Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à France Info le 17 juin 2026, sur le baccalauréat et l'aménagement des épreuves et des cours en fonction de la canicule, la lutte contre les violences faites aux enfants et l'interdiction du téléphone portable dans l'enceinte des lycées.

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Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Bonjour Édouard Geffray.

ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.

AGATHE LAMBRET
Bonjour Paul.

PAUL LARROUTUROU
Bonjour à tous.

AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info, vous le ministre de l'éducation nationale dans ce moment charnière dans une vie. Tous ceux qui l'ont passé se rappellent cette période, les révisions, le stress, l'attente. Je parle du bac, bien sûr, dont les épreuves ont commencé lundi, avec la philosophie pour les élèves de terminale. Édouard Geffray, peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui.

PAUL LARROUTUROU
Il faut développer.

ÉDOUARD GEFFRAY
Et même il faut.

AGATHE LAMBRET
C'était une des questions de dissertation du bac de philo.

ÉDOUARD GEFFRAY
Absolument, c'était le deuxième sujet du bac de philo général. Et en réalité, il faut.

AGATHE LAMBRET
Et pourquoi il faut ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Parce qu'aujourd'hui, il y a plein de gens qui essayent de jouer sur les fractures, qui essayent de jouer sur la détresse, et qui font de la démagogie en capitalisant sur la souffrance. Et parce qu'il y a de la souffrance, parce qu'il y a des gens qui sont malheureux. Mais en réalité, quand vous avez la chance de l'être, et surtout la chance de croire qu'on peut être heureux dans la vie, il faut partager ça avec les autres. C'est le principe d'une aide. C'est tout petit, mais c'est beaucoup de lumière. Moi, je suis intimement convaincu que j'aurais répondu oui à la question, sans aucune hésitation.

AGATHE LAMBRET
Ça, c'est votre dissertation du bac.

PAUL LARROUTUROU
L'autre sujet, c'était, avons-nous la maîtrise de nos paroles ? Qu'auriez-vous répondu ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Que certains ont perdu.

PAUL LARROUTUROU
Qui ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ceux qui tombent dans l'excès et dans l'outrance la longueur de journée.

PAUL LARROUTUROU
Vous visez qui en disant ça ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je vise tout ce qui, aujourd'hui, est extrême, et qui considère que l'outrance est devenue un mode normal de raisonnement et d'expression. Moi, je crois beaucoup à la pondération. J'accepte d'accueillir la parole de l'autre. Et la maîtrise du langage, c'est précisément l'accueil de la parole de l'autre, et la capacité à exprimer une pensée pondérée. Le réel est complexe. Il ne se résout pas en deux coups de cuillère à peau. Pas toujours satisfaisant, mais le réel est complexe. Et donc, avoir la maîtrise des mots, c'est derrière être capable de qualifier la réalité. Et quand vous qualifiez la réalité, vous commencez à vous attaquer au vrai problème.

AGATHE LAMBRET
Voilà pour la dissertation du ministre de l'Éducation, de Philo. Il y a un sujet qui inquiète les élèves, Édouard Geffray, dans ce contexte de forte chaleur. C'est comment travailler, comment passer des examens quand il fait 40 degrés dehors. Alors, vous avez déjà dit qu'il n'y aurait plus d'épreuves du bac l'après-midi. Hier, vous avez précisé que pour les oraux, ce sont les recteurs qui jugeront localement de la pertinence de reporter l'oral ou non. Est-ce que vous estimez que c'est suffisant ?

ÉDOUARD GEFFRAY
L'idéal serait que nous ayons nos 60 000 écoles, collèges, lycées parfaitement isolés, rafraîchis, etc. D'abord, tous ces bâtiments appartiennent aux collectivités territoriales, pas à l'État. Les écoles primaires, c'est les communes, les collèges, les départements. Et les lycées, ce sont les régions.

AGATHE LAMBRET
Donc vous voulez dire que vous ne pouvez rien faire ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je veux dire par là que nous, on finance. Les 3 milliards d'euros qui ont été mis sur la table, et aujourd'hui, il y a 24 millions de mètres carrés qui sont en cours de rénovation. De même que je ne peux pas rénover votre appartement, je ne peux pas rénover un bâtiment qui ne m'appartient pas.

