Texte intégral
HADRIEN BECT
Jean-Noël Barrot, bonjour.
JEAN-NOËL BARROT
Bonjour.
HADRIEN BECT
Et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On a beaucoup de sujets à aborder avec vous : l'Ukraine, le Liban, le protocole d'accord signé par Donald Trump à Versailles, mercredi soir. Vous y étiez d'ailleurs. Mais d'abord, la suite de ce protocole d'accord, ce sont ces négociations qui devaient être entamées en Suisse aujourd'hui. Deuxième phase, donc, de 60 jours. Des négociations qui ont été reportées. On l'a appris il y a un peu plus d'une heure maintenant. Est-ce que c'est un faux départ, entre Iran et États-Unis dans ces nouvelles négociations, qui est, à vos yeux, inquiétant ce matin ?
JEAN-NOËL BARROT
Je ne crois pas. Le plus dur reste à faire, bien sûr. Mais cette réunion en Suisse avait perdu une partie de son intérêt, dans la mesure où l'accord a été signé à Versailles, il y a 48 heures, 36 heures. Ce qui est essentiel désormais, c'est que les discussions, y compris au niveau technique, puissent se poursuivre pour que les premières étapes qui sont prévues par cet accord puissent être activées : la libération ou la réouverture du détroit d'Ormuz, le passage des navires, la cessation des hostilités sur tous les fronts. C'est dans ce contexte-là, une fois qu'un peu de stabilité sera revenu, que les négociations sur le programme nucléaire, notamment, pourront s'engager.
MYRIAM ENCAOUA
Mais les Américains voulaient aller très vite, hein.
HADRIEN BECT
Voilà, 60 jours. Il ne faut quand même pas perdre son temps.
JEAN-NOËL BARROT
Non, mais vous le savez, des discussions ont d'ores et déjà eu lieu, au Qatar, notamment, entre les experts des deux parties pour commencer à avancer sur tous ces sujets. Mais en particulier ceux qui sont prévus dès le début de l'accord, à savoir l'ouverture du détroit d'Ormuz et la cessation des hostilités.
MYRIAM ENCOUA
On va revenir sur ces deux sujets, mais JD Vance, le vice-président américain, qui annule sa venue, comment vous l'interprétez ? Est-ce que c'est le Liban qui pose problème ?
JEAN-NOËL BARROT
Je vous le redis : JD Vance, qui est le vice-président des États-Unis, et monsier Ghalibaf, qui est le président du Parlement iranien, devaient se retrouver en Suisse aujourd'hui, principalement pour signer un accord, qui a été signé il y a 36 heures, à un niveau plus élevé, puisque ce sont les deux présidents qui l'ont fait. Je le redis : le plus dur reste à faire. Mais ne surinterprétons pas des reports de réunion dans la mesure où cet accord a été signé.
MYRIAM ENCOUA
Où sont les concessions iraniennes dans cet accord ? Emmanuel Macron parle d'un bon accord, mais ces concessions ne sautent pas aux yeux. Rien sur le balistique. Pour l'instant, rien de concret sur le nucléaire, rien sur le renoncement à un péage dans le détroit d'Ormuz. Les sanctions levées, les avoir désolées.
JEAN-NOËL BARROT
Il faut d'abord dire une chose : c'est qu'il n'y avait pas de bonnes alternatives à la signature de cet accord. Si cet accord n'est pas signé, s'il n'est pas mis en oeuvre, eh bien, c'est la poursuite du blocage du détroit d'Ormuz, avec l'impact que ça a sur le prix des carburants dans nos vies quotidiennes. Et puis c'est le risque d'une escalade qui se poursuit et qui s'aggrave dans la région, avec toutes les conséquences que cela peut avoir.
MYRIAM ENCOUA
Mais en quoi la situation est meilleure qu'avant la guerre ?
