Texte intégral
SIMON LE BARON
Bonjour Agathe.
AGATHE LAMBRET
Bonjour.
SIMON LE BARON
Et bonjour Édouard GEFFRAY.
AGATHE LAMBRET
Bonjour Édouard GEFFRAY.
ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.
SIMON LE BARON
Merci d'être avec nous. Un adolescent de 15 ans, on en a beaucoup parlé ce matin sur Franceinfo, a eu la main arrachée hier à Lens, dans le Pas-de-Calais, en marge du blocus de son lycée. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui s'est passé précisément ? Est-ce que vous en savez plus ce matin ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors d'abord, effectivement, il y a eu ce drame hier et je voudrais évidemment adresser mes pensées à ce jeune, parce que non seulement c'est un jeune, mais c'est un élève en plus. Et nous, notre priorité absolue, c'est de protéger nos élèves. Donc voilà, c'est évidemment un drame. Et après, sur ce qui s'est passé précisément, il y a une enquête de l'Inspection générale de la Police nationale, l'IGPN, qui est en cours, comme vous le savez. Donc on n'a pas des faits absolument établis. Voilà. Ce qui est dit, mais sans que je sache, c'est vrai, c'est qu'il aurait ramassé une grenade de désencerclement pour la relancer et que c'est à ce moment-là que ce serait arrivé.
SIMON LE BARON
Il y a d'autres témoignages de camarades qui disent que la grenade…
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est pour ça que je vous dis que très honnêtement, je n'en sais rien directement sur ça. Il y aura une enquête de l'IGPN. Je suis incapable de savoir. Ce n'est pas moi qui vais donner mon avis depuis…
SIMON LE BARON
Vous, à votre échelle, vous pouvez prendre de ses nouvelles. Est-ce que vous êtes en contact avec sa famille ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Pas pour l'instant, parce que je laisse toujours, dans ces cas-là, passer un peu de temps pour laisser la famille dans son intimité, sa douleur. J'aurai évidemment l'occasion, dans les prochaines heures ou dans les prochains jours, de les appeler, mais je respecte la douleur des gens et je crois que la priorité, ce n'est pas qu'ils reçoivent un coup de fil du ministre de l'Éducation nationale. La priorité, c'est qu'ils s'occupent de leur enfant, qu'ils soient avec lui, à ses côtés. Et évidemment qu'on va être en soutien de cette famille qui est éprouvée comme jamais.
AGATHE LAMBRET
Édouard GEFFRAY, depuis le début de la contestation lycéenne, plusieurs élèves ont été grièvement blessés. L'un d'eux, un adolescent de 14 ans, a eu les dents explosées après un tir de grenades lacrymogènes à moins de trois mètres de distance, à Saint-Ouen-l'Aumône. Ses parents témoignent sur Franceinfo.
PARENTS D'EDEN
Eden ne va pas bien psychologiquement. Eden ne va pas bien physiquement. Sa mâchoire est scellée. Il y a juste de l'espace pour laisser passer une paille. Et actuellement, il s'alimente uniquement de façon liquide.
Il fait des crises d'angoisse, des crises de panique. Il ne comprend pas. Ça a été ses mots… il m'a dit : "Qu'est-ce que je vais faire ? Ils ont gâché ma vie, ils ont gâché ma vie."
AGATHE LAMBRET
Et la réponse policière est-elle vraiment proportionnée ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors d'abord, là aussi, on est sur, à nouveau, un drame humain. Donc j'ai dit : il faut toujours en parler à l'aune de cela. D'abord, il y a quand même des violences extrêmes à l'intérieur de ces cortèges, enfin de ces mouvements. Et depuis le début, j'ai appelé au dialogue et j'ai appelé justement à ne pas encourager les blocages parce que, dès les premiers jours, on a vu des éléments ultraviolents infiltrer les mouvements lycéens, tirer sur la police ou sur les personnes avec des mortiers et avoir des comportements qui sont d'une violence mais inqualifiable.
SIMON LE BARON
Est-ce que ça justifie ces comportements de certains policiers ?
ÉDOUARD GEFFRAY
J'y viens. Dans ce cadre-là, et c'est dans ce cadre-là quand même, dans ce contexte-là, où 715 policiers, enfin membres des forces de l'ordre, ont d'ores et déjà été blessés. 715. Ça dit quand même quelque chose de la violence à laquelle ils faisaient face.
AGATHE LAMBRET
Mais tirer au lanceur de grenades juste à côté d'un jeune ?
