Texte intégral
STEPHANE VERNAY
Bonjour Oriane. Serge Papin, bonjour.
SERGE PAPIN
Bonjour.
ORIANE MANCINI
Donald Trump qui a donc signé, de manière un peu surprenante, cette nuit à Versailles l'accord avec l'Iran, qui entraîne donc notamment la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz. Quand les Français verront concrètement les prix du carburant et les prix du gaz baisser ?
SERGE PAPIN
…Versailles, c'est quand même quelque chose. Bon, écoutez, ça baisse, ça baisse. Donc c'est passé en dessous... Le gasoil, notamment, est passé en dessous des deux euros. Nous, on a des outils pour surveiller, si je puis dire ça. On a trois outils. On a d'abord les prix, puisque c'est sur le site carburants.gouv.fr. Donc cela permet d'avoir une concurrence saine et loyale. Les prix sont alignés entre les totems, les prix à la pompe et donc le site. Donc ça, c'est quelque chose qui permet de bien structurer la concurrence. Deuxièmement, on a un baromètre qui est produit chaque semaine, qui mesure les marges, et là, on voit qu'il n'y a pas eu du tout d'effet d'aubaine et qu'au contraire, les marges avant crise, pendant la crise et donc maintenant, vont être... Les prix vont être à la baisse, bien sûr, et les marges, dans la continuité des marges prises, vont être aussi, on les surveille. Donc, cela permet de voir s'il y a bien une bonne répercussion de ce côté-là. Et puis il y a surtout du dialogue, puisqu'on a des réunions avec l'ensemble des distributeurs et on voit qu'ils ont vraiment envie de jouer le jeu parce que, bon, ils subissent aussi les prix qui étaient élevés. Je pense aux distributeurs.
ORIANE MANCINI
Mais juste, est-ce là, Stéphane a une question sur les prix de… Mais est-ce qu'on peut dire pour le porte-monnaie des Français le plus dur est derrière nous ? Il n'y aura pas de remontée au-dessus des deux euros ?
SERGE PAPIN
On peut dire ça. On est... Je pense qu'on quitte un épisode de crise. On est en train de tourner la page et là, on peut retrouver de la confiance. On peut quitter l'attentisme, que ce soit pour les entreprises, puisqu'il y avait évidemment tout le monde était un peu les pieds sur le frein au niveau de l'investissement, au niveau de l'emploi, et les consommateurs aussi. On voyait bien, par exemple, le taux d'épargne qui a augmenté. Ça, c'est un signe, un signe d'inquiétude. Et donc là, ça y est, on peut tourner la page et repartir en toute confiance. C'est quand même une bonne nouvelle à la veille des vacances, je pense. En tant que ministre du Tourisme, je suis plutôt heureux, moi, que les prix du carburant vont baisser.
STEPHANE VERNAY
On va en parler mais on a plusieurs questions très précises sur la baisse des prix du carburant. Le Premier ministre a dit à plusieurs reprises qu'il fallait que les prix du carburant baissent aussi vite qu'ils n'ont augmenté.
SERGE PAPIN
C'est ce qu'on vérifie.
STEPHANE VERNAY
Alors, est-ce que ce sera bien le cas ? Et si ce n'est pas le cas, qu'est-ce que vous faites ?
SERGE PAPIN
Alors, la concurrence joue. Je vais vous dire : le meilleur instrument, c'est ce que je disais tout à l'heure pour la surveillance des prix, c'est que les consommateurs puissent regarder les stations qui sont les moins chères.
STEPHANE VERNAY
Donc, ça, sur le prix, le baromètre, que vous évoquiez…
SERGE PAPIN
Ça a fonctionné très bien jusqu'à maintenant.
STEPHANE VERNAY
Vous êtes confiant ? Ça continuer, tout le monde va jouer le jeu ?