PAUL LARROUTUROU
Vous ne pouvez pas poser la clim ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je ne peux pas poser la clim moi-même.

PAUL LARROUTUROU
Vous avez des grandes craintes sur lundi, c'est cela ?

ÉDOUARD GEFFRAY
À partir de là, pour les examens, très clairement, ce qu'on nous annonce, c'est une vague de chaleur avec un pic ce week-end et peut-être lundi. Si lundi, mais ça s'apprécie au cas par cas localement, selon la température extérieure, selon la température à l'intérieur du bâtiment, si lundi, les chefs d'établissement constatent, enfin d'ici là plutôt, on constate que lundi, on ne sera pas à l'accueil des professeurs, on a les bonnes conditions pour passer l'examen, et c'est vrai pour les élèves, mais c'est aussi vrai pour les jurys qui vont passer leur journée à faire passer l'examen, à ce moment-là, les recteurs pourront effectivement décider de décaler d'un ou deux jours.

AGATHE LAMBRET
Donc on leur dira le jour même ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, on les préviendra avant. Je vois tous les recteurs cet après-midi. Je les ai réunis cet après-midi pour précisément anticiper. Une fois qu'on aura les prévisions les plus fiables de Météo France, donc probablement jeudi ou vendredi au plus tard, mais plutôt demain, les recteurs prendront les décisions, il y aura une nouvelle convocation qui sera adressée aux élèves, là où il y aura lieu.

PAUL LARROUTUROU
Donc le vendredi pour le lundi pourrait être très concret, les épreuves écrites ça va parce que c'est le matin, mais le problème ce sont les oraux, donc vous pourriez décaler les oraux du bac la semaine prochaine ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Les épreuves écrites sont terminées, il ne reste plus que les oraux. Les élèves sont actuellement convoqués pour des oraux, et certains le sont lundi, pas beaucoup par rapport à la masse, mais certains le sont dès lundi. Pour cela, si dans leur centre d'examen les conditions ne sont pas remplies, ils recevront et seront contactés une autre convocation jeudi ou au plus tard vendredi matin, leur indiquant que l'oral allait être décalé de quelques jours. Ce n'est pas ce que je recherche honnêtement, on va tout faire pour l'éviter, mais si jamais c'était rendu obligatoire par les faits…

AGATHE LAMBRET
Et la température c'est quoi ? C'est quoi le niveau à partir duquel il faut fermer la classe ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non mais c'est apprécié, mais c'est évident que si vous n'avez pas passé votre épreuve du bac dans une classe où il fait je ne sais pas combien, 38 ou 40 degrés.

AGATHE LAMBRET
C'est la température intérieure de la classe.

ÉDOUARD GEFFRAY
Ensuite, les collectivités locales sont aussi en train de faire en sorte qu'il puisse y avoir des petits climatiseurs dans les salles d'examen, etc. Tout ça va se régler.

AGATHE LAMBRET
Par exemple, il fait 36 ou 37 dans la classe, ce n'est pas supportable non plus.

ÉDOUARD GEFFRAY
Non mais je dis, ce n'est pas…

AGATHE LAMBRET
Si vous attendez qu'il fasse 39…

ÉDOUARD GEFFRAY
Non mais ce n'est pas une question d'un ou deux degrés près, c'est une question d'appréciation globale. Et une fois encore, ça s'apprécie au niveau local. La semaine dernière, il fallait 15 jours. J'étais dans une école, au moment du pic de chaleur, vous savez, fermée. Il faisait plus frais dans l'école que dans tous les bâtiments alentours, parce qu'elle avait été bien isolée. Dans ce cas-là, évidemment, ça peut fermer.

AGATHE LAMBRET
C'est vrai, mais il y a aussi des classes, notamment à Champigny, où le thermomètre affichait 40 degrés…

ÉDOUARD GEFFRAY
Et dans ce cas-là, il faut savoir fermer.

AGATHE LAMBRET
Édouard Geffray, écoutez, une professeure d'un collège, le collège Maryse Bastié de Reims, elle pointe un problème. Il y a les examens, mais il y a aussi les cours. On l'écoute.

