Interview de M. Sébastien Martin, ministre délégué, chargé de l'industrie, à TF1 le 4 juin 2026, sur la verrerie Duralex, Michelin, Stellantis et le prix de l'énergie.

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Média : TF1

Texte intégral

BASTIEN AUGEY
On va parler tout d'abord de la situation très difficile de la verrerie DURALEX. Encore une fois, j'ai envie de dire, puisque c'est la troisième fois en six ans qu'elle est placée en redressement judiciaire. Il y a deux ans, elle avait été reprise par les salariés mais affronte aujourd'hui des problèmes de trésorerie. Très clairement monsieur le ministre, est-ce que DURALEX pourra être sauvée une troisième fois ?

SEBASTIEN MARTIN
La question DURALEX elle n'est pas simple parce qu'en plus il y a un attachement. Regardez les verres qui sont devant nous, ce sont des verres DURALEX. Ce que je peux vous dire en tout cas c'est qu'on fait tout y compris avec les collectivités locales, avec les salariés pour trouver les meilleures solutions. Visiblement il y avait des questions dans la gestion actuelle qui sont en train d'être clarifiées.

BASTIEN AUGEY
C'était mal géré ?

SEBASTIEN MARTIN
L'analyse qui est en cours le dira. Voilà, l'analyse qui est en cours le dira. S'il y a eu cette réaction de la part du conseil d'administration de vouloir changer de direction c'est sans doute qu'il y avait des problèmes mais moi je ne jette pas l'opprobre sur qui que ce soit tant qu'on n'a pas le résultat de l'analyse. Visiblement il y a des difficultés. On va voir comment on peut arriver à les surmonter et il faut essayer de les surmonter.

BASTIEN AUGEY
Mais c'est quoi la solution maintenant ? Est-ce qu'on peut garder ce modèle de scope ? Est-ce qu'il faut trouver un repreneur ?

SEBASTIEN MARTIN
Vous savez la question ce n'est pas un statut qui sauve une entreprise. Ce qui sauve une entreprise c'est d'avoir des clients, c'est de produire en temps et en heure et c'est d'être compétitif. C'est ça qui sauve une entreprise.

BASTIEN AUGEY
Et de mettre de l'argent parfois aussi.

SEBASTIEN MARTIN
Ce sont les sujets sur lesquels on va travailler avec les équipes en locale et en tout cas mes services suivent le dossier de très, très près.

BASTIEN AUGEY
Est-ce que l'État est prêt à mettre à nouveau la main à la poche ?

SEBASTIEN MARTIN
On verra. Moi je ne suis pas là pour faire à l'avance des chèques et des chèques en blanc. On verra. Il faut qu'il y ait un business plan. Il faut que ça soit solide. Ça s'appelle gérer une entreprise. C'est bien beau de faire de l'idéologie parfois. Je vois que certains aujourd'hui ont un peu la gueule de bois. Moi je ne veux pas avoir la gueule de bois. Je veux qu'on aille vers un projet solide.

BASTIEN AUGEY
Mais est-ce que vous dites on sauvera DURALEX quoi qu'il en coûte ou est-ce qu'il faut aussi s'attendre à ce que le risque de liquidation judiciaire...

SEBASTIEN MARTIN
Ça ne veut rien dire sauver DURALEX quoi qu'il en coûte.

BASTIEN AUGEY
Certains disent que l'État n'a peut-être pas mis… ou pas que l'État, les entreprises n'ont peut-être pas mis assez d'argent la fois passée.

SEBASTIEN MARTIN
Ça ne veut rien dire. Si vous n'avez pas de clients, vous ne sauvez pas une entreprise. Si vous n'avez pas un business plan solide, vous ne sauvez pas une entreprise. C'est ça qu'il faut, une entreprise.

BASTIEN AUGEY
Mais là, l'entreprise dit : " On était pourtant en croissance de 7% ". C'est quand même ça qui est surprenant.

SEBASTIEN MARTIN
Oui, c'est sans doute ça qui est surprenant mais visiblement il y a aussi des commandes qui étaient passées qui ne sont pas livrées en temps et en heure. Donc vous retrouvez... Le paradoxe aujourd'hui c'est que cette entreprise a des stocks très importants parce qu'elle avait eu des commandes et qu'apparemment certaines livraisons ne sont pas arrivées en temps et en heure. Donc il faut qu'on garde ça de très près. Peut-être qu'il faut un peu mieux " professionnaliser " la gestion de DURALEX pour l'avenir et tout faire pour la sauver.

