Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à France 2 le 6 juillet 2026, sur les incendies dans les Pyrénées-Orientales, la sécurité autour des matchs de la coupe du monde de football, les rave party et la présomption de légitime défense pour les policiers.

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Média : France 2

Texte intégral

GILLES BORNSTEIN
Bonjour Laurent Nunez, le préfet des Pyrénées-Orientales annonce ce matin que le feu n'est pas fixé. Quelles sont les dernières nouvelles sur le front des incendies ?

LAURENT NUNEZ
Écoutez, comme on s'y attendait, on a une saison des feux qui est compliquée. Elle a démarré avec un mois d'avance. On a déjà un peu plus de 11 000 hectares brûlés. A la même période, l'an passé, c'était 5 700. Bon voilà, une saison qui est plus importante compte tenu de la canicule qui a rendu assez secs les végétaux. Il y a un contexte parfois défavorable. C'est le cas-là, il y a beaucoup de vent. Donc voilà, un contexte compliqué. Hier, il y avait une vingtaine de feux qui étaient traités en même temps. Pour ce qui est, et je réponds très clairement à votre question, pour ce qui est des Pyrénées-Orientales, le feu n'est pas fixé. C'est-à-dire qu'il n'a pas encore été arrêté. Il a détruit 4 600 hectares. C'est ce qu'a dit le préfet ce matin, c'est-à-dire 4 600 hectares qui ont été parcourus. Il a fallu évacuer dix mille personnes, notamment des habitants des communes du massif des Aspes. Oui, il pourrait peut-être y en avoir plus. En tout cas, voilà, les sapeurs-pompiers, les personnels de la Sécurité Civile, les bénévoles, les associations d'agréés de Sécurité Civile, les élus locaux, tout le monde se mobilise. Et je veux vraiment les remercier, leur apporter tout mon soutien ce matin, puisqu'aujourd'hui, le combat reprend. Dans la nuit, le vent est un peu tombé. Donc le feu n'a pas significativement progressé, heureusement. Mais ce matin, les conditions se dégradent à nouveau. Et donc, ils vont repartir au combat contre le feu. Je veux vraiment les remercier et les saluer.

GILLES BORNSTEIN
Et vous allez sur place aujourd'hui ?

LAURENT NUNEZ
J'y vais cet après-midi, oui.

GILLES BORNSTEIN
L'étape du tour prévue entre Granolers en Espagne et les Angles, dans les Pyrénées-Orientales, justement, est adaptée et sans public. Ça veut dire qu'il y aura des barrages des forces de l'ordre pour empêcher le public de venir, éventuellement ?

LAURENT NUNEZ
Non, ça veut dire qu'au même... Ça veut surtout dire qu'on veut libérer les sapeurs-pompiers, les secouristes qui travaillent sur cette étape, pour qu'ils puissent se consacrer à la gestion du feu en cours, et notamment du feu dont on vient de parler dans les Pyrénées-Orientales, qu'on appelle le feu Tréviac. Voilà, c'est ça, surtout le but. Et il n'y aura pas de caravane du tour. Évidemment, le public est fortement invité à ne pas se rendre aux abords du Tour de France.

GILLES BORNSTEIN
Mais il n'y aura pas de barrage, il n'y aura pas de verbalisation ?

LAURENT NUNEZ
Voilà, on fait appel aussi au civisme des gens, donc voilà. Au même titre, d'ailleurs, que je le dis pour les populations qui ont été évacuées, il y a eu dix mille évacuations, à partir d'hier soir et dans la nuit. Le préfet l'a rappelé, je le redis, on demande évidemment à ces personnes de ne pas chercher à regagner leur habitation, de bien respecter les consignes des autorités, dont celles, évidemment, pour d'autres catégories de personnes, de ne pas aller sur l'État.

GILLES BORNSTEIN
Donc, pour le Tour de France, c'est une incitation à ne pas venir, pas véritablement une interdiction ?

LAURENT NUNEZ
Il y a quand même une interdiction. Le tour n'est pas ouvert au public.

GILLES BORNSTEIN
Le tour n'est pas ouvert au public. France-Maroc, jeudi soir, ce n'est plus du cyclisme mais du football, vous l'avez compris, des jeunes déjà en vacances, à l'approche d'un week-end, avec une canicule intense prévue, est-ce que c'est un match à haut risque ?