UNE PROFESSEUR DU COLLÈGE MARYSE BASTIÉ DE REIMS
Les cours l'après-midi, impossible de se concentrer. Je n'ai même pas de rideau aux fenêtres. Après, donc, il faut ouvrir les fenêtres. J'en ai deux dans ma salle, j'en ai une sur les deux qui ne s'ouvre pas. On a un ventilo pour une vingtaine d'élèves, plus ou moins. Rien n'est fait pour eux, rien n'est fait pour moi non plus. Donc c'est impossible de travailler.

AGATHE LAMBRET
Qu'est-ce qu'on fait pour les cours ? Quelle est la réponse à apporter ? Est-ce que vous dites : "Au-delà d'une certaine température, on va aussi reporter les cours l'après-midi ?"

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, là aussi, moi, je ne suis pas partisan. Je veux dire depuis Paris, au-delà d'une certaine température, pour tout le monde. Je pense que c'est des choses qui ne se règlent pas comme du papier à musique depuis la rue de Grenelle. Mais même cause, même principe. Si les températures sont excessives et ne permettent pas de faire cours dans des conditions, j'allais dire, de sécurité normale, à ce moment-là, on peut effectivement, je vais dire ça rapidement, fermer l'école ou l'établissement. Les autorités ne sont pas les mêmes. Pour fermer une école, donc une école au sens primaire, maternelle, élémentaire, c'est le maire ou le préfet. Quand c'est un collège ou un lycée, c'est soit le maire et le préfet, soit le chef d'établissement, qui peut décider d'interdire l'accès à ces locaux.

PAUL LARROUTUROU
Oui, mais vous avez votre mot à dire.

ÉDOUARD GEFFRAY
En tant que ministre, moi j'ai communiqué, tout ça est quand même très anticipé, on a travaillé avec la réunion syndicale d'ailleurs, un plan de gestion des vagues de chaleur que j'ai envoyé à tous les directeurs d'école, tous les chefs d'établissement en fin mai, que j'ai renvoyé hier soir pour être sûr que tout le monde l'ait, et qui prévoit tous les cas de figure.

AGATHE LAMBRET
Oui, mais c'est vous le ministre de l'éducation, Édouard Geffray, à partir de quel moment on ferme une classe ? Il faut aussi que les recteurs, que les professeurs, que les élèves puissent anticiper et comprendre.

ÉDOUARD GEFFRAY
Si vous êtes dans un bâtiment qui ne dispose d'aucun espace rafraîchi, c'est-à-dire que vous n'avez pas d'échappatoire, et qui fait toute la journée 35-37 degrés dans votre classe, vous fermez l'école pour la demi-journée ou pour la journée. C'est déjà des choses qui se pratiquent. L'été dernier, en début d'été, sur 60.000 implantations en France, il y en a 2.000 qui ont fermé au moment de la vague de chaleur. Bon, donc, c'est des choses qu'on sait faire. Par contre, vous dire que moi, au niveau de la rue Grenelle, je vais dire demain matin, tout ça va se décider au niveau national, en deux coups de cuir à peau, la réponse est non. Ça se décide au niveau local. Par contre, le cadre est fixé au niveau national, je l'ai fixé, je l'ai envoyé, je l'ai travaillé avec l'égalité locale et avec les organisations syndicales, donc on a un cadre qui est connu, qui est travaillé, qui est anticipé, que tout le monde a, et ensuite, c'est au niveau local, avec les préfets, avec les maires, que ça se décide.

PAUL LARROUTUROU
Très rapide question avant de repasser à la philo. Sur les syndicats qui vous demandent très concrètement d'installer des thermomètres dans les classes, est-ce que vous y êtes favorable ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Écoutez, moi, on a 600.000 classes aujourd'hui en France, je vais être très honnête avec vous, je ne sais pas installer 600.000 thermomètres dans la semaine. Voilà. Qu'on ait des outils de mesure, bien sûr, mais ce qu'il faut surtout, c'est accélérer sur l'innovation du bâti. On le fait avec les collectivités locales. Une fois encore, nous, on finance. Ce sont les collectivités locales qui le font. Chacun a ses responsabilités, quand même. Mais tout ce qui permet à la fois de mesurer et surtout d'améliorer le confort des professeurs comme des élèves est bon à prendre.

