Texte intégral
FRANCIS LETELLIER
Bonjour Mélanie, bonjour à tous et bienvenue dans Les 4 Vérités. Mon invité est donc Roland Lescure. Bonjour Roland Lescure.
ROLAND LESCURE
Bonjour à vous.
FRANCIS LETELLIER
Merci d'être sur ce plateau ce matin. Emmanuel Macron est intervenu à la télévision hier soir. Il a parlé de sa situation internationale qui a des conséquences sur les prix des carburants. Pensez-vous qu'il a rassuré les Français ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, quand on a deux conflits dans le monde, dont un aux portes de l'Europe, c'est difficile d'être complètement rassuré. Mais je pense qu'il a fait deux choses et qu'il les a bien faites : un, expliquer ce qui se passe dans le monde, notamment, vous l'avez dit, le lien entre ce qui se passe dans le monde et le prix à la pompe, et deux, montrer que la France agit pour apaiser les tensions, à la fois en discutant avec les producteurs pour s'assurer qu'on ait des approvisionnements — je le répète, il n'y a pas d'enjeu d'approvisionnement en France —, et puis aussi pour essayer de libérer le détroit d'Ormuz, de libérer les tensions en Arabie saoudite. Donc, on agit. Aujourd'hui, être complètement rassurés, évidemment, ce n'est pas possible, reconnaissons-le.
FRANCIS LETELLIER
Et tout cas, le président de la République n'exclut pas une baisse des taxes si les prix des carburants s'envolent. Ils sont déjà très hauts. Alors vous attendez quoi ? Que ça arrive à trois euros le litre ?
ROLAND LESCURE
Non, mais d'abord, un, on n'en est pas là. Il l'a bien dit aujourd'hui.
FRANCIS LETELLIER
Ce n'est pas pour demain. Donc la baisse des taxes...
ROLAND LESCURE
Ah non, ce n'est pas pour demain puisque demain, 1er octobre, on a les nouvelles aides qui entrent en ligne. Et qui sont une aide importante pour les Françaises et les Français qui travaillent. Le président de la République l'a bien dit hier : baisser les taxes, ça coûte très cher et donc ça doit être financé, et ça aide tout le monde, y compris ceux qui n'en ont pas besoin donc ; aujourd'hui, on cible.
FRANCIS LETELLIER
Mais quand il dit : " On pourrait baisser les taxes si ça s'envole encore ", c'est une promesse au cas où, ce n'est pas quelque chose qui est planifié dans un agenda.
ROLAND LESCURE
Il est président de la République et donc il regarde le monde tel qu'il est. Il en évalue les conséquences sur la France, sur nos concitoyens qui galèrent et il dit : " Il ne faut rien s'interdire parce que je ne sais pas, en tout cas, moi, je ne sais pas où on sera dans trois mois. " Je pense que vous non plus
FRANCIS LETELLIER
Non, non, bien sûr, mais est-ce que, par exemple, il y a des choses psychologiques ? Imaginons que le prix du gazole soit à trois euros le litre. Là, à ce moment-là, vous diriez : " Il est peut-être temps d'agir et de baisser les taxes. "
ROLAND LESCURE
Mais d'abord, on n'y est pas.
FRANCIS LETELLIER
Non,
ROLAND LESCURE
Non, mais oui, mais ça c'est important parce que j'entends beaucoup... Alors, sur d'autres plateaux, " ça y est, on y est, on y va ", etc. On a vu cet été que si ça se calme à Ormuz, on peut avoir une très forte baisse du prix du pétrole.
FRANCIS LETELLIER
Vous êtes sûr de ça ?
ROLAND LESCURE
Si ça se calme ?
FRANCIS LETELLIER
Oui. Vous êtes sûr que les pétroliers jouent le jeu et baissent aussitôt les prix de l'essence ?