ÉDOUARD GEFFRAY
J'y viens, j'y viens. Dans ce cadre-là, vous avez un cadre d'emploi de la force légitime qui est fixé par le ministre de l'Intérieur, pardon, Laurent Nuñez. Et Laurent Nuñez a, dès le départ, appelé à la très grande proportionnalité de la réponse, en tenant compte du fait qu'il y avait des mineurs.
SIMON LE BARON
Il a dit aussi, il a dit sur TF1 il y a quelques jours : il n'y a aucune consigne de retenue passée aux forces de l'ordre dans l'usage des armes dites intermédiaires, donc lanceurs de grenades ou lanceurs de balles de défense. Vous en parlez avec lui ? Vous lui dites que ce sont des enfants, des adolescents en face ?
ÉDOUARD GEFFRAY
D'abord, il le sait et puis on en parle. Mais pour faire face, une fois encore, aux individus ultraviolents, pas pour faire face aux élèves. La police est là pour protéger d'abord les élèves. Dans les regroupements de ces derniers jours, la police est là, en grande partie, pour éviter des drames qui auraient pu arriver aux élèves. Quand vous avez des gens qui tirent des mortiers, qui frappent les élèves qui veulent rentrer en cours, etc., ce qui s'est vu ces derniers jours. Pas plus tard qu'hier, j'étais à Guyancourt, c'est ce que les élèves m'ont raconté.
SIMON LE BARON
Et vous parlez de… vous dites… ce sont des élèves. Il y a des élèves. On parle d'un adolescent de 14 ans, mâchoire fracturée, un autre de 16 ans à Tours qui a perdu un œil, un autre de 16 ans à Argenteuil, grièvement blessé à l'œil.
ÉDOUARD GEFFRAY
Il faut juste partir, enfin remettre les choses dans leur contexte. Quand vous avez des ultraviolents qui infiltrent des mouvements, vous avez par définition la nécessité d'une action policière, notamment pour protéger nos élèves et pour protéger nos personnels.
AGATHE LAMBRET
Et vous vous dites que le ministre de l'Intérieur a fait… proportionné face aux jeunes, face aux élèves ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Les instructions qui ont été données, les instructions, y compris écrites, qui ont été données par le ministre de l'Intérieur, ont été des instructions de proportionnalité. Ensuite, si un policier ou si un membre des forces de l'ordre intervient dans un cadre qui ne respecte pas le cadre légal, là, pour le coup, il y a évidemment enquête et il y a sanction. Et ici, en l'occurrence, pardonnez-moi, mais dans ce cas-là, il y a enquête.
AGATHE LAMBRET
Est-ce que vous êtes à l'aise ? Vous êtes ministre de l'Éducation, vous êtes à l'aise avec ces images ? Vous êtes à l'aise avec ces images-là qu'on a vues ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Comment voulez-vous que je sois à l'aise avec des images de violence, alors que toute ma vie a consisté à prôner le dialogue partout ? Je crois en l'Etat de droit, je crois en le dialogue. Je le dis depuis des jours et des jours. Je ne peux pas être à l'aise.
AGATHE LAMBRET
Il y a ces violences, il y a aussi les interpellations. Édouard GEFFRAY, la semaine dernière, 5 000 interpellations, en grande majorité des mineurs. On n'avait jamais vu un tel volume d'interpellations dans un mouvement de jeunesse, calcule le sociologue Sébastian Roché dans Le Monde. Ça aussi, est-ce que c'est proportionné ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Enfin écoutez, pardonnez-moi, mais je vais faire un tout petit zoom arrière sur l'Éducation nationale. Pour la première fois dans l'histoire de l'Éducation nationale, des dizaines de personnels ont été la cible d'individus violents. Des dizaines de personnels. 85 personnels ont été blessés. Ce n'est jamais arrivé dans l'histoire. Jamais.
SIMON LE BARON
125 élèves aussi, il me semble.
ÉDOUARD GEFFRAY
215 élèves ont été blessés aussi.
SIMON LE BARON
215, pardon.
ÉDOUARD GEFFRAY
Et dans leur immense majorité, par des individus violents. Enfin, dans ce cadre-là, vous voulez faire quoi ? Vous voulez laisser…
AGATHE LAMBRET
… violences urbaines comme dit le ministre de l'Intérieur.
ÉDOUARD GEFFRAY
Absolument. Et évidemment que, dans ce cas-là, il faut interpeller les individus qui mettent en danger la vie des autres.
