Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de France, à BFM TV le 27 mai 2026, sur la situation économique, les prix du carburant, la politique fiscale et la question migratoire.

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Média : BFM TV

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Roland LESCURE.

ROLAND LESCURE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions et elles sont nombreuses ce matin.

ROLAND LESCURE
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que vous êtes le ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de France. Et sur tous ces points-là, il y a beaucoup, beaucoup de questions à poser. Les gros rouleurs, on y reviendra, qui, le guichet est ouvert depuis 29 minutes maintenant.

ROLAND LESCURE
Et ça marche. J'ai vérifié.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez vérifié ?

ROLAND LESCURE
Bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous le dites dans un instant, mais il y a quand même une phrase qui me frappe Vous avez dit la semaine dernière : l'économie française résiste. Est-ce que vous le pensez vraiment ou est-ce que vous le dites pour qu'on vous croie ou pour qu'on se fasse plaisir ou pour qu'on ne panique pas ?

ROLAND LESCURE
Non mais c'est une bonne question, parce que je ne suis pas là ni pour faire le marchand de bonheur, donc vendre du rêve, ni pour être un prophète de malheur. Et il y en a un paquet ces temps-ci. Moi je fonde mes analyses et mes expressions publiques sur des faits, parce que je pense que c'est mon rôle aujourd'hui de dire la vérité, qu'elle soit bonne ou pas bonne à dire aujourd'hui, la réalité, c'est que l'économie française. L'économie française a marqué une pause au premier trimestre. Croissance à zéro avec un certain nombre de facteurs exceptionnels. Il a fait chaud aussi cet hiver. Pas seulement maintenant. Donc il y a eu moins de consommation d'énergie. Ça devrait rebondir un peu. On a moins exporté d'AIRBUS que d'habitude, ça devrait rebondir un peu. Donc on est dans une économie qui résiste, qui évidemment affronte des vents de face. Il ne faut pas se leurrer, le pétrole qui monte, qui du coup monte à la pompe avec l'essence qui affecte le pouvoir d'achat des Français. Mais on est mieux protégés, moins exposés que la moyenne de nos pairs. Quand on se compare à l'Allemagne, à l'Italie et autres, on a une inflation inférieure. L'inflation, c'est 2,2% en France, c'est 3% et en Europe, c'est 3,5% en Espagne, malgré des milliards dépensés pour faire baisser le prix de l'essence à la pompe, on est juste mieux protégé et ça veut dire qu'on résiste. Donc on va évidemment suivre les détails, l'information statistique au fur et à mesure qu'elle ce qu'elle se rend publique. Mais moi je ne souhaite pas vraiment crier au loup. Aujourd'hui, on résiste. J'allais dire c'est tant mieux.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'êtes pas dans le déni ?

ROLAND LESCURE
Non.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que quand on regarde, effectivement, vous le dites, la croissance, elle est à zéro. L'inflation repart. Alors certes, vous le dites, elle n'est pas forcément encore aussi haute que chez nos voisins. Mais quand on écoute ceux que vous appelez ou traitez de prophètes de malheur, comme par exemple Michel-Édouard LECLERC, lui, il regarde les prix dans les rayons et il dit : " On va être à 3 ou 4 % en juillet ".

ROLAND LESCURE
Qu'il fasse son travail, faire baisser les prix, puisqu'il se présente souvent à raison comme le grand marchand du pouvoir d'achat, qu'il fasse son travail et qu'il s'assure que les prix ne montent pas trop. Moi, je fais le mien.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous, vous faites le vôtre.

ROLAND LESCURE
J'essaye en tout cas, tous les jours, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez toujours que vous faites le vôtre. Il y a la question du chômage qui remonte. Il y a le record de défaillances d'entreprises. Tout ça, ce ne sont pas des signaux qui vous inquiètent ?

ROLAND LESCURE
Si. Mais vraiment, j'essaie d'être factuel. Vous dites record de défaillances d'entreprises, 70 000 à la fin avril. Sur un an, on a créé 1,2 million d'entreprises en France à la fin avril. On n'a jamais créé autant d'entreprises. On crée plus d'entreprises. Malheureusement, il y en a aussi plus qui défaillent. Aujourd'hui, la prévision de croissance du Gouvernement, c'est 0,9%. On était à un. On l'a revue un peu à la baisse. Le consensus, donc les économistes privés, c'est 0,8. La Commission européenne, c'est 0,8. Le FMI, c'est 0,7. On est dans l'ordre de grandeur aujourd'hui de celles et ceux qui font leur travail aussi bien que possible de croissance.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y aura de la croissance. On ne va pas se retrouver avec une croissance atone, voire une récession.

