Interview de M. Benjamin Haddad, ministre délégué, chargé de l'Europe, à France 2 le 18 juin 2026, sur l'accord entre l'Iran et les États-Unis, la question de l'intelligence artificielle, le conflit en Ukraine, la politique migratoire et l'élection présidentielle de 2027.

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Média : France 2

Texte intégral

ALEXANDRE PEYROUT
Bonjour à tous, et bonjour Benjamin Haddad.

BENJAMIN HADDAD
Bonjour.

ALEXANDRE PEYROUT
On va revenir sur le G7 qui s'est clôturé hier. Mais avant cela, on va parler de ce qui s'est passé hier soir à Versailles : signature surprise du protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis sous les yeux d'Emmanuel Macron, visiblement ravi. Est-ce que c'est ça l'image, finalement, des mandats d'Emmanuel Macron, des succès à l'international et parfois plus de contestation au plan national ?

BENJAMIN HADDAD
Je pense que ça montre effectivement le rôle diplomatique qui a été joué par la France et par le président de la République. Et il faut s'en réjouir. On a eu hier ce dîner important avec le Président américain. Et puis, surtout, cette avancée, c'est une bonne nouvelle. Ça avait été souhaité par la France, la signature de cet accord, qui permettra notamment la réouverture sans péage du détroit d'Ormuz, et qui va ouvrir…

ALEXANDRE PEYROUT
Vous dites qu'on va... lui dérouler le tapis rouge finalement ?

BENJAMIN HADDAD
Mais au fond, regardez, on peut être fiers, On a des lieux extraordinaires comme le château de Versailles. Et l, l'objectif, c'est d'avoir un dialogue diplomatique avec le président des États-Unis, et puis, surtout, de défendre les intérêts de la France. C'était dans notre intérêt que cet accord soit signé. Donc, on a la réouverture du détroit d'Ormuz, qui aura aussi d'ailleurs un impact, bien sûr sur, le prix des carburants. Donc, c'est une bonne nouvelle pour les Français. Et qui va ouvrir une séquence diplomatique de 60 jours dans laquelle nous devons trouver un accord sur la question du nucléaire, sur laquelle, je rappelle, que la France a une expertise et une histoire.

ALEXANDRE PEYROUT
Absolument. Est-ce que dans tout ce dîner, au moins, Donald Trump a levé ses menaces de sanctions sur les vins français ? Parce que sinon, on se demande pourquoi est-ce qu'on a fait tout ça.

BENJAMIN HADDAD
Vous l'avez vu, ça a été dit par le président de la République : entre alliés, on ne doit pas se faire des menaces de ce type. On doit parler des questions économiques. C'était d'ailleurs l'objet du G7, du G20, bientôt des déséquilibres économiques de façon structurée, au sein d'un dialogue, mais pas effectivement en faisant des intimidations. Et je voudrais revenir quand même, si vous le permettez, sur le fond…

ALEXANDRE PEYROUT
On va revenir sur le G7, parce que vous parliez du G7 à l'instant. Ce dîner, il avait lieu juste après la clôture du G7. Emmanuel Macron parle de succès pour ce sommet. Il manquait quand même quelques sujets qui fâchent, non ? La guerre à Gaza et au Liban, la question difficile de l'intelligence artificielle.

BENJAMIN HADDAD
Non, parce que les sujets que vous venez de mentionner ont été, au contraire, à la table des négociations, puisque…

ALEXANDRE PEYROUT
Sur l'intelligence artificielle, Donald Trump, il ne s'est engagé, hein.

BENJAMIN HADDAD
Sur la question du Liban, vous avez vu, ça fait partie de l'accord qui a été signé aussi entre les États-Unis et l'Iran. Et donc, nous travaillerons aussi avec les autorités libanaises pour qu'elles puissent recouvrer l'intégrité territoriale du pays, et notamment à travers le soutien aux Forces armées libanaises pour travailler au désarmement du Hezbollah. Sur la question de l'intelligence artificielle, vous avez raison, j'étais hier à VivaTech, on voit aujourd'hui que la course à l'innovation, à l'intelligence artificielle, c'est devenu un enjeu de puissance et de souveraineté. Le Président de la République...

ALEXANDRE PEYROUT
Et comment est-ce qu'on contraint Donald Trump ?