SERGE PAPIN
Je suis confiant. Les services de la DGCCRF, qui dépendent de mon ministère, vont être très attentifs, très attentifs. Donc, moi, je suis très confiant là-dessus. Les prix vont baisser.
STEPHANE VERNAY
En même temps, il y a toujours une inertie. Ce n'est pas parce que le détroit d'Ormuz est ouvert tout de suite que les supertankers vont arriver dès demain au Havre, etc. Qui est-ce qui a la main pour faire baisser tout de suite les prix ?
SERGE PAPIN
Ça va assez vite. Bon, effectivement, c'est en fonction…
STEPHANE VERNAY
Mais ça veut dire que les pétroliers vont pouvoir jouer sur leurs stocks.
SERGE PAPIN
Et puis vous savez, le prix, il est basé sur le prix du Brent, le prix à Amsterdam, pour être un peu…
STEPHANE VERNAY
Qui est à quoi ? Qui est à 80 dollars en ce moment. Le Brent était monté à plus de 110.
SERGE PAPIN
On était monté à plus de 80 dollars, on était monté parfois jusqu'à 140... Oui, pardon, non, mais c'est dans le plus fort de la crise, avec une forte volatilité. Donc là, on voit les prix baissent petit à petit, 80... J'espère qu'ils vont baisser encore plus. Donc effectivement, ça va se répercuter à la pompe très vit.,
STEPHANE VERNAY
Très vite. Bon, moi j'avais une question sur le fait que vous négociez avec les enseignes. Vous avez dirigé Système U, vous étiez président non-exécutif d'Auchan France en 2024...
SERGE PAPIN
J'étais administrateur.
STEPHANE VERNAY
Administrateur, pardon, excusez-moi. Et aujourd'hui, vous avez à négocier la baisse des carburants avec la grande distribution. C'est le monde dont vous venez. Est-ce que ça, c'est un avantage pour vous ou un inconvénient ?
SERGE PAPIN
Je pense que c'est plutôt un avantage parce que je sais comment ça fonctionne.
STEPHANE VERNAY
Vous connaissez les ficelles.
SERGE PAPIN
Vous savez, pour un distributeur de carburant, c'est presque... Il ne s'occupe pas des marges sur le carburant, puisque la plupart des clients viennent en voiture. Donc pour eux, moins le carburant est cher, plus ça facilite les choses au niveau des courses. Donc bien sûr, moi, je sais comment ça fonctionne. Le prix…
ORIANE MANCINI
C'est un produit d'appel.
SERGE PAPIN
La marge, pardon - c'est un produit d'appel - la marge brute, la marge nette prise par un distributeur, c'est entre deux et cinq centimes. Donc, c'est...
STEPHANE VERNAY
Donc ils ne peuvent pas vous la faire à l'envers. Vous promettez que ça va baisser vite.
SERGE PAPIN
Oui, bien sûr...
ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'ils essaient un peu de vous la faire à l'envers au Gouvernement ou pas ? Ils essaient de vous la faire à l'envers ?
SERGE PAPIN
Non, je ne crois pas. Non, je ne crois pas. On a un dialogue aussi. C'est leur intérêt, c'est leur intérêt. Et puis il y a une concurrence, donc c'est ça qui joue.
ORIANE MANCINI
Auditionné hier à l'Assemblée, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a estimé que le plafonnement des prix avait généré pour son entreprise un manque à gagner de 200 millions d'euros. Sauf que dans le même temps, Total a fait cinq milliards de bénéfice au premier trimestre. Est-ce que Total a été un profiteur de guerre ?
SERGE PAPIN
Je ne crois pas. Je crois qu'on a la chance d'avoir une major de dimension internationale qui fait ses résultats sur le monde entier et qui a mis un focus pour le prix des carburants sur la France. Je rappelle que Total, il intègre l'ensemble de la filière : il produit du pétrole, il le raffine, il le distribue, et donc il a plafonné. Donc moi, je salue le fait qu'il ait... Ça nous a aidés, ça a aidé le consommateur. Je pense que Total a aussi rénové son image. C'était assez malin.