AGATHE LAMBRET
Édouard Geffray, en décembre, vous disiez vouloir redonner de la crédibilité au bac. Est-ce que le bac est encore, en fait, est-ce qu'il sert encore à quelque chose ? Est-ce qu'il est encore central, primordial dans un parcours, ou alors il est devenu secondaire et relégué, notamment derrière Parcoursup ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Est-ce que vous connaissez des gens dont les enfants passent le bac ce matin ?

AGATHE LAMBRET
Oui.

ÉDOUARD GEFFRAY
Est-ce que vous les avez trouvés parfaitement cool ?

AGATHE LAMBRET
Non, mais…

ÉDOUARD GEFFRAY
C'est insouciant ? Non. Donc ça vaut quelque chose.

AGATHE LAMBRET
Mais ce n'est pas ça la question que je vous pose. Est-ce que le bac a encore de la valeur dans une vie, dans un parcours, quand on voit, par exemple, que les orientations sont décidées avant les résultats du bac ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, alors ça, c'était déjà vrai avant. Donc oui, ça a de la valeur. Il est vrai qu'il y a une espèce de miroir un peu déformant de Parcoursup, c'est-à-dire que les familles pensent beaucoup à Parcoursup, un peu moins au baccalauréat. Mais d'abord, le baccalauréat n'est pas acquis. Il faut le passer, il faut l'avoir. Ça reste un enjeu pour nos élèves. Et puis tout simplement, ça conditionne l'accès au supérieur. Un élève qui aurait son orientation super, mais qui n'aurait pas le bac, il n'ira pas au supérieur. Donc le bac, ça reste un sésame. Et puis ça reste, pardonnez-moi, mais une forme de clause de rendez-vous en fin de scolarité, pour nos élèves qui arrivent jusqu'au baccalauréat et qui finalement doivent attester un niveau. D'où le fait que je suis assez clair sur le niveau attendu. On ne donne pas le bac. On l'obtient.

PAUL LARROUTUROU
Quand vous voyez qu'il y a quand même de nombreuses universités qui mettent désormais en place des cours obligatoires de remise à niveau en français pour des étudiants qui ont pourtant déjà le bac, ça veut quand même dire qu'il y a un vrai problème avec la valeur du bac, non ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors avec la valeur je ne sais pas, mais avec en tout cas le niveau de maîtrise de la langue, qu'on fasse ce qu'on disait au début sur le sujet de philo, ça je crois. Et c'est pour ça que j'ai constamment dit depuis mon arrivée, et je l'ai même écrit à tout le monde, au risque de provoquer des inquiétudes des uns ou des polémiques des autres, que je plaçais la maîtrise du langage comme étant un des éléments fondamentaux d'appréciation. Et quelle que soit la discipline. Parce qu'effectivement, si vous mentez aux gens sur un niveau réel, quand ensuite ils arrivent dans le supérieur, ils sont très vite, si je puis dire, en difficulté, parfois disqualifiés, et on ne peut pas s'offrir ce luxe de dire à des élèves qu'ils ont le niveau s'ils ne l'ont pas. Et par ailleurs, il faut apprendre à nos élèves à avoir ce type d'exigence, c'est-à-dire oui, la maîtrise de la langue, ça compte, oui, se relire, ça compte, oui, l'orthographe, ça compte, oui, la syntaxe et la grammaire, ça compte.

AGATHE LAMBRET
Édouard Geffray, vous dites que le bac, c'est important. On va vous faire passer un petit quiz. Je ne sais pas si c'est…

ÉDOUARD GEFFRAY
Je deviens un spécialiste des quiz, moi. Je suis content de savoir que ça intéresse les Français en termes d'information.

AGATHE LAMBRET
On compatit, Édouard Geffray. Un petit quiz d'histoire, pour commencer. En quelle année le président de la République est-il élu pour la première fois au suffrage universel direct sous la Ve République ?

ÉDOUARD GEFFRAY
De mémoire, ça doit être 1962.

AGATHE LAMBRET
Alors, 1962, c'est la réforme, mais la première élection au suffrage universel.

ÉDOUARD GEFFRAY
Du coup, ça doit être 58 plus 7, 65.

PAUL LARROUTUROU
Dernier président de la République de la IVe République.

