Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à RTL le 6 juillet 2026, sur les finances publique, les prix du carburant et le budget pour 2027.

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Média : RTL

Texte intégral

DAVID AMIEL
Bonjour.

OLIVIER BOST
Il y a demain un nouveau comité d'alerte des finances publiques. Alors, vous allez réunir notamment toutes les forces politiques au Parlement pour leur dire où en sont les finances de la France. Vous leur donnerez un chiffre, celui des nouvelles économies nécessaires pour que le budget ne dérape pas. Est-ce que vous confirmez que c'est douze milliards d'euros au total qu'il faut trouver pour boucler l'année ?

DAVID AMIEL
Non, je ne confirme pas ce chiffre. D'abord, le but de demain, ce comité d'alerte des finances publiques que nous avons créé, qui est nouveau, parce qu'il n'y a pas toujours eu cette transparence dans la conduite de la politique économique, c'est une arme anti-déni. Parce qu'en matière budgétaire, on voit que la tentation est toujours de mettre la poussière sous le tapis, de s'indigner évidemment du niveau de la dette, mais ensuite de refuser une à une toutes les mesures d'économie. C'est ce qu'on a vécu depuis le début de la guerre dans le détroit d'Ormuz. Rappelez-vous, quelques jours après même le déclenchement de l'offensive, on nous disait : " Il y avait une cagnotte cachée ". Ce qu'on montrera demain, au bout de six mois, c'est que les recettes fiscales liées au carburant ont baissé en 2026 par rapport à 20285.

OLIVIER BOST
Vous voulez dire que la hausse du carburant n'a rien rapporté à l'État ?

DAVID AMIEL
Rien rapporté, au contraire, il y a une perte de plus de 80 millions d'euros quand on compare les recettes du carburant des six premiers mois de l'année 2026 par rapport aux six premiers mois de l'année 2025. Heureusement qu'on n'a pas écouté ceux qui nous disaient : " Utilisez cette cagnotte pour financer les aides, parce que comme il n'y a pas eu de cagnotte, il n'y aurait pas eu d'aide.

OLIVIER BOST
Mais globalement, ce que vous allez dire demain, c'est qu'avec la guerre en Iran, et très probablement également les effets de la canicule, le budget dérape et il faut faire de nouvelles économies. C'est bien ça.

DAVID AMIEL
Je rajouterais un deuxième élément, je trouve ça très important. Heureusement, le Gouvernement n'a pas non plus écouté ceux qui nous appelaient à déverser des milliards et des milliards d'euros dont ils n'avaient pas le début d'un centime. Les aides qui ont été apportées aux entreprises, aux ménages, s'élèvent à 1,4 milliard d'euros. C'est cinquante fois moins que ce qui avait été fait en 2022-2023. C'est un changement de doctrine, c'est une rupture, y compris par rapport aux politiques qu'on a nous-mêmes conduites en 2022-2023, parce que c'est ce qu'on doit aux finances publiques.

OLIVIER BOST
Vous n'avez toujours pas répondu à ma première question. Est-ce que demain, vous annoncez de nouvelles économies et combien ?

DAVID AMIEL
Demain, on ne va pas annoncer des mesures. On va annoncer un cap. Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous sur la croissance ? Parce qu'évidemment, la guerre dans le détroit d'Ormuz a eu un impact, ces premiers mois, sur l'activité.

OLIVIER BOST
Vous revoyez votre chiffre pour la croissance ?

DAVID AMIEL
Où en sommes-nous ? On actualisera évidemment nos prévisions. Où en sommes-nous sur l'inflation ? Parce que là aussi, on a des bonnes nouvelles. La fin de la guerre dans le détroit d'Ormuz va permettre de faire baisser les prix. C'est une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des Français. Et où en sommes-nous sur la dépense ? Dépense de l'État, dépense de la sécurité sociale, dépense des collectivités locales.

OLIVIER BOST
Est-ce que vous êtes en train de nous dire qu'il n'y aura pas d'efforts nécessaires supplémentaires ?

DAVID AMIEL
Il faudra, dans tous les cas, dans les prochains mois, poursuivre les efforts. Il faut notamment, en matière de dépenses, pouvoir les piloter pour que les dépenses de l'État n'augmentent pas. C'est ce que nous avons fait depuis le début de la crise, en ayant des aides ciblées, des aides temporaires, des aides financées. Et c'est évidemment ce qu'on continuera à faire. Et c'est très important aussi pour pouvoir préparer évidemment le budget de 2027.

OLIVIER BOST
Il y avait eu un premier gel de six milliards d'euros. Sur le budget de cette année, il y aura un gel supplémentaire demain.

DAVID AMIEL
Il y aura tout au long de l'année et des prochains mois, un pilotage des dépenses de l'État, je le redis, pour que nous les tenions à l'euro près.

OLIVIER BOST
Nous avions découvert dans les premiers gels de budget que cela concernait par exemple 400 millions d'euros en moins pour la justice. Alors c'était quelques jours avant l'affaire Lyhanna. Ce n'était pas une bonne idée de couper les moyens de la justice ? Est-ce que vous allez revenir dessus ou pas ?