JEAN-NOËL BARROT
Mais pardonnez-moi, nous n'avons pas approuvé cette guerre. Nous n'avons jamais dit qu'elle était une bonne idée, parce que ses buts étaient imprécisément définis, et parce qu'elle était conduite en dehors du droit international. C'est pourquoi nous n'avons pas pris part à cette guerre et que nous l'avons désapprouvée. Mais nous avons dit, et nous avons répété, que la seule manière de faire en sorte que la paix, la stabilité reviennent dans cette région, et que nous n'ayons pas à payer le prix de l'instabilité qu'on y observe depuis de nombreuses années, c'est que d'une manière ou d'une autre, le régime iranien puisse se résoudre à des concessions majeures. Un changement radical de posture. Qu'il cesse d'opprimer son peuple, bien sûr, mais de représenter, pour sa région et au-delà, une menace constante.
HADRIEN BECT
Mais justement, Jean-Noël Barrot, quand vous voyez que Donald Trump se range à l'idée que finalement, après tout, l'Iran pourrait avoir des missiles balistiques, parce que, dit-il : " D'autres pays en ont dans la région. Donc, ce serait injuste que l'Iran n'en ait pas ". Est-ce que, pour la France, ce serait injuste que l'Iran n'en ait pas ?
JEAN-NOËL BARROT
Pour que l'Iran et son régime cessent d'être une source de déstabilisation, une menace pour son environnement, il est essentiel que soit traité non seulement le programme nucléaire, des restrictions très strictes qui doivent lui être imposées, mais aussi son programme de missiles, qui menace non seulement la région, mais pour les missiles de plus longue portée, eh bien, le continent européen. Et puis également, le soutien que ce régime apporte depuis bien trop longtemps à des groupes terroristes qui déstabilisent la région, on les connaît bien : le Hamas, le Hezbollah, les Houthis. Sans que ces problèmes ne soient réglés, eh bien, malheureusement, accord ou pas accord, négociation ou pas négociation, Suisse ou pas Suisse, si vous voulez, eh bien, l'instabilité perdura. Et c'est dans cet esprit-là que la France contribuera à l'effort conduisant, je l'espère, à ce que l'Iran, qui est un grand pays et un grand peuple, puisse vivre de manière pacifique avec son environnement, et que le peuple iranien puisse construire librement son avenir.
MYRIAM ENCOUA
Les problèmes ne sont pas réglés. Ce matin, quatre morts au sud Liban. Les affrontements se poursuivent entre Israël et le Hezbollah. Donald Trump met la pression. Que peut faire la France, très concrètement ? A-t-elle les moyens d'intervenir pour rétablir la situation ?
JEAN-NOËL BARROT
D'abord, vous le savez, le premier principe édicté par cet accord trouvé entre les États-Unis et l'Iran, c'est la cessation des hostilités sur tous les fronts, et notamment sur le Liban, qui a été entraîné par le Hezbollah le 2 mars dernier.
HADRIEN BECT
Donc, ça ne fonctionne pas, de toute évidence. 16 morts civils, ce matin, côté libanais, je le précise.
JEAN-NOËL BARROT
Une nouvelle fois : c'est une guerre qu'ils n'avaient pas choisie. Les Libanais sont exaspérés. Ils ont payé un prix extrêmement lourd à ce conflit dont ils ne voulaient pas. Cet accord prévoit la cessation des hostilités. Le Gouvernement israélien doit le respecter. Et les États-Unis, en particulier, doivent exercer toute la pression nécessaire sur le Gouvernement israélien pour que ce soit le cas. De l'autre côté, évidemment, le Hezbollah, qui est entré dans cette guerre instruit par l'Iran, et pour soutenir le régime iranien, doit lui aussi non seulement cesser toute hostilité, mais s'engager dans un processus de désarmement pour que les talibanais puisse disposer du monopole des armes et assurer la protection de l'intégralité de son territoire.
HADRIEN BECT
Et Jean-Noël Barrot, je rappelle simplement ce bilan qui nous parvient, que Myriam a commencé à évoquer : 4 morts, 4 soldats morts israéliens ce matin au Liban, et 16 morts côté libanais, effectivement, dans des frappes israéliennes. Donc, c'est bien la preuve que pour l'instant, ça ne fonctionne pas complètement.
