Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à France Inter le 1er juin 2026, sur les débordements après la victoire du PSG, la situation du journaliste français emprisonné en Algérie et la polémique autour de l'ancienne patronne de Russia Today France.

Prononcé le 1er juin 2026

Intervenant(s) : 

Média : France Inter

Texte intégral

BENJAMIN DUHAMEL
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

BENJAMIN DUHAMEL
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, après un week-end marqué par les débordements qui ont suivi la victoire du Paris Saint-Germain. 780 interpellations parmi les participants aux festivités, 1 mort et plus de 200 blessés, tout comme 57 policiers et gendarmes aussi blessés, des commerces pillés, le périphérique parisien envahi. Mais pour vous, Laurent NUNEZ, la situation était, je cite, " globalement sous contrôle ". Est-ce que vous comprenez ceux qui se disent que vous êtes dans le déni ?

LAURENT NUNEZ
Non, pas du tout. D'abord, le bilan, je l'actualise, on est à plus de 890 interpellations au total. C'est 45% de plus que l'année dernière. Et malheureusement, les militaires de gendarmerie... les forces de sécurité intérieure, nous sommes à 178 blessés. Donc les chiffres ont été actualisés.

BENJAMIN DUHAMEL
D'accord, on passe de 57 à 178.

LAURENT NUNEZ
Je réponds très clairement à votre question. Nous savions que ces célébrations au cas de victoire du PSG allaient donner lieu à des débordements. Des débordements que j'ai d'ailleurs définis. On raccourcit mes propos à " débordements ". Je les ai définis. Débordements, ça veut dire des violences urbaines, des tentatives de pillage, des pillages de commerces, et évidemment, des attaques contre les forces de l'ordre. Donc je les ai clairement définis. On avait un gros dispositif, il est exceptionnel, en volume de fonctionnaires et de militaires de la gendarmerie mobilisés. Et puis il y avait des consignes d'extrême fermeté d'intervention systématique.

BENJAMIN DUHAMEL
Laurent NUNEZ, vous nous donnez ce matin précisément...

LAURENT NUNEZ
Systématiquement, il y a eu des interventions pour mettre un terme à ces exactions.

BENJAMIN DUHAMEL
Vous nous dites précisément ce matin que le bilan est plus lourd que l'année dernière, qu'il y a plus de forces de l'ordre blessées, d'où ma question, encore une fois : quand vous dites que la situation était globalement sous contrôle, quand vous plastronnez en expliquant que la France est un grand pays de gestion de l'ordre public, quand on voit les scènes que les Français ont vues à Paris, mais pas seulement, est-ce que vous comprenez qu'il y ait un sentiment de décalage entre le discours public et les scènes de violences vues dans les rues de France ?

LAURENT NUNEZ
Non, mais je le comprends parfaitement. Mais moi, je suis ministre de l'Intérieur, je suis à la tête de services qui assurent du maintien de l'ordre, qui sont là pour mettre un terme à des exactions, et c'est ce qui a été fait systématiquement à Paris, comme vous l'avez vu sur les chaînes d'information en continu, mais partout sur le territoire national. Il y a eu des rassemblements avec des groupes hostiles, partout, dans de nombreuses villes sur le territoire national, il y a eu des interventions systématiques. Moi, mon travail, c'est de mettre un terme à ces exactions. C'est ce qui a été fait par les forces de sécurité intérieure. Et s'il y a autant d'interpellations, c'est que ce travail a été évidemment bien fait. Je les en remercie, d'autant plus qu'elles ont été soumises à des agressions systématiques : jets de projectiles, tirs de mortiers qui ont explosé... Après, la question qui se pose de savoir pourquoi des jeunes qui sont des voyous, qui sont des jeunes casseurs et qui ont des comportements inadmissibles, profitent des célébrations, des victoires du Paris Saint-Germain, mais pas que, ça peut se produire parfois en marge des fêtes de la musique, d'autres clubs, la question de savoir pourquoi ces jeunes viennent casser et autres, elle a des ressorts ailleurs, elle a des solutions ailleurs. Je suis ministre de l'Intérieur, je suis là pour mettre un terme à tout ça.

BENJAMIN DUHAMEL
Pourquoi ces jeunes viennent casser et surtout pourquoi, alors même que les autorités, que vous savez parfaitement ce qu'il va devenir, pourquoi est-ce qu'on ne peut pas empêcher ce genre de scènes ? Est-ce qu'il y a au fond quelque chose d'inéluctable à voir ces violences dans la foulée d'événements sportifs ?