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, attendez, IVème République, ça doit être…

AGATHE LAMBRET
Bravo. La date des accords d'Évian, Édouard Geffray ?

ÉDOUARD GEFFRAY
C'est mars 1962. Je sais plus si c'est le 19 ou le 21.

PAUL LARROUTUROU
C'est le 18, mais bonne réponse.

AGATHE LAMBRET
La date de la fête de la Fédération ?

ÉDOUARD GEFFRAY
C'est fou ce qu'on s'amuse. Vous parlez en France ?

PAUL LARROUTUROU
Ça pourrait être aux États-Unis.

AGATHE LAMBRET
Mais oui, c'est en France.

ÉDOUARD GEFFRAY
Ah d'accord. 14 juillet, ça doit être 1790, 1791. Ça dépend, en fait. Une fois qu'on sait qu'on peut s'amuser au quiz, si vous voulez, on se met dans l'état d'esprit. C'est comme quand vous faites un créneau devant tout le monde et que bizarrement vous ratez votre créneau. Je suis habitué, je deviens le ministre des quiz.

AGATHE LAMBRET
On va dire que vous avez eu l'oral de rattrapage.

ÉDOUARD GEFFRAY
Ça me fait plaisir de savoir que ça intéresse tout le monde.

AGATHE LAMBRET
On va continuer à parler d'école dans un instant avec vous, le ministre de l'Éducation nationale. Pour l'instant, il est 8h46, et c'est l'Info en une minute avec Marie Martirossian.

(…)

AGATHE LAMBRET
Avec Edouard Geffray, ministre de l'Education nationale, Paul a un nouveau drame dans le cadre de la scolarité.

PAUL LARROUTUROU
Un enfant de 8 ans est mort noyé hier après-midi dans une piscine dans l'Eure lors d'une séance de natation scolaire, selon les informations d'ici Normandie, de sources concordantes. Le drame s'est produit précisément à Conches-en-Ouche, à côté d'Evreux. Monsieur le ministre, avez-vous plus d'informations sur les circonstances de ce drame ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, pas encore. C'était fait dans un cadre scolaire. Manifestement, c'était surveillé par plusieurs maîtres-nageurs. Donc maintenant, il y a une enquête judiciaire qui me dit dans quelles conditions ça s'est passé. Malheureusement, on est dans une période, vous savez, chaque été, et notamment en cas de forte chaleur, les risques de noyade augmentent. En l'occurrence, je ne sais pas ce qui s'est passé. Évidemment, je ne peux que compatir, mais de manière absolue, à la souffrance de la famille, parce que c'est vraiment un drame épouvantable. Mais en l'occurrence, je n'en sais pas plus actuellement.

AGATHE LAMBRET
Édouard Geffray, un animateur d'une école parisienne qui était poursuivi pour agression sexuelle sur mineurs a été relaxé hier par le tribunal correctionnel, qui a estimé que l'infraction n'était pas suffisamment caractérisée. Dans son jugement, le tribunal relève que certes, un comportement inapproprié a eu lieu. Il estime que l'animateur aurait dû faire l'objet de rappels à l'ordre et d'une formation. Mais en même temps, les juges estiment que l'infraction n'est pas caractérisée et que le tableau clinique psychologique des enfants qui évoquent une agression peut aussi résulter de la médiatisation de l'affaire. Qu'est-ce que vous pensez de cette décision ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je pense qu'il y a un principe fondamental qui s'appelle l'indépendance de la justice et que la séparation des pouvoirs conduit à ce que l'exécutif ne commande pas une décision de justice.

AGATHE LAMBRET
Mais vous nous avez fait des grands discours ces derniers jours dans l'affaire Lyhanna, notamment sur le fait qu'il fallait écouter la parole de l'enfant et qu'il fallait se réveiller. Là, c'est la première affaire qui est jugée dans le cadre de la multiplication des accusations de violences dans le périscolaire et c'est une relaxe. Malgré les témoignages de l'enfant, malgré le fait que, selon les juges, cet animateur aurait dû faire l'objet de rappels à l'ordre, est-ce que vous comprenez qu'il y ait quelque chose d'incompréhensible ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je le comprends parfaitement. En tant qu'individu et citoyen, je comprends parfaitement que les parents puissent être préoccupés, inquiets, etc. Ensuite, il y a une justice. La justice, elle passe au regard d'un droit pénal. Et en l'occurrence, les décisions de justice sont susceptibles de recours. Donc tout ça fait que je ne me prononce pas sur la décision elle-même. Maintenant, pardonnez-moi…