ROLAND LESCURE
En tout cas, à ce stade, il n'y a rien qui va dans ce sens-là. Donc moi, je peux crier au loup, je peux appeler au malheur, je peux préparer la France à toutes les plaies du monde ou fonder mon analyse et du coup mon expression publique sur des faits. Aujourd'hui, moi, je suis là pour dire la vérité, pas pour prévoir ni le meilleur ni le pire.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors vous parliez à l'instant - je vous interrogeais sur Michel-Édouard LECLERC - honnêtement, à votre réaction, on sent que vous vous dites : " Bon, chacun son job, quoi ".

ROLAND LESCURE
Mais un peu, oui, parce que je pense que face à un choc... C'est un choc qui nous affecte, qui vient de l'extérieur. On n'est pas producteurs de pétrole, on n'est pas exportateurs, on est importateurs. Un, j'espère qu'on est capables de se serrer les coudes plutôt que de chercher des coupables. On a souvent tendance à faire ça. Et deux, que chacun, à son niveau, contribue à ce qu'on limite le choc.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand il dit, 4% d'inflation en juillet ? Vous, vous vous dites que c'est qu'il est en train de préparer de pouvoir gonfler ses marges ? Il y a un peu de ça ?

ROLAND LESCURE
Non. Moi, je vais vous dire une chose. Je préfère le Michel-Édouard LECLERC qui, hier, annonce 10 000 bornes électriques dans ses supermarchés qui vont permettre d'aider les Françaises et les Français à passer à l'électrique que le Michel-Édouard LECLERC qui fait le statisticien économiste. Il y a beaucoup d'économistes en France. Emmanuel LECHYPRE en est un. Il est très talentueux. Chacun son job.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous préférez écouter Emmanuel LECHYPRE que Michel-Édouard LECLERC.

ROLAND LESCURE
Je préfère quand il plante des bornes de recharge plutôt que quand il...

APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE. Il y en a un autre qui a annoncé qu'il allait aider les Français. C'est TOTAL, puisqu'on l'apprend à l'instant. TOTAL va donc poursuivre son plafonnement des prix à la pompe pour le mois de juin. Merci ?

ROLAND LESCURE
En tout cas, là aussi, je pense qu'ils contribuent... Je pense que chacun, face à cette crise, on doit se demander " Qu'est-ce que je peux faire pour aider ? ". Il est indéniable que TOTAL va gagner beaucoup d'argent. Dans cette crise, ils produisent du pétrole. Ils paient des impôts au Nigeria, aux États-Unis, au Mexique et ailleurs. Ils raffinent du pétrole en France. Là aussi, ils vont gagner plus d'argent que d'habitude. Qu'ils redonnent une partie de cet argent via la distribution, via un plafonnement des marges, j'allais dire oui. Enfin c'est bienvenu, en tout cas.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez même pas envie de dire merci, quoi. Vous trouvez que c'est normal.

ROLAND LESCURE
Non, c'est bienvenu. C'est bienvenu. Moi, je considère qu'ils font leur part du boulot. Ensuite, le débat de la fiscalité va évidemment se poser. On le posera dans le cadre du budget. J'espère qu'on aura l'occasion d'en reparler aussi dans le cadre de cet entretien. Mais en attendant, le fait qu'on ait une entreprise qui a plutôt tendance à bénéficier de cette crise, qui redonne une partie de ses profits aux Françaises et aux Français, c'est bienvenu.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pourriez demander à TOTAL fromage et dessert, c'est-à-dire à la fois plafonner les prix à la pompe, comme ils le font, et en effet d'avoir une sorte de contribution exceptionnelle parce qu'il va falloir trouver des milliards supplémentaires et qu'ils ont fait des profits supplémentaires ?

ROLAND LESCURE
On l'a fait en 2022. Après, là encore, je ne veux pas être un marchand de bonheur. Ce n'est pas ça qui va remplir les caisses. Ça peut éventuellement - ce sera l'objet du débat parlementaire - faire l'objet d'un débat parlementaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous, à titre personnel, vous n'y êtes pas opposé. On l'entend ce matin.

ROLAND LESCURE
Je ne suis pas opposé. Mais attention, le Premier ministre a été très clair. On ne sortira pas du déficit public par la hausse des impôts. Et donc nous souhaitons déposer un budget dans lequel il n'y aura pas de hausse d'impôts.