ORIANE MANCINI
Ils ont bien joué au marketing, c'est ça ?
SERGE PAPIN
Je pense qu'ils ont bien joué le coup, et donc moi je trouve ça bien qu'on ait la chance d'avoir une entreprise pétrolière qui fait de l'énergie, d'ailleurs, parce qu'ils font aussi de l'énergie renouvelable, etc. Donc, saluons ce qui a été fait, ça nous a aidés aussi à enjamber cette crise au niveau des prix. Donc je n'ai rien à dire sur Patrick Pouyanné.
STEPHANE VERNAY
La nouvelle, la bonne nouvelle du jour, c'est qu'à priori les prix de l'essence vont baisser. Est-ce qu'on en a fini avec... ou est-ce qu'on est sorti du piège de l'inflation ? Pour autant, je vous pose la question parce que le SMIC a augmenté de 2,4% au 1er juin. Ce qui est normal, c'est automatique. C'est lié à l'inflation.
SERGE PAPIN
C'est plus de 3% depuis le début de l'année.
STEPHANE VERNAY
C'est lié à l'inflation. Sauf que cette inflation, elle a été tirée par la crise énergétique et la guerre au Moyen-Orient. C'était lié à la flambée des cours du pétrole qui s'effondre aujourd'hui. Le problème, c'est que l'augmentation qui a été décrétée, elle, elle est pérenne.
SERGE PAPIN
L'augmentation du SMIC, vous vouliez dire ?
STEPHANE VERNAY
L'augmentation du SMIC, oui, bien sûr, donc il n'y aura pas de retour en arrière. Du coup, qu'est-ce que ça implique, notamment pour les petits patrons, sur les PME ? Est-ce qu'il n'y a pas un risque d'inflation répercutée, est-ce qu'à un moment, ils vont répercuter cette inflation, les patrons vont répercuter cette inflation sur le* prix de leurs services et leurs produits ?
SERGE PAPIN
L'inflation qui est prévue par l'INSEE est à 2,7% à la fin de l'année. Pour l'instant, on est à 2,4 %. On va voir, bien sûr, tenir compte de cette inflation, de l'augmentation du prix du carburant, des prix de l'énergie. Donc on va voir comment ça va se passer derrière. Ce qu'ils ont envie, les petits patrons comme vous dites, ou les artisans... Je pense aux artisans, notamment aux PME, aux TPE, c'est que la consommation reprenne. Et là, on a des signes de confiance avec la fin de cette crise, où on sent que la reprise est en route, on sent que c'est la fin de l'attentisme. Et c'est cela surtout qui va être intéressant.
STEPHANE VERNAY
Donc la reprise de la consommation pour compenser l'augmentation de la masse salariale ?
SERGE PAPIN
Ce qui compte maintenant, c'est le développement du business, c'est le développement de l'activité.
STEPHANE VERNAY
Et ça ne passera pas nécessairement par une augmentation de leurs prix ?
SERGE PAPIN
Pour moi, il n'y a pas d'inflation. Si je prends le secteur que je connais bien, l'alimentaire, on n'a pas d'inflation en alimentaire attendue. Ils ont envie surtout de reprendre de l'activité. Il pourrait y avoir une antinomie entre des augmentations des prix et une augmentation de l'activité, non ? Je pense que là, maintenant, on est en train de tourner la page. Vous savez, il y avait des menaces d'augmentation sur certains prix de matériaux, par exemple. On va voir comment ça va se passer. Il n'y a plus de raison, il n'y a plus de raison aujourd'hui. C'est ça qui est intéressant. C'est pour ça que de nouveau, il faut qu'on ait confiance.
STEPHANE VERNAY
Et vous surveillez ça aussi ? Comme vous avez surveillé le prix de l'essence ?