AGATHE LAMBRET
Vous souhaitez que le parquet fasse appel à ces décisions ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Pardonnez-moi, c'est le parquet qui décidera. Il n'y a pas de conseil individuel, encore moins de ministre de l'Éducation nationale et qui que ce soit. Mais par contre, pardonnez-moi, vous avez dit des grandes paroles. Des grands discours, je crois.

AGATHE LAMBRET
Oui, on a un Gouvernement qui a été mobilisé sur ce sujet.

ÉDOUARD GEFFRAY
Quand je suis là, en fait, sur les sujets de violences aux enfants, j'agis. D'accord ?

PAUL LARROUTUROU
Comment ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Quand je suis arrivé… Alors justement, on va reprendre le fil. Moi, je suis arrivé en octobre. Quand je suis arrivé, il se trouve que c'est un sujet que je connais un petit peu. Actuellement, nous faisons 80 000 signalements à la justice ou informations préoccupantes par an. L'école, c'est le premier signaleur de France.

PAUL LARROUTUROU
Oui, mais le problème, c'est le suivi de ces signalements.

ÉDOUARD GEFFRAY
Je vais y arriver. Si ça ne vous dérange pas, on va tout reprendre. Il n'y avait aucun cadre sur les modalités concrètes pour faire un signalement, y compris contre un collègue ou contre un directeur d'école ou contre un chef d'établissement quand je suis professeur. J'ai donc fait un protocole d'action qui est commun à toute éducation nationale qui a été diffusé au mois de mai. Par ailleurs, vous savez que l'un des enjeux, c'est qu'on a des personnes qui… Enfin, selon le temps sur lequel vous êtes périscolaire et scolaire, il y avait un petit côté que moi j'appelle, pardon, les chats perchés. C'est-à-dire, c'était, ah, c'est pas sur mon temps, c'est le temps périscolaire, je ne peux rien faire. Et c'est comme ça qu'on a eu un certain nombre de cas qui ont été mal pris en charge. Donc, j'ai désigné une déléguée ministérielle auprès de l'administratrice, donc avec un statut d'indépendance, que toute personne peut saisir lorsque son enfant a été victime de violences dans l'enceinte de l'école, quelle que soit la personne qui intervient, pour précisément démêler les sujets. Et je porte, pardonne-moi, mais c'est vraiment important ce qu'on va se dire, et je porte dans le cadre du projet de loi sur la protection des enfants, une disposition qui est ce que j'appelle la liste noire des intérêts d'école. Que vous ayez été licencié du péris scolaire, du sport ou de l'éducation nationale à cause de votre comportement avec les mineurs, vous ne pouvez plus re-rentrer dans l'un des trois.

PAUL LARROUTUROU
Même sans décision de justice ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Même sans décision de justice, c'est l'intérêt, même sans condamnation pénale. Parce qu'une procédure disciplinaire, c'est une procédure contradictoire.

AGATHE LAMBRET
Mais il faut avoir été licencié. Quand on est simplement suspendu, on n'entre pas dans cette liste noire.

ÉDOUARD GEFFRAY
Absolument. Mais voyez-moi quelqu'un qui a un comportement totalement inapproprié avec les mineurs, comme la personne dont on parle là, je considère, moi en tout cas, à l'éducation nationale, je considère qu'elle a vocation à être révoquée de l'éducation nationale, sous réserve évidemment du procès contradictoire et que tout ça soit établi. Mais à partir du moment où c'est établi qu'il y a un comportement inapproprié, que ce comportement soit pénalement réprimé ou pas…

AGATHE LAMBRET
Vous appelez à la fermeté.

ÉDOUARD GEFFRAY
Une personne qui a un comportement absolument inapproprié avec les mineurs n'a pas sa place, même si ce n'est pas pénal, n'a pas sa place.

AGATHE LAMBRET
Mais vous savez que par exemple, si ça sera suspendu…

PAUL LARROUTUROU
Ça va poser la question de la présomption d'innocence aussi.

