Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à TF1 le 3 juillet 2026, sur les décès provoqués par la canicule, l'achat de climatiseurs pour les hôpitaux et les EHPAD et la proposition d'interdiction de vente de cigarettes aux personnes nées après 2009.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Stéphanie Rist.

STÉPHANIE RIST
Bonjour Adrien Gindre.

ADRIEN GINDRE
On va parler d'abord du nombre de morts provoquées par la canicule, ça fait l'objet de beaucoup de conjectures depuis ces dernières semaines. Mardi, à l'Assemblée, c'est même devenu un sujet politique. Alors, est-ce que vous avez enfin des chiffres fiables et précis sur les décès provoqués par la canicule de juin ?

STÉPHANIE RIST
Alors, Santé publique France va publier ce matin, en ce moment même où nous nous parlons, le chiffre d'essais pour la semaine du 22 au 28 juin, comparativement à la semaine d'avant, qui est de l'ordre de 2 025 décès supplémentaires. Ces chiffres de 2 025 décès supplémentaires concernent environ 60 % des certificats de décès, vous savez, c'est les certificats électroniques. Il y a des certificats papiers de décès qui ne sont pas encore consolidés.

ADRIEN GINDRE
Donc ces chiffres peuvent encore évoluer à la hausse ?

STÉPHANIE RIST
Ils vont évoluer de façon certaine, puisque ce n'est pas 100 % des certificats de décès. Donc ils vont évoluer et Santé publique France, dans les trois semaines, publiera des chiffres consolidés de la surmortalité de la semaine précédente avec les fortes chaleurs.

ADRIEN GINDRE
Mais est-ce que ça veut dire qu'on peut encore atteindre, malheureusement, le chiffre des 10 000 morts qui a été évoqué et qui a fait l'objet de tant de débats ?

STEPhANIE RIST
Ecoutez, ce chiffre ne sort pas de modélisation scientifique ou d'études scientifiques. Moi, ce que je peux dire, c'est les données de Santé publique France, indépendantes scientifiquement, et qui expriment, publient en toute transparence ce qu'on avait dit et ce que j'avais dit que nous ferons, c'est-à-dire il y a 2 025. Vous savez, derrière chacun de ces décès, ce sont des familles qui sont tristes et c'est plutôt à elles que je pense aujourd'hui.

ADRIEN GINDRE
Puisque vous précisez qu'on n'a pas encore toutes les remontées, si l'on extrapole et si on va au bout de cette logique que la mortalité s'est malheureusement répandue de la même manière, on peut arriver à quel chiffre, si ce n'est pas 10 000, l'ordre de grandeur en tout cas ?

STÉPHANIE RIST
Ce qui est très important, c'est que dans ces 2 025 décès, quand on analyse, c'est qu'on trouve une augmentation de 91 % de décès à domicile par rapport à la semaine précédente. C'est-à-dire que nous avons collectivement - j'ai eu l'occasion de le dire et je le répète - nous avons collectivement un effort très important à faire pour ces personnes qui sont seules, qui sont isolées à domicile. L'augmentation sur les chiffres de Santé publique France publiés ce matin montre cette importance de la solitude dans des moments comme cela.

ADRIEN GINDRE
C'est la particularité de cette canicule-ci ?

STÉPHANIE RIST
Alors, il y avait aussi des morts à domicile dans les autres canicules. Cette fois-ci, ce qu'on voit, c'est que par exemple dans les EHPAD, et c'est pour cela qu'il n'est pas comparable avec l'épisode de 2003, et que j'espère nous ne serons évidemment pas à ces chiffres-là, puisqu'on voit bien que dans les EHPAD, le fait que les soignants soient formés, sensibilisés, qu'il y ait eu des pièces rafraîchies, que toutes les EHPAD soient plus adaptées, montre qu'on n'a pas cette augmentation dans les EHPAD. Donc on a encore un effort à faire chez les personnes isolées.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, sur ces 2025 décès supplémentaires, est-ce que vous pouvez nous donner des indications sur l'âge de ces personnes ? Est-ce que ce sont principalement des personnes âgées, voire très âgées ?

STÉPHANIE RIST
Je n'ai malheureusement pas le détail des classes d'âge. Ce que je sais, c'est qu'il y a une augmentation nette chez les plus de 45 ans, ce qui ne veut pas dire grand-chose. En tout cas, on ne voit pas chez les jeunes ou enfants, mais je n'ai que cette distinction aujourd'hui. Dans les semaines qui viennent, Santé publique France continue son analyse de l'ensemble de ces décès et donnera ces chiffres que vous demandez aujourd'hui.