SERGE PAPIN
Bien sûr, bien sûr qu'on va le surveiller de la même manière. On est très attentifs à s'il pouvait y avoir des effets d'aubaine de certains…
ORIANE MANCINI
Avec des sanctions éventuelles ?
SERGE PAPIN
Avec des sanctions éventuelles.
ORIANE MANCINI
Vous êtes assez optimiste, vous, sur le fait qu'on tourne la page, le retour de la confiance ? L'INSEE abaisse néanmoins ses prévisions de croissance pour les ménages frappés de plein fouet par cette crise : 0,7% au lieu de 0,9% prévu. C'est un peu plus optimiste que la Banque de France, mais quand même. Est-ce que l'onde de choc pour l'économie, elle va perdurer ? Est-ce que le Gouvernement prévoit des aides si ça dure pour les ménages en difficulté, pour les PME ?
SERGE PAPIN
Toutes les aides qui ont été prévues-là vont enjamber l'été.
ORIANE MANCINI
Mais c'est des aides pour les gros rouleurs, pour les secteurs en difficulté.
SERGE PAPIN
Il y a les aides aux activités et les aides ciblées. Elles vont toutes être pérennisées jusqu'à la rentrée.
ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous voyez que les PME subissent encore l'onde de choc de cette crise ? Est-ce que vous pourriez les aider ?
SERGE PAPIN
L'activité va repartir, c'est ce que je vous dis. La France est un pays saisonnier. On a, l'an dernier, quand on parlait de la croissance, à la même époque, on était sur 0,6%, les prévisions c'était 0,6%, et on a fini à 1% l'an dernier. Là, on a un été qui arrive, on est quand même le premier pays d'accueil de touristes dans le monde, avec plus de cent millions de touristes qui visitent le pays chaque année, y compris les Français qui vont cette année, d'ailleurs, beaucoup plus rester en France. Et donc attendons de voir ce qui va se passer d'ici la fin de l'année. Moi, je suis assez confiant parce qu'il y a un redémarrage de l'activité avec la saison touristique qui s'ouvre, qui est sous de bons augures, et on verra à la fin de l'année quelle sera la croissance. Je suis beaucoup plus optimiste.
ORIANE MANCINI
Vous êtes plus optimiste que l'INSEE et la Banque de France ?
SERGE PAPIN
Oui.
ORIANE MANCINI
Le 0,9%, ce n'est pas encore…
SERGE PAPIN
Non mais on est entre 0,5% et 0,7%. L'année dernière, non, mais l'année dernière à la même époque, c'était les mêmes prévisions et on a fini à 1%. Et comme je le dis, la France est un pays saisonnier. Donc regardons ce que va donner l'été et l'activité…
ORIANE MANCINI
Donc vous comptez sur le tourisme pour rebooster un peu tout ça.
SERGE PAPIN
Et le tourisme, ce n'est pas rien dans la hausse…
ORIANE MANCINI
Ce n'est pas rien du tout.
SERGE PAPIN
Ça a été un élément très important.
ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur le pouvoir d'achat, la question des tickets-restaurants, puisque ça, c'est quand même très concernant pour les gens qui nous regardent. Où en est le texte qui doit pérenniser leur utilisation dans les supermarchés et aussi les rendre utilisables le dimanche ?
SERGE PAPIN
Alors, j'avais dit qu'on déposerait donc un projet de loi pour ce qui concerne les tickets-restaurants. Donc, c'est fait. C'est le député Christophe Naegelen qui a déposé. Donc, ça y est. Donc, le Gouvernement soutiendra la pérennité de la mesure de liberté, puisque c'est une mesure de pouvoir d'achat.
ORIANE MANCINI
Au-delà de la fin de l'année.
SERGE PAPIN
Au-delà de la fin de l'année, pour que le modèle soit pérennisé. Donc, débat à venir. Et pour ce qui concerne l'utilisation du ticket-restaurant le dimanche, c'est du niveau réglementaire, et donc là, c'est par décret. Et donc, aussitôt que la loi sera votée, je passerai un décret pour qu'ils puissent être utilisés le dimanche.
