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Interview de Mme Marina Ferrari, ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, à France Inter le 23 juin 2026, sur l'augmentation des noyades en raison de la canicule, le renforcement de la surveillance des lieux de baignade en milieu naturel, le manque de piscines pour l'apprentissage de la natation à l'école et la pratique du sport en cas de forte chaleur.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Inter

Texte intégral

MATHILDE MUNOS
Quand il fait si chaud comme en ce moment, on a tellement envie de se baigner. Mais attention, pas n'importe quand et pas n'importe où. Gare aux noyades ! Treize personnes sont mortes au cours du week-end, selon la sécurité civile. Comment empêcher de tels drames ? Que peuvent faire les pouvoirs publics ? Je reçois ce matin la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Bonjour, Marina Ferrari.

MARINA FERRARI
Bonjour.

MATHILDE MUNOS
Alors ça, c'était vraiment le chiffre de la Sécurité Civile, 13 morts ce week-end. Depuis, vous, vous avez eu un autre décompte, si j'ose dire, qui prend compte les quatre jours depuis samedi jusqu'à hier.

MARINA FERRARI
En fait, nous avons un observatoire qui suit ces épisodes de noyades et qui nous permet d'avoir un niveau d'alerte plus important, qui nous fait état - je n'ai pas encore le chiffre consolidé - mais d'une vingtaine de décès donc depuis le début du week-end. C'est dire, si je viens ce matin rappeler les consignes de sécurité à respecter, parce que voilà, ce n'est pas anodin, par des épisodes de canicule comme ça, d'aller se baigner dans des zones, notamment, qui ne sont pas surveillées.

MATHILDE MUNOS
Quand le thermomètre s'emballe, c'est systématique, le nombre de noyades augmente lui aussi ?

MARINA FERRARI
Alors, c'est souvent corrélé, parce que c'est vrai qu'on comprend aussi, on a besoin de se rafraîchir, on a envie d'accéder à l'eau, mais voilà, il faut vraiment respecter les zones de baignade qui sont surveillées. C'est la première chose que je tiens à dire, parce qu'on voit, par exemple, des jeunes qui sont, vous le savez, dans des canaux. Donc il faut faire très attention au point où l'on va autour de l'eau.

MATHILDE MUNOS
Mais quand on se baigne dans des lieux naturels, parce que c'est majoritairement dans des lacs, des rivières, des étangs, plus que dans des piscines privées.

MARINA FERRARI
Oui, on oublie, malheureusement, souvent les règles de sécurité qui sont essentielles. Sur la côte atlantique, par exemple, vous avez vu que nous avons eu également des noyades, parce qu'on oublie qu'une baïne, c'est dangereux, on oublie les gestes essentiels, on oublie de rentrer progressivement dans l'eau aussi, quand le corps subit un tel choc thermique, il faut faire extrêmement attention.

MATHILDE MUNOS
Et il faut faire attention à l'alcool aussi, on ne se baigne pas quand on a bu ?

MARINA FERRARI
Il faut faire attention à l'alcool. Vous avez raison de le rappeler et merci pour cela. Alors, on voit quand même que, par exemple, sur la fête de la musique, on n'a pas eu à déplorer d'événements majeurs. Ça veut dire que les gens ont quand même été responsables par rapport à la prise d'alcool notamment, mais on sait que alcool et baignade, ça fait très mauvais ménage, oui.

MATHILDE MUNOS
Est-ce qu'il est possible de renforcer la surveillance des lieux de baignade en milieu naturel ? Parce que pendant l'été, il y en a beaucoup qui sont surveillés. On ne peut pas avancer avant les congés scolaires, là en ce moment, il fait très chaud, évidemment, tout le monde a envie de se baigner.

MARINA FERRARI
Alors, c'est déjà le cas, et je tiens d'ailleurs à souligner le rôle des collectivités, puisque vous savez que c'est le rôle des collectivités que d'installer les points de surveillance de baignade. C'est déjà le cas, notamment sur la côte atlantique, vous avez vu où dès le week-end dernier déjà, tout était mis en œuvre. Donc, je tiens à les remercier, parce que c'est aussi, pour elles, un engagement financier qui est important.

MATHILDE MUNOS
Mais que le week-end, pas la semaine ?