ADRIEN GINDRE
Dès hier, dans les pistes d'amélioration possible, le Premier ministre a évoqué, je le cite, des centres de mise en protection des personnes fragiles. Vous parliez à l'instant des morts à domicile. Est-ce que ces centres-là doivent répondre à cette problématique-là ? Est-ce que ça veut dire qu'on devrait demain imaginer que des personnes quittent leur domicile pour aller ailleurs ?

STÉPHANIE RIST
Alors, vous savez, pour le système hospitalier, nous sommes en niveau 3 Orsan et nous continuons à l'être. Nous restons vigilants si jamais des températures pendant l'été doivent être encore extrêmes.

ADRIEN GINDRE
Jusqu'à nouvel ordre, ça veut dire ? Orsan 3 ?

STÉPHANIE RIST
En tout cas, jusqu'à nouvel ordre, il est poursuivi. C'est ce que nous avons décidé hier à la CIC, à la cellule de crise. Et dans cette cellule de crise, ces derniers jours, le Premier ministre nous avait demandé de travailler un plan renouvelé Orsec, qui est un plan à la main des préfectures, qui permettra de répondre à d'éventuelles hautes vagues extrêmes de chaleur et notamment de répondre à ces personnes isolées. Vous savez que les collectivités, les communes ont des registres sur lesquels, je le redis ici, il est encore temps, évidemment, de s'inscrire. Si vous êtes une personne isolée, appelez votre mairie, inscrivez-vous sur ce registre parce que ça sera une façon de vous protéger. Et l'État travaille à ce plan qui permettra de pouvoir accueillir ces personnes isolées si elles le souhaitent, si des nouvelles chaleurs revenaient comme ça.

ADRIEN GINDRE
Là, par exemple, j'aimerais bien qu'on vous parle à moyen terme, ou y compris dès les prochains jours, s'il y a bel et bien une canicule qui revient ce week-end, la semaine prochaine, la semaine d'après.

STÉPHANIE RIST
Comme nous l'avons fait depuis le mois de mai et depuis le début des chaleurs, nous travaillons à adapter et à proposer des améliorations. J'aurai des propositions d'amélioration, notamment pour la qualité de vie des soignants pendant ces vagues de chaleur à faire. Et de la même façon, nous travaillons à un plan qui permettra de mettre à l'abri des personnes isolées qui ne le sont pas chez elles, qui ne sont pas assez protégées chez elles parce qu'elles sont seules et parce qu'il fait trop chaud chez elles.

ADRIEN GINDRE
Je voudrais également évoquer avec vous la question des climatiseurs. Le Premier ministre avait annoncé 30 000 climatiseurs pour les hôpitaux. Hier, il dit 6 000 climatiseurs et 7 000 ventilateurs sont en cours de livraison. Alors, éclairez-nous. Ça veut dire qu'au moment où l'on se parle, combien sont déjà effectivement en action et combien vont arriver dans les prochains jours ou prochaines semaines ?

STÉPHANIE RIST
Ce qu'a fait le Gouvernement, j'ai pu débloquer une enveloppe de 100 millions d'Euros pour permettre aux directeurs des hôpitaux et des EHPAD de commander et d'acheter des climatiseurs. On a, en parallèle, mobilisé les acheteurs publics, ces centrales d'achat des hôpitaux, des établissements, pour permettre d'obtenir... Vous savez qu'il y a une tension sur ce marché et donc ces acheteurs publics se sont mobilisés très rapidement et je les remercie parce que ça permet à ce que depuis quelques jours, et puis là, ça va se renforcer petit à petit, qu'on puisse avoir au moins dès la fin du week-end, dans les jours qui viennent, entre 6 000 et 10 000 climatiseurs qui vont arriver dans les établissements de santé. La demande des établissements est importante, mais je le rappelle, en fait, le Gouvernement juste débloque l'enveloppe pour permettre aux directeurs d'hôpitaux d'acheter leurs climatiseurs. Ce n'est pas le Gouvernement qui achète directement les climatiseurs.