ORIANE MANCINI
Mais pour les Français, ils peuvent espérer voir ça quand, à quelle échéance ?
SERGE PAPIN
D'ici la fin de l'année. Pour l'instant, le modèle, il est libre. Les salariés peuvent utiliser leurs tickets-restaurants soit dans les restaurants bien sûr, soit dans les traiteurs.
ORIANE MANCINI
Oui, mais là, c'est quoi ? En novembre, en décembre ?
SERGE PAPIN
Pour la grande distribution, c'est pour le mois de novembre, fin d'année. En fait, le deadline, c'est fin d'année.
ORIANE MANCINI
Pour la pérennisation. Mais en novembre 2026, les gens, le dimanche, pourront se servir de leurs tickets-restaurant.
SERGE PAPIN
À la rentrée, le débat aura lieu et on pourra continuer sur le même modèle, j'espère qu'aujourd'hui
ORIANE MANCINI
Sur la fast fashion.
STEPHANE VERNAY
Sur la fast fashion, le BHV Marais se sépare de Shein et le divorce est acté. À votre avis, la décision a été prise pourquoi ? Par conviction ? Vous les avez convaincus qu'il fallait arrêter parce que le bad buzz a fait beaucoup de tort à l'enseigne, ou parce que cette alliance ne pouvait pas marcher ? Qu'en pense le patron de magasin que vous avez été ?
SERGE PAPIN
Je pense que c'est une erreur stratégique. Je l'avais dit d'entrée, parce qu'on ne peut pas, comme ça…
STEPHANE VERNAY
Ce qui est reconnu par la direction de Shein.
SERGE PAPIN
Et d'ailleurs, je suis heureux de cette décision qu'il y ait une séparation du BHV avec Shein. C'est une sage décision qui a été prise. Et je suis d'autant plus heureux que ce sont les salariés derrière, avec le directeur général et d'autres salariés, qui vont reprendre. Et moi, je vais vraiment les aider et les encourager de ce côté-là.
ORIANE MANCINI
Pour l'instant, moi, si j'ai bien compris, la dénonciation de l'accord ou l'arrêt de la coopération, c'est entre le BHV Marais et Parly 2. Il y a cinq autres BHV en province qui ont des magasins Shein.
SERGE PAPIN
Alors, j'ai rencontré Monsieur Merlin pour avoir une bonne connaissance des choses. Donc, le patron du BHV, il a cédé là, aux salariés, le BHV Marais. Donc ils vont être dans la continuité, ils vont retrouver le concept originel, beaucoup sur l'équipement de la maison et la quincaillerie aussi, qui était vraiment un savoir-faire. Pour ce qui concerne le BHV dans les provinces, dans les régions, ça continue et donc ça reste dans le périmètre de Monsieur Merlin. Et ils vont continuer sur le concept de grand magasin, sans Shein aussi, bien sûr, ils vont continuer leurs activités et ils veulent même, m'ont-ils dit, la développer. Donc, pas d'inquiétude à avoir sur ces commerces dans des métropoles de province où c'est quand même un grand magasin structurant pour le commerce de centre-ville.
ORIANE MANCINI
Hier, les députés et les sénateurs ont trouvé un accord sur la proposition de loi destinée à lutter et enrayer l'essor de cette fast fashion. Mais ne sont concernés que les géants de l'ultra fast fashion, Shein justement, Temu, pas des enseignes comme Zara ou comme Kiabi. Est-ce que finalement, on est sur un accord a minima ?
SERGE PAPIN
Je trouve que, d'abord, il faut saluer cet accord qui protège à la fois les commerçants français, les commerçants physiques, et protège aussi les consommateurs. Donc, en fait, ce qu'on veut, c'est qu'on cible les plateformes. C'est ciblé sur les plateformes chinoises justement, on ne va pas se tirer une balle dans le pied. Ce n'est donc pas pour pénaliser les commerçants français.