SIMON LE BARON
Mais vous ne remettez pas en cause la doctrine de maintien de l'ordre face, encore une fois, à des enfants et des adolescents ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Moi, je suis ministre de l'Éducation nationale, je ne suis pas ministre de l'Intérieur.
SIMON LE BARON
Mais vous pouvez en parler avec votre collège.
ÉDOUARD GEFFRAY
Mais enfin, chacun son métier, si vous voulez. Il y a un moment où je ne suis pas ministre de l'Intérieur et ce que je peux vous dire, c'est que Laurent Nuñez a, dès le départ, posé une doctrine d'usage de la force à des fins de protection des personnes et des biens. C'est à ça que sert la police, qui est une doctrine proportionnée. Une fois encore, si dans ce cadre-là, il y a des comportements abusifs ou qui dépassent le cadre légal, la réaction, elle ne peut être… elle est la même pour tout le monde. Une violence illégale est une violence qui doit être sanctionnée. Je n'ai aucun problème là-dessus. Il y a quand même dix enquêtes de l'IGPN qui ont été ouvertes précisément sur des actions qui sont potentiellement répréhensibles.
AGATHE LAMBRET
Aujourd'hui, une grande journée de mobilisation est prévue avec l'appui des syndicats enseignants. C'est une journée qui sera particulièrement scrutée. Quelles sont les informations dont vous disposez ? Est-ce qu'il faut s'attendre à un pic de mobilisation et un pic de colère ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors d'abord, c'est quand même plutôt, pour moi, une… Enfin je trouve ça très sain pour la démocratie sociale et lycéenne qu'il y ait une manifestation, parce que je rappelle que c'est la première fois depuis dix jours que l'on va voir, si je puis dire, un mouvement qui s'inscrit dans un cadre organisé, démocratique, social, légal.
AGATHE LAMBRET
Ça, ça vous rassure, la présence des syndicats qui…
ÉDOUARD GEFFRAY
Ben ce n'est pas seulement la présence, c'est le fait qu'il y ait même une manifestation, enfin qu'il y a des manifestations qui soient déclarées et donc organisées et donc encadrées, et dans laquelle nos jeunes seront protégés. Moi, une fois encore, ma préoccupation première depuis le début, c'est que nos élèves et nos personnels soient protégés. Là, on a, si je puis dire, enfin, au bout de dix jours, un cadre qui permet ça. C'est quand même une bonne nouvelle. Et c'est, pour le coup, la vitalité de la démocratie sociale. Et c'est très bien.
AGATHE LAMBRET
Et potentiellement un pic de mobilisation aujourd'hui.
ÉDOUARD GEFFRAY
Je ne sais pas du tout ce que va être la mobilisation, mais j'allais dire, enfin, je ne suis pas là pour m'attendre à ce qu'il y ait un pic ou pas, etc. Ce n'est même pas ça l'important. Les revendications lycéennes, je suis déjà en train de les traiter. Mais ce qui, moi, m'intéresse, c'est qu'on s'inscrive vraiment dans de la démocratie sociale qui fonctionne tout comme il faut des institutions démocratiques qui fonctionnent. Et donc ça, c'est plutôt, voilà, c'est bon signe parce qu'on va pouvoir aussi combiner la liberté de manifester et puis aussi la liberté d'aller en cours, parce qu'il y a beaucoup de jeunes, 3 millions quasiment, qui vont en cours tous les jours au lycée.
SIMON LE BARON
Mais vous dites, la démocratie sociale, elle peut fonctionner aujourd'hui parce qu'il y a des organisations, j'allais dire adultes, des syndicats enseignants notamment, qui se joignent au mouvement. Est-ce que vous regrettez de ne pas avoir mis en place peut-être des structures de dialogue avec les lycéens qui auraient permis d'organiser mieux le mouvement avant ? Est-ce que, sans ces organisations, le mouvement vous a échappé ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors le mouvement a commencé à prendre de l'ampleur il y a une dizaine de jours. Donc c'était, en gros, entre le vendredi précédent la venue du pape et le lundi, pour que les Français, j'allais dire, se projettent dans le temps. Et moi, dès le lundi soir ou dès le mardi, pardon, dès le mardi, j'ai demandé à tous les chefs d'établissement de réunir leur conseil de vie lycéenne, leurs élus lycéens. Et moi-même, j'ai engagé le dialogue avec les élus. Dès le jeudi, j'étais avec les élus de Versailles. Le vendredi, j'ai reçu tous les membres de la communauté éducative, etc. Donc ces instances, elles existent.
