les méchants. Oui, il faut intégrer tous ceux qui travaillent sur notre sol, qui respectent les règles de la République, qui élèvent leurs enfants dans l'amour de notre drapeau, dans la promesse qu'est la République. Il y a plein de gens dans les restaurants qui livrent les repas, qui travaillent dans le BTP, qui travaillent dans l'agriculture, qui sont absolument formidables et que nous devons absolument...

GILLES BORNSTEIN
Vous maintenez qu'il faut que ces gens-là ont vocation à être régularisés ?

GERALD DARMANIN
Ceux qui respectent les règles de la République, qui parlent notre langue, dont les enfants respectent les règles de la République, qui travaillent, bien sûr qu'il faut que nous leur offrions...

GILLES BORNSTEIN
Combien même sont-ils rentrés de manière illégale ?

GERALD DARMANIN
Je pense qu'au bout d'un certain temps, ils ont démontré, depuis parfois dix ans, quinze ans, les situations dans lesquelles nous sommes sont parfois absolument inhumaines, bien sûr qu'il faut les accueillir, peut-être pas dans la nationalité, mais en tout cas leur sécuriser, leur donner des papiers qui leur permettent de vivre du fruit de leur travail. Ils font un travail que beaucoup de gens n'osent pas faire et ils sont exploités parfois par un capitalisme sauvage qui les exploite et qui pousse d'ailleurs, comme disait un grand philosophe marxiste, une armée de réserve qui fait baisser les salaires pour tous les autres Français.

GILLES BORNSTEIN
L'armée de réserve du capitalisme ?

GERALD DARMANIN
En revanche, il y a tous ceux qui ne respectent pas les règles de la République qui, eux, et c'était l'objet de ma loi, se doivent être expulsés s'ils commettent un délit ou un crime. Et si nous sommes gentils avec les gentils, ceux qui travaillent et qui respectent les règles, nous devons être absolument méchants avec les méchants, c'est-à-dire expulser tous ceux qui ne respectent pas les règles.

GILLES BORNSTEIN
Ce qui suppose d'obtenir des laissez-passer consulaires.

GERALD DARMANIN
Mais si vous mettez un moratoire, par exemple, sur les questions migratoires et que vous ne donnez des visas qu'à ceux qui reprennent 90% imaginant des OQTF.

GILLES BORNSTEIN
Ceux, les pays ?

GERALD DARMANIN
Exactement. Vous avez complètement changé votre rapport de force avec ces pays et sans d'ailleurs désigner tel pays plutôt qu'un autre qui embête notre diplomatie. Vous dites : " Voilà, je donne des visas qu'à ceux qui acceptent de prendre quasiment 90% des gens qui doivent être expulsés ". Et là, je pense que vous améliorerez très largement. Pour cela, il faut changer la Constitution. Je rappelle que lorsque j'étais ministre d'Intérieur, nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale. On a fait adopter dans la douleur une loi immigration. Pour changer la Constitution, il faut donner une large majorité au prochain président de la République pour qu'il change, en effet, nos règles constitutionnelles de l'immigration.

GILLES BORNSTEIN
Justement, parlons des élections. Ces propositions que vous venez de faire à l'instant, est-ce que c'est le prix de votre ralliement ? Celui, le candidat qui voudra avoir votre soutien, devra les intégrer dans son programme ?

GERALD DARMANIN
Non, absolument pas. Ce n'est pas comme ça que j'imagine, en tout cas, l'idée de soutenir un candidat à la présidence de la République sur la question seule de l'immigration. Il y a plein d'autres sujets sur lesquels il faut discuter, avec un futur président ou présidente de la République. La question de l'écoute des classes populaires, incontestablement, la question de savoir la condition de vie des employés et des ouvriers, les femmes seules qui aident leurs enfants, la réforme d'une justice qu'il faut pouvoir poursuivre, notre diplomatie, avec qui on veut faire des alliances, comment on imagine l'Europe. La France, c'est un pays qui décroche en Europe, malgré le travail incroyable que le président de la République fait, et une Europe qui décroche dans le monde. Donc, pour parler au futur président de la République, il ne faut pas parler que d'immigration.

GILLES BORNSTEIN
La pré-campagne a commencé, en particulier entre Gabriel ATTAL et Édouard PHILIPPE, c'est assez tendu, dirais-je, trop tendu.

GERALD DARMANIN
Je le déplore. Je déplore que ceux qui se présentent comme étant des personnes qui peuvent s'entendre en février prochain, aujourd'hui, pourraient montrer des différences trop fortes qui rendraient une alliance impossible. Moi, je pense qu'il faut un seul candidat. Aujourd'hui, le mieux placé, c'est Édouard PHILIPPE. C'est à lui de nous rassembler, c'est à lui de montrer qu'il est capable de rassembler des tendances.

GILLES BORNSTEIN
Qu'est-ce qui lui manque ? On sent que quand vous dites que c'est le mieux placé, vous dites « Bon ben voilà, t'es le meilleur, mais enfin t'en fais pas encore assez ».

GERALD DARMANIN
Il faut qu'il nous montre son envie d'être président de la République. Je le connais personnellement, je sais qu'il a cette envie, mais qu'il le montre aux Français.

GILLES BORNSTEIN
Il ne le fait pas assez ?

GERALD DARMANIN
Il doit rassembler, c'est aux Français de le dire, il doit rassembler des tendances différentes.

GILLES BORNSTEIN
Ce qu'on entend, ce que vous sous-entendez, c'est que Gabriel ATTAL, en ce moment, montre peut-être plus d'envie, qu'Édouard PHILIPPE, doit passer la vitesse supérieure.

GERALD DARMANIN
Je pense que la politique, ce n'est jamais une aventure personnelle. Et donc, pour l'instant, les candidats viennent de se déclarer, ce n'est pas anormal, mais je ne pense pas que ce soit une affaire d'égo, de " Moi, je " et de " Je vais gagner tout seul ". La politique, c'est une équipe, et la politique, c'est le rassemblement de personnes qui doivent faire ensemble 51% des voix. C'est très difficile de faire 51% des voix. Donc, ils doivent rassembler, pas gagner seuls, pas être orgueilleux, être à l'écoute et pas dire " Moi, je ". Donc, il y a des gens très différents. Il y a Monsieur RETAILLEAU, qui est de la droite conservatrice, elle est respectable, c'est droite conservatrice, ce n'est pas la mienne, mais c'est la sienne, il doit venir soutenir un candidat. Il y a Monsieur ATTAL, qui est social-démocrate progressiste, je ne suis pas de gauche, mais lui, il l'est, il faut le rassembler. Je suis droite sociale, il faut que notre candidat, j'espère Édouard PHILIPPE, rassemble ses tendances, qu'il nous dise quel projet positif il veut pour les Français, et je pense que dans ces cas-là, nous pourrions tous soutenir quelqu'un comme Édouard PHILIPPE. Mais il faut qu'il le fasse et qu'il tende la main.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mai 2026