JEAN-NOËL BARROT
J'appelle toutes les parties à respecter scrupuleusement les termes de l'accord. Vous m'avez demandé ce que la France va faire. Eh bien, nous nous tenons à côté du peuple libanais, à côté de son Président, de son Premier ministre, qui était présent à Paris hier, avec lequel nous sommes entretenus, pour être à leur écoute et leur apporter tout le soutien nécessaire, notamment pour renforcer l'armée libanaise, qui doit pouvoir reprendre pleinement possession de l'ensemble du territoire et disposer de tous les moyens.
HADRIEN BECT
D'un mot là-dessus, pardon, Jean-Noël Barrot, la FINUL, donc cette force des Nations Unies dans laquelle la France est partie prenante depuis des années, s'arrête à la fin de l'année. Emmanuel Macron avait dit : " Voilà, on va continuer à être présent d'une manière ou d'une autre ". Est-ce qu'on sait aujourd'hui un petit peu comment ? On va garder des soldats français au Liban, même après la FINUL ?
JEAN-NOËL BARROT
Nous sommes prêts à le faire. Mais c'est évidemment en fonction de ce que seront les attentes des autorités libanaises. On ne va pas décider à leur place. Sans attendre que cette reconfiguration de la présence internationale au Liban soit actée, nous voulons tenir cette conférence internationale, qui était prévue, vous vous souvenez, le 5 mars dernier, qui a dû être reportée à cause de la guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l'Iran. Nous voulons la tenir, parce que c'est le moment, justement, alors que le Liban et Israël ont engagé des discussions au plus haut niveau, ce qui est historique, ce qui ne s'était jamais produit dans des décennies, c'est le moment de renforcer l'état libanais.
MYRIAM ENCOUA
Sauf que pour l'instant, les discussions ont vraiment balbutié, et il n'y a rien dans l'accord, ou dans le protocole d'accord, sur la fin du soutien iranien à ses proxys, et donc au Hezbollah libanais.
JEAN-NOËL BARROT
Ce n'est pas tout à fait vrai.
MYRIAM ENCOUA
Si on veut désarmer le Hezbollah, mais qu'il continue à être financé, on ne voit pas comment c'est possible.
JEAN-NOËL BARROT
Ce n'est pas tout à fait vrai, puisque le premier paragraphe du protocole d'accord prévoit, je le disais, la cessation des hostilités, y compris au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être garanties. Ce qui signifie quoi ? Ce qui signifie retrait d'Israël, c'est l'intégrité territoriale ; et ce qui signifie désarmement du Hezbollah, c'est la souveraineté du Liban.
HADRIEN BECT
Alors, dans cet accord et la suite, d'ailleurs, de cet accord, ça va être les, vous avez commencé à l'évoquer, les discussions sur la question nucléaire. Emmanuel Macron a dit hier soir sur France 2 que la France serait associée d'une certaine manière à ces négociations. Comment ? De quelle façon ?
JEAN-NOËL BARROT
La France sera associée inévitablement. Pourquoi ? Parce que comme ça a été le cas il y a 10 ans, lorsqu'un accord sur le nucléaire iranien a été négocié, eh bien, les concessions radicales que nous attendons de l'Iran seront obtenues en contrepartie de levées des sanctions que nous avons prises à l'encontre de l'Iran.
HADRIEN BECT
Concessions radicales, dites-vous ?
JEAN-NOËL BARROT
Bien sûr.
HADRIEN BECT
Est-ce que ça veut dire que les Iraniens proposent par exemple la dilution de leur stock d'uranium, alors, on n'a pas bien compris, c'était plutôt sur leur sol, certains disent, hors d'Iran, est-ce que ça, c'est une concession radicale pour la France ?
JEAN-NOËL BARROT
Si je dois résumer ce que nous avons fait il y a 10 ans, ce que nous avons réussi à faire : c'est imposer à l'Iran, non seulement de réduire à la portion congrue son stock d'uranium, mais c'est aussi de limiter très strictement les capacités d'enrichissement dont disposait le régime iranien.
HADRIEN BECT
C'est probablement un peu limité, d'ores et déjà.
