Texte intégral
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.
FRANCIS LETELLIER
Ministre du Travail et des Solidarités. On va parler des blocages dans les lycées. Il y en a eu hier, il y en aura encore aujourd'hui et probablement demain aussi. Les jeunes dénoncent des classes surchargées, des bâtiments vétustes, des profs absents. Est-ce que vous les entendez ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, moi, j'entends tout à fait que les jeunes expriment des revendications, des constats de choses qui ne leur vont pas dans la manière dont l'éducation est organisée. Vous savez, moi, je suis ministre du Travail, j'ai un passé quand même social que l'on connaît.
FRANCIS LETELLIER
Et vous avez en partie les lycées professionnels sous votre coupe. Vous avez un droit de regard sur les lycées professionnels.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Tout à fait. De manière générale, moi, je serai toujours en faveur de la liberté de manifester quand on a des choses à dire. Par contre, ce que je ne peux pas défendre, voire que je condamne, ce sont les violences. Ça, ce n'est pas possible. Les violences faites aux gens. Il y a quand même 38 blessés hier, et gravement. Il y a aussi des dégradations. Enfin, je veux dire, on parle d'argent public, on parle de lieux publics. Ça, par contre, je ne suis absolument pas d'accord avec cette violence.
FRANCIS LETELLIER
Alors des violences, justement : 440 interpellations aux abords des lycées hier, c'est du jamais vu, quoi qu'il en soit. Et des blessés. Il y a un élève du lycée professionnel de Saint-Ouen-l'Aumône, dans le Val-d'Oise, qui a été touché par un tir de grenade. Il est défiguré. Une enquête de l'IGPN a été ouverte. Est-ce que ça vous choque ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais je le dis, c'est toutes les violences, bien évidemment.
FRANCIS LETELLIER
Non mais en l'occurrence, c'est ce cas-là. Un élève d'un lycée professionnel.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bien sûr, de toute évidence. Oui, je le vois bien. Mais j'ai une pensée pour tous les gens qui sont blessés, y compris pour ce jeune homme. Vous voyez, c'est quand même grave, ce qui s'est passé. Donc là-dessus, il y a une enquête. Laissons faire l'enquête. Voilà, je ne vais pas me lancer dans des commentaires sur l'enquête, mais on voit bien où la violence mène. C'est pour ça que je... la liberté de manifester, oui, bien sûr. Mais c'est peut-être aux organisations syndicales de canaliser ces revendications. Et pas de violence et pas de dégradation des biens publics.
FRANCIS LETELLIER
Vous renvoyez aux syndicats qui, hier, étaient dans la rue derrière les fonctionnaires et qui n'excluent pas une extension des mouvements pour les salaires. Pour vous, ministre du Travail, est-il temps que les entreprises augmentent les salaires ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Vous savez, moi, j'ai été chef d'entreprise, donc je vois bien comment ça se passe. Alors moi, j'ai pu, quand j'ai été président de la SNCF, avoir des négociations annuelles obligatoires. Je pense qu'elles ont fonctionné, qui ont été d'ailleurs signées par plusieurs syndicats, qui ont permis, en gros, d'accompagner l'inflation pendant toute la période où l'inflation était très forte.
FRANCIS LETELLIER
Et donc ça, c'est un exemple à suivre pour les entreprises.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça dépend des entreprises. Je pense que les entreprises qui le peuvent, qui ont le carnet de commandes bien rempli, qui ont des perspectives de développement économique, je pense et je souhaite qu'elles puissent effectivement accompagner la progression des salaires.
FRANCIS LETELLIER
Donc augmenter les salaires.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Mais il y a peut-être d'autres entreprises qui sont plus serrées, c'est plus compliqué.
FRANCIS LETELLIER
Mais celles qui le peuvent doivent augmenter les salaires.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ce n'est pas le mot "doit". Moi, je ne me substitue pas, je veux dire, aux patrons d'entreprise. C'est important qu'ils écoutent les revendications salariales qui s'expriment. On a d'ailleurs donné un instrument, la prime carburant. Je rappelle qu'elle peut aller jusqu'à 1 000 euros, mais là, le brut égale le net. Donc si un patron donne 1 000 euros à ses salariés, il y aura 1 000 euros dans la poche des salariés concernés.
