Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour Marina Ferrari. "Le ras-le-bol", a dit le président de la République, "on ne veut plus voir ça". Si la France est championne du monde le 19 juillet - on a le droit de rêver -, est-ce qu'il y aura une célébration en France et, si oui, dans quelles conditions ?
MARINA FERRARI
Alors bonjour Gilles Bornstein. Bien évidemment, il y aura des célébrations et nous nous y préparons pour cette Coupe du monde, en espérant que la France ira le plus loin possible avec cette belle équipe que nous avons. Vous faites bien évidemment allusion aux violences qui ont eu lieu en marge de la finale Arsenal-PSG.
GILLES BORNSTEIN
On ne peut rien vous cacher.
MARINA FERRARI
On ne peut rien me cacher, sachant que, je pense, nous sommes tous excédés par les images que nous avons vues. Bien évidemment, le président de la République l'a rappelé : ça suffit, il faut maintenant que nous agissions.
GILLES BORNSTEIN
Très bien, mais alors, comment on agit ?
MARINA FERRARI
Beaucoup de choses ont été faites parce que, moi, je tiens à saluer le travail des forces de l'ordre. C'est vrai qu'on a tendance à entendre un peu une aversion des normes aujourd'hui, avec certains membres de la gauche, notamment, qui ont dénoncé le travail des forces de l'ordre.
GILLES BORNSTEIN
LFI, pas toute la gauche.
MARINA FERRARI
LFI, tout à fait. Et donc, moi, je m'inscris en faux là-dessus : les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable. Le ministre de l'Intérieur avait pris le soin de beaucoup renforcer les effectifs. Il y a eu beaucoup d'interpellations faites…
GILLES BORNSTEIN
Quand même, en dépit de ce travail, on a assisté à ça.
MARINA FERRARI
En dépit de cela, mais il faut sans cesse continuer. Je vous rappelle qu'il y a eu 45 % d'interpellations en plus. Maintenant, c'est la justice qui doit faire son travail avec des peines sévères, nous ne lâchons rien sur le sujet et il faut absolument continuer.
GILLES BORNSTEIN
Si nous sommes champions du monde, ce que tout le monde souhaite sur ce plateau, il y aura des célébrations. Que fera le Gouvernement pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?
MARINA FERRARI
Alors, d'abord, il faut bien évidemment se rappeler que l'organisation des fan-zones ne dépend pas aujourd'hui du Gouvernement mais dépend des collectivités. Donc, bien évidemment, un travail va être fait avec les collectivités au fur et à mesure de l'avancée dans la compétition pour voir comment vont s'organiser les dispositifs pour accueillir les supporters. Je tiens quand même à rappeler qu'il faut faire un distinguo aujourd'hui entre les supporters, puisqu'on le voit par exemple lors des célébrations au Parc des Princes, tout s'est très bien passé - donc il faut le rappeler -, et c'est en marge de ces cortèges ou en marge des célébrations que nous avons des casseurs qui interviennent. Donc, si des fan-zones sont organisées demain, c'est précisément pour cela que nous ne sommes pas restés sans rien faire et que de nombreuses forces de l'ordre ont été mises en œuvre sur le terrain. Demain, il doit y avoir - vous le savez, ça a commencé déjà - des condamnations judiciaires qui doivent tomber, et le président de la République l'a exprimé ainsi que le Premier ministre, ça doit être le…
GILLES BORNSTEIN
Est-ce que vous souhaitez qu'elles soient plus importantes ? Personne n'a dormi en prison. Est-ce que vous avez le sentiment que des peines plus sévères seraient plus dissuasives ?
MARINA FERRARI
Je le pense et c'est également ce qu'a rappelé le Premier ministre lorsqu'il a été interrogé sur le sujet à l'Assemblée nationale, en disant aussi qu'aujourd'hui nous appliquions un principe simple : qui casse doit aussi payer. Donc il y a des condamnations pénales, mais il y a aussi des condamnations financières à un moment qui doivent intervenir.
GILLES BORNSTEIN
Vous souhaitez que les peines soient plus sévères ?
MARINA FERRARI
Absolument, je crois qu'il faut à un moment sévir. Je fais confiance à la justice parce que, c'est le cas ces dernières années, on voit des peines de plus en plus sévères, et vous avez vu justement la procureure qui a pu s'exprimer sur le sujet en disant que les peines seraient sévères.
GILLES BORNSTEIN
"Tu casses, tu répares", a dit qui vous savez, Gabriel Attal. Vous, vous pensez que tu casses, tu payes ?
MARINA FERRARI
C'est ce qu'a redit le Premier ministre à l'Assemblée nationale. Il a été très ferme sur le sujet en disant qu'à un moment, il faut aussi responsabiliser les casseurs.
GILLES BORNSTEIN
Dimanche, Arsenal… On va voir les images. Dimanche, Arsenal a fêté son titre de champion d'Angleterre. Malgré la défaite en Champions League, on voit les images, il y avait, écoutez bien ce chiffre, un million et demi de personnes dans la rue à Londres, sans incident, sans incident majeur, dirais-je. Que se passe-t-il en France pour que ce soit différent ?