LAURENT NUNEZ
Il n'y a rien d'inéluctable, on ne s'habitue jamais à ça. Il y a beaucoup d'événements, on s'attend à des débordements où ils ont été contenus. Par contre, c'est une mission qui est complexe, qui est compliquée. Ce sont des groupes qui sont très mobiles, qui sont hostiles, qui se répartissent dans plusieurs rues. C'est une mission qui est compliquée.

BENJAMIN DUHAMEL
Est-il imaginable, Laurent NUNEZ, de voir des soirées après match, sans voitures qui brûlent, sans commerces pillés, sans abribus qui volent en éclats ? Est-ce que c'est possible aujourd'hui en France en 2026 ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr que c'est possible. Mais quand vous avez des milliers de groupes sur l'ensemble du territoire qui sont hostiles, qui décident de casser, de piller, on les en empêche. Et évidemment, malheureusement, il y a un certain nombre de pillages.
L'année dernière, ça s'est passé de la même façon. Et donc, on avait un gros dispo qui était monté en puissance. Il ne faut pas tout confondre. Quand on intervient pour mettre un terme aux exactions, la police, la gendarmerie, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, font leur job.

BENJAMIN DUHAMEL
Est-ce que vous avez un exemple ailleurs en Europe de situation équivalente, c'est-à-dire dans la foulée d'une grande victoire sportive ou d'un grand événement sportif, de voir de telles exactions comme ce qu'on a pu voir samedi soir ? Est-ce que vous avez un exemple ?

LAURENT NUNEZ
On a des exemples de violences urbaines également dans d'autres pays. La cause n'est pas forcément le football. Au cas d'espèce, c'est la deuxième fois, tant mieux, que le Paris Saint-Germain gagne une finale, c'est la deuxième fois qu'il y a des débordements.

BENJAMIN DUHAMEL
Je prends l'exemple, on a vu hier dans les rues de Londres, il y avait plus d'un million et demi de supporters d'Arsenal qui venaient acclamer l'équipe, non pas pour sa défaite en Ligue de Champions, mais pour sa victoire en Première ligue. Comprenez qu'on se pose la question de savoir pourquoi cela advient à Paris en France et pas à Londres en Angleterre.

LAURENT NUNEZ
Est-ce que vous vous interrogez 5 secondes si est-ce que c'est vraiment la robustesse d'un dispositif policier qui doit être interrogée ? Est-ce que c'est vraiment ça le sujet ?

BENJAMIN DUHAMEL
Non, mais dans ce cas-là si l'on parle des causes profondes, pourquoi un tel décalage entre la France et l'Angleterre ?

LAURENT NUNEZ
Les causes profondes sont que, profitant de ces moments festifs, vous avez un certain nombre de personnes qui viennent pour casser, pour piller. Et ça c'est une réalité, on ne peut pas la nier. Les dispositifs policiers que nous montons, nous nous mettons en place, visent justement à les prévenir.
Et ce n'est pas faute d'avoir alerté, je l'ai fait, j'ai prévenu. Et nous avions un gros dispositif qui a fonctionné globalement puisque nous avons interpellé énormément de personnes, évité de nombreux pillages, même si je déplore évidemment des pillages, j'ai donné les chiffres hier. On ne peut pas accuser le ministre de l'Intérieur dans la plus grande transparence puisque la nuit même des événements, j'ai communiqué. J'ai recommuniqué hier matin, en donnant le nombre de pillages notamment de commerce, c'est 16 en province, ce qui est un nombre conséquent, je ne le nie pas.

BENJAMIN DUHAMEL
Laurent NUNEZ, deux sujets pour terminer. D'abord, vous recevez aujourd'hui Place Beauvau, votre homologue ministre de l'Intérieur algérien. C'est bon, vous avez déroulé le tapis rouge, il est installé Place Beauvau ?

LAURENT NUNEZ
Non, il arrive tout à l'heure, dans la mi-journée. Je vais aller l'accueillir et on va continuer à discuter.

BENJAMIN DUHAMEL
Est-ce que vous comprenez que certains puissent s'interroger sur la venue du ministre de l'Intérieur dans le moment où un journaliste français, Christophe GLEIZES, est détenu par ce Gouvernement en prison depuis plus d'un an ?