FRANCIS LETELLIER
Pour aller au travail, par exemple.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Pour aller au travail.
FRANCIS LETELLIER
Le RSA, l'allocation aux adultes handicapés, le minimum vieillesse vont suivre le rythme de l'inflation, qui est prévu de 1,8 % cette année. Est-ce qu'il y aura d'autres dispositifs qui vont être alignés sur l'inflation ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On peut revenir là-dessus. On a voulu que, dans le budget, il y ait un bouclier anti-inflation pour les gens les plus démunis. Ça se traduit comment ? Effectivement, les allocations les plus fondamentales, comme le RSA, comme le minimum vieillesse ou comme l'allocation adultes handicapés, seront indexées à 100 %.
FRANCIS LETELLIER
Et que celles-là ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On sait qu'en termes de principe, les petites retraites aussi seront indexées à 100 %. Voilà. Donc les gens les plus démunis seront protégés par ce budget puisqu'on va coller à l'inflation. Mais le reste, le reste, ça fait partie du débat. C'est-à-dire que l'intention du Gouvernement n'est pas forcément d'indexer à 100 %. Il y aura débat au Parlement pour savoir de combien il faut revaloriser l'ensemble des autres allocations.
FRANCIS LETELLIER
Est-ce qu'il y a d'autres dispositifs qui vont être augmentés et qui vont suivre l'inflation ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça, on verra. Pour le moment, dans la copie initiale qui sera présentée au budget, il n'y a pas d'indexation. Mais on sait qu'au Parlement il y aura des débats et des amendements. C'est une copie initiale. On verra comment elle vit quand elle arrivera au Parlement.
FRANCIS LETELLIER
On va prendre un exemple : la prime d'activité, par exemple. Vous avez été flou là-dessus il y a quelques jours. Est-ce qu'elle sera, parce qu'elle est versée à 4 millions et demi de salariés, alignée sur l'inflation ou pas ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors pour le moment, dans la copie initiale, la prime d'activité n'est pas indexée. Voilà. Donc on rentre comme ça, il y aura du débat. Mais je le rappelle, pourquoi on fait ça ? Ce n'est pas de gaieté de cœur. Je rappelle que l'enjeu, c'est de restaurer les comptes de ce pays dont les déficits dérapent, dont la dette s'envole. Donc il faut une forme de courage.
FRANCIS LETELLIER
Donc là, vous clarifiez ce matin, aujourd'hui, elle n'est pas indexée.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Vous voyez, ce que je vous dis, c'est qu'on fait preuve de sérieux, de courage et de priorités. Donc on a donné la priorité aux plus démunis. Donc on est... C'est le RSA, c'est l'allocation adultes handicapés, le minimum vieillesse, les petites retraites. Pour tout le reste, débat.
FRANCIS LETELLIER
Les aides alimentaires.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Les aides alimentaires, on va les augmenter, c'est important. Ça fait partie aussi de la lutte contre la pauvreté. C'est 24 millions d'euros supplémentaires, c'est 15 % de personnes supplémentaires qu'on pourra aider. C'est un acte concret qui montre qu'on a donné une priorité aux plus démunis dans ce pays.
FRANCIS LETELLIER
Sébastien Lecornu présentera les pistes de son budget 2027 demain. Et d'après des indiscrétions de presse, même si cela ne fait pas plaisir au Premier ministre, qui a porté plainte là-dessus dans Les Echos, votre ministère en particulier, en particulier France Travail, serait touché par de nouvelles suppressions d'emplois l'année prochaine, alors que le chômage augmente. Vous confirmez ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je n'ai pas encore dévoilé le détail du budget qui sera présenté demain. Donc je ne pourrai pas répondre avec précision à la question.
FRANCIS LETELLIER
Mais vous savez un peu de quoi il s'agit pour...