BASTIEN AUGEY
Vous avez des pistes de repreneurs aujourd'hui ?

SEBASTIEN MARTIN
Non aujourd'hui, c'est beaucoup trop tôt pour parler de pistes de repreneurs. Aujourd'hui on est dans l'état des lieux de la situation et on va travailler sérieusement sur ce dossier.

BASTIEN AUGEY
Alors il y a un autre dossier très différent mais qui inquiète aussi c'est celui de MICHELIN. Jusqu'à 1 500 postes vont être supprimés dans les années qui viennent. Les syndicats disent : " On ne comprend pas, l'entreprise est rentable. " Et l'entreprise, à l'inverse, dit : " Le coût du travail est trop fort en France ". Vous êtes du côté de qui dans cette affaire ?

SEBASTIEN MARTIN
Moi, je suis du côté de l'activité sur le territoire national. Et en même temps, MICHELIN est un grand groupe international. Alors tout le monde a raison dans cette affaire. Parce que les syndicats vont dire : " Oui mais si vous regardez l'activité à l'international, MICHELIN à certains endroits fait des bénéfices. " Puisque quand vous regardez l'activité au niveau national, MICHELIN ne fait pas de bénéfices et donc a engagé des restructurations.
Ce que je vois aussi c'est que MICHELIN, il y a très, très peu de temps, au mois de mai dernier sur son site à Clermont-Ferrand, a inauguré un bâtiment qui permet d'accueillir des activités et notamment des activités plutôt tertiaires, pas les activités industrielles mais des activités tertiaires. On a un problème aujourd'hui, c'est qu'au niveau européen, on a encore des volumes trop importants qui arrivent d'Asie à des prix complètement cassés, avec une qualité moindre. Mais parfois le consommateur...

BASTIEN AUGEY
Ça, on le constate, tout le monde est d'accord.

SEBASTIEN MARTIN
Mais d'accord, il y a eu un certain nombre d'enquêtes qui ont été diligentées auprès de la Commission européenne. Moi, depuis que je suis arrivé au Gouvernement en octobre dernier, on a demandé plus de 16 enquêtes anti-dumping, anti-subvention, anti-concurrence déloyale de la Chine. Ça prend du temps et ça prend trop de temps. La France fait partie des pays qui disent à l'Union européenne : " On a créé un grand marché, très bien, mais il faut savoir mieux le protéger et notamment avoir des mesures de réponse plus rapides. "

BASTIEN AUGEY
D'accord, mais en attendant, est-ce que vous comprenez, vous soutenez cette décision de 1 500 postes qui vont être supprimés ?

SEBASTIEN MARTIN
Moi, ce que je comprends...

BASTIEN AUGEY
On peut aussi demander à nos industriels de faire des efforts.

SEBASTIEN MARTIN
Croyez-le bien, on demande aussi à nos industriels de faire des efforts. On est en France, on ne peut pas d'un côté dire, en France, c'est un des pays les plus réglementés, les plus rigides parfois, et de l'autre dire que les industriels ne feraient pas d'efforts, ce n'est pas vrai.

BASTIEN AUGEY
Et eux, ils disent qu'il faut baisser le coût du travail. Ils ont raison ?

SEBASTIEN MARTIN
Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron, les impôts de production ont quand même, je tiens à le rappeler… les impôts de production directs, 10 milliards, l'impôt sur les sociétés, 10 milliards par an, ont baissé.

BASTIEN AUGEY
Eux, ils trouvent que c'est insuffisant.

SEBASTIEN MARTIN
Ce n'est toujours pas suffisant, mais moi, je sors de Choose France, et à Choose France, les investisseurs étrangers nous disent aussi : " Peut-être que le coût du travail est un peu plus cher en France, mais vous avez une qualité des salariés qui est bien meilleure qu'ailleurs. "

BASTIEN AUGEY
Sébastien Martin, l'OCDE hier a revu à la baisse sa prévision de croissance pour la France, 0,7% en 2026. Elle alerte même sur le risque de récession si jamais la guerre continue. Clairement, si la guerre continue en Iran, est-ce qu'il faut s'attendre à des suppressions d'emplois massives dans les mois qui viennent ?