AGATHE LAMBRET
Et ça n'a pas suffi. Le mouvement entre dans sa troisième semaine de mobilisation. Vous ne vous dites pas : "J'ai répondu trop faiblement ou trop tard" ?
ÉDOUARD GEFFRAY
En tout cas, après ça, on peut toujours refaire l'histoire avec des "si". Je crois que ce n'est pas ça qui est important. L'important, et c'est ça qui compte pour moi, c'est que les lycéens, aujourd'hui, sont entendus dans un cadre démocratique, une fois encore dans un cadre organisé. D'ailleurs, je lance aujourd'hui même, enfin depuis hier soir, une plateforme sur laquelle chaque lycéen va pouvoir déposer sa contribution pour dire ses difficultés et ses attentes.
SIMON LE BARON
Et vous promettez qu'elle n'aura pas le même destin que les cahiers de doléances, par exemple des Gilets jaunes ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, entrons dans le vif du sujet. Qu'est-ce que c'est que cette plateforme ? Cette plateforme, d'abord… Elle s'appelle donc… c'est la plateforme qui est Agora.gouv.fr/consultation/lyceens. Donc n'importe quel lycéen, à partir de maintenant, peut y aller. Ils vont tous recevoir un message pour leur dire. Dessus, on leur demande quoi ? On ne leur demande aucune information personnelle, sauf s'ils acceptent de dire leur établissement et donc leur région et leur académie. Et ensuite, ils peuvent déposer librement, librement, ce n'est pas des oui/non, librement, des textes pour dire leurs difficultés et leurs attentes. Ça, c'est jusqu'au 23 octobre. A l'issue de tout ça, ces contributions, elles vont être analysées, elles vont être d'ailleurs partagées. Je les mettrai en open data. Donc tout le monde pourra regarder ce qui s'est dit. Ça sera transparent. Et le plan d'action qu'on a déjà commencé à mettre en place et qui va se poursuivre, et notamment à la lumière de ces remontées, il sera mesurable, il y aura un calendrier et je pourrai en rendre compte.
AGATHE LAMBRET
Donc ce n'est pas un exutoire qui n'aura aucun effet concret comme effectivement à l'époque des Gilets jaunes ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Mais si c'était un exutoire…
AGATHE LAMBRET
Les gens avaient beaucoup écrit, mais ça n'avait servi à rien.
ÉDOUARD GEFFRAY
Non mais si c'était un exutoire, j'aurais créé une grande commission des Sages. J'aurais fait une plateforme qui serait restée ouverte trois à quatre mois. J'aurais dit : on se retrouve fin décembre, début janvier et là, pas de chance… présidentielle. Là, on agit en 15 jours. C'est-à-dire que, dans 15 jours, tout le monde saura ce que les lycéens auront fait remonter.
SIMON LE BARON
Donc vous promettez de les écouter.
ÉDOUARD GEFFRAY
Bien sûr.
SIMON LE BARON
Et que pouvez-vous faire pour leur répondre, avant même la restitution de cette concertation ? On va vous poser la question dans un instant, Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation nationale, dans le 8h30 Franceinfo. Il est 8h45 et c'est l'info en une minute avec Antoine JEUFFIN.
(…)
AGATHE LAMBRET
Avec Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation nationale. Quelle réponse peut apporter le Gouvernement face à cette colère et cette mobilisation des lycéens ? Vous nous avez parlé à l'instant de la plateforme de concertation que vous mettez en place. Aujourd'hui, le Premier ministre a aussi écrit une lettre à ses ministres pour ouvrir cinq chantiers. On va les prendre un par un, Édouard GEFFRAY. D'abord, le remplacement plus rapide des professeurs absents. Quelles réponses pouvez-vous apporter à court terme pour pallier ces manques de professeurs ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors aujourd'hui, on a des situations qui sont extrêmement contrastées sur nos établissements. Et d'ailleurs, le mouvement est parti d'un lycée qui s'appelle Saint-Exupéry à Créteil, où il y avait un certain nombre de professeurs et de personnels non remplacés. Au passage, et bien avant que tout ça ne prenne la tournure actuelle, on a résolu la question en moins de huit jours et j'y vais personnellement.