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors à l'issue de la suspension, la suspension sert précisément à faire l'enquête. Moi, je prône la suspension systématique. Autre point d'ailleurs au passage que je fais. Quand une personne est mise en cause, sérieusement évidemment, par un mineur à raison de ses agissements sur des mineurs, elle doit être suspendue parce que la suspension permet simplement de geler la situation.

PAUL LARROUTUROU
Et s'il est suspendu, il ne sera pas dans votre liste noire. C'est que s'il est licencié.

ÉDOUARD GEFFRAY
Le temps qu'il est suspendu, par définition, il reste rattaché à son administration. À l'issue de la suspension, s'il y a une sanction disciplinaire qui aboutit, parce qu'on constate que les faits sont établis, à un licenciement, il ne pourra plus revenir ni dans le pays scolaire, ni dans l'éducation nationale, ni dans les sports. Et ça, c'est quand même assez intéressant, si vous voulez, parce que ça fait que vous fermez définitivement les murs de l'école à des gens que vous avez écartés parce que vous considérez qu'ils étaient dangereux. Sinon, ils peuvent repasser le concours le lendemain matin.

AGATHE LAMBRET
Il y a un exemple, justement. Jérôme Barrella, le principal suspect dans l'affaire Lyhanna, il avait été suspendu il y a 5 ans. Il était agent d'entretien de la région Occitanie parce qu'il avait envoyé des SMS à une élève du lycée où il travaillait. Comme il avait été suspendu, votre liste noire, en l'occurrence, dans cette affaire, elle n'aurait servi à rien.

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors en l'occurrence, l'enquête est en cours. Vous savez qu'il y a une enquête administrative en cours à laquelle j'ai demandé à ce que l'inspection de l'éducation nationale soit jointe.

PAUL LARROUTUROU
Vous l'aurez quand, cette enquête ?

ÉDOUARD GEFFRAY
On verra exactement… Normalement, c'est le 22 juin qu'on a les premières conclusions qui seront remises au Premier ministre. Mais si vous voulez… Donc là, en l'occurrence, sur cet aspect-là, je préfère ne pas le prononcer parce que j'attends les résultats de l'enquête.

AGATHE LAMBRET
Mais en tout cas, votre liste noire n'aurait pas changé…

ÉDOUARD GEFFRAY
Mais en tout cas, la liste noire, à partir du moment où la personne est révoquée, elle l'empêche de revenir de quelque manière que ce soit dans l'enceinte scolaire. C'est ça qui est important. Quand vous déposez votre enfant le matin à l'entrée de l'école, il faut que vous soyez sûr qu'il n'y a aucun prédateur à l'intérieur des murs de l'école sur quelque temps que ce soit.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que vous répétez ce matin, comme vous l'avez dit sur TF1 il y a une semaine, que vous n'avez aucun élément qui va dans le sens d'une défaillance de l'éducation nationale dans l'affaire Lyhanna ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, je n'ai pas plus d'éléments aujourd'hui que la semaine dernière. Nous, de notre côté, de ce que nous avons collecté, effectivement, nous n'avons pas d'élément particulier d'une défaillance de l'éducation nationale, parce que, notamment à l'époque, la proviseure avait immédiatement signalé ses faits à la région, qui était l'employeur de Monsieur Barrella.

PAUL LARROUTUROU
Mais vous parlez de chat perché tout à l'heure. Là, on est encore dans du chat perché. Chacun se dit "C'est pas moi", et à la fin, il se passe ce qu'il se passe.