JEAN-NOËL BARROT
C'est, par ailleurs, des obligations de vérification très strictes qui étaient imposées. Je dis cela pourquoi ? Parce que la contrepartie de ces concessions radicales, qui vont être demandées à nouveau à l'Iran, ce sont des levées de sanctions. Des levées de sanctions qui ont été prises par les Nations Unies. La France est membre permanent des Nations Unies. Il faudra donc que la France, comme il y a 10 ans, puisse donner son assentiment, son accord, pour que les sanctions soient levées.
MYRIAM ENCOUA
Mais elle n'est pas partie prenante, la France, à ce traité.
JEAN-NOËL BARROT
Mais je viens de vous répondre.
MYRIAM ENCOUA
En 2015, la France était partie prenante. C'est quand même un recul.
JEAN-NOËL BARROT
Je viens de vous répondre. Il n'y a pas de levée des sanctions des Nations Unies contre l'Iran sans l'accord de la France.
MYRIAM ENCOUA
On va parler du détroit d'Ormuz dans un instant, mais d'abord…
HADRIEN BECT
Exactement, on va passer à l'info en une minute, si vous le voulez bien, Myriam. Le détroit d'Ormuz, c'est juste après. On parlera également de l'Ukraine.
(...)
MYRIAM ENCOUA
Toujours en compagnie de Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères. Avec cet accord, le détroit d'Ormuz doit rouvrir sous 30 jours. Un navire français est passé, d'ailleurs, hier pour la première fois, mais les centaines de bateaux sont toujours bloqués. La France a mis en place une mission pour sécuriser ce détroit. Est-ce qu'elle est toujours d'actualité ? Est-ce que la France va l'assurer ?
JEAN-NOËL BARROT
Elle est prête à être déployée très rapidement, mais vous le savez, dans un contexte particulier, avec le retour du calme, dans une logique purement défensive et de manière indépendante des parties au conflit. Et donc, puisque nous sommes l'un des rares pays du monde à pouvoir parler, à pouvoir échanger avec les deux parties au conflit, nous avons indiqué clairement quelles étaient les intentions de cette mission et nous nous sommes mis en situation de la déployer.
MYRIAM ENCAOUA
Donc on est prêt, mais est-ce que Donald Trump a besoin de nous ? Il a l'air d'avoir changé d'avis là-dessus.
JEAN-NOËL BARROT
Le protocole prévoit que les États-Unis, le protocole d'accord, que les États-Unis lèvent leur blocus sur les ports iraniens, que l'Iran fasse un travail rapide pour libérer les voies de circulation. Maintenant, l'histoire et l'expérience nous instruisent que la restauration du trafic après une période de fortes tensions et d'hostilité suppose qu'un certain nombre de conditions soient réunies.
MYRIAM ENCAOUA
Des minages ?
JEAN-NOËL BARROT
Oui, des minages, escorte de navires.
MYRIAM ENCAOUA
Concrètement pour que nos téléspectateurs, nos éditeurs comprennent bien, Qu'est-ce qu'on peut faire ? Qu'est-ce qu'on va faire si c'est le cas ?
JEAN-NOËL BARROT
C'est très simple. Vous savez, il y a d'autres détroits dans le monde qui ont été marqués par des tensions très fortes ces dernières années. Et c'est en particulier vrai en Mer Rouge, pas très loin du Golfe Persique, où les attaques des outils ont créé un niveau de tension et de risque qui décourageait en quelque sorte la circulation des navires. Qu'est-ce qu'on a fait ? Eh bien, on a installé une mission européenne sur place qui, en quelque sorte, par sa présence, dissuade les attaques et permet de créer, je dirais, le niveau de confort nécessaire, le niveau de réassurance nécessaire pour que les navires circulent.
MYRIAM ENCAOUA
Donc là, le porte-avions s'approcherait avec les frégates ?
JEAN-NOËL BARROT
Et donc tout cela, on sait le faire, on l'a déjà fait ailleurs. Et on a dit qu'on était prêts à le faire rapidement parce qu'il y a quelque chose qui nous importe, c'est que les prix des carburants puissent baisser.
MYRIAM ENCAOUA
En combien de temps, d'ailleurs, le retour à la normale ?