AGATHE LAMBRET
Pour le cas de Créteil. Mais pour le reste ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non mais c'est pour dire que c'est possible. Simplement, pour ça, il faut qu'on arrive à mieux détecter ces situations-là. Et d'un point de vue administratif, c'est quelque chose qu'on fait mal. Donc la réponse est, j'allais dire, à la fois très simple et très ferme. C'est que j'ai demandé à toutes les académies, c'est-à-dire les services de l'Éducation nationale dans les territoires, d'avoir le tableau de bord quotidien de tous les lycées qui sont confrontés à cette situation, si je puis dire, les points rouges en termes de qualité du remplacement, et d'apporter une réponse dans les huit jours. Ce sera suivi par une équipe nationale pour apporter systématiquement une réponse dans les huit jours.
AGATHE LAMBRET
Dans les huit jours, donc des réponses dans tous les lycées de France.
ÉDOUARD GEFFRAY
Dans les huit jours, dans tous les lycées qui sont confrontés à des difficultés. Alors après ça, évidemment, garantir…
AGATHE LAMBRET
Et pour ça, il faut… Oui. Parce qu'il faut avoir la main-d'œuvre…
ÉDOUARD GEFFRAY
Garantir qu'on arrivera à trouver à chaque fois 100 % des personnes, etc. Ça, je veux dire, ce sont des choses qu'on va évidemment s'employer à faire. Garantir le 100 %, ce serait probablement mentir, et je n'aime pas mentir, mais en tout cas, faire en sorte que systématiquement toutes ces situations d'abord soient identifiées, qu'on ne les laisse pas s'encrister et qu'on apporte une réponse qui soit la plus rapide possible, et surtout avec un tableau de bord quotidien qui sera sur le bureau de chaque recteur. Ça, c'est ce qu'on va faire à partir de maintenant.
AGATHE LAMBRET
Édouard GEFFRAY, il manque des profs remplaçants, mais il manque aussi des titulaires. Est-ce que, dans ce contexte, supprimer 1 600 postes dans le budget 2027, c'est pertinent ? Est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui que vous allez revenir sur cette mesure ?
ÉDOUARD GEFFRAY
D'abord, pour la première fois cette année, on a commencé la rentrée, ça peut sembler paradoxal, mais on a commencé la rentrée avec la quasi-totalité des postes de titulaires pourvus. Entre l'année dernière et cette année, on a baissé de 57 % le nombre de postes vacants à la rentrée. Pourquoi ? Parce qu'on a fait la réforme des concours et parce qu'on a travaillé justement pour faire en sorte que la rentrée se passe mieux en termes de postes vacants.
SIMON LE BARON
Il y a toujours 20 millions d'heures non assurées.
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est-à-dire que c'est paradoxal. Il y a eu 10 % des heures non assurées l'année dernière, dont 2.5 à cause des examens, type baccalauréat et brevet. Donc il y a eu 7.5 en réalité, d'heures non assurées. C'est beaucoup trop et ce n'est pas admissible. Mais c'est bon pour vous dire les choses.
AGATHE LAMBRET
Et donc supprimer des profs dans ce contexte malgré tout.
ÉDOUARD GEFFRAY
Donc à partir de là, par ailleurs, il y a un projet de finances. Un projet de finances, je vous rappelle que c'est pour être discuté au Parlement. On est encore en démocratie. Et donc c'est une proposition. Cette proposition, elle part du constat qu'on va perdre 180 000 élèves l'année prochaine. Donc il ne s'agit pas de supprimer des postes au lycée. Au contraire. Parce que le lycée, on connaît, au contraire, un pic démographique. Mais en revanche, il y a effectivement des postes qui vont être supprimés, notamment à l'école, dans des proportions qui n'ont rien à voir d'ailleurs avec la baisse démographique. Puisque le nombre d'élèves par classe, le nombre moyen d'élèves par classe, va baisser partout, à l'école, au collège et au lycée. En revanche, qu'est-ce qu'il faut faire ?
AGATHE LAMBRET
Même si là, le lycée, en ce moment, ce sont les élèves issus d'un pic démographique, celui de 2010.
ÉDOUARD GEFFRAY
Justement. Oui. Mais c'est pour ça que je dis que le nombre d'élèves par classe va continuer à baisser l'année prochaine, y compris au lycée, notamment au lycée. Pourquoi ? Parce que ce qu'il faut qu'on arrive à faire aussi, et c'est pour ça que je demande ce travail partout, c'est qu'on identifie les lycées qui sont confrontés aux classes les plus nombreuses. Quand vous regardez des… Vous avez certaines filières générales, on peut avoir 35 ou 36 élèves par classe. C'est une réalité. Ça, il faut faire baisser.
