Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, et de la lutte contre les discriminations, à TF1 le 16 octobre 2026, sur la manifestation du 17 octobre, la contestation lycéenne et la loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes.

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Média : TF1

Texte intégral

BRUCE TOUSSAINT
Avec ÉLIZABETH Martichoux, nous accueillons ce matin Aurore Bergé. Bonjour.

AURORE BERGÉ
Bonjour.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes ministre en charge de l'Egalité entre les hommes et les femmes et de la Lutte contre les discriminations. Demain, donc, le rendez-vous du 17 octobre, avec les Gilets jaunes qui appellent à manifester, mais aussi des syndicats lycéens, des étudiants, la CGT. Est-ce que c'est la convergence des luttes ?

AURORE BERGÉ
Je savais que c'était une question, mais c'était une transition. Excusez-moi. Je ne sais pas le dire encore. Ce qui est certain, c'est qu'on a un mouvement lycéen qui est très protéiforme. Je pense qu'on a des revendications qui, elles, sont entendables et légitimes, et d'ailleurs, qu'on entend. Et une violence, par contre, qui est inacceptable. Et à ça s'ajoute une récupération politique assez grossière et caricaturale, qui a cherché à embraser, qui a cherché à attiser ce mouvement. Donc, moi, je suis plutôt rassurée à l'idée qu'on ait des syndicats qui structurent des appels à mobiliser, parce qu'on sait que, dans ces cas-là, on a des interlocuteurs auxquels parler. Donc, on verra demain comment les choses se passeront.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Ça ne ressemble plus à un mouvement lycéen, ça ressemble à des violences urbaines. Ça, c'est signé Sébastien Lecornu, hier. Il ne discrédite pas les jeunes, au passage, par cette déclaration ?

AURORE BERGÉ
Non, il dit la vérité. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous avez banalisé des heures de cours pour garantir qu'on puisse entendre des revendications et que le dialogue se fasse à l'intérieur des établissements, comment justifier, légitimer, qu'il ne puisse y avoir la moindre violence. On a quand même près de 1 000 policiers et gendarmes qui ont été blessés, 150 personnels de l'éducation nationale qui ont été blessés, des jeunes eux-mêmes. Parce qu'à force de mouvements de foule et de risques pris, de tirs de mortiers ou d'artifices, ils se mettent en risque. J'en appelle d'ailleurs, quand même, aussi à la responsabilité des parents de ce point de vue.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
La police fait bien son travail ?

AURORE BERGÉ
Je pense qu'elle essaye de le faire dans les meilleures conditions possibles. Vous avez à la fois, parfois, du maintien de l'ordre, et puis vous avez aussi des violences qui s'apparentent à des violences urbaines. Quand on vous tire des mortiers dessus, vraisemblablement, l'objectif n'est pas uniquement d'avoir des modalités de contestation. Encore une fois, il y a des revendications entendables, mais à aucun moment, on ne peut accepter qu'on ait ce niveau-là, de violence, qui en vient justement à avoir, comme je vous le disais, près de 1 000 policiers et gendarmes blessés et près de 150, parce qu'on en parle assez peu, je trouve, 150 personnes de l'éducation nationale qui ont été...

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Mais qu'est-ce que vous dites, vous, aux lycéens ? Ne sortez pas, ne manifestez pas demain ?

AURORE BERGÉ
Non, je n'ai pas à leur dire ça. C'est un droit constitutionnel de manifester. Mais ce n'est pas la même chose de manifester avec des mots d'ordre pour vouloir améliorer des conditions, par exemple, d'études, de travail. Et encore une fois, c'était légitime de le faire entendre, et d'y aller uniquement avec un motif qui serait un motif d'affrontement vis-à-vis des forces de l'ordre. Là, on est sur deux registres qui sont très différents.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Dans un sondage Ifop pour TF1 et LCI, Jean-Luc Mélenchon reste très haut qualifié au second tour dans deux cas de figure sur quatre. Or, le Gouvernement ne cesse d'incriminer LFI depuis le début du mouvement pour son rôle, le rôle présumé qu'il aurait dans les agitations. Mais, en fait, vous le faites monter dans les sondages, dans l'opinion, Jean-Luc Mélenchon.