ADRIEN GINDRE
Ça veut dire qu'eux aussi ont du mal à s'en procurer, si je comprends bien. C'est-à-dire que comme on voit nos concitoyens parfois faire la queue au magasin, c'est aussi compliqué pour vous, enfin pour vos établissements, d'en obtenir ?

STÉPHANIE RIST
Alors, parfois, on oublie que cette vague de chaleur, elle a touché la France, mais elle a touché beaucoup de pays européens qui sont dans la même situation, en fait, parce que quand on regarde, tout le monde s'adapte progressivement au changement climatique.

ADRIEN GINDRE
Donc la tension est générale.

STÉPHANIE RIST
Mais tous les autres pays, en Angleterre, ils ont eu d'énormes problèmes d'électricité pour les hôpitaux, par exemple, ce qu'on n'a pas heureusement eu. En Allemagne, ils ont aussi eu des difficultés sur la mortalité. Et donc, tous les pays essayent de la même façon que nous le faisons.

ADRIEN GINDRE
Un dernier mot, Stéphanie Rist, sur un autre sujet. Je voudrais aussi parler du tabac, parce qu'hier, un rapport de l'assurance maladie a plaidé pour interdire la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009. L'idée, c'est de faire une génération totalement sans tabac, pour des questions de santé et des questions budgétaires pour l'assurance maladie. Est-ce que vous soutenez cette idée ? Est-ce que vous seriez prête à la reprendre à votre compte ?

STÉPHANIE RIST
Alors, j'avais pu le dire, quand j'étais rapporteure du budget de la Sécurité sociale, j'y étais déjà favorable, et donc je reste évidemment favorable. Ensuite, vous savez, c'est le rapport de la caisse d'assurance maladie qui fait des propositions au Gouvernement. Le directeur de la caisse d'assurance maladie me fera le retour de l'ensemble de ses propositions, et avec le Gouvernement, nous déciderons par rapport...

BRUCE TOUSSAINT
Mais vous y êtes favorable, vous, à titre personnel ?

STÉPHANIE RIST
Je suis, à titre personnel, et en tant que ministre de la Santé, évidemment, très favorable. Ça a été fait dans d'autres pays…

BRUCE TOUSSAINT
2009, ça vous paraît être le bon... C'est bien, 2009 ? À partir de 2009 ? Ça peut être avant ?

STÉPHANIE RIST
Je suis en train de calculer les enfants...

ADRIEN GINDRE
Les personnes qui ont 17 ans aujourd'hui.

STÉPHANIE RIST
Ils ont 17 ans aujourd'hui. Ils ne sont pas encore adultes, donc ils n'ont pas encore le droit d'acheter des cigarettes, et donc on pourrait poursuivre cette interdiction.

ADRIEN GINDRE
Mais pour qu'on le comprenne bien, vous êtes favorable à titre personnel, ça n'engage pas à ce stade, ni le Premier ministre ni au niveau gouvernemental ?

STÉPHANIE RIST
Non, parce que, en fait, comment ça se passe ? La caisse d'assurance maladie fait des propositions, elle me les remonte, et ensuite, il y a évidemment des décisions gouvernementales. Vous savez, quand vous prenez des décisions, ça peut toucher un ensemble d'acteurs, et c'est cette discussion qu'il faut avoir.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup, Stéphanie Rist. Vous nous annoncez ce matin, donc, 2 025 décès supplémentaires sur la semaine du 22 au 28 juin. Un tout dernier mot, ce chiffre ne va pas être multiplié par 5 ? Il n'y aura pas 10 000 morts ? Ça paraît évident, aujourd'hui. Vous nous le confirmez ?

STÉPHANIE RIST
Heureusement, en tout cas, je n'espère pas. Nous ne savons pas les températures qu'il va faire en fin de semaine prochaine.

BRUCE TOUSSAINT
Non, mais je parle de la semaine du 22 au 28 juin. Le chiffre de 10 000 morts était devenu un enjeu politique.

STÉPHANIE RIST
Je le dis avec beaucoup de réserve.

BRUCE TOUSSAINT
Ce chiffre ne sera pas atteint ?

STÉPHANIE RIST
Je ne le crois pas. Je ne le crois pas, mais j'ai l'habitude de répondre de façon scientifique.

BRUCE TOUSSAINT
J'entends.

STÉPHANIE RIST
Et scientifiquement, aujourd'hui, je peux dire qu'il y a 2 025 morts de trop.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juillet 2026