BENJAMIN HADDAD
Le Président de la République a plaidé pour une régulation encadrée de l'intelligence artificielle, notamment pour protéger les mineurs. C'est le même travail que nous faisons, vous savez, sur la question des plateformes de réseaux sociaux, et en disant aussi qu'à un moment, il faut qu'il y ait un dialogue entre alliés. Parce que si on ne veut pas, derrière, que ce soit aussi la Chine, le vainqueur sur ces sujets-là, on a intérêt à avoir un dialogue entre démocratie. Et puis après, on a vu des avancées majeures, je pense, sur des sujets qui sont là aussi dans nos intérêts. Je pense notamment à l'Ukraine. Rappelez-vous, il y a un peu plus d'un an, quand on a eu la rencontre entre le président Trump, le vice-président Vance, et le président Zelensky. On nous avait dit : l'Ukraine va être forcé à la capitulation en 24 h, les Européens ne seront pas autour de la table.

ALEXANDRE PEYROUT
Justement, il y a eu un changement de pied de Donald Trump, vous alliez le souligner.

BENJAMIN HADDAD
Absolument. Mais ça, c'est une initiative des Européens.

ALEXANDRE PEYROUT
Il va y avoir, donc, un nouveau train de soutien pour l'Ukraine. Comment est-ce qu'on va financer tout ça ? Je croyais que l'Etat français n'avait plus d'argent.

BENJAMIN HADDAD
Regardez. Déjà, depuis plus d'un an, moi, je voudrais quand même souligner que le soutien à l'Ukraine, aujourd'hui, il est assuré par les Européens, que ce soit sur le plan économique et sur le plan militaire.

ALEXANDRE PEYROUT
Mais comment on finance tout ça ? Parce qu'on dit aux Français : " Nous avons aidé à payer votre plein d'essence ".

BENJAMIN HADDAD
Et l'Union européenne a contracté récemment un emprunt de 90 milliards d'euros pour pouvoir continuer à soutenir l'Ukraine. Nous l'avons finalisé, qui donnera de la visibilité aux Ukrainiens dans les prochaines années pour pouvoir continuer notamment à se défendre et à résister sur le terrain. Aujourd'hui, ce sont les Russes qui reculent sur le terrain. Et nous devons continuer à converger avec les Américains, notamment sur la question des sanctions. Et j'ai vu, au G7, le président Trump a aussi dit qu'il était prêt à reprendre les sanctions contre la Russie sur le plan énergétique. Nous adopterons bientôt au niveau européen le 21? paquet de sanctions qui va permettre notamment d'accroître la pression et de lutter contre la flotte fantôme. Vous savez, ce qui est utilisé par la Russie pour contourner les sanctions en mer du Nord et en mer Baltique. Donc, là encore, c'est cet effort diplomatique de la France qui a permis de réaligner les Européens, les Américains, dans le soutien à l'Ukraine face à la guerre d'agression de la Russie.

ALEXANDRE PEYROUT
Vous parliez de l'Union européenne, l'Union européenne qui, par son Parlement, a adopté hier un texte important qu'on appelle le règlement retour. C'est un texte qui durcit drastiquement la politique migratoire de l'Union européenne. Est-ce que vous êtes fier de son adoption ? Je crois que le Gouvernement soutenait ce texte.

BENJAMIN HADDAD
Le gouvernement, non seulement, le soutenait, mais c'était une demande de la France, de pouvoir...

ALEXANDRE PEYROUT
Y compris, d'avoir eu les voix de toute l'extrême droite pour adopter ce texte ?

BENJAMIN HADDAD
Ecoutez. Moi, je regrette la façon... Peut-être qu'il a été adopté, mais la vérité, c'est que si vous aviez toute une partie de la gauche qui a décidé de ne pas prendre part à cette négociation.

ALEXANDRE PEYROUT
Est-ce que ça ne dit pas que ce texte, il reprend les grands fondamentaux de l'extrême droite ?

BENJAMIN HADDAD
Fondamentalement, non. Et je vais vous dire pourquoi. Parce que le Rassemblement national, depuis des années, nous dit : " Il faut sortir des textes européens, il faut tout faire ". Marine Le Pen s'était opposée à ce texte. Lorsque la Commission européenne a proposé cette révision du règlement retour, qui va nous permettre...