LAURENT NUNEZ
Non, je travaille avec mon homologue sur les questions sécuritaires, les questions migratoires. Il s'agit maintenant d'augmenter le nombre de laissez-passer obtenus, les reconduites vers l'Algérie. Les choses se sont réenclenchées, il faut maintenant monter en puissance et puis il faut reprendre avec l'Algérie une opération sécuritaire.

BENJAMIN DUHAMEL
Mais elles se sont réenclenchées alors même qu'un de nos compatriotes est toujours détenu en prison ?

LAURENT NUNEZ
Oui, mais ce sont des sujets dont on discute par ailleurs, à la demande de la famille d'ailleurs, dans la plus grande discrétion. Et donc voilà, je tiens à le préciser, j'évoquerai la situation de Christophe GLEIZES évidemment, mais ce sont des choses que nous faisons dans la plus grande discrétion, dans l'intérêt du processus qui a été enclenché.

BENJAMIN DUHAMEL
Un dernier mot Laurent NUNEZ, nos confrères du Monde ont publié ce matin une nouvelle enquête sur Xenia FEDOROVA, propagandiste du Kremlin, ancienne patronne de Russia Today France, qui officie sur CNews sans contradiction ni transparence sur son profil, et notamment les conditions dans lesquelles elle a obtenu un nouveau titre de séjour en 2024 valable 10 ans. Vous expliquez, vous êtes cité dans cette enquête du Monde en expliquant que c'était un renouvellement de plein droit et en mettant en avant les règles administratives. Donc ça veut dire que cet individu, Xenia FEDOROVA, a obtenu l'autorisation de rester en France pendant 10 ans sur la base de règles purement administratives ?

LAURENT NUNEZ
Oui, vous savez quand vous avez les titres de séjour, ils sont d'abord temporaires puis pluriannuelles et puis vous pouvez avoir une carte de résident. Et ça se passe de plein droit, c'est-à-dire que l'administration ne peut pas refuser, sauf à engager un contentieux. Il me paraissait important d'apporter cette clarification puisqu'il y avait énormément de sous-entendus sur une potentielle pseudo-intervention.

BENJAMIN DUHAMEL
Vous considérez que son profil et son pédigré justifiaient d'obtenir ce titre de séjour de 10 ans ?

LAURENT NUNEZ
Ce que j'ai dit, je le redis à votre antenne, ce n'est pas parce que quelqu'un, un étranger, a un titre de séjour que ça le protège d'éventuelles poursuites ou remises en cause dès lors qu'il y a des troubles à l'ordre public ou qu'il y a une menace pour les intérêts fondamentaux de la nation. C'est tout ce que j'ai dit, je ne dirai rien d'autre.

BENJAMIN DUHAMEL
Est-ce qu'aujourd'hui, vous considérez que ce titre de séjour est toujours légitime ou est-ce que ce que l'on voit, c'est-à-dire la faculté qu'elle a de dérouler sur une chaîne de télévision une propagande pro-russe, est-ce que cela pourrait justifier le réexamen des conditions d'obtention de ce titre de séjour ?

LAURENT NUNEZ
Sur ce sujet, je ne vous répondrai pas. D'ailleurs, la journaliste en question se réfugie derrière la liberté d'expression. Ce que je vous dis, c'est que contrairement à ce qui a été sous-entendu dans un certain nombre de médias, il n'y a pas eu d'intervention. Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Ils s'en délivrent tous les jours.

BENJAMIN DUHAMEL
Mais Laurent NUNEZ, je pense ce matin aux centaines, parfois aux milliers de gens qui font des queues devant la préfecture pour obtenir des renouvellements de titre de séjour, parfois avec grande difficulté, et qui vous entendent ce matin, concernant Xenia FEDOROVA, voir qu'au fond, c'est un renouvellement quasi automatique.

LAURENT NUNEZ
Mais comme pour beaucoup de personnes, les conditions juridiques sont automatiques. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas aller faire la queue et déposer des dossiers. D'ailleurs, vous noterez qu'avec le plan que j'ai lancé pour accélérer les durées de renouvellement, pour mettre un terme à ces délais qui étaient insupportables, les délais ont tendance à se réduire et il faut s'en féliciter. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas déposer un dossier, faire la queue, etc. Ce sont les conditions juridiques qui sont automatiques.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2026