APOLLINE DE MALHERBE
Moi, je me demande toujours si le diable ne se niche pas dans les détails, dans les petits astérisques ou dans les mots qui ne sont pas prononcés.

ROLAND LESCURE
Comme toujours, évidemment, je vais essayer de vous éclairer.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a deux choses dans ce que vous dites. Vous dites : " On s'est engagé à ce qu'il n'y ait pas de hausse d'impôts ". Moi, je vous demande si la phrase s'arrête à " pas de hausse d'impôts, point " ou si ce n'est " pas de hausse d'impôts pour les particuliers ".

ROLAND LESCURE
Non. Dans le budget...

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire qu'il pourrait y avoir des hausses d'impôts pour les entreprises.

ROLAND LESCURE
Le diable, si je peux dire, il se loge... Ils ne vont pas aimer que je dise ça comme ça. Mais je vais le dire quand même. Le diable, il se loge au Parlement. C'est-à-dire que nous, on va déposer un budget dans lequel il n'y aura pas de hausse d'impôts, particuliers, entreprises. Ensuite, le débat parlementaire aura lieu. Et il faudra - parce que ça, j'en suis convaincu - s'assurer qu'en 2027, on réduise le déficit public.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous, vous pourriez dire... En fait, parce que... Donc le deuxième astérisque, c'est... On déposera un budget dans lequel il n'y a pas de hausse d'impôts. Sauf que vous savez bien que dans le cadre actuel de l'Assemblée nationale, le budget tel que vous le déposerez ne sera pas le même que le budget te qu'il sera adopté.

ROLAND LESCURE
Ce n'est jamais le cas, d'ailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est jamais le cas, mais j'ai envie de dire encore moins cette fois-ci. Donc vous pourrez dire... Ah bah non. Nous, on n'a pas mis de hausse d'impôts.

ROLAND LESCURE
Moi, je ne suis pas là pour me laver les mains. Moi, je suis là pour dire...

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a un peu de ça.

ROLAND LESCURE
Non. On entre en mêlée, si je puis dire, avec une mise en jeu qui est celle à laquelle on croit. Et donc un déficit qui sera en réduction, je l'espère.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais vous savez aussi qu'il y en a besoin. Vous savez qu'il va falloir plus de recettes.

ROLAND LESCURE
Non mais vous voyez, ça, je comprends pourquoi vous dites ça, parce qu'en général, ça fait quarante ans qu'on a du mal à y échapper. Mais ce n'est pas une fatalité, la hausse d'impôts. En revanche, ce qui est clair, c'est que pour y échapper, donc pour l'éviter, il faut que tout le monde fasse des efforts. Et je vois bien déjà dans le débat parlementaire les sénateurs. On a des élections sénatoriales en septembre qui nous disent : " On ne touche pas aux collectivités locales ". Un certain nombre de défenseurs du modèle social à la française qui, malheureusement, visent plutôt in fine à l'enterrer qu'à le sauver, qui disent qu'il ne faut pas toucher aux dépenses de santé. Tout le monde qui se jette sur l'État en disant : " L'État doit faire des économies ". L'État est aujourd'hui celui qui fait le plus d'efforts depuis dix ans. Donc il faut que tout le monde fasse des efforts.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors je vais vous poser la question différemment. Roland LESCURE, vous opposerez-vous à une surtaxation de TOTAL ?

ROLAND LESCURE
Non.

APOLLINE DE MALHERBE
Non ?

ROLAND LESCURE
Non. Ce débat aura lieu. On verra d'ici là.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous ne vous y opposerez pas ?

ROLAND LESCURE
D'ici-là, on aura une estimation de l'impact de cette crise sur les revenus des entreprises, notamment de TOTAL, qui aura publié des résultats. Et donc ce débat aura lieu. Moi, je ne m'y opposerai pas. Mais à ce stade, penser que c'est la formule magique pour sortir de l'ornière fiscale dans laquelle la France est, c'est se mettre le doigt dans l'oeil.

APOLLINE DE MALHERBE
Et encore une question, Roland LESCURE, sur ce budget, avant qu'on passe justement aux demandes d'aide et aux prix de l'essence. Le montant de l'effort supplémentaire qu'il va falloir faire, est-ce que vous avez un ordre d'idée ?