MARINA FERRARI
Écoutez, je pense qu'on a ces phénomènes qui ne sont pas propres d'ailleurs qu'au sport, parce que je tiens bien à faire le distinguo en tant que ministre des Sports. On le voit bien aujourd'hui, on a aussi une problématique lors de grands rassemblements, je pense par exemple au 31 décembre, des grandes célébrations, vous le savez, la Saint-Sylvestre, on a des mouvements comme ça de contestation forte. On est aujourd'hui, je pense, confrontés à des personnes qui veulent en découdre avec les forces de l'ordre et donc il faut absolument que nous soyons très fermes.
GILLES BORNSTEIN
Et c'est spécifique à la France ?
MARINA FERRARI
Ce n'est pas spécifique à la France, on l'a vu dans d'autres mouvements, dans d'autres pays, mais c'est vrai que c'est un phénomène qui, aujourd'hui, s'installe en France et contre lequel nous sommes extrêmement mobilisés.
GILLES BORNSTEIN
Il y a eu un débat sur les primes pour les joueurs en équipe de France. Ce sont des joueurs qui sont payés au-delà de ce qu'on peut imaginer, leur présence en équipe de France valorise encore plus les valeurs, on vous voit d'ailleurs ici à Clairefontaine avec l'équipe de France. Est-il normal que la Fédération française de football, en plus, leur verse sur fonds publics des primes pour avoir l'honneur de porter le maillot de leur pays ? Est-il logique qu'on se fasse payer pour aller jouer en équipe de France ?
MARINA FERRARI
Alors moi, il ne m'appartient pas de décider de la hauteur des primes ou de l'attribution des primes par la Fédération française à nos joueurs sélectionnés pour représenter la France. En revanche, dans toutes les disciplines aujourd'hui, quand vous avez des sportifs, professionnels ou pas, qui vont représenter la France ou qui ramènent des médailles, il y a des primes qui sont assorties. Alors je comprends que ça puisse peut-être…
GILLES BORNSTEIN
On ne peut pas dire que les footballeurs professionnels soient dans le besoin ce qui n'est peut-être pas le cas d'autres athlètes olympiques.
MARINA FERRARI
Mais oui mais les footballeurs professionnels, ils vont parfois devoir ne pas jouer. Vous savez que, par exemple, dans le texte olympique, nous avons mis une disposition…
GILLES BORNSTEIN
Il n'y a pas de championnat pendant la Coupe du monde.
MARINA FERRARI
Pendant la Coupe du monde, je suis d'accord, mais je vous parlais des Jeux olympiques, puisque vous saviez qu'à l'époque, il y avait eu une polémique.
GILLES BORNSTEIN
Non, non, mais là, je vous parle des… Eux, surpayés, ont-ils encore si besoin de primes ?
MARINA FERRARI
Si je peux terminer, Gilles Bornstein, pendant les Jeux olympiques, par exemple, nous avons mis maintenant dans le texte olympique : les joueurs devront être libérés pour pouvoir représenter la France. Vous savez que les carrières de joueurs sont très courtes. Aujourd'hui, moi, je ne suis pas choquée par le fait qu'ils puissent avoir une prime, en cas de victoire bien évidemment, puisque ces primes sont accordées en cas de victoire.
GILLES BORNSTEIN
Camille Dahan, ici présente, qui est une jeune femme très timide, comme tous les téléspectateurs de France 2 l'auront remarqué, voulait vous poser une question, mais elle m'a chargé de le faire. Les petites filles sont moins sportives, font moins de sport que les petits garçons. Comment peut-on… Faut-il changer… Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que vous le confirmez ? Et comment changer ça ?
MARINA FERRARI
Alors, oui, merci pour cette question, Camille, qui est essentielle aujourd'hui. C'est vrai que les jeunes filles, les petites filles, les jeunes filles, les femmes aussi. Malheureusement, c'est tout le sport qui souffre d'un manque de féminisation, sur lequel nous travaillons beaucoup. C'est une des grandes thématiques qui m'occupe beaucoup au ministère des Sports. Alors d'abord, parce que j'ai envie de dire que c'est un peu culturel, parfois. C'est vrai que les petites filles ont tendance peut-être à moins pratiquer. Dans certains cas, par exemple, on voit que l'accès des jeunes femmes est plus difficile. C'est aussi un problème économique. Souvent, c'est pour ça qu'il y a des actions, vous savez, qui sont mises en œuvre, des soutiens, le Pass'Sport, notamment, le sport à l'école aussi. Et puis, il y a des âges dans la vie d'une femme qu'il faut appréhender différemment. Je pense à la puberté, notamment.
CAMILLE DAHAN
Oui mais souvent, une jeune femme sur deux arrête le sport à l'adolescence en France.
MARINA FERRARI
Absolument. C'est pour ça que nous travaillons là-dessus. Par exemple, tout dernièrement, en début d'année, nous avons publié des guides à destination aussi de l'encadrement dans les clubs, etc. Un guide qui s'appelle Puberté et Performance, par exemple, pour que l'évolution des jeunes femmes soit mieux prise en compte dans l'encadrement qui en est fait. Parce qu'il faut comprendre aussi cette période qui est difficile dans la vie. Enfin, difficile, c'est notre vie, mais qui doit être prise en compte dans l'accompagnement des sportifs. Puis, c'est la question des équipements aujourd'hui. On doit avoir des vestiaires adaptés aussi pour accueillir les femmes.
GILLES BORNSTEIN
Ça, ce n'est pas faux. Camille, le mot que tu cherches, c'est merci. Et moi, c'est moi qui vous remercie, Madame la Ministre.
MARINA FERRARI
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2026