JEAN-NOËL BARROT
Et que la facture pour les Françaises et les Français, pour les Européens, puisse baisser.
MYRIAM ENCAOUA
Un mois, deux mois, pour les prix à la pompe ?
JEAN-NOËL BARROT
Alors, je ne vais pas me laisser aller à des hypothèses ou des prédictions. Ce que je dis, c'est que nous ne sommes pas contentés d'être...
HADRIEN BECT
Vous pourriez avoir une hypothèse, pardonnez-moi, sur le moment où le détroit d'Ormuz sera potentiellement navigable, un petit peu comme il avait pu l'être avant la guerre.
JEAN-NOËL BARROT
Je vous dis que l'accord prévoit qu'au bout de 30 jours, les choses reviennent à la normale. L'histoire nous instruit qu'il peut se produire des choses inattendues. Et c'est pourquoi, plutôt que d'être spectateur et commentateur, le Président de la République, son homologue britannique, ont décidé, sans attendre la fin des hostilités, de préparer cette mission. Elle est prête, elle est à disposition.
HADRIEN BECT
Alors, 30 jours pour un retour à la normale, mais qu'en sera-t-il au bout de 60 jours ? Puisque l'Iran ne semble pas avoir renoncé à l'idée d'un péage, en tout cas de frais de service pour que les bateaux puissent passer dans le détroit. Comment la France apprécie ça ? Et si Donald Trump laissait faire ?
JEAN-NOËL BARROT
La France est naturellement opposée à toute forme de péage, de blocage ou de chantage de ce Détroit, d'autres Détroits, quelles que soient les circonstances et quels qu'en soient les auteurs. Parce que nous, nous sommes dotés de règles, c'est ce qu'on appelle le droit de la mer. Ce sont des règles qui s'appliquent à tous les pays du monde, et qui ont décidé qu'il n'y aurait pas d'entrave dans les eaux internationales, et les Détroits sont considérés comme des eaux internationales.
HADRIEN BECT
Mais si ça arrive, on fait quoi ? On dira, on n'est pas d'accord ?
MYRIAM ENCAOUA
On peut voter contre, la France peut voter contre au Conseil de sécurité, puisque c'est un vote qui doit entériner cet accord.
JEAN-NOËL BARROT
Ce serait contraire au droit international, et ça appellerait, à mon sens, un certain nombre de conséquences.
HADRIEN BECT
Peut-être de sanctions, de réactions, parce que simplement dire qu'on n'est pas d'accord, bon, oui, c'est très bien, mais le droit international, tout le monde ne le respecte pas.
JEAN-NOËL BARROT
Il y a quelques minutes, on parlait de cette négociation d'ensemble, qui doit permettre de traiter de l'ensemble des sujets, qui va aboutir - en tout cas c'est ce que souhaite le régime iranien - à des levées de sanctions des Nations Unies. Eh bien tout ça doit être respectueux de ce qu'on appelle le droit international, sinon il sera difficile de demander aux Nations Unies de faire des efforts, si par ailleurs, le droit dont elle est la gardienne…
HADRIEN BECT
On entend bien ce que vous nous dites ce matin, c'est que la France se réserve le droit de voter contre si les conditions que vous êtes en train d'énumérer, qu'Emmanuel Macron aussi a énumérées, ne sont pas réunies.
JEAN-NOËL BARROT
Nous avons un objectif, c'est d'obtenir de la part du régime iranien, ces concessions majeures, ce changement radical de posture. Et nous aurons notre mot à dire, puisque comme membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, nous serons nécessairement, étroitement associés à la résolution de cette crise.
MYRIAM ENCAOUA
Et la population iranienne ? C'est la grande sacrifiée.
JEAN-NOËL BARROT
C'est la grande perdante de cette guerre, prise entre la répression d'un côté et les bombardements de l'autre. Nous n'oublions pas les massacres du mois de janvier, quand les violences d'État se sont abattues de manière aveugle contre des manifestants pacifiques. Nous continuons de soutenir la société civile iranienne, et dans quelques semaines, nous ouvrirons d'ailleurs une plateforme pour permettre aux artistes, notamment artistes en exil, de pouvoir s'exprimer pleinement, et à travers eux, la voix du peuple iranien. Indépendamment de toute considération politique, l'Iran est avant toute chose un grand peuple, et nous faisons la différence entre le régime iranien et l'Iran.