ROLAND LESCURE
En tout cas, nous, on met de la pression pour que ce soit le cas. Et on l'a vu cet été, il y a eu un début de baisse à la pompe. Le pétrole était à 70 dollars au mois de juillet, il est aujourd'hui à 110. Donc évidemment, et on verra, je ne sais pas, je ne suis ni Donald Trump, ni le patron des Gardiens de la révolution...
FRANCIS LETELLIER
Mais ce que je veux dire, pour revenir à la baisse des taxes, c'est qu'il n'y a pas des critères particuliers qui diront : " À partir de ce moment-là, on baissera les taxes. "
ROLAND LESCURE
Non, mais le Gouvernement, ce n'est pas une intelligence artificielle. Donc, on n'est pas en train de rentrer des machines dans les boutons en se disant : " On y va. " On évalue la situation. Typiquement, je peux vous dire que, jusqu'à la dernière minute, lundi, on a échangé avec le Premier ministre sur la manière dont il fallait calibrer les aides pour octobre, novembre, décembre. On s'est posé une question très simple. Par exemple, est-ce qu'on fait trois mois et qu'on donne de la visibilité jusqu'à la fin de l'année ? Ou est-ce qu'on fait au moins deux mois ? Le Premier ministre a souhaité qu'on ait de la visibilité, que les Françaises et les Français sachent que dans les trois mois qui viennent, c'est 35 euros par mois, c'est cent euros.
FRANCIS LETELLIER
Donc, en clair, s'il devait y avoir une baisse des taxes, ce ne serait pas avant la fin de l'année.
ROLAND LESCURE
Ben là, on a déjà annoncé des aides qui je pense sont utiles. On n'y est pas.
FRANCIS LETELLIER
L'année prochaine, mais plutôt les moyens. On serait plutôt à l'année prochaine. Parmi les aides, il y a la prime carburant de mille euros que les entreprises peuvent verser à leurs salariés pour les aider à faire le plein, aller au travail. C'était 600 auparavant.
ROLAND LESCURE
C'était même 300 l'année dernière.
FRANCIS LETELLIER
Au tout début. Elles sont exonérées de cotisations sociales, d'impôts. Bref, j'allais dire c'est gratuit pour les entreprises. Est-ce qu'elles jouent le jeu ?
ROLAND LESCURE
Non, non, ce n'est pas gratuit.
FRANCIS LETELLIER
De l'ordre de mille euros.
ROLAND LESCURE
Ça leur coûte, la prime. Ce que je peux vous dire, c'est que l'année dernière, donc avant la crise, il y avait 1 200 000 salariés à peu près qui ont bénéficié de cette prime. Vous l'avez dit, c'était plafonné à 300 euros. L'été dernier, on l'a déplafonné jusqu'à 600. Et là on vient d'annoncer qu'on peut aller jusqu'à mille. Ce n'est évidemment pas une obligation pour les entreprises. J'ai entendu Patrick Martin qui ronchonnait un peu
FRANCIS LETELLIER
Il ne ronchonne pas, il dit : " L'État est gonflé de nous faire porter la facture. "
ROLAND LESCURE
D'abord, on en paye une partie puisque, vous l'avez dit, c'est défiscalisé.
FRANCIS LETELLIER
Donc qu'est-ce que vous attendez des entreprises ?
ROLAND LESCURE
C'est un outil qui est disponible pour les entreprises en fonction de leur situation. Il y a des entreprises qui s'en sont saisies. Je vais vous dire une chose, c'est à la demande de l'entreprise qu'on l'a mis en oeuvre. Il y a des entrepreneurs qui nous ont dit cet été : « C'est un outil utile. Moi, je suis au taquet, j'ai déjà aidé mes salariés à 300, je préférerais pouvoir continuer à le faire. » Il y a eu des reportages, y compris sur vos écrans.
FRANCIS LETELLIER
Alors ça veut dire quoi ?
ROLAND LESCURE
Ça veut dire que les gens s'en saisissent.