LAURENT NUNEZ
Les matchs de Coupe du Monde, surtout dans les phases qualificatives, puis on s'approche de la finale, oui, il y a toujours des célébrations festives à l'issue, qui dans la majorité des cas se passent bien, mais il peut y avoir des débordements, il peut y avoir des incidents, d'un certain nombre d'individus mal intentionnés qui s'en prennent aux forces de l'ordre.

GILLES BORNSTEIN
Est-ce que ce match est-il particulièrement à haut risque ?

LAURENT NUNEZ
Comme tous les matchs, vous savez, samedi soir, on a eu aussi un certain nombre de rassemblements festifs, certains ont pu donner lieu à des débordements, et les forces de sécurité intérieure, conformément aux instructions jeunes, interviennent systématiquement.

GILLES BORNSTEIN
Pardonnez-moi, mais il y a plus de Marocains en France que de Paraguayens.

LAURENT NUNEZ
Oui, mais c'est un match qui donnera lieu forcément, d'abord, pendant la rencontre, il y aura beaucoup de personnes qui vont se rassembler dans les bars, dans de nombreux endroits pour regarder ce match, il y a un certain nombre de fan zones, et à l'issue, on sera extrêmement vigilant au moment des célébrations, à ce qu'il n'y ait pas de débordements.

GILLES BORNSTEIN
Vous avez prévu un dispositif particulier ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr, il y aura un dispositif renforcé, partout, dans tout le pays.

GILLES BORNSTEIN
Mais les célébrations seront encadrées, mais autorisées ?

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr, ce sont des rassemblements spontanés, sur la voie publique, qui ne sont pas, par nature, dispersés, quand il y a des entraves à la circulation automobile, évidemment, et des interventions de police, mais surtout, s'il devait y avoir des dégradations, des prises à partie des forces de sécurité intérieure, il y aura des interventions systématiques des forces de l'ordre, conformément aux instructions que je passe.

GILLES BORNSTEIN
Vous avez un lourd calendrier parlementaire, si je puis dire. Dès aujourd'hui, la loi Riposte que vous portez revient à l'Assemblée Nationale, il y a beaucoup d'aspects. J'en ai choisi un, l'interdiction des free parties. Un jeune qui s'y rendrait, pas un organisateur, juste un jeune qui s'y rendrait, risquerait six mois avec sursis, juste pour avoir voulu faire la fête.

LAURENT NUNEZ
Le texte, il y a plusieurs choses. Il y a la lutte contre les rodéos, les mortiers, il y a plein de dispositions, le protoxyde d'azote, où on n'a aucune disposition juridique qui permet d'interdire sa consommation, son port, son transport. Et puis, effectivement, il y a les violences dans les stades, aussi. Donc, il y a beaucoup de dispositions qui sont assez consensuelles, en réalité, dans le pays, qui visent à renforcer les sanctions pénales et administratives contre ce type de délinquants. Les rave party, ce qu'on crée, c'est un délit pour l'organisateur. Ça n'existe pas. C'est-à-dire que vous pouvez organiser une rêve party sur un terrain agricole, sans avoir l'assentiment, voire l'autorisation du propriétaire, causer des dégradations, et ça n'est pas délictuel. Et on crée un délit aussi pour les participants. Oui, on crée un délit aussi pour les participants. Parce que quand vous restez deux, trois jours sur un terrain qui, par nature, par structurellement, commet des dégradations, c'est très acceptable pour nos conservateurs.

GILLES BORNSTEIN
Faire la fête, même une fête interdite, c'est un délit.

LAURENT NUNEZ
Non, il y a un cadre juridique pour les rave party, il y a un cadre légal. Vous faites une déclaration à la préfecture, vous bénéficiez ensuite d'une déclaration, le préfet vérifie que les conditions de sécurité sont réunies, sécurité sanitaire, sécurité publique. Là, ce sont des gens qui s'installent, parfois à plusieurs dizaines de milliers de personnes, sur un champ, sans aucune autorisation, sans prévenir personne, sans aucun dispositif de sécurité. Et il faut que ce soit les forces de sécurité intérieure, les forces de sécurité civile, qui, au dernier moment, montent un dispositif, et ça n'est plus acceptable. Et il y a énormément de dégradations, quoi qu'en disent les organisateurs de ce qu'on appelle, nous, des rassemblements musicaux illégaux, quand ils ne sont pas déclarés.