ORIANE MANCINI
C'est ce que voulait le Sénat.
SERGE PAPIN
C'est ce que voulait le Sénat, exactement. Donc, il y a des critères qui sont assortis à cette loi. Donc les critères, c'est l'offre, le nombre de références. Il faut savoir, par exemple, que Shein, c'est 6 à 7 000 références par jour qui sont proposées. Donc il y aura ça. Et puis il y a un autre critère, c'est le critère de réparabilité. Et donc quand on conjugue ces deux critères, ça donne un coefficient, c'est un peu technique, et ce coefficient, il va de 0,8 à 1,6, je crois, pour être un peu technique. Et donc tout ce qui va être en dessous de ce coefficient va être pénalisé par un malus, et tout ce qui va être au-dessus... Et donc là, c'est plutôt des plateformes Chinoises...
ORIANE MANCINI
Vous dites ça vise à protéger le consommateur. Vous n'avez pas peur que ce soit le consommateur qui paye ce malus ?
SERGE PAPIN
Écoutez, les produits venant de Chine sont des produits qui, la plupart du temps, ne respectent pas notre Code de la consommation. Ce sont des produits qui ont subi... qui font du dumping.
ORIANE MANCINI
Est-ce que la taxe finale sera payée par les consommateurs ?
SERGE PAPIN
Non, là, elle sera payée par Shein.
ORIANE MANCINI
Et qui vont le répercuter sur les prix au consommateur.
SERGE PAPIN
On verra. Mais vous savez, aujourd'hui, c'est 600 avions qui viennent tous les soirs en Europe livrer les produits. Donc avec tous les problèmes que ça génère sur l'environnement, on est saturé dans les dépôts de recyclage de ces produits qui sont des produits jetables. Donc il y a un coût pour nos infrastructures, il y a un coût pour la société, donc c'est normal que ces plateformes payent, ces produits qui sont la plupart du temps, qui ne respectent pas notre Code de la consommation, qui sont des produits jetables.
ORIANE MANCINI
Et c'est à l'État qui doit définir les modalités de pénalités de ces produits. Est-ce que vous savez déjà de quelle manière vous allez opérer et quelles vont être les pénalités, concrètement ?
SERGE PAPIN
Les pénalités, c'est ce que je disais, c'est un malus. On est en train de travailler sur les critères.
ORIANE MANCINI
Vous avez un montant... Ce sera quoi ? Ce sera par produit, ce sera quelque chose de global ?
SERGE PAPIN
C'est par produit. Ça ira, suivant le prix du produit, entre vingt centimes et six euros, ce n'est pas rien. Et donc on va voir...
ORIANE MANCINI
Par produit ?
SERGE PAPIN
On a fait un petit calcul sur Shein, qui, quand le malus sera appliqué par rapport à son chiffre d'affaires qu'il fait dans notre pays sur les produits textiles de l'ultra mode express, ça serait cent millions d'euros. Ce n'est quand même pas rien.
ORIANE MANCINI
Par an ?
SERGE PAPIN
Par an, oui.
ORIANE MANCINI
Juste, est-ce que c'est vraiment... parce qu'il y a eu beaucoup de discussions, ça a traîné entre l'adoption du texte, la CMP, parce qu'il y avait des questions de droit européen... là, ce qui a été l'accord trouvé hier, il est conforme au droit européen ?
SERGE PAPIN
Oui. Et pourquoi ça a traîné ? Je vais vous dire, parce qu'on ne voulait pas pénaliser... Bien sûr, c'était contre… On ne va pas se tirer une balle dans le pied, donc c'était pour lutter contre les plateformes chinoises, et on ne voulait pas pénaliser bien sûr les commerces français. Donc c'est pour ça qu'il a fallu trouver les bonnes mesures de critères. C'est fait.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juin 2026