Texte intégral
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et représentants,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
Mesdames et Messieurs,
Mes premiers mots seront pour remercier Singapour de son accueil et IISS de me donner l'occasion de m'exprimer ici, un an après l'intervention du Président Macron, devant ce forum auquel nous sommes attachés car il est le rendez-vous où se pense la sécurité en Asie, et donc l'équilibre du monde.
Car c'est bien de cela dont il s'agit.
La sécurité maritime, dont il est question aujourd'hui, engage la liberté des mers, la continuité de nos approvisionnements, la résilience de nos économies, la vie quotidienne de nos concitoyens, au fond la souveraineté même des États.
Le blocage du détroit d'Ormuz nous le rappelle aujourd'hui avec acuité : les crises ne sont plus cloisonnées.
La guerre d'agression russe en Ukraine produit, aussi, des effets en Asie comme en Afrique.
Ces constats ne peuvent que nous alerter sur ce que pourrait provoquer une crise majeure en Asie, par exemple en mer de Chine méridionale, autour de Taïwan, ou à proximité de ces passages vitaux que sont Malacca et Lombok.
C'est un sujet majeur pour la France, nation de l'Indopacifique.
De La Réunion à Wallis-et-Futuna, de Mayotte à la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française aux Terres australes et antarctiques françaises, plus d'un million et demi de Français vivent sur les territoires de la République, près de 2 millions en comptant nos compatriotes établis dans d'autres pays de la zone.
Ces territoires confèrent à la France l'essentiel de sa zone économique exclusive, qui constitue le deuxième domaine maritime mondial.
Enjeux pour la France, donc responsabilités pour la France, qui entend jouer son rôle d'équilibre et de paix dans cette région.
Plus de 8 000 militaires français y sont déployés en permanence, au service de la protection de nos ressortissants, de nos territoires, et de nos partenaires.
La France n'est donc pas une puissance extérieure qui viendrait commenter les équilibres de l'Asie-Pacifique. Elle est un partenaire durable, un partenaire crédible, un partenaire prévisible.
Notre stratégie indopacifique repose sur une ligne claire : être aux côtés des États de la région qui veulent défendre leur indépendance, leur souveraineté et leur liberté de choix. Car c'est bien cela qui est en jeu aujourd'hui.
La France protège le commerce mondial et nos économies. Elle protège surtout les Etats qui n'ont pas la masse militaire ou économique pour faire respecter seuls leurs droits.
C'est pour cela que la France agit.
En mer Rouge, avec l'opération européenne Aspides, pour protéger les navires commerciaux qui traversent le détroit de Bab el-Mandeb.
Elle est à l'initiative pour Ormuz, avec déjà une quarantaine de nations partenaires, qui se mobilisent, lorsque les conditions seront réunies, pour contribuer au respect de la liberté de navigation. Cette mission strictement défensive est fondée sur le droit et la diplomatie parce que la mer reste un espace de circulation et non un instrument de chantage.
La France agit en Asie du Sud-Est, avec des déploiements réguliers, comme l'exercice Lapérouse, autour d'un scénario de crise maritime dans les grands détroits de la région. Cet exercice illustre ce que nous voulons construire : de l'interopérabilité, de la confiance, des réflexes communs pour faire face aux crises.
Nous agissons enfin face aux flottes fantômes. La dark fleet russe, organisée pour contourner les sanctions décidées après l'invasion de l'Ukraine, opère bien au-delà du théâtre européen.
Face à ces pratiques, notre réponse, d'une extrême fermeté, passe par le renforcement des contrôles portuaires, la surveillance maritime, la coopération entre États, le partage du renseignement et, à chaque fois que cela est nécessaire, et conformément aux dispositions de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, des capacités d'interception.
Nous l'avons démontré.
La France salue les partenaires asiatiques qui procèdent à ces contrôles et assument leur part de responsabilité. Mais les désordres maritimes ne sont pas seulement le fait des États. Ils naissent aussi des zones grises, des menaces hybrides, des acteurs criminels, des crises environnementales.
Nos infrastructures sous-marines critiques sont devenues des cibles. Des mouvements suspects sont observés à proximité de ces câbles sous-marins. Des interruptions ont été signalées en mer Rouge, en Baltique, dans le détroit de Taïwan.
Ces actes sont rarement revendiqués, ils sont difficilement attribuables, précisément parce qu'ils cherchent à nous tester.
Là aussi, comme sur tous les sujets que j'ai évoqués, sans aucune naïveté.
C'est pourquoi nous devons bâtir des coalitions concrètes. C'est ce que nous faisons résolument en
Europe pour apporter des garanties de sécurité robustes à l'Ukraine avec la coalition des Volontaires.