ALEXANDRE PEYROUT
Finalement, ils l'ont voté.

BENJAMIN HADDAD
Mais, oui. Mais c'est pour ça qu'ils n'ont plus aucun logiciel. Moi, je ne comprends pas...

ALEXANDRE PEYROUT
A l'inverse de certains de vos collègues. Il y a une partie de vos collègues de Renaissance.

BENJAMIN HADDAD
Est-ce que je peux essayer de terminer mes réponses s'il vous plaît ? Parce que déjà, il faut il faut expliquer, parce qu'on parle de politique politicienne... Les Français, ce qui se passe dans l'hémicycle.

ALEXANDRE PEYROUT
J'allais expliquer justement que ce texte, il va créer des centres de rétention hors des frontières de l'Union européenne. Il y a une de vos collègues Renaissance qui dit que ce texte, il passe une ligne rouge. Qu'est-ce que vous faites encore ensemble dans Renaissance si vous n'êtes même pas d'accord sur l'immigration ?

BENJAMIN HADDAD
Mais est-ce que vous croyez que ça intéresse une seule seconde les Français quand ils voient ce sujet.

ALEXANDRE PEYROUT
De savoir que vous n'êtes pas d'accord dans le même parti. Je pense que oui.

BENJAMIN HADDAD
Les Français ne s'intéressent pas à la politique politicienne et à la tambouille du Parlement européen. Ce qu'ils voient, c'est ce qu'il y a dans la rue, et comment on peut maîtriser nos frontières extérieures, contrôler l'immigration et faire exécuter les OQTF. Aujourd'hui, il y a 20% d'obligation de quitter le territoire européen qui sont exécutés sur le sol européen. Donc, ce texte, il va permettre de renforcer les mécanismes de rétention administrative, de faire du retour forcé, la norme, de pouvoir traiter en priorité les immigrés dangereux qui représentent un trouble à l'ordre public, de pouvoir faire des fouilles administratives. Voilà. Ça, ça renforce le pouvoir des Etats membres pour faire respecter leurs frontières, pour faire respecter le droit. Et moi, ce que je vois, c'est que Marine Le Pen avait dit initialement " C'est un texte mortifère. Nous allons nous battre de toute notre force ", et finalement, ses députés l'ont voté. Mais la question que je me pose, c'est... Vous parlez des débats qu'on peut avoir au sein de notre famille politique, j'en conviens. Mais que pense le RN ? Que pense le RN sur l'Europe aujourd'hui, sur la Russie ? Que pense le RN sur l'immigration ? Que pense le RN sur les retraites ?

ALEXANDRE PEYROUT
On va avancer, si vous le voulez bien.

BENJAMIN HADDAD
Sur des sujets qui sont fondamentaux pour l'avenir de notre pays, il n'y a plus aucun logiciel. C'est une contradiction totale.

ALEXANDRE PEYROUT
Si vous le voulez bien, on va avancer, Benjamin Haddad, parce que le temps file. Vous êtes un ancien de l'UMP. Votre collègue, Prisca Thévenot, pour 2027, elle dit : " Je ne me vois pas faire campagne avec Bruno Retailleau ". Est-ce que vous, vous pourriez faire campagne pour Bruno Retailleau en 2027 ?

BENJAMIN HADDAD
Je vais vous le dire très simplement. Moi, j'ai toujours plaidé pour qu'on ait une alliance du centre et de la droite. C'est ce que nous avions fait. Vous savez, on appelait ça le socle commun à un moment. Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas des débats.

ALEXANDRE PEYROUT
C'est votre candidat, Bruno Retailleau, ça veut dire ?

BENJAMIN HADDAD
Mais bien sûr que non.

ALEXANDRE PEYROUT
Alors, c'est qui votre candidat à vous ?

BENJAMIN HADDAD
Moi, je plaide pour que nous ayons un candidat unique, parce que...

ALEXANDRE PEYROUT
Mais qui ? Gabriel Attal, Edouard Philippe, Xavier Bertrand, David Lisnard ?

BENJAMIN HADDAD
Mais parlons du fond, qui porte un projet de transformation et de réforme de notre pays, qui porte un projet d'autorité sur le régalien.

ALEXANDRE PEYROUT
Regardez. On vous montre des photos. C'est qui votre préféré ?