HADRIEN BECT
Il faut, Jean-Noël Barrot, que nous parlions également de l'Ukraine, évidemment, ce matin. C'était d'ailleurs l'un des sujets au coeur du G7 à Evian, avec ces images qui ont frappé, images de Moscou, de cette raffinerie en flammes. Elle est aux portes de Moscou, à une trentaine de kilomètres de la capitale russe. Et c'est vrai qu'il y a ce sentiment, avec le fait que l'Ukraine a repris un petit peu de terrain aussi, du terrain conquis par la Russie, que le rapport de force n'a pas été en train de s'inverser, mais en tout cas peut-être en train d'être plus favorable aux Ukrainiens. Est-ce qu'à défaut de la gagner, Vladimir Poutine n'est-il pas en train potentiellement de perdre cette guerre ?
JEAN-NOËL BARROT
Mais il l'a déjà perdue. Il l'a déjà perdue. Il voulait faire tomber l'Ukraine en trois jours, et nous sommes quatre ans plus tard.
HADRIEN BECT
On pourrait nous dire qu'une guerre longue, ça existe.
JEAN-NOËL BARROT
Il échoue sur le front, il perd du terrain sur le front. Il perd 35 000 hommes par mois sur le front. Et vous le voyez, l'Ukraine est en train de gagner la guerre des drones. Voyez la spectaculaire attaque qui a été conduite par les drones ukrainiens jusqu'à Moscou.
MYRIAM ENCAOUA
Donc l'Ukraine avance et résiste ?
JEAN-NOËL BARROT
L'Ukraine n'a aucune prétention territoriale en Russie. Quand j'entends des responsables politiques français…
MYRIAM ENCAOUA
Jean-Luc Mélenchon, justement.
JEAN-NOËL BARROT
Jean-Luc Mélenchon pour ne pas le citer, n'avoir pas un mot pour dénoncer les attaques constantes de Vladimir Poutine contre les populations civiles en Ukraine, contre les zones résidentielles, contre les infrastructures énergétiques, et s'inquiéter que la résistance ukrainienne valeureuse, courageuse, réplique et envoie un message clair à Moscou. Il n'y aura pas de calme possible, y compris en Russie, tant que la guerre coloniale et impérialiste de Vladimir Poutine se poursuivra. Je trouve que c'est irresponsable et, d'une certaine manière, les masques tombent.
Mélenchon a choisi son camp, et clairement ce n'est pas le camp de la résistance, c'est celui de l'oppression.
MYRIAM ENCAOUA
C'est-à-dire ? Il a choisi le camp de la Russie ? C'est ce que vous dites ?
JEAN-NOËL BARROT
De toute évidence, puisqu'il dénonce les frappes que les Ukrainiens ont réussi à porter en Russie jusqu'à Moscou, et il n'a pas un mot, par exemple, pour condamner avec la plus grande fermeté les attaques qui ont été conduites par la Russie, qui ont par exemple frappé la cathédrale de la Dormition, patrimoine mondial de l'UNESCO, qui équivaut, si on le regarde avec des yeux français, à une attaque que la Russie aurait conduite sur Notre-Dame ou sur Saint-Denis.
MYRIAM ENCAOUA
D'ailleurs, cette image a été montrée à Evian par Volodymyr Zelensky de la cathédrale à Donald Trump. Je précise pour nos auditeurs que Jean-Luc Mélenchon a dit hier soir sur France 2 qu'il considérait que l'Ukraine ne pouvait pas gagner cette guerre.
JEAN-NOËL BARROT
De fait, la Russie a échoué sur tous les fronts.
MYRIAM ENCAOUA
Est-ce que Donald Trump, lui, a changé de camp cette fois ? Est-ce qu'il a vraiment changé à Evian, comme le dit Emmanuel Macron, sur l'Ukraine ?