FRANCIS LETELLIER
Ça veut dire quoi ? Vous demandez aussi aux entreprises aujourd'hui d'accélérer ?
ROLAND LESCURE
Non, mais on voit bien aujourd'hui que face à une crise qui nous arrive, qu'on n'a pas choisie de l'extérieur, on doit tous se serrer les coudes. Engie a annoncé ce matin qu'il faisait une aide pour les consommateurs qui sont au chèque énergie, 700 000 d'entre eux, avec une... je crois que c'est 54 euros pour eux. Total, on parle beaucoup de Total qui plafonne les prix à la pompe. Nous, on fait des aides. Les entreprises peuvent aider, leurs salariés.
FRANCIS LETELLIER
Peuvent, mais elles traînent des pieds, on est bien d'accord ?
ROLAND LESCURE
Non, ce n'est pas vrai. Non, écoutez, on aura les chiffres, on verra. Je peux vous dire qu'il y en avait 1 200 000 salariés l'année dernière. Il y en a jusqu'à quinze millions qui peuvent en bénéficier. On verra cette année si elles ont traîné les pieds ou si non seulement elles ont joué le jeu, mais surtout elles ont joué le jeu de la solidarité.
FRANCIS LETELLIER
Emmanuel Macron a évoqué les menaces venant de Russie. Il se trouve qu'il y a quelques jours, la Russie a fait main basse sur Leroy Merlin, Decathlon, Renault, dont les actifs ont été placés dans une entreprise russe. Quels sont maintenant les recours de la France ?
ROLAND LESCURE
Bon, alors d'abord, vous l'avez dit, ils ont fait main basse. C'est un vocabulaire un peu particulier.
FRANCIS LETELLIER
Mais que vous reprenez.
ROLAND LESCURE
Ça sonne un peu comme une histoire de gangsters.
FRANCIS LETELLIER
Vous reprenez ce mot.
ROLAND LESCURE
Moi, je reprends le fait que c'est un acte hostile. Alors que, vous le savez, la France n'est pas en guerre contre la Russie. On soutient l'Ukraine, évidemment, sans conditions, sans limites.
FRANCIS LETELLIER
Donc c'est un acte hostile contre la France.
ROLAND LESCURE
C'est un acte hostile contre la France, contre des entreprises françaises qui n'étaient pas dans les secteurs qui étaient concernés par les sanctions. On va voir comment ça évolue. Mais clairement, un, on condamne. Deux, on souhaite que ce soit annulé, remis en cause, et on va voir comment s'est déroulé...
FRANCIS LETELLIER
Quels recours vous avez concrètement pour dire à Vladimir Poutine : « Maintenant il faut nous rendre ces entreprises » ?
ROLAND LESCURE
Il y a le recours des tribunaux internationaux. À ce stade, évidemment, ça peut faire sourire, mais évidemment, on y aura accès, les entreprises y auront accès. Et puis surtout, ça ne nous empêchera en aucun cas de continuer à mettre la pression. Il y a un 22e ou 23e paquet de sanctions qui est en réflexion aujourd'hui au niveau européen sur la Russie. Ce type de chantage économique, qui concerne aussi d'ailleurs essentiellement des salariés russes qui étaient employés par ces entreprises, qui aujourd'hui sont inquiets, ne nous empêchera pas de continuer à être très fermes sur cette agression russe en Ukraine, inacceptable, qui doit cesser.
FRANCIS LETELLIER
Un dernier mot sur la visite du pape ? Il y a des retombées économiques attendues. Vous les évaluez à combien ?
ROLAND LESCURE
Alors Serge Papin vient de l'annoncer. On sera à plusieurs centaines de millions d'euros. Difficile à dire de manière précise. C'est de l'ordre de grandeur aussi de l'impact de Céline Dion avec ses…
FRANCIS LETELLIER
Le pape, et Céline Dion, ils rapportent la même chose ?
source : source d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2026