AURORE BERGÉ
Mais on dit en même temps ce qui se produit. C'est-à-dire, on ne peut pas ignorer la réalité des faits. Et la réalité des faits, c'est que dans le Val-de-Marne, puisque le mouvement a commencé dans le Val-de-Marne, ce sont des élus LFI qui ont cherché à mobiliser et à attiser. Et ensuite, on le sait, qui ont essayé largement d'embraser ce mouvement-là. Quand vous avez Jean-Luc Mélenchon, il faut écouter ce qu'il dit, tout simplement, qui appelle les parents eux-mêmes à s'interposer entre les lycéens et les forces de l'ordre. Ça veut dire quoi, s'interposer, si ce n'est prendre part à des mouvements, à des mouvements de foule, voire même à des violences. Il ne devrait pas dire cela aux parents. Il devrait plutôt leur dire d'appeler leurs enfants à la raison, éventuellement de les retenir chez eux, à la maison, s'il y a besoin, et d'appeler au calme. C'est ça, normalement, le job d'un responsable politique.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Il est dangereux, Jean-Luc Mélenchon ?

AURORE BERGÉ
Oui, il est dangereux, mais pas que pour la jeunesse. Il est dangereux pour le pays, oui.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Alors, dans l'actualité aussi, Marine Le Pen, favorite dans les sondages, réclame la tête de Richard Ferrand, qui est le président du Conseil constitutionnel, qui a rappelé l'impossibilité de réviser la Constitution par référendum sans accord du Parlement, ce qu'elle voudrait faire. La guerre est déclarée ?

AURORE BERGÉ
Non, mais ça rappelle une évidence : c'est que l'extrême droite et Marine Le Pen ont toujours eu un problème avec l'État de droit. Mais l'État de droit, ce n'est pas une faiblesse. L'État de droit, c'est une garantie : c'est une garantie pour nous tous ici, c'est une garantie pour tous les Français.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Elle dit : "La voix du peuple doit supplanter justement le droit". C'est faux ?

AURORE BERGÉ
Non. Elle dit : "l'exécutif doit avoir tous les pouvoirs". Et un pays dans lequel l'exécutif est sans limites, dans lequel il n'y a plus de contre-pouvoir, dans lequel le Conseil constitutionnel peut être bafoué, le Conseil d'État peut être bafoué, les magistrats peuvent être bafoués, l'État de droit peut être bafoué, ce n'est pas une démocratie. On a besoin d'un pouvoir exécutif fort, mais avec des pouvoirs qui sont limités, avec des contre-pouvoirs.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
C'est antidémocratique, ce qu'elle dit ?

AURORE BERGÉ
Le principe de Marine Le Pen, c'est de discréditer tous les contre-pouvoirs. On a besoin, dans une démocratie, d'avoir des contre-pouvoirs. Le jour où il n'y a plus de contre-pouvoir, oui, évidemment, c'est une atteinte flagrante à la démocratie, à la manière avec laquelle on doit pouvoir exercer nos responsabilités.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Très rapidement, vous êtes ministre de la Lutte contre les discriminations. On y reviendra. Mais si les Français votaient oui à la préférence nationale, par exemple, que ferait le Conseil constitutionnel ?

AURORE BERGÉ
Je ne peux pas préjuger d'une décision du Conseil constitutionnel, mais vraisemblablement, ce n'est même pas une question qui peut se poser dans l'État actuel de notre Constitution et du droit. Après, les Français répondront à la question qui est l'élection présidentielle, ensuite les élections législatives. Et je ne pense pas que Marine Le Pen soit élue. Donc, je ne pense pas que cette question se posera.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Vous ne pensez pas qu'elle sera élue ?

AURORE BERGÉ
Non, je ne pense pas.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes toujours candidate ? Vous, vous êtes toujours candidate ?