JEAN-NOËL BARROT
Ce qui est certain, et ce qu'on retiendra de ce G7 assez exceptionnel, c'est un grand millésime, c'est un millésime français.
HADRIEN BECT
On dit un petit peu la même chose à chaque fois, non ?
JEAN-NOËL BARROT
Non, parce que vous voyez… Regardez les dernières éditions du G7.
HADRIEN BECT
Le G7 de Biarritz, on n'avait pas dit ça ?
JEAN-NOËL BARROT
Comparez les résultats de ce G7 avec ceux des G7 immédiatement précédents et vous verrez la différence. Nous avons réussi à obtenir une déclaration commune des sept pays du G7 et de leurs partenaires sur des grandes crises comme l'Ukraine ou comme le Proche et le Moyen-Orient où nous ne parvenions plus, jusqu'à présent, à obtenir le consensus.
MYRIAM ENCAOUA
Mais vous croyez vraiment que Donald Trump va mettre la pression sur Poutine ?
JEAN-NOËL BARROT
Effectivement, il y a quelque chose qui s'est passé. C'est la reconnaissance par les États-Unis que le courage des Ukrainiens est en train de payer. C'est la reconnaissance du fait que les Européens n'ont pas faibli et qu'à aucun moment, ils n'ont baissé en quelque sorte la garde et faibli face aux intimidations du Kremlin. Et c'est la reconnaissance que la Russie est en échec. Sur le plan militaire, j'en parlais. Sur le plan économique, regardez l'état de l'économie russe.
HADRIEN BECT
Vous savez aussi, Jean-Noël Barrot, que Donald Trump peut varier et qu'il peut dire quelque chose le lundi, discuter avec Vladimir Poutine, et changer d'avis. Est-ce que vous croyez vraiment qu'il va, sur la durée, changer de braquet et qu'il peut mettre la pression sur le Président russe ?
JEAN-NOËL BARROT
Moi, vous savez, j'essaye de m'attacher à ce qui est entre mes mains, ce sur quoi je peux avoir un impact. Et nous, ce que nous faisons, c'est de soutenir l'Ukraine, c'est d'appliquer une pression grandissante sur la Russie et c'est de préparer la paix avec cette coalition des volontaires qui est prête à faire en sorte que la paix, une fois conclue, puisse être garantie. C'est ce à quoi nous nous attachons.
MYRIAM ENCAOUA
Mais vous arrivez à le suivre, franchement, Donald Trump ? Il est facile à gérer le Président américain ?
JEAN-NOËL BARROT
Il a une relation avec le Président de la République qui a permis des avancées considérables ces quelques derniers jours.
MYRIAM ENCAOUA
D'ailleurs, un tout petit mot de coulisse sur Versailles. Vous étiez au dîner d'État au château avec le Président américain. Est-il vrai que tout a été improvisé, cette signature, à la dernière minute ? Vous avez même cherché une imprimante, je crois, auprès des Américains ?
JEAN-NOËL BARROT
Est-ce que la signature était prévue ? Non. Est-ce que nous l'avons trouvée … être bienvenus qu'elle puisse être accélérée, si je puis dire. La réponse est oui, puisque notre obsession, c'est de cesser de payer le prix de cette guerre que nous n'avons pas choisie. Pour le reste, Versailles est un haut lieu de la diplomatie française dans notre histoire. Plus récemment, vous savez qu'on a accueilli régulièrement ces sommets sur l'attractivité qu'on appelle " Choose France ". C'est un lieu qui se prête aux décisions diplomatiques.
MYRIAM ENCAOUA
Mais la France n'est pas en train, justement, de devenir ça, un pays qui facilite par ses écrins royaux, uniquement ?
JEAN-NOËL BARROT
Non, puisque lorsque nous accueillions, c'était il y a quelques semaines, ce sommet " Choose France ", ce n'est pas uniquement pour passer les plats. On a engrangé 93 milliards d'Euros d'investissements étrangers dans notre pays, qui depuis sept ans maintenant est le premier pays en Europe pour les investissements étrangers, champion d'Europe. Ça n'est pas simplement de la figuration.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2026