Texte intégral
LOUISE BERNARD
Bonjour Jean-Didier Berger.
JEAN-DIDIER BERGER
Bonjour à tous.
LOUISE BERNARD
Vous êtes ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur. Beaucoup d'images ont circulé ces derniers jours. Il y a évidemment les images de violences urbaines, de casseurs qui ont circulé, mais aussi des images de policiers face aux lycéens, des images et des blessures aussi. Hier, Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur, a défendu cette gestion du maintien de l'ordre. Vous ne changez donc pas de méthode ?
JEAN-DIDIER BERGER
Je pense qu'on a la chance d'avoir, en France, des policiers qui font preuve d'un grand sang-froid et d'un grand professionnalisme. Il y a 19 enquêtes qui ont été ouvertes parce que lorsqu'il y a un problème, lorsqu'il y a un doute, lorsqu'il y a éventuellement un dérapage, il est normal qu'il y ait une enquête et que ceux qui ont dérapé soient sanctionnés. Mais 19 enquêtes regardent des milliers ou des dizaines de milliers d'interventions qui ont eu lieu, puisque je rappelle qu'il y a eu plusieurs milliers d'interpellations, plusieurs milliers de gardes à vue. On voit bien que les chiffres doivent être mis en rapport les uns avec les autres. Il y a surtout plus de 700 blessés chez les policiers. Donc on voit bien que dans une situation où il n'y a pas simplement des blocus ou des manifestations, mais parfois des choses qui dérapent en violences urbaines, il est normal qu'il y ait des opérations, pas simplement de maintien de l'ordre, mais de gestion de ces violences urbaines et qu'il y ait des interventions aussi souvent que nécessaires et d'une façon qui reste toujours proportionnée. C'est ce que s'emploie à faire nos policiers.
LOUISE BERNARD
Mais il y a des exemples de blessures qui ont choqué ce lycéen avec cette main arrachée. Les enquêtes sont en cours, évidemment, pour déterminer les circonstances. Mais vous comprenez que ça puisse heurter. Ces vidéos, d'ailleurs, circulent largement sur les réseaux sociaux. Elles alimentent peut-être même encore la colère de ces jeunes. Cette réponse, aujourd'hui, les lycéens nous le disent, quand on les questionne, elle leur semble insuffisante.
JEAN-DIDIER BERGER
Bien sûr, c'est violent, c'est choquant. Ça choque tous les Français. Ça choque les pères de famille, les mères de famille… les pères de famille dont je fais partie. Ça choque, évidemment, les lycéens. Et la meilleure façon que les choses se passent bien, c'est que les lycéens puissent s'exprimer, puissent être entendus par le Gouvernement qui est à leur écoute à travers des objets pacifiques, des objets démocratiques de manifestation, des manifestations dans la rue, mais aussi les concertations qui ont lieu dans les lycées, partout en France. Certaines ont déjà eu lieu dès hier. Et puis également cette grande plateforme qui a permis de recueillir déjà plusieurs dizaines de milliers, 40 000, je dirais, interpellations de la part des lycéens vis-à-vis du Gouvernement et des interpellations qui vont donner lieu à des suites, qui vont donner lieu à des réponses et à des actions concrètes au service de nos lycéens. Maintenant, pour revenir à la question précise que vous m'avez posée, quand on a un doute sur l'utilisation d'une arme de défense, lorsqu'on veut éclaircir précisément, on fait ce qu'on vient de décider avec Laurent Nuñez, on suspend provisoirement l'utilisation d'une arme de défense lorsqu'elle est en doute. Mais il faut quand même rappeler que, par exemple, ces grenades...
LOUISE BERNARD
Vous faites allusion aux grenades assourdissantes qui ont été suspendues. Mais on a en face...
JEAN-DIDIER BERGER
Absolument. Suspendues dans le cadre des mouvements lycéens et uniquement dans le cadre des lanceurs...
LOUISE BERNARD
Mais ce n'était pas le cas, par exemple, des LBD.
JEAN-DIDIER BERGER
Non, bien sûr, parce que...
LOUISE BERNARD
Alors qu'il y a 6 enquêtes de l'IGPN qui sont ouvertes.
JEAN-DIDIER BERGER
Oui, bien sûr, mais là, il y a un doute spécifique sur un outil et dans une des techniques utilisées. Mais il faut quand même réexpliquer. Pourquoi est-ce qu'on utilise ces grenades assourdissantes ? C'est pour éviter des situations de corps à corps. Donc, quand on est en risque de devoir, finalement, avoir des policiers qui se battent avec des casseurs pour leur éviter d'avoir à se battre, ou avec tout type de manifestants qui ont des débordements violents, on utilise ces grenades assourdissantes pour repousser. C'est une arme de défense, c'est une arme, je dirais, de prévention du conflit. Donc, il faut aussi ramener les choses à ce qu'elles sont et ne pas caricaturer l'utilisation de ces armes de défense.