MARINA FERRARI
Alors, si, ça y est, c'est mis en œuvre. Et bien évidemment, l'État aussi renforce ses moyens d'action complémentaires pour pouvoir être au rendez-vous.

MATHILDE MUNOS
De quelle façon ?

MARINA FERRARI
Par exemple, vous avez vu qu'il y a déjà plusieurs semaines maintenant, la préfète de Gironde a pris notamment un arrêté préfectoral pour mobiliser davantage le SDIS, donc les services d'incendie et de secours, et puis les hélicoptères également, de la sécurité civile, pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible.

MATHILDE MUNOS
Mais il y a quand même beaucoup de municipalités qui expliquent qu'elles n'ont pas les moyens de former davantage de personnel. La fédération française des maîtres nageurs-sauveteurs dit qu'il en manque environ 5 000, et qu'il faut les former en urgence. Et cette fédération, elle dénonce l'indifférence des pouvoirs publics.

MARINA FERRARI
Alors, bien sûr qu'il y a un enjeu à former davantage de surveillants de baignade, c'est pour cela notamment que nous sommes en train de travailler pour que le brevet national de sauveteurs-secouristes soit refondu, pour permettre d'accentuer la possibilité de surveillance. C'est qu'il y a deux niveaux, et donc nous sommes en train de travailler pour adapter, pour que justement, des jeunes puissent de plus en plus…

MATHILDE MUNOS
Mais en urgence, là, on ne peut rien faire ?

MARINA FERRARI
Alors si, je vous dis, c'est déjà en train de se déployer, mais c'est vrai que partout sur le territoire, malheureusement, ce sont des métiers qui sont moins attractifs, c'est pour ça qu'on est en train de refondre également le diplôme, pour pouvoir en former davantage, et surtout plus jeunes, qu'ils puissent aussi aller sur des points de surveillance de baignade.

MATHILDE MUNOS
Et ça ne peut pas s'anticiper davantage, les canicules ? Il y en a quand même assez régulièrement. Ça fait quand même des années et des années qu'on sait qu'il manque de maîtres nageurs-sauveteurs.

MARINA FERRARI
Alors, nous y travaillons depuis de nombreuses années, il y a aussi une question d'attractivité de ces métiers sur lesquels nous travaillons beaucoup, comme les éducateurs sportifs…

MATHILDE MUNOS
Ce n'est pas assez payé, tout simplement.

MARINA FERRARI
Ce n'est pas que ce n'est pas assez payé, c'est que souvent aussi, ce sont des métiers qui sont assez temporaires, comme vous le savez. Donc, c'est pour ça qu'on s'adresse aussi à une cible beaucoup plus jeune. On travaille notamment au sein du ministère sur une plateforme de l'engagement des jeunes, pour mettre en avant ces métiers.

MATHILDE MUNOS
Alors, les noyades, évidemment, ça repose la question de l'apprentissage de la natation à l'école, et là, le problème, c'est qu'on n'a pas assez de piscines en France. 10 % des collèges n'ont pas accès à une piscine. À qui la faute ?

MARINA FERRARI
Alors, moi, je ne cherche pas à établir des fautes.

MATHILDE MUNOS
Alors, quelles solutions ?

MARINA FERRARI
Non, non, je ne me dédouane pas du tout. Mais une chose est certaine, c'est que nous avons aujourd'hui un problème d'entretien de nos piscines, notamment en milieu rural. Avec, je le dis, une inquiétude, qui est la mienne, de voir certains établissements aujourd'hui d'apprentissage de la natation qui ferment.

MATHILDE MUNOS
80 % des piscines ont plus de 25 ans.

MARINA FERRARI
Voilà. Les piscines sont âgées, et bien sûr, il y a des communes qui aujourd'hui ne sont plus en capacité d'entretenir ces équipements.

MATHILDE MUNOS
Et l'État peut prendre le relais ?