ROLAND LESCURE
Non. On va faire ça en deux temps. D'abord, d'ici la fin du mois de juin, on mènera... Et c'est le Premier ministre qui le présidera, ce qu'on appelle un comité d'alerte des finances publiques, qui évaluera la situation aussi précisément que possible pour 2026. On commence par exécuter 2026 de manière correcte. Et sur cette base-là, on sera capables de travailler cet été pour proposer un budget pour 2027. On était à 5,1 en 2025. On a fait mieux qu'attendu. On s'attendait à 5,7. On prévoit 5% en 2026. Ça ne va pas être facile, du fait de la crise, des vents de face, etc.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous prévoyez, vous espérez, vous priez ?

ROLAND LESCURE
Les deux. Les trois. Je suis laïc, pas baptisé. Donc plutôt les deux premiers. J'espère et je prévois. Mais il va falloir faire des efforts pour y arriver.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous anticipez déjà que ce sera peut-être plus ?

ROLAND LESCURE
Non, non, non. On va tout faire pour y arriver, parce que c'est essentiel. Mais ça prendra sans doute des efforts supplémentaires. Et ensuite, il faudra aller au-delà. Est-ce qu'on ira à 4,5, 4,6, 4,4 ? On verra. Ça fait partie des discussions.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous maintenez l'objectif de repasser sous les 5% ?

ROLAND LESCURE
Alors 5% en 2026. Et c'est essentiel, c'est même presque plus important que tout, 3% en 2029.

APOLLINE DE MALHERBE
Cet objectif, cette deadline, cette trajectoire, vous la maintenez ce matin, Roland LESCURE ?

ROLAND LESCURE
Il est maintenu. Je vais vous dire une chose. Les élections présidentielles arrivent. Ça se sent. J'espère que tous les candidats seront interrogés, comme vous les aurez face à vous, sur cet objectif, parce qu'on ne fait pas ça pour faire plaisir à qui que ce soit. On fait ça pour stabiliser la dette publique de la France. Il est temps qu'on s'y mette.

APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, il est 8 h 39. Ça fait 39 minutes que le guichet de demande des aides a ouvert. Combien de Français sont concernés ? Est-ce que vous vous attendez à ce que tout le monde, tous ceux qui peuvent y avoir droit, la demandent ?

ROLAND LESCURE
Oui. Alors en partie grâce à vous. C'est-à-dire qu'il faut faire de la communication sur ce dispositif. Hier soir, j'ai signé le décret qui double l'aide. Donc on passe de cinquante à cent euros. On l'avait annoncé la semaine dernière. C'est disponible depuis hier. Le guichet a ouvert, vous l'avez dit, à 8 h. J'ai été vérifier, comme sans doute un certain nombre d'entre nous. Ça fonctionne. On s'attendait à un afflux de demandes. On l'aura sans doute, mais ça fonctionne. Donc vous avez... Il faut avoir votre carte grise, votre avis d'impôt. Vous allez sur le site. Vous cliquez " Aide aux carburants ". C'est le premier site qui arrive sur les moteurs de recherche qu'on connaît. Vous devez entrer votre numéro fiscal. Vous devez entrer votre numéro de carte grise, votre plaque d'immatriculation. Une déclaration sur l'honneur, on fait confiance sur le fait que vous faites plus...

APOLLINE DE MALHERBE
On fait confiance, mais on contrôle derrière.

ROLAND LESCURE
On aura sans doute des contrôles mais...

APOLLINE DE MALHERBE
Vous gardez ces petits tickets pendant 5 ans. Non mais c'est important que tout le monde le sache.

ROLAND LESCURE
Oui. Mais enfin franchement, là encore, je crois à la responsabilité individuelle. On fait face à un choc. Quelqu'un qui ferait 15 kilomètres par an et qui dirait : " Je vais aller chercher l'aide kilométrique ", franchement, ce n'est pas au niveau. Donc oui, on contrôlera. Mais on s'attend surtout à ce que les gens soient honnêtes et qu'ils, effectivement, sur l'honneur, déclarent 8 000 km par an au moins.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils toucheront l'argent quand ? Si on remplit...

ROLAND LESCURE
Dans les 10 jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans les 10 jours.

ROLAND LESCURE
Donc dans les 10 jours qui suivent votre dépôt. Si vous déposez dans 10 jours, ce sera dans 20 jours.

APOLLINE DE MALHERBE
OK. Donc si on remplit son dossier aujourd'hui, qu'on est éligible, dans 10 jours...

ROLAND LESCURE
Directement sur votre compte bancaire par virement.

APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, ça va durer combien de temps, ce guichet ? C'était 2 mois, c'est ça ?