ALIX BOUILHAGUET
Pourquoi est-ce que vous n'utilisez pas des canons à eau ?
JEAN-DIDIER BERGER
Mais on utilise toutes les armes de défense en fonction de la situation. On a la chance d'avoir en France… Et vous savez, moi, qui voyage dans l'occasion de cette mission ministérielle un peu partout dans le monde, et quand je discute avec mes homologues, ils me disent à quel point ils regardent ce que nous faisons en France.
ALIX BOUILHAGUET
Sauf qu'ils ne le font pas. Les lanceurs LBD, c'est assez unique en France.
JEAN-DIDIER BERGER
Vous savez, tout le monde n'a pas l'expérience qu'a la police et la gendarmerie françaises. Et donc, nous avons la chance d'avoir des grands professionnels qui savent utiliser ces armes et qui permettent d'avoir un maintien de l'ordre, qui permet d'éviter énormément, dans une très grande majorité de cas, les affrontements directs, les affrontements en corps à corps.
ALIX BOUILHAGUET
Je reprends ma question : pourquoi pas des canons à eau ? Des canons à eau, ça peut être efficace, ça peut permettre des dispersions et ça ne fait pas mal.
JEAN-DIDIER BERGER
Vous savez, toutes les armes de défense qui sont à la disposition des policiers et des gendarmes sont utilisées en fonction des situations, avec discernement, sont utilisées uniquement quand c'est nécessaire. Ces armes ou d'autres, quand c'est nécessaire et de façon proportionnée, et en particulier quand on a des jeunes publics. Mais il faut bien comprendre aussi que ce n'est pas uniquement des lycéens que les policiers ont en face d'eux, parce que ça serait quelque part beaucoup plus simple, mais il y a beaucoup de casseurs ou de voyous, de racailles qui se mêlent à eux, parfois même des groupuscules d'extrême gauche qui viennent pour semer le trouble, pour semer la panique, pour semer la pagaille et pour agresser les forces de l'ordre. Moi, je les ai vus aussi sur le terrain avec les mortiers tirés sur les policiers. Donc en face, on n'est pas accueillis, les policiers ne sont pas accueillis avec des bouquets de fleurs.
JEAN-MATHIEU PERNIN, EDITORIALISTE INTERNATIONAL FRANCEINFO
Le problème, c'est qu'en fait, ce n'est pas nouveau, cette situation. On a l'impression qu'à chaque fois qu'il y a un mouvement social, justement… D'ailleurs, vous parliez du LBD. LBD, puisque vous nous avez dit que vous voyagiez un petit peu grâce à votre mission dans le monde, vous savez qu'on est deux seulement à utiliser, il y a nous et la Belgique. Pourquoi finalement, aujourd'hui, nos voisins européens ne veulent pas l'utiliser ? Et surtout, ce n'est pas la première fois où on en parle d'une manière violente. Je vous rappellerai les Gilets jaunes, forcément, où là, il y a eu quand même des cas d'éborgnement assez prononcés. A chaque fois, on en reparle du LBD. Et pourtant, ça ne fait jamais l'objet d'une réflexion, on a l'impression, approfondie de la part de vos services.
JEAN-DIDIER BERGER
Je pense, au contraire, qu'il y a une réflexion très approfondie de la part des services sur l'ensemble de ces armes de défense. Et vous le voyez dans un esprit qui n'est pas du tout un esprit idéologique, mais un esprit d'efficacité pour voir ce qui nous permet au mieux de contenir des mouvements qui sont parfois beaucoup plus violents que ce qui peut exister aussi ailleurs. Il faut bien avoir le courage de le reconnaître. Et vous savez, la dimension politique en France et notamment l'imprégnation très forte de l'extrême gauche et de La France insoumise, en particulier, dans l'ensemble de ce conflit, elle n'est pas étrangère à la situation de violence. Il faut bien comprendre ça aussi.
JEAN-MATHIEU PERNIN
Mais ce n'est pas un rapport avec le LBD, là, en fait.
JEAN-DIDIER BERGER
Mais si, bien sûr que si, parce que si on a l'utilisation d'armes de défense parfois plus fortes en France que dans d'autres pays ou parfois plus intensément que dans d'autres pays, c'est parce que la situation, elle est parfois aussi plus intense ici en France, plus violente ici en France. Mais je crois que les Français, ils ont aussi soif d'ordre. Ils ont soif que leurs enfants puissent aller au lycée et que les lycées ne soient pas bloqués. Et il est normal à chaque fois qu'une intervention est nécessaire qu'elle ait lieu. Et on ne peut pas laisser le désordre s'installer dans notre pays.
LOUISE BERNARD
On va aller voir ce qui se passe à Paris en ce moment même avec Jordan Klein qui nous attend dans le 20e arrondissement. Jordan, un blocus est en train de se mettre en place. Alors là, on n'est plus devant un lycée, on est dans la rue à côté ?