SIMON LE BARON
Donc vous maintenez cet objectif de 1 600 suppressions de postes, simplement, pour répondre à la question clairement.
ÉDOUARD GEFFRAY
D'abord, pour être très précis, c'est 1 250 dans les établissements publics et ce sera pour l'essentiel au niveau de l'école. Donc pas au niveau des collèges et des lycées. Et c'est important de…
SIMON LE BARON
Et vous permettez, dans les jours à venir, de tout mettre à plat et de boucher les trous, si j'ose dire, dans les établissements.
ÉDOUARD GEFFRAY
On va tout mettre à plat. Et pardonnez-moi, il y a aussi un truc important. Pardon, il y a un point important. On va aussi mettre les choses à plat avec les lycéens. On ne va pas reprendre les cours comme si de rien n'était. On va banaliser les premières demi-journées de reprise des cours dans les établissements qui ont été fermés, donc mercredi et jeudi.
AGATHE LAMBRET
Que vous espérez mercredi parce que…
ÉDOUARD GEFFRAY
On va banaliser une demi-journée pour que, d'abord, les personnels se retrouvent entre eux et pour qu'ensuite ils puissent travailler avec les élèves là aussi sur un diagnostic objectivé de la situation.
SIMON LE BARON
Alors diagnostic notamment sur les journées de cours trop longues, les emplois du temps à trous, etc. Que proposez-vous ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors là aussi, sur les emplois du temps et les journées trop longues, alors d'abord, les élèves ne font pas tous les jours 8 h-18 h. Il faut rappeler quand même la réalité. Mais régulièrement dans la semaine.
AGATHE LAMBRET
Non mais régulièrement, ils ont des 8 h-18 h avec trois heures de pause au milieu. Ils ne peuvent pas tous rentrer chez eux. Qu'est-ce qu'ils font ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Absolument. Et il faut juste bien préciser parce que, depuis une semaine, j'entends dire que tous les lycéens font 8 h-18 h tous les jours. Non. Mais en revanche, effectivement, ils ont certaines jours dans la semaine, une ou deux, où ils peuvent faire 8 h à 18 h.
SIMON LE BARON
Qu'est-ce que vous faites ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors ça, là-dessus, la réponse immédiate est un peu compliquée parce que, par définition, l'année scolaire a déjà commencé et les emplois du temps sont déjà faits. Mais très clairement, il y a deux chantiers à ouvrir. Le premier chantier, c'est la question globale des rythmes scolaires. Ce n'est pas moi qui…
AGATHE LAMBRET
Ça veut dire quoi ? Il faut raccourcir les vacances d'été ? Faire une semaine de quatre jours ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Je pense qu'il va falloir, au bout d'un moment, poser la question. Pas forcément vacances d'été mais enfin poser la question. On a trois semaines de vacances en plus que la moyenne de l'OCDE et on a un peu plus d'heures de cours en moyenne. Donc ça, c'est quelque chose qui peut être réinterrogé. Ça ne peut être interrogé que dans le cadre de la présidentielle. Mais moi, ce que je vais faire, c'est que je vais instruire, pour le coup techniquement, les choses et préparer les discussions pour que les sujets soient prêts, soient instruits, parce qu'il est question de transports scolaires, d'internat, etc., pour les suivre.
AGATHE LAMBRET
Par exemple, une semaine de vacances au lieu de deux, ou des vacances d'été plus courtes et des semaines de cours… pour compenser.
ÉDOUARD GEFFRAY
Si on voulait faire ce que certains lycéens demandent, c'est-à-dire terminer tous les jours à 15 h, il faudrait mécaniquement qu'on ait à peu près trois semaines de vacances de moins. Je ne suis pas sûr que ce soit le contrat social qui s'exprime à la fin.
SIMON LE BARON
Non, mais entre terminer tous les jours à 15 h et avoir des emplois du temps cohérents.
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors j'y viens. Donc l'autre aspect, c'est la cohérence de l'emploi du temps. Là-dessus quand même, on a des personnels de direction qui font un travail considérable chaque été. En revanche, les outils qu'on met à leur disposition sont des outils qui aujourd'hui ne sont pas optimisés. Donc pour être très clair, on va mettre un peu d'IA là-dedans parce que, pour le coup, l'IA sait optimiser très bien ce genre de choses.