ÉDOUARD GEFFRAY
Ah, sauf qu'en l'occurrence, la proviseure a bien fait le signalement et que la région ensuite a pris des décisions. Mais une fois encore, je n'ai pas plus d'éléments, parce que par définition, je ne suis pas allé voir… Enfin, je n'interagis pas avec l'enquête. Donc on verra ce qu'on nous dit le 22. En fonction de ça, on tirera des conséquences. L'autre élément qui me semble important, et d'ailleurs, j'ai envoyé une instruction la semaine dernière au recteur, si vous voulez c'est qu'on soit non seulement très sévère, c'est le sens du terme, mais très réactif. C'est-à-dire que moi, j'ai demandé à tous les recteurs de faire en sorte qu'on ait une enquête administrative. Lorsque ça met en cause des mineurs, l'enquête commence dans les 48 heures qui suivent. C'est-à-dire qu'on n'attend pas des semaines, parce que la personne est suspendue. Elle est peut-être suspendue, et c'est très bien. Mais au-delà des suspensions, il faut agir vite. Donc dans les 48 heures, on fait l'enquête. Pour aussi recueillir la première parole de l'enfant, parce qu'on sait que c'est ça qui est important, c'est la première parole qui compte. Et pour derrière, au bout d'un mois, avoir une première indication sur faits sérieux, faits établis ou pas. Si les faits sont sérieux ou établis, on sanctionne. Si ce n'est pas le cas, à ce moment-là, on en tire les conséquences positives.

AGATHE LAMBRET
Édouard Geffray, une petite question. C'était un engagement, est-ce que le téléphone portable sera interdit au lycée en septembre ?

ÉDOUARD GEFFRAY
J'espère bien. La loi, comme vous le savez, est actuellement en cours d'élaboration, parce qu'on attend une décision de la Commission européenne sur l'autre volet, qui est l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

PAUL LARROUTUROU
Mais vous espérez ou vous allez le faire ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ah non, ce n'est pas que… Quand je dis j'espère, c'est qu'on va le faire.

PAUL LARROUTUROU
En septembre ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Premier septembre.

AGATHE LAMBRET
Ce sera fait le 1er septembre ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, il faut juste que la loi soit publiée dans l'été, ce qui sera, à priori, très probablement le cas, au moins sur ce volet-là. Donc oui, 1er septembre, interdiction de l'utilisation du téléphone portable dans les lycées, sauf dérogation particulière.

AGATHE LAMBRET
Parce que ce n'était déjà pas forcément très bien perçu par tout le monde. Là, on est en juin, on n'a pas encore la certitude que ce sera le 1er septembre. Vous, vous pensez que ça va bien se passer ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors d'abord, ce sera le 1er septembre, je pense, parce que la loi sera très probablement publiée dans l'été. Et je vais envoyer prochainement un certain nombre d'éléments chez les établissements pour qu'ils puissent mettre ça en place. Mais oui, effectivement, je considère que c'est quelque chose qui est absolument majeur pour nos élèves.

PAUL LARROUTUROU
C'est une annonce, et c'est sur France Info ce matin. D'ailleurs, c'est l'heure de la question qui ? Parce qu'il est 8h56. Ce matin, la question qui ? Par le Basque. Près de 80 lycéens de Bayonne ont rédigé vendredi leur épreuve anticipée de mathématiques en Basque. Malgré vos consignes, est-ce que ces copies vont être corrigées ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Toute copie du baccalauréat est corrigée. Et en l'occurrence, il s'agit d'une épreuve de mathématiques dont un tiers sont des purs automatismes. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'expression littéraire. Et l'autre partie ne comporte quasiment aucune expression littéraire. Donc, on verra bien ce qui se passe. Et on va voir ça évidemment avec le rectorat. Mais on corrige évidemment tout. Ce qui compte sur les langues régionales, c'est que j'ai arbitré, j'ai décidé d'un certain nombre de modalités de prise en compte des langues régionales du baccalauréat. Ça faisait des années qu'on bricolait, ce que je ne croyais pas souhaitable.

PAUL LARROUTUROU
Vous avez annoncé qu'à partir de 2028, certaines spécialités pourraient être passées en langues régionales. Mais pourquoi pas les maths, par exemple ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ce que j'ai dit, c'est que le bac doit pouvoir, si je puis dire, sanctionner positivement, récompenser un parcours bilingue. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il y a un parcours bilingue régional, et puis au baccalauréat, il n'y a rien. Moi ce que je dis, c'est que les candidats pourront passer une des deux spécialités en langues régionales. Et que s'ils ont la moyenne de ces spécialités et la moyenne dans la langue régionale qu'ils suivent par ailleurs en cours, ça vaudra mention, parcours bilingue, sur leur baccalauréat. Et en revanche, il faut que ça soit sur toute la scolarité terminale, c'est-à-dire première et terminale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juin 2026