JEAN-PIERRE FARANDOU
D'une manière générale, vous savez, la notion d'effort, elle sera largement répartie. Cet effort doit d'abord démarrer par l'État. D'ailleurs, dans l'État, il y a les ministères, il y a les agences de l'État. Donc il y a un effort qui sera porté par l'État et par ces agences.
FRANCIS LETELLIER
Donc y compris France Travail.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Pour toutes les agences et pour tous les ministères. Vous savez que le mien, d'ailleurs, participe à cette volonté.
FRANCIS LETELLIER
Et plus, beaucoup, d'ailleurs, presque plus que d'autres. Alors que, je le disais, le chômage augmente.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, mais on le fait avec des priorités. Je le redis : priorité pour la jeunesse. Vous savez qu'on va maintenir l'effort sur l'apprentissage, dont les aides aux entreprises seront conservées. Les financements des formations dans les centres de formation des apprentis seront conservés. Tous les contrats d'engagement jeunes, qui aident les jeunes dans la difficulté, 260 000 contrats, seront aussi préservés.
FRANCIS LETELLIER
Donc il n'y aura pas de baisse des aides aux apprentissages ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, il n'y aura pas de baisse des aides aux apprentissages. Elles sont maintenues. Les aides nationales sont maintenues. C'est très important. C'est quand même 800 000 jeunes qui vont pouvoir rentrer dans l'apprentissage. Donc c'est considérable pour bien former ces jeunes et qu'ils puissent s'insérer dans la vie professionnelle.
FRANCIS LETELLIER
Un mot sur Stellantis, ce groupe qu'on connaît, qui construit des voitures. Il y a quatre usines qui vont fermer pendant 5 à 15 jours en France. Parce que, pour faire des voitures électriques, il faut des batteries et Stellantis n'a pas assez de batteries électriques. C'est un paradoxe.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je laisse Stellantis gérer ces problèmes de production. Donc voilà. Donc on peut regretter qu'il y ait des problèmes de logistique. On sera très attentifs. D'ailleurs, si on était sollicités pour l'activité partielle, pourquoi pas ? On sera très attentifs à vérifier que les causes et les critères sont bien respectés.
FRANCIS LETELLIER
Une dernière question sur la retraite. Édouard Philippe, candidat à la présidentielle, a fait ses propositions hier : 45 ans de cotisations et 65 ans, âge de départ. Ça vous paraît crédible ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi, je peux partager, bien sûr, avec Édouard Philippe la volonté de trouver une réforme qui stabilise les comptes de la branche vieillesse. Parce qu'on sait bien que les retraites perdent de l'argent chaque année. Il faut qu'on puisse garantir aux jeunes générations que, quand ils arriveront, même à la retraite, on soit capable de financer leurs retraites. Là-dessus, moi, je pense qu'il faut s'inspirer des travaux qui ont été menés par une convention sociale, une conférence sociale travail, emploi, retraites. Les recommandations sont sorties il n'y a pas très longtemps. Moi, si j'étais les candidats, je regarderais, parce qu'il y a des choses très intéressantes là-dessus.
FRANCIS LETELLIER
Par exemple ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Notamment sur la pénibilité. C'est-à-dire qu'après dix mois de dialogue social, je pense que les partenaires sociaux sont parvenus à surmonter le blocage du conclave. Vous vous souvenez ? Ils n'avaient pas réussi à s'entendre sur comment on prend en compte la pénibilité. Je pense que là, il y a un matériau très utile qui est peut-être la bonne raison...
FRANCIS LETELLIER
Il y a une conclusion sur la pénibilité.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, il y a une conclusion, c'est-à-dire qu'en fait, vous avez une réforme qui est préparée.
FRANCIS LETELLIER
Qui est prête.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Qui est préparée, qui est préparée.
FRANCIS LETELLIER
Pour le candidat du bloc central, par exemple. Merci, Jean-Pierre Farandou, d'avoir accepté notre invitation dans "Les 4 Vérités". Vous nous avez dit aujourd'hui que les aides alimentaires, notamment, allaient augmenter. À vous, Maya.
source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2026