L'an dernier, ici même, le Président Macron a appelé à bâtir des " coalitions des indépendants ", fondées sur des partenariats de souveraineté entre l'Europe et l'Indopacifique.
Mon prédécesseur, le Premier ministre Sébastien Lecornu, en avait rappelé l'esprit : rassembler les puissances qui refusent l'alignement automatique comme la loi du plus fort, et qui veulent défendre leur souveraineté dans un cadre fondé sur le droit. Et s'il est un domaine où cette idée doit prendre corps, c'est bien celui de la sécurité maritime.
Des États différents, aux intérêts parfois distincts, peuvent se retrouver autour d'une évidence : personne n'a intérêt au chaos maritime.
Personne n'a intérêt à la piraterie, aux trafics, à la destruction des ressources, à la vulnérabilité des câbles sous-marins, à la pollution des océans.
La piraterie dans l'ouest de l'océan Indien a pu être contenue grâce à des initiatives collectives, notamment l'opération européenne Atalante, à laquelle plusieurs partenaires de l'Indopacifique se sont associés.
La pêche illégale, non déclarée et non réglementée, doit être combattue avec la même détermination.
Elle détruit les ressources, fragilise les économies côtières, nourrit parfois des stratégies hybrides. Des flottilles de pêche peuvent devenir des instruments d'intimidation.
Nos forces à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française mènent déjà régulièrement des missions de contrôle des pêches dans nos eaux. Elles sont prêtes à continuer de le faire avec les États qui le souhaitent, au service de leur souveraineté.
Il en va de même contre les trafics.
Une part considérable des stupéfiants circule par la mer. La Marine nationale française est habilitée, dans le cadre du droit français, à conduire des opérations de visite et de contrôle en haute mer. Les saisies record enregistrées récemment, 80 tonnes en 2025, montrent l'ampleur du phénomène. Elles montrent surtout que les organisations criminelles utilisent les espaces maritimes comme des autoroutes de l'illégalité.
Enfin, nous ne pouvons pas parler de sécurité maritime en Asie sans parler du changement climatique. Ce sujet est trop souvent relégué derrière les considérations stratégiques.
Dans l'Indopacifique, la vulnérabilité climatique est une réalité quotidienne pour nous tous. Montée des eaux, cyclones, tensions sur les ressources, déplacements de populations : constituent autant de menaces.
La France, avec ses armées, agit aux côtés de ses partenaires, dans les opérations d'aide humanitaire et de réponse aux catastrophes naturelles.
Elle le fait aussi à travers les exercices Marara et Croix du Sud, organisés par nos forces en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, ainsi que dans le cadre des travaux de l'ADMM-Plus et du mécanisme FRANZ dans le Pacifique.
Et la France portera ces enjeux dans le cadre du Western Pacifie Naval Symposium,organisé en Polynésie française, autour de la sécurité environnementale.
Mesdames et Messieurs,
Pour être crédible, il faut des moyens.
La mission Pégase 2026, annoncée par le Président Macron lors de sa visite en Corée du Sud et au Japon en avril, a montré notre capacité à projeter loin, vite, avec nos partenaires, que je salue, les moyens de notre armée de l'Air et de l'Espace.
Notre loi de programmation militaire poursuit le même objectif: garantir à la France une autonomie stratégique réelle, avec un budget de la défense qui aura doublé entre 2017 et 2027, des capacités renouvelées, et le lancement du chantier de notre prochain porte-avions nucléaire.
Notre crédibilité en Asie dépend aussi de notre solidité en Europe.
Défendre l'Ukraine face à l'agression russe, renforcer l'Europe de la défense, le pilier européen de l'OTAN, préserver notre dissuasion, assumer que nos intérêts vitaux ont une dimension européenne à travers la dissuasion avancée : tout cela participe d'un même effort.
Car une France affaiblie en Europe ne serait pas plus forte en Indopacifique.
La France sera donc au rendez-vous.
Comme membre permanent du Conseil de sécurité.
Comme nation européenne. Comme puissance nucléaire.
Comme nation de l'Indopacifique, attachée à son autonomie stratégique, attachée à ses territoires, à ses ressortissants, à ses partenaires.
Car contribuer à des espaces maritimes libres, ouverts, sûrs et régulés, maintenir les détroits internationaux ouverts, sans mécanisme de filtrage ou de péage, faire prévaloir le droit sur la force, garantir à chaque État, quelle que soit sa taille, le respect de sa souveraineté ; Voilà la boussole de la France.
Nos partenaires le savent: l'engagement de la France est fiable, prévisible et durable.
Nos compétiteurs doivent le savoir aussi : face aux défis qu'ils nous imposent, en mer comme ailleurs, notre résolution ne faiblira pas.
Je vous remercie.
Source https://www.defense.gouv.fr, le 11 juin 2026