GILLES BORNSTEIN
La loi devrait être adoptée, avec l'opposition unanime de la gauche, et avec le soutien du Rassemblement National, qui devrait voter pour, vous assumez ?

LAURENT NUNEZ
Ce que j'assume, c'est de porter un texte consensuel, qui vise à apporter des réponses...

GILLES BORNSTEIN
Un texte consensuel, avec le RN contre la rue.

LAURENT NUNEZ
Qui vise à apporter des réponses précises à des faits de délinquance, qui se développent, et qui embêtent nos concitoyens, qui embêtent nos élus locaux, nos maires notamment. C'est un texte consensuel. Il est attendu, je pense, par nos concitoyens.

GILLES BORNSTEIN
Le consensus ne se déclare pas, il se voit dans les gens. La gauche va voter contre.

LAURENT NUNEZ
Au Sénat, quand le texte est passé, il a été adopté au Sénat, les socialistes se sont abstenus, certains d'entre eux ont même voté pour le texte. Je ne désespère pas de convaincre les socialistes de voter pour un texte qui vise à renforcer la sécurité de nos concitoyens.

GILLES BORNSTEIN
Le soutien du RN ne vous dérange pas ?

LAURENT NUNEZ
C'est un texte consensuel. Je porte des mesures qui sont consensuelles, et donc tous les groupes qui veulent soutenir ce texte peuvent le faire. Je ne comprendrai pas que le Parti socialiste soit en opposition totale sur l'ensemble des mesures, alors même qu'elles viennent renforcer la sécurité de nos concitoyens.

GILLES BORNSTEIN
Mardi, l'Assemblée nationale discutera d'une proposition de loi qui accorderait aux policiers une sorte de présomption de légitime défense. Ce serait aux familles des victimes de prouver que le tir n'était pas justifié. Vous souhaitez, Monsieur le ministre, que les forces de l'ordre bénéficient d'une immunité de principe ?

LAURENT NUNEZ
Non. D'abord, il y a deux choses qui sont inexactes dans ce qu'on venait de dire. D'abord, ce n'est pas une présomption de légitime défense. Vous savez que la loi, c'est l'article 435-1 du Code de sécurité intérieure, autorise déjà les forces de sécurité intérieure, dans certaines conditions, à faire usage de leurs armes. Il va y avoir une présomption qui va considérer que quand il y a usage d'armes, on est dans un de ces cas. Deuxièmement, ce n'est pas une présomption de légitime défense. C'est une présomption d'usage légitime des armes. Ce n'est pas la même chose. Le texte initial était une présomption de légitime défense, et nous l'avons fait. Le Gouvernement a demandé sa modification. Ce qui a été accepté par le porteur du texte, Monsieur Éric Pauget, le député, que je remercie, des Républicains. On a trouvé cet accord consensuel et c'est un bon texte. Ensuite, ce n'est pas de rapprouver. C'est une présomption simple qui peut être démontée à tout moment. Il suffit qu'une vidéo sorte. Il n'est pas nécessaire qu'on prouve qu'il y ait eu de non-respect par le policier. Ça peut être établi par d'autres constats. C'est le procureur qui décidera. Ce que ça change, par contre, fondamentalement, c'est qu'on revient sur cette idée et on supposera que l'usage fait par un policier d'une arme est légitime. On le supposera. Ça peut se démonter très facilement, mais c'est dans l'ordre des choses. Les policiers et les gendarmes n'ont pas à être suspectés par principe, exemptés, de faire un usage qui soit illégitime de l'arme. Dans notre pays, la force revient à nos policiers et à nos gendarmes et c'est normal qu'ils ne soient pas suspectés, exemptés, quand ils ont à faire usage de leurs armes. C'est ça l'ordre républicain.

GILLES BORNSTEIN
Dernière question rapidement. Cédric Jubillar a reconnu sa culpabilité dans le meurtre de sa compagne Delphine, de sa femme Delphine, en 2020. Qu'est-ce que ça... Je sais que vous n'êtes pas garde des seaux, mais qu'est-ce que ça vous inspire ?

LAURENT NUNEZ
Rien. C'est une procédure judiciaire. J'ai entendu ce matin, comme vous, dans la presse, cette déclaration qui a été faite. On verra les suites qui seront données. C'est une procédure judiciaire. Moi, je n'ai pas l'habitude de commenter les procédures judiciaires. Voilà


source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juillet 2026