AGATHE LAMBRET
Alors ce n'est pas ce que disent les profs. Ils disent : c'est quelque chose d'humain. Faire un emploi du temps, ça prend des semaines, ça ne se fait pas comme ça avec…
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est quelque chose d'humain, mais c'est quand même quelque chose qui peut être aussi optimisé avec les outils. Ce n'est pas incompatible. On regarde les personnes et précisément, quand on peut optimiser les choses techniquement, on a plus de temps à consacrer aux personnes. Donc on va retravailler là-dessus. Mais en partant du fait quand même qu'on a des chefs d'établissement qui aujourd'hui font un travail remarquable. En tout cas, c'est du temps long. Ça, c'est du temps un peu plus long.
AGATHE LAMBRET
Mais ce n'est pas la réforme du Bac qu'il faut revoir ? Parce que c'est cette réforme du Bac qui a créé plein de spécialités, qui provoque aussi ces emplois du temps si difficiles à boucler et ces trous. On ne peut pas la supprimer, j'imagine, en un instant. Mais est-ce que vous êtes favorable à une refonte de cette réforme ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Elle a aussi permis… Enfin, c'est toujours pareil, il faut mettre les choses en balance. Elle a aussi permis à nos élèves de suivre enfin des spécialités qui leur correspondent au lieu d'être dans une espèce de tunnel qui était sociologiquement, en plus, hyper marqué. Parce que, je rappelle, quand même il y avait des inégalités sociales monstrueuses selon les filières. On a considérablement réduit ces inégalités sociales et on a permis aux élèves de suivre des cursus qui leur ressemblent. Donc il faut…
AGATHE LAMBRET
Mais c'est aussi une usine à gaz, disent les parents, disent les profs.
ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, mais c'est quand même positif pour les élèves qu'ils puissent, au bout d'un moment, choisir ce qu'ils veulent Donc à partir de là, il faut, une fois encore, travailler sur les modalités pratiques parce qu'il faut faire en sorte qu'effectivement le 8 h-18 h, c'est très pénible. Il faut voir si on arrive à commencer plus tôt, à 9 h. Il faut articuler ça avec les transports scolaires parce qu'on a des lycéens qui viennent de loin, il ne faut pas l'oublier non plus. C'est-à-dire que si je commence à 8 h et que je pars à 7 h de chez moi, ça veut dire que je me lève à 6 h. Et tout ça, ce sont des réponses qui doivent être au niveau local, mais qu'on va appuyer au niveau national.
SIMON LE BARON
Sur Parcoursup, source de beaucoup de stress, cette fameuse plateforme d'admission post-Bac, trop opaque, trop arbitraire, disent les jeunes et leurs parents, beaucoup d'entre eux en tout cas. Vous reconnaissez qu'elle est source de trop d'angoisse et vous travaillez là-dessus, ou vous allez le faire avec votre collègue de l'Enseignement supérieur ?
ÉDOUARD GEFFRAY
On ouvre des discussions, évidemment, avec Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement supérieur, qui est compétent dans ce domaine, avec d'ailleurs les élus lycéens avec lesquels on va être amenés à discuter de tout ça. Il y a deux sujets, en fait. D'abord, Parcoursup, et c'est important pour cette génération, cristallise une espèce de moment, en fait, de rupture. Parfois, ils parlent de couperet, bon, même si en fait on s'aperçoit que ce n'est pas forcément le cas et que ce n'est pas Parcoursup qui, comme je l'entends parfois, trie les élèves. Ce sont les formations qui les sélectionnent, etc. Mais il y a un enjeu de transparence à renforcer.
AGATHE LAMBRET
Il y a aussi le contrôle continu qui est stressant, c'est un couperet chaque semaine.
ÉDOUARD GEFFRAY
Et donc il y a un enjeu de transparence là-dessus à renforcer, très clairement. Il y a un enjeu aussi autour des places dans l'enseignement supérieur, parce qu'on est, encore une fois, sur une génération qui correspond au pic démographique pour deux ou trois ans. Et donc tout ça, évidemment, c'est un chantier que le Premier ministre nous a envoyé d'ouvrir.
SIMON LE BARON
Vous nous dites, si je vous entends bien, Édouard GEFFRAY, et si on reprend les revendications des lycéens, sur les profs absents et les personnels, vous dites : on va remettre ça à plat, mais il n'y aura pas de miracle, on ne va pas boucher tous les trous partout.
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, je vous ai dit : on les remplace et on aura tous les points rouges qui seront traités d'ici aux vacances. C'est ce que je vous ai dit tout à l'heure.