MARINA FERRARI
Alors, l'État, depuis de nombreuses années, de toute façon, est aux côtés des collectivités pour financer ces équipements. Je vous rappelle que, dans le cadre de la préparation des Jeux Olympiques de Paris, il y a eu un grand plan de 10 000 équipements sportifs, lesquels ont porté pour partie sur des piscines. Et donc, dans le cadre des réflexions que nous avons conduites et des orientations que j'ai demandées à l'Agence Nationale du Sport dans ses priorités d'investissement, j'ai demandé à ce que les piscines soient fléchées en priorité, notamment pour la rénovation de celles-ci, ou pour la création de bassins mobiles, puisque vous savez qu'aujourd'hui, les bassins mobiles sont des dispositifs qui se développent plus facilement, qui sont moins onéreux et qui permettent d'aller au plus proche des gens, notamment en zone rurale.

MATHILDE MUNOS
Donc, est-ce que vous avez, par exemple, un plan qui permet de dire, à telle date, en telle année, tous les collèges de France auront accès à une piscine ?

MARINA FERRARI
Alors, non, parce qu'aujourd'hui, si vous voulez, ça dépend de la zone géographique sur laquelle vous êtes. Les collèges, nous avons des dispositifs pour que les enfants apprennent à nager donc, c'est ce qui est fait avec l'Éducation Nationale.

MATHILDE MUNOS
N'oubliez pas que c'est partout ça.

MARINA FERRARI
Alors, si, en fait, vous prenez un bus, vous déplacez… Vous savez, je viens d'une zone rurale en Savoie, nos collégiens prennent le bus pour aller à la piscine. Et donc, que ce soit le Conseil Départemental, que ce soit l'Éducation Nationale, que ce soit le Ministère des Sports, nous mettons en œuvre des programmes et des financements pour que nos collégiens aillent apprendre à nager. Je vous rappelle qu'à la sortie de 6e, 83 % des collégiens aujourd'hui savent nager. Donc, c'est parce que nous continuons à investir. Deux plans, je le rappelle. Vous avez l'aisance aquatique pour les enfants en bas âge, pour apprendre, justement, à appréhender le milieu aquatique. Et puis, vous avez le savoir nager que nous continuons à maintenir sans arrêt et sur lequel nous continuons à mettre des financements.

MATHILDE MUNOS
Alors, au-delà de la natation, sport et chaleur, on sait que ça ne fait pas bon ménage. La natation, ça, ça fait du bien quand on est dans l'eau, mais de manière générale, sport et chaleur, ça ne fait pas bon ménage. Quelle est la consigne de la Ministre des Sports que vous êtes ? Pas de sport sous la canicule ?

MARINA FERRARI
Alors, ce n'est pas "pas de sport sous la canicule", mais en tout cas, c'est d'adapter ses horaires. Voilà, on fait du sport très tôt quand il y a encore un peu d'air ou très tard le soir quand on en a la possibilité. On modère son effort, bien évidemment. On fait très attention aux signaux d'alerte. Je pense à une migraine qui se déclenche, par exemple. On boit beaucoup parce qu'on se déshydrate très, très rapidement. Donc voilà, et puis surtout, quand on n'est pas aguerri, on évite de pratiquer le sport.

MATHILDE MUNOS
Et les compétitions sportives, on les maintient ? Je pense notamment à la finale du Top 14 qui aura lieu samedi au Stade de France.

MARINA FERRARI
Alors, les compétitions sportives, quand on est en alerte rouge, beaucoup de compétitions sportives peuvent être annulées. Ça a été le cas ce week-end.

MATHILDE MUNOS
Doivent l'être selon vous ?

MARINA FERRARI
Alors, ce n'est pas "doivent l'être", on regarde au cas par cas en fonction du type d'intensité sportive qui est demandée aussi de la configuration de l'événement. Par exemple, vous avez la Fédération d'athlétisme qui a annulé plusieurs événements ce week-end, et je les remercie par précaution. Et puis vous avez aussi des mesures d'interdiction administrative qui ont été prononcées par des préfectures. 29, en l'occurrence, ce week-end, mesures qui ont été prises d'interdiction. Pour la finale du Top 14, ce sont des professionnels, comme vous le savez. Il y a des mesures qui sont prises, à la fois pour le public, parce qu'il faut penser au public. Donc, on rajoute des fontaines d'eau, on met des points d'ombrage pour que le public puisse se mettre à l'ombre, on rappelle les consignes. Pour les joueurs également, on les hydrate plus régulièrement. Et puis, bien évidemment, pour tout le staff, parce que tout ça, c'est une grosse machine où il y a également des choses qui sont mises en œuvre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juin 2026