ROLAND LESCURE
Alors on l'ouvre pour 2 mois. Évidemment, si on sent qu'au bout de 2 mois, les 3 millions – vous me posez la question – 3 millions à peu près de Français qui ont accès n'ont pas encore tout déclaré et qu'il faut prolonger, on le prolongera. L'idée, c'est de dire...

APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne vous interdisez pas de prolonger le guichet ?

ROLAND LESCURE
Pas de problème.

APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, est-ce qu'on peut espérer une baisse du prix du carburant ou est-ce qu'il faut s'habituer à ce que l'essence soit chère ?

ROLAND LESCURE
Je pense qu'on a eu l'occasion de le dire et le Président de la République a tenu un événement, hier, important pour le symboliser, il faut, j'allais dire, profiter de cette crise pour continuer à électrifier la France, parce que ces crises-là, en tout cas, elles se multiplient. On a eu l'Ukraine. On a aujourd'hui l'Iran. On en aura d'autres demain. Dépendre de production d'hydrocarbures qui viennent de l'étranger, ce sont des menottes qui nous empêchent d'avancer. Il faut qu'on avance. On est aujourd'hui capables de produire de l'électricité en France. On est capables de produire des pompes à chaleur. On est capables de produire des voitures électriques. Les Françaises et Français sont en train de prendre le virage. C'est le cas de le dire. On est à 30% de voitures électriques vendues. 5 voitures les mieux vendues, électriques, en France sont faites en Europe. La première, la R5, est faite en France. Il faut engager pleinement... Et je sens que tout le monde est prêt dans cette révolution. Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on est aujourd'hui à 2,15 sur le diesel. On est un peu au-dessus de 2 sur l'essence. On redescendra peut-être à 1,90-1,80. Mais globalement...

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on ne retrouva pas les prix d'avant.

ROLAND LESCURE
Je ne pense pas. Parce que cette dépendance aujourd'hui, on voit bien qu'elle nous coûte. Parce que la prime géopolitique, le risque, il ne va pas disparaître du jour au lendemain. Même si, ce que j'espère, on ouvre le détroit d'Ormuz dans les semaines qui viennent, ça prendra du temps avant que les...

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il faut s'y habituer. Il faut en tirer les conséquences.

ROLAND LESCURE
Il faut s'adapter. Ce n'est pas s'y habituer au sens qu'on se ferait une raison. On dirait : " Tant pis, on va vivre avec. " Non. Dans les années 70, on a transformé la France en profondeur. Il faut qu'on fasse la même chose cette fois-ci. On y est prêt.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez qu'hier, effectivement, tous les acteurs de l'électrification, les acteurs des pompes à chaleur, de tous ces métiers-là étaient rassemblés. Clim ou pas clim ?

ROLAND LESCURE
Clim. Les pompes à chaleur, ça existe en deux modèles. Il y a ce qu'on appelle...

APOLLINE DE MALHERBE
On a l'impression qu'aujourd'hui, c'est presque devenu une question politique. Marine LE PEN appelle à un grand plan de climatisation. Les écolos disent que ce n'est pas bien. Qui croire ? La clim ou la...

ROLAND LESCURE
Alors Marine LE PEN qui appelle à un grand plan sur la clim, qui nous censure sur la programmation pluriannuelle de l'énergie qui vise à électrifier la France, qui passe son temps à nous demander une baisse des impôts sur l'essence et qui, par ailleurs, veut financer les clims. Gouverner, c'est choisir des priorités. Nous, on a choisi la priorité qu'est l'électrification. Et on aura 1 million - les producteurs s'y sont engagés hier - de pompes à chaleur fabriquées en France d'ici 2035, pour la plupart sont réversibles et donc permettent effectivement de...

APOLLINE DE MALHERBE
De rafraîchir l'été.

ROLAND LESCURE
Chaud en hiver et frais en été. Donc ça ne doit pas être un sujet...

APOLLINE DE MALHERBE
En tout cas, la clim, pour vous, il ne faut pas s'y opposer.

ROLAND LESCURE
Mais il ne faut pas surtout politiser tous les débats. On adore, on est un peuple politique. Mais il y a un moment, il y a des choses qu'il faut qu'on fasse parce que c'est le sens de l'histoire. Et aujourd'hui, ceux qui s'y opposent parce qu'ils continuent à vouloir financer des États qui produisent du pétrole d'un côté parce qu'ils ont des avis un peu idéologiques sur ce que les Français et les Françaises devraient faire ou ne devraient pas faire, franchement, c'est...