DAVID AMIEL
Rien de ce qui a été pris au moment du premier comité d'alerte au mois d'avril ne concernait le coeur du fonctionnement des services publics. Vous évoquez la question du budget du ministère de la Justice. On a des recrutements très importants cette année. Recrutement de magistrats, recrutement de greffiers. Et à aucun moment cela n'a été remis en cause.

OLIVIER BOST
Parce que ces baisses, elles ont des conséquences. Par exemple, on a beaucoup parlé du Fonds vert avec la canicule. En trois ans, il est passé de 2,5 milliards à 900 millions d'euros. Est-ce que les questions d'adaptation au climat n'étaient plus prioritaires ?

DAVID AMIEL
À combien s'élevait le Fonds vert il y a quatre ans ?

OLIVIER BOST
Il n'existait pas, mais il y avait déjà des budgets en revanche pour la prime Rénov' etc.

DAVID AMIEL
Et il y a six ans, combien s'élevait la prime Rénov' ?

OLIVIER BOST
Alors là…

DAVID AMIEL
À zéro aussi, parce que ça n'existait pas. Vous voyez, c'est très important quand même. Ces dispositifs que vous citez, que les oppositions citent, c'est notre majorité qui les a créés. Ils n'existaient pas, il n'y avait pas un euro sur le Fonds vert. Et pour cause, il y a de cela quatre ans. Les budgets qui ont été consacrés à l'adaptation au changement climatique, ils ont beaucoup augmenté. Quand on regarde entre 2021 et 2025, on a une augmentation de 50% des budgets consacrés à l'adaptation au changement climatique.

OLIVIER BOST
Monique Barbu, la ministre de la Transition écologique, menace de démissionner si son budget baisse en 2027. C'est Le Monde qui a écrit ça. Vous lui dites quoi ? Pas de chantage ?

DAVID AMIEL
On travaille très bien avec Monique Barbu. J'ai rappelé les différentes mesures qui ont été prises ces dernières années. À nouveau, jamais, jamais, il n'y a eu une telle augmentation des moyens consacrés à la transition écologique que depuis 2017. Est-ce que c'est suffisant quand on regarde les vingt ans qui viennent ? À l'évidence, non. Mais ça impliquera aussi des grands choix de politique économique, parce qu'il nous faut, dans le même mouvement, réduire les déficits.

OLIVIER BOST
Est-ce que vous dites aujourd'hui que le budget ne dépassera pas les 5% ? Le déficit ne dépassera pas, pardon, les 5 % ? Quel était votre objectif pour l'année ?

DAVID AMIEL
L'objectif pour l'année 2026, il dépend en partie de choses qu'on maîtrise, dépense de l'État, dépense sociale, dépense des collectivités locales. Et ça, il faut qu'on les tienne, je l'ai dit à l'euro près. Et puis, il y a des choses qu'on maîtrise moins, impact de la croissance, etc. C'est ce qu'on présentera demain, les différents scénarios et l'impact que ça aura sur le déficit public.

OLIVIER BOST
Alors maintenant, David Amiel, nous allons parler du budget de l'année prochaine, le dernier de la décennie d'Emmanuel Macron à l'Élysée. Vous trouverez une majorité politique pour adopter un budget 2027 à la fin de l'année ?

DAVID AMIEL
Je n'en sais rien, parce que ça dépend du positionnement des groupes politiques au Parlement. Il y a en revanche des choses que je sais...

OLIVIER BOST
Là, on a déjà le patron du Parti Socialiste, Olivier Faure, qui dans Le Parisien, ce matin, dit : " Il n'y a pas de pacte de non-censure, et il rappelle tout ce qu'il a obtenu l'an dernier pour ne pas censurer ". Ça veut dire qu'il y aura un marchandage avec le PS ?

DAVID AMIEL
Il y aura des discussions avec le Parti Socialiste, à l'évidence. Moi, je ne discuterai pas avec le Rassemblement National et la France Insoumise, qui, au fond, ne cherchent depuis la dissolution et même avant qu'à alimenter le chaos politique et le chaos économique en France. Donc oui, il faudra une discussion avec les partis qui ont gouverné ce pays, la droite républicaine, la gauche républicaine, vous évoquiez le Parti Socialiste, et évidemment le bloc central.

OLIVIER BOST
S'il n'y a pas d'accord minimal avec ces forces politiques, on tombe dans quoi ?

DAVID AMIEL
On tombe dans la loi spéciale, c'est-à-dire l'absence de budget, qui serait une autoroute vers l'explosion des déficits publics. Vous parliez du Fonds vert. Il n'y a plus de Fonds vert en cas de loi spéciale. Ce n'est pas qu'il baisserait, il y aurait zéro euro. On n'aurait plus de capacité à investir du tout pendant des mois et des mois, plus de mesures nouvelles. Tout ça serait une véritable catastrophe économique. Moi, j'ai entamé les discussions, j'ai clos les discussions avec les différents ministres, comme chaque année, suite à la lettre, d'ailleurs, du Premier ministre. Leurs demandes ont été abaissées de dix milliards d'euros. C'est un effort très important qui a été fait par mes collègues, et je les en remercie. D'ici au 15 juillet, on transmettra, comme chaque année, les premières indications au Parlement. Et ensuite, il faudra travailler tout l'été pour pouvoir obtenir ce budget. Il y a deux choses cruciales. Il faut un budget pour le pays pour éviter la catastrophe, que serait une loi spéciale qui durerait jusqu'au mois de septembre, d'octobre. Et il faut un budget qui continue à réduire le déficit. On ne peut pas être au-dessus de 5 % durablement.