JORDAN KLEIN
Oui, c'est ça. C'est les lycéens qui étaient devant le lycée Hélène-Boucher, donc du 20e arrondissement, il y a encore quelques minutes, qui se sont déplacés sur la rue pour bloquer la circulation des voitures. Et regardez donc plusieurs centaines de lycéens qui sont là sur ce cours de Vincennes. Et ils ont même été rejoints par des grévistes de l'AP-HP que vous pouvez voir juste devant avec les blouses blanches. Et en fait, le schéma qui s'est produit lors de l'acte III, lors du début de l'acte III mardi dernier, eh bien se reproduit là. C'est-à-dire qu'ils étaient au début devant le lycée Hélène-Boucher, ils occupent désormais la rue. Il commence autour à y avoir des forces de police qui arrivent. Et si ça se reproduit comme mardi, eh bien il y aura des sommations, puisque pour l'instant, ils occupent de manière illégale la route. Il y aura donc des sommations de dispersion avant possiblement de l'utilisation du gaz lacrymogène pour que ces personnes partent. Mais c'est vrai qu'en discutant tout à l'heure avec les lycéens, beaucoup d'entre eux ont écouté le discours de Sébastien Lecornu hier. Et c'est vrai que ce qu'il en ressort, c'est beaucoup de déceptions, que ce soit chez les lycéens et même chez les professeurs.
LOUISE BERNARD
Merci beaucoup, Jordan. Beaucoup de déceptions, vous venez d'entendre, nous dit Jordan Klein. Vous vous attendez à beaucoup de scènes comme ça aujourd'hui : des rues bloquées, une manifestation d'ampleur ?
JEAN-DIDIER BERGER
Ce que je constate, c'est qu'on dit qu'il y a des choses à améliorer dans le lycée ; le Premier ministre est le premier à en convenir. Et donc c'est pour ça qu'on est à l'écoute des lycéens. Et quand je vois une convergence avec les hôpitaux, quel est le rapport avec la situation des lycées ?
LOUISE BERNARD
C'est une colère qui gronde partout.
JEAN-DIDIER BERGER
Quand je vois certains des casseurs ou certains des manifestants venir avec un drapeau palestinien sur les épaules, quel est le rapport avec la situation des salles de cours ou des réfectoires ? Quel est le rapport avec les emplois du temps de nos élèves ? Donc on voit bien qu'il y a aussi une forme d'utilisation de prétextes politiques pour un certain nombre d'acteurs politiques qui veulent mettre cette situation d'attention des lycéens au service de leur agenda politique. Mais ça, on ne peut pas l'apprécier.
ALIX BOUILHAGUET
Pour être plus précis, est-ce que par exemple quand vous avez vu certains élus insoumis, je pense à Bally Bagayoko qui était notamment dans la manifestation parisienne hier, s'interposer entre les forces de l'ordre et les manifestants, est-ce que vous dites que c'est de l'instrumentalisation, c'est de la récupération, il n'est pas dans son rôle d'élu ?
JEAN-DIDIER BERGER
Complètement. Il n'est non seulement pas dans son rôle d'élu, mais ils sont en train de se mettre, je dirais, en dehors définitivement du cercle républicain. Le rôle des élus, ce n'est pas d'entraver l'action des forces de l'ordre. Le rôle des élus, ce n'est pas d'inciter...
ALIX BOUILHAGUET
Lui, il dit : " Je protège les manifestants ".
JEAN-DIDIER BERGER
Mais vous voyez bien que c'est du cinéma. C'est du cinéma de quartier. Ce n'est pas le rôle des élus d'aller entraver l'action de la police ou d'aller jeter de l'huile sur le feu et d'inciter des lycéens à se mettre en danger. Ce n'est pas le rôle des élus d'aller jouer avec le feu, mettre le feu à une poubelle, faire semblant de l'éteindre. Vous voyez bien que tout ça, c'est lamentable.
ALIX BOUILHAGUET
Sur la vidéo, il n'a jamais mis le feu à cette poubelle.
JEAN-DIDIER BERGER
Les situations locales, vous savez, moi, je les vois aussi. On voit des élus d'opposition jouer les matchs retour parce qu'ils ont perdu les élections municipales, essayer d'aller trouver des situations plus favorables le moment venu sur le terrain. Franchement, tout ça, c'est lamentable. Et les Françaises et les Français, je rappelle qu'il y a quand même une très grande majorité de lycées qui ne sont pas bloqués. Il y a une très grande majorité de lycéens qui ne veulent pas bloquer leur lycée, qui veulent pouvoir aller étudier correctement et qui aimeraient bien avoir des élus en face d'eux qui représentent tout le monde, pas simplement un électorat, pas simplement leurs intérêts politiques, mais toutes les Françaises et tous les Français et en particulier, en l'occurrence, des lycéens, une grande majorité d'entre eux qui veulent pouvoir aller étudier correctement ou faire part de leurs revendications pacifiquement.
source : service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2026