APOLLINE DE MALHERBE
Notre réseau tient ? Il n'y a pas de risque, soit de pénurie d'essence, soit de blackout d'électricité ?

ROLAND LESCURE
J'ai échangé avec les principaux fournisseurs de notre réseau. RTE, c'est des grandes lignes à haute tension. ENEDIS, c'est ce qui arrive chez vous. Évidemment, ça tient. Mais il va falloir investir. Là aussi, dans le plan d'électrification, il y a 100 milliards de chaque côté dans les 10 ans qui viennent.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça tient. Et par ailleurs, question aussi sur quand même le carburant, il n'y a pas de risque de pénurie. Monsieur POUYANNE lui-même avait évoqué que si ça durait, on pouvait avoir un risque de pénurie.

ROLAND LESCURE
J'ai échangé avec lui. Et je pense qu'il s'est rassuré. Du coup, il m'a rassuré. On suit ça de très près, évidemment. Mais à ce stade, ce que je peux vous dire... Et je l'ai dit à chaque fois, ni prophète de malheur ni marchand de bonheur, pour les 2 mois qui viennent, on est tranquille à la fois sur diesel, essence, mais aussi le kérosène. Les départs en vacances vont bien se passer. Partez en vacances. Vous pouvez rester en France si vous le souhaitez, mais les avions vont voler.

APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, votre collègue à la Justice, Gérald DARMANIN, propose, je cite, " un moratoire de 3 ans sur l'immigration légale parce que notre pays est arrivé à la limite de ses capacités d'intégration et d'assimilation ". Vous en pensez quoi, vous ?

ROLAND LESCURE
Écoutez, d'abord, je pense que ce sujet est sérieux et qu'il ne se réglera pas avec des solutions apparemment simples du type moratoire ou référendum. Ça fait 10 ans qu'on bosse sur le sujet. Moi, j'ai toujours dit, et c'est le Gouvernement qui vous parle aujourd'hui, que l'immigration légale, on doit la favoriser. L'immigration illégale, on doit être très ferme. Moi, j'ai un souvenir de Gérald DARMANIN qui disait qu'il faut être gentil avec les gentils, méchant avec les méchants. Je suis d'accord avec le Gérald DARMANIN qui disait ça. Là, j'ai l'impression qu'avec sa proposition, il est méchant avec les gentils.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes moins d'accord...

ROLAND LESCURE
Ceux qui travaillent en France, ceux qui s'intègrent, ceux qui font qu'aujourd'hui, dans les hôpitaux, dans les usines, dans les EHPAD font que la France continue à tourner. Il faut les accueillir avec, je dirais, une certaine forme d'exigence vis-à-vis des valeurs de la France, vis-à-vis de notre capacité à nous intégrer. Mais ce sont des gens qui participent à la France aujourd'hui qu'il faut continuer à intégrer. L'immigration illégale, c'est non !

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous seriez moins... Gérald DARMANIN, avec son moratoire de 3 ans sur l'immigration légale et plus Premier ministre espagnol qui veut légaliser tous ceux qui travaillent, là encore une fois.

ROLAND LESCURE
Non, moi, je suis Premier ministre français. Je suis Laurent NUNEZ.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'êtes pas encore Premier ministre, je crois, mais...

ROLAND LESCURE
Non, mais ce que je veux dire, c'est que... Non, non. Puis je ne souhaite pas l'être. Mais quand vous me dites de choisir entre l'un et l'autre, moi, je choisis Sébastien LECORNU. Je choisis Laurent NUNEZ. Je choisis le Gouvernement auquel appartient d'ailleurs Gérald DARMANIN.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous choisissez Gabriel ATTAL aussi, j'imagine. Non ? C'est lui, votre candidat ou... ?

ROLAND LESCURE
C'est le candidat naturel du parti auquel j'appartiens. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Mais sur l'immigration, aujourd'hui, il nous met en place des politiques qui sont à la fois extrêmement fermes sur les légales – c'est important – mais qui considèrent que l'immigration légale, l'immigration de travail, ça fait partie des chances de la France. Moi, j'ai été immigré moi-même au Canada. Je pense que j'ai pu contribuer à un pays qui se développait. Je souhaite que les gens qui viennent en France pour choisir la France puissent aussi contribuer à son développement.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc le moratoire, c'est non. Merci beaucoup, Roland LESCURE, d'avoir répondu à mes questions ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2026