SEBASTIEN MARTIN
Je remarque que vous n'avez pas beaucoup commenté le fait que l'INSEE, il y a deux jours, a indiqué qu'elle s'était bien trompée sur ses prévisions de croissance et sur le résultat réel de croissance en 2023-2024.

BASTIEN AUGEY
Donc vous n'y croyez pas ?

SEBASTIEN MARTIN
Non, je ne dis pas ça, je dis que la croissance…

BRUCE TOUSSAINT
… que l'INSEE se trompe ?

SEBASTIEN MARTIN
Je dis que si ça continue comme ça, vous allez faire les bienfaits de l'industrie pharmaceutique, parce que là, les sujets que vous prenez les uns derrière les autres, on va prendre tous des antidépresseurs.

BASTIEN AUGEY
On a aussi largement parlé des investissements de Choose France cette semaine, mais on est là aussi pour vous interroger sur les difficultés.

SEBASTIEN MARTIN
Oui, mais vous voulez de la croissance ou vous ne voulez pas de la croissance ? Moi, je veux de la croissance, moi je veux de la croissance. Et pour avoir de la croissance, il faut rappeler qu'un pays est un pays attractif aussi aux investissements étrangers pour la septième année consécutive.

BASTIEN AUGEY
Il y a trois mois, vous disiez vous-même : " pour l'instant, ça tient " en parlant du prix de l'énergie dans l'industrie, et vous disiez : " si ça devait durer des mois et des mois, les conséquences se verraient sur notre secteur industriel ". Ça fait trois mois, est-ce qu'on y est aujourd'hui ? Est-ce que vous craignez aujourd'hui que les industries, à cause du prix du gaz notamment, suppriment des emplois ?

SEBASTIEN MARTIN
Je dis que pour l'instant, ça tient toujours. Que face à la situation telle qu'elle est, ça tient toujours. Mais un des fondamentaux de l'économie, c'est d'avoir de la visibilité. Or, nous n'avons, en ce moment, aucune visibilité. La seule visibilité qui est apportée, c'est les tweets de monsieur Trump qui, le matin, disent une chose, le soir, en disent une autre, et le surlendemain, en disent encore une autre. Dans ce contexte-là, comment voulez-vous que l'économie, au sens large du terme, puisse aller très bien ? C'est impossible, c'est impossible ! Il faut qu'on redonne de la visibilité à un cap. On soutient au maximum nos secteurs industriels.
Vous avez vu que sur la chimie, on a fait des choses, parce que c'est l'industrie des industries. Mais il y a une absence de visibilité due à la situation internationale à laquelle on doit faire face.

BASTIEN AUGEY
En un mot, STELLANTIS a annoncé investir un milliard d'Euros en France.

SEBASTIEN MARTIN
Ça, c'est la bonne nouvelle du matin.

BASTIEN AUGEY
Oui, mais alors, le diable est parfois dans les détails.

BASTIEN AUGEY
Vous étiez hier avec le patron de STELLANTIS, justement, sur le site de Mulhouse. Est-ce qu'il vous a donné des précisions sur les emplois qui pourraient être créés ou au moins sauvés ? Parce qu'on n'a pas de précisions là-dessus.

SEBASTIEN MARTIN
Écoutez, l'annonce de STELLANTIS et le plan global de STELLANTIS, c'est un taux de remplissage des usines en France qui va s'accroître. On était aujourd'hui dans nos usines autour de 60%. Avec le plan qui est annoncé par STELLANTIS, avec le milliard d'investissements qui a été annoncé hier par STELLANTIS, ça va permettre de consolider les emplois et peut-être de recruter plus de personnes. Mais personne ne sait comment sera le marché dans un an. Le marché de l'automobile en France et en Europe, depuis 2020, il est assez déprimé. Il va y avoir des nouveaux modèles qui vont sortir chez STELLANTIS. C'est ça aussi qui va relancer un petit peu la demande et sans doute permettre de produire plus et donc d'embaucher dans les usines.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Sébastien Martin. Et merci à Bastien, bien sûr.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2026