BENJAMIN HADDAD
Mais encore une fois, là, vous me faites de la politique politicienne. Moi, je vous parle de fond.

ALEXANDRE PEYROUT
Le prochain Président de la République. C'est important quand même.

BENJAMIN HADDAD
Je vous parle de sujets de fond pour les Français. Qu'est-ce qu'on fait pour la sécurité et l'autorité ? Qu'est-ce qu'on fait pour réformer ? Est-ce qu'on continue à porter une voix ambitieuse sur la scène européenne et sur les questions internationales ? Ça, c'est des sujets sur lesquels je pense que nous avons des choses à apporter, des choses à offrir, au sein de ma famille politique. Je suis, vous le savez, membre de Renaissance. Mais que nous avons intérêt aussi à travailler avec les autres, parce que la fragmentation, la division, ce sera le meilleur cadeau à faire à Jean-Luc Mélenchon et à Jordan Bardella. Moi, je ne souhaite pas...

ALEXANDRE PEYROUT
Donc, vous dites à tout ce petit monde de s'entendre, quoi ?

BENJAMIN HADDAD
J'ai fait partie de ceux qui ont signé une lettre, avec Maud Bregeon et d'autres, appelant à un rassemblement, qu'il y ait une procédure pour sélectionner un candidat de rassemblement, derrière un projet, encore une fois, de transformation ambitieuse que je ne veux pas. Et je me battrai de toutes mes forces pour ne pas laisser une alternative mortifère entre l'extrême gauche et l'extrême droite détermine l'avenir de mon pays.

ALEXANDRE PEYROUT
Une dernière question pour terminer. On a appris hier que le concert que voulait organiser la France Insoumise pour la fête de la musique était interdit par le préfet de police de Paris. Est-ce que ça n'est pas un peu disproportionné d'interdire une manifestation comme celle-ci ?

BENJAMIN HADDAD
Mais pas quand cette manifestation peut représenter un trouble à l'ordre public.

ALEXANDRE PEYROUT
Hier, il y a eu à peu près la même chose à Strasbourg. Il n'y a pas eu de risque.

BENJAMIN HADDAD
Mais pas quand, vous voyez, des invités comme...

ALEXANDRE PEYROUT
C'était la même chose à Strasbourg hier soir. Il y avait les mêmes invités.

BENJAMIN HADDAD
La question aurait pu se poser aussi à Strasbourg.

ALEXANDRE PEYROUT
Mais il n'y a pas eu de problème.

BENJAMIN HADDAD
Le préfet, il est en charge de faire respecter l'ordre public. Et quand vous avez des chanteurs, quand vous avez des artistes qui ont tenu, par exemple des propos antisémites sur Rachel Kahn, qui promeuvent la violence, eh bien, effectivement, la question se pose. Et à un moment, moi, je vois que la France Insoumise, aujourd'hui, fait de son projet, ce qu'on appelle la nouvelle France, un projet, au fond, d'effacement de notre identité. Le maire de Saint-Denis qui, il y a quelques jours, disait : « C'est légitime de siffler la Marseillaise ». Non, ce n'est pas légitime de siffler Marseillaise.

ALEXANDRE PEYROUT
Ça, ça vous a choqué.

BENJAMIN HADDAD
Mais bien sûr que ça m'a choqué. Mais ce n'est pas légitime de siffler la Marseillaise. Et c'est irresponsable pour un élu de la République.

ALEXANDRE PEYROUT
Il explique. Juste, je précise les propos si vous le voulez bien : " Quand la France se déshonore par ses actes à l'international, c'est un droit à la réplique populaire. "

BENJAMIN HADDAD
La France ne se déshonore pas.

ALEXANDRE PEYROUT
Elle ne se déshonore jamais, la France ?

BENJAMIN HADDAD
La France ne se déshonore pas. Et puis, de toute façon, au-delà de ça, quand on est un élu de la République, on ne siffle pas la Marseillaise, on la respecte. On respecte les symboles de la République, on respecte le drapeau, on respecte la Marseillaise, on respecte les institutions. On peut avoir un débat politique sur notre rôle à l'international, mais ce n'est pas le rôle ici d'un élu de la République.


Source : service d'information du Gouvernement, le 19 juin 2026