SIMON LE BARON
Sur les emplois du temps, vous nous dites : c'est du temps long. Sur Parcoursup, vous nous dites : on va voir ça avec le ministre de l'Enseignement supérieur. Sur le besoin d'écoute, il y a une plateforme qui est mise en place et il y aura des restrictions dans trois semaines.
ÉDOUARD GEFFRAY
Excusez-moi, on n'a pas… Excusez-moi.
AGATHE LAMBRET
Sur les locaux vetustes.
SIMON LE BARON
Non mais simplement, qu'est-ce que vous pouvez proposer là de concret à l'instant t pour répondre aux revendications ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Vous ne pouvez pas ce que vous venez de dire, parce que vous êtes progressivement décalé, ce que je respecte, mais ce qui n'est pas vrai. Je vous ai dit que sur les remplacements, sous huit jours, les choses étaient lancées. On n'a pas parlé de la refonte de la démocratie lycéenne. C'est dommage, on ne va pas en parler maintenant, parce que je refonds entièrement la démocratie lycéenne pour faire en sorte que la voix des lycéens compte et soit effectivement prise en compte au niveau des établissements, au niveau des académies et au niveau national, qu'ils soient mieux représentés et plus représentés.
SIMON LE BARON
Tout ça, c'est du moyen ou du long terme ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Ça, c'est l'affaire de quelques semaines. Il faut juste prendre les textes. Et les élections dans les instances qui vont avoir lieu au cours de l'année en tiendront compte.
SIMON LE BARON
Et là maintenant, qu'est-ce que vous proposez ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Pardon, sur notamment, parce qu'ils en parlent aussi, l'accompagnement en termes de santé physique, psychique et sociale, je propose, pour la deuxième année consécutive, de créer 300 postes dans le prochain projet de loi de finances, qui va être évidemment débattu. Au total, je propose la création de 1 800 postes tournés vers l'accompagnement des élèves, infirmières, AESH, assistants sociaux, etc. qui seront…
SIMON LE BARON
Pour les AESH, par exemple, c'est…
ÉDOUARD GEFFRAY
1 300 postes d'AESH.
SIMON LE BARON
1 % des besoins. C'est ça ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Les revendications là, je le disais ce matin… revendications, ils ont demandé 800 créations d'AESH. Moi, j'en propose 1 300. D'accord. Donc quand même, sur Parcoursup, il y a un enjeu de création de places. Il y a un enjeu, évidemment, d'accessibilité, de transparence de la plateforme, mais ça, par définition, c'est pour la session qui va s'ouvrir au mois de décembre. Donc on s'y met maintenant. Mais les élèves entreront dans Parcoursup en terminale au mois de décembre. Donc pardonnez-moi, mais au contraire, tout est pris en compte et tout est pris en compte dans un délai resserré.
AGATHE LAMBRET
Édouard GEFFRAY, très rapidement, vous parliez d'une rentrée mercredi. Aujourd'hui, vous nous dites mercredi ou jeudi. Donc vous n'êtes pas sûr que les élèves pourront reprendre les cours mercredi.
ÉDOUARD GEFFRAY
J'ai dit à partir de mercredi. Mais par contre, je pense qu'il faut que ce soit progressif et graduel. C'est-à-dire que là, notamment où les établissements ont été très impactés, ils vont probablement accueillir les élèves de terminale d'abord, puis les élèves de première, puis les élèves de seconde. Moi, je ne mettrai pas la pression, une pression folle, aux chefs d'établissement pour, j'allais dire, rouvrir à 8 h du matin mercredi, pour que tout le monde soit en cours de mathématiques ou de français. Il faut qu'on ait un temps d'échange. J'ai 85 personnels de l'Éducation nationale qui ont été blessées dans ces événements. J'ai 24 lycées qui ont été saccagés ou incendiés. On ne peut pas faire comme si de rien n'était. Et nos lycéens, ils ont besoin d'être entendus, ils ont besoin d'être écoutés et ils ont besoin d'avoir des actes. Et c'est exactement ce que je leur propose. Et ça, dans un cadre démocratique, parce que j'y crois.
SIMON LE BARON
Après cette grande journée de mobilisation, donc aujourd'hui, et peut-être donc reprise des cours à partir de demain ou après-demain. C'est ce que vous espérez, en tout cas. Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation nationale. Merci d'être venu nous voir sur Franceinfo ce matin.
source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2026