AURORE BERGÉ
Je n'ai jamais dit, moi-même, que j'étais candidate. J'ai dit… j'essaierai d'exercer mes disponibilités, et j'essaierai de le faire jusqu'au bout. Et j'essaierai de le faire jusqu'au bout. Moi, ce que je veux, c'est qu'on arrive à avoir une candidature unique, parce que si on n'a pas de candidature unique à l'élection présidentielle, alors, on sera responsables de l'élection de Marine Le Pen.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Pardon. Ça, c'est pour Gabriel Attal et Édouard Philippe que vous dites ça ?

AURORE BERGÉ
C'est pour tout le monde. Je pense que ce qu'on a besoin, sur la droite et le centre droit, d'avoir une candidature unique à l'élection présidentielle. On ne peut pas continuer…

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Aurore Bergé, il y a des ministres qui s'engagent, Maud Bregeon, Gérald Darmanin, derrière Édouard Philippe. Et vous, vous êtes dans une position d'attente. Pourquoi ? Est-ce que l'enjeu ne vaut pas que vous vous engagiez ?

AURORE BERGÉ
Je ne suis pas en attente. Je suis au travail. Il se trouve qu'on vient d'adopter à l'unanimité, il y a quelques heures, la loi intégrale.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Vous jouez avec les mots ?

AURORE BERGÉ
Non, je ne joue pas avec les mots. Je vous assure que quand vous travaillez pendant plus de deux ans pour faire en sorte qu'une loi intégrale puisse être adoptée pour lutter contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, vous avez l'impression de faire votre travail et peut-être même de bien le faire. Et je pense que c'est ça qui est attendu, d'abord, de nous. Ensuite, il y aura la campagne présidentielle. Rassurez-vous, elle arrivera bien assez vite. Et évidemment, je m'y engagerai. Et évidemment, je porterai des idées, des propositions. Et je me mobiliserai.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Gabriel Attal, coalition démocratique, c'est ce qu'il plaide. C'est une alternative à la primaire. Il a raison ?

AURORE BERGÉ
Moi, je pense qu'il faut une primaire. Je ne cesse de le dire. Regardez, d'ailleurs, ce qui se passe dans les sondages. On nous disait que la primaire ne servait à rien. On voit bien l'intérêt qu'elle a eu pour le Parti socialiste.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Vous y croyez encore ?

AURORE BERGÉ
En tout cas, je vois qu'il y a une dynamique qui naît avec les primaires, et que l'absence de primaires fait naître des frustrations, du ressentiment, et l'absence de calendrier. A la fin, on n'arrive pas à déterminer, à choisir un candidat.

BRUCE TOUSSAINT
Aurore Bergé, derrière cette dernière séquence de cette interview : "J'y crois, je n'y crois pas", des propositions. Et vous nous dites, en effet, si vous y croyez ou pas. David Lisnard candidat à la place de Bruno Retailleau pour LR, vous y croyez ou pas ?

AURORE BERGÉ
Non, je n'y crois pas.

BRUCE TOUSSAINT
Sans hésitation ?

AURORE BERGÉ
Je n'y crois pas, parce que je pense que Bruno Retailleau…

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Vous n'êtes pas…

AURORE BERGÉ
Je pense que Bruno Retailleau sera le candidat des Républicains. Et j'espère ensuite que, d'ailleurs, on pourra avoir un candidat unique de la droite et du centre.

ÉLIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel Macron, lui, candidat en 2032. J'y crois, je n'y crois pas ?

AURORE BERGÉ
Je pense qu'il ne faut pas répondre à cette question. Je pense que la question qui se pose, c'est maintenant. Et la question ensuite qui se pose, c'est 2027, et que rien n'existe à part ça.

BRUCE TOUSSAINT
Et quand prendrez-vous position ?

AURORE BERGÉ
Je le ferai, rassurez-vous, avant la fin de l'année, parce que je pense que c'est nécessaire. Et j'espère surtout qu'on arrivera et qu'on aboutira à une candidature unique.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2026