OLIVIER BOST
On parle beaucoup de milliards, mais ce n'est absolument pas concret. En revanche, il y a quelque chose de très concret, c'est les remboursements de la Sécurité sociale. Est-ce que, parmi les pistes d'économie, qui ont été évoquées notamment par le Premier ministre, vous confirmez qu'il pourrait y avoir des médicaments qui sont aujourd'hui peu remboursés, qui ne seraient plus du tout remboursés, et que, par exemple, les remboursements sur tout ce qui est transport, taxi, ambulance, pourraient également baisser ?

DAVID AMIEL
Je pense que ça va bien au-delà, d'ailleurs, de l'année 2026 ou même de l'année 2027, qu'on a une vraie interrogation à avoir sur les priorités de notre modèle social. Quand on regarde ce qui s'est passé depuis cinquante ans, 80% de l'augmentation de la dépense publique, ce sont des dépenses de retraite, les dépenses de santé, et ça explique d'ailleurs les difficultés qu'on a de financement des services publics. Donc, ce sera un débat qu'il faudra avoir, je pense, bien au-delà de cette année.

OLIVIER BOST
Donc, une fois ce que vous venez de dire, ça veut dire qu'effectivement, ça fait partie des pistes pour faire des économies sur la Sécurité sociale, ou alors je me trompe ?

DAVID AMIEL
Il y a un débat, évidemment, sur les arrêts de travail, dont on voit qu'ils augmentent considérablement.

OLIVIER BOST
Là, vous rajoutez un sujet, mais vous n'avez pas répondu à la question.

DAVID AMIEL
Le Premier ministre a eu l'occasion d'y revenir, mais dans tous les cas, on voit bien aussi les besoins que sont ceux de notre système de santé, je pense en particulier à nos hôpitaux, on le voit en ce moment, au moment de la canicule. Et donc, évidemment, dans le cadre du PLFSS, on aura un débat sur la manière de le financer.

OLIVIER BOST
Dans le bilan d'Emmanuel Macron, il restera une dette abyssale d'au moins 3500 milliards d'euros, et ce n'est pas terminé pour l'instant, en disant que la dette aura augmenté de 50%. C'est du jamais vu, mais les oppositions ironisent sur le Mozart de la finance. Est-ce qu'elles ont tort ?

DAVID AMIEL
En tout cas, ce que je remarque, c'est que les oppositions qui ironisent poussaient plutôt à davantage de déficit et davantage de dette, pas seulement dans les dix dernières années, mais dans les cinq derniers mois. Vous avez vu ce qui s'est passé au moment de la guerre en Iran, où le Gouvernement était sans cesse accusé de ne pas creuser assez le déficit, si je puis dire ainsi.

OLIVIER BOST
Donc elles sont coresponsables de la situation ?

DAVID AMIEL
On voit encore le Rassemblement national, qui a présenté un plan climat en dizaines de milliards d'euros, sans être capable de préciser ni son chiffrage, ni son financement. Mais il est vrai que la France a été touchée ces dernières années par de nombreuses crises. Ce sera sans aucun doute le cas à l'avenir. On a des chocs internationaux, il faut qu'on apprenne à y répondre différemment. Et c'est ces leçons qu'on a tirées dans la réponse à la guerre en Iran.

OLIVIER BOST
Vous parliez du Rassemblement national. Demain sera rendu le jugement en appel concernant Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN. Marine Le Pen saura si elle peut ou non se présenter l'année prochaine. Est-ce une décision importante pour la campagne présidentielle ? Est-ce que Jordan Bardella ou Marine Le Pen, c'est la même chose ?

DAVID AMIEL
Oui, je crois beaucoup plus en tout cas que ce qu'en disent parfois les commentateurs. C'est vrai qu'il y a deux stratégies. Il y a deux stratégies entre Jordan Bardella et Marine Le Pen. Mais au fond, ça conduirait je crois à la même tragédie. Que ce soit sur les complaisances envers la Russie de Vladimir Poutine, envers les États-Unis de Donald Trump, dont je rappelle que les Français subissent chaque jour les conséquences. Parce que si notre économie, notre pouvoir d'achat a tant souffert ces derniers mois, c'est bien parce qu'il y a une guerre qui a été déclenchée par Donald Trump dans le golfe Persique. Si l'année dernière, tant de filières ont été fragilisées, c'est bien parce qu'il y a une guerre commerciale déclenchée aussi par les États-Unis. Même complaisances envers ces puissances extérieures, même déchirures de la société française, même impasses économiques. Donc oui, je crois que c'est davantage bonnet blanc et blanc bonnet que ce qui est souvent dit par les différents analystes.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juillet 2026