Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à CNews le 16 octobre 2026, sur la manifestation du 17 octobre, la contestation lycéenne et la loi SRU.

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Média : CNews

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
08 h 13. La grande interview CNews - Europe 1 avec, ce matin, Vincent Jeanbrun. Bonjour Vincent Jeanbrun.

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

ROMAIN DESARBRES
Ministre de la Ville et du Logement. On va balayer évidemment toutes les actualités. Et on va commencer par la journée de demain : journée du 17 octobre. La police redoute des dégradations et des agressions demain, 17 octobre, parce qu'il y a des appels à la violence qui circulent sur les réseaux sociaux. Certains gilets jaunes historiques rêvent de bloquer à nouveau le pays. Quelle doit être la réponse du Gouvernement demain ?

VINCENT JEANBRUN
Face aux violences, elle doit être extrêmement ferme. Nous sommes dans un grand pays. Le droit de manifester est garanti. Et exprimer ses accords, ses désaccords, ses revendications, c'est parfaitement légitime. Et d'ailleurs, quand on le fait en respectant les règles de droit, la police est là pour protéger les manifestants, ceux qui ont des revendications. C'est logique. En revanche, comme on l'a vu dans le parasitage des manifestations lycéennes avec ces casseurs, ces violents qui venaient provoquer de véritables violences urbaines, cela, il faut effectivement que la réponse soit extrêmement ferme. C'est important, parce qu'à la fois, c'est pour protéger nos concitoyens et les manifestants eux-mêmes. On le voit. Moi, je l'ai vu devant un des lycées de ma circonscription. Les élèves qui ont été blessés l'ont été par d'autres jeunes violents, cagoulés, avec du mortier, enfin, des tirs de mortier qui ont blessé leurs petits camarades. Et je voudrais d'ailleurs avoir une pensée pour l'ensemble de celles et ceux qui ont été victimes de ces violences urbaines en parallèle des manifestations lycéennes, à commencer par les policiers. On a quasiment 1 000 policiers blessés dans notre pays avec des situations extrêmement graves. Certains qui sont passés au bloc opératoire. Je veux vraiment leur adresser ma solidarité et leur souhaiter bon courage pour les manifestations de demain. Et je pense également aux professeurs. Tout particulièrement en cette journée, on a une pensée pour Samuel Paty et Dominique Bernard. C'est l'anniversaire de la mort de Samuel Paty aujourd'hui. Ça devrait aussi nous faire réfléchir, et apporter tout notre soutien à tous les professeurs qui essayent, dans des conditions pas faciles, d'élever nos enfants et d'en faire de vrais citoyens.

ROMAIN DESARBRES
Des lycéens et des étudiants qui bloquent des établissements scolaires depuis plus de trois semaines. Parmi eux donc, certains brûlent et cassent. A quoi est-ce qu'on assiste en ce moment ? Qu'est-ce que vous voyez dans le pays ? Vous voyez des jeunes inquiets pour leur avenir ou des casseurs ?

VINCENT JEANBRUN
Je crois que tout le monde dans ce pays, aujourd'hui, est inquiet : jeunes, pas jeunes, âgés, seniors. Le contexte international, le climat qui est bouleversé, une situation économique dramatique. Peu d'espoir pour la suite. Il faut se dire les choses. Tout le monde est inquiet. La question, c'est : cette inquiétude, est-ce que…

ROMAIN DESARBRES
A qui la faute ?

VINCENT JEANBRUN
Globalement, on affronte beaucoup de crises.

ROMAIN DESARBRES
On n'est pas aussi inquiet dans tous les pays du monde.

VINCENT JEANBRUN
Objectivement, si on est un peu objectif, la crise sur le détroit d'Ormuz, elle touche tous les pays. La canicule hors du commun qu'on a vécue cet été, etc. Mon propos est de dire : cette inquiétude, il faut aussi l'entendre. Il faut essayer de trouver comment on y répond. Et à côté de ça, vous avez des personnes qui vont s'amuser de ce climat, de cette inquiétude, de ces colères, et notamment, qui vont essayer de…

ROMAIN DESARBRES
S'en amuser ou en profiter ?

VINCENT JEANBRUN
D'en profiter pour faire une véritable révolution. On a dans notre pays, aujourd'hui, une force politique, La France insoumise, qui s'amuse à ses universités d'été, à dessiner avec un spectacle de drones le portrait de Robespierre dans le ciel. Ça dit tout de leur volonté insurrectionnelle.

ROMAIN DESARBRES
LFI veut faire la révolution.

VINCENT JEANBRUN
Et je veux vous le dire ici.

ROMAIN DESARBRES
Et donc, prendre le pouvoir de façon non démocratique ?

VINCENT JEANBRUN
En tout cas, ils veulent, à travers le saccage qu'ils mettent dans nos rues, créer un climat de tension tel que ça leur donne une petite chance d'accéder au pouvoir. Et effectivement, d'une certaine façon, ils jouent sur les peurs, sur les inquiétudes. Je suis élu dans le département du Val-de-Marne, où nous avons monsieur Louis Boyard qui est également élu. Avant même qu'on en parle sur les chaînes d'info des manifestations lycéennes, il était déjà en train d'aller mettre le feu, d'une certaine façon, à travers sa présence et à travers les mots, devant les lycées. Où qu'est-ce qu'on voyait comme schéma ? Quelques jeunes qui commençaient un blocus, pas très nombreux, le parlementaire, monsieur Boyard, député, avec son écharpe tricolore qui arrivait, qui lançait des slogans, qui essayait de faire des vidéos pour TikTok. Et puis derrière, des voitures qui arrivaient avec des casseurs cagoulés, mortiers, etc. Ça a commencé comme ça. Donc, le lien avec La France insoumise, il est indubitable. Ça n'empêche pas qu'il y a des lycéens, comme d'autres catégories de la population, qui ont des revendications légitimes. Mais cette volonté de créer de la violence urbaine et de, finalement, hybrider, pardon pour ce mot, des manifestations légitimes et ces violences urbaines, on voit bien que La France, La France insoumise en est un acteur majeur. Et pardon, mais on parle de ces violences, on vient de rendre hommage à Samuel Paty, à Dominique Bernard, vous avez la section LFI de Suresnes qui a fait des tracts mettant une cible dans le dos du proviseur d'un lycée de Suresnes. Aucune excuse, aucun recul sur cette agression d'un membre du corps enseignant. C'est inadmissible. Et le Gouvernement, à travers les articles 40, vous savez, on saisira le procureur à chaque fois que ce sera nécessaire. Parce qu'encore une fois, on a le droit d'avoir un débat idéologique, on a le droit d'avoir des partis politiques qui défendent des opinions différentes. Essayer d'inciter les uns et les autres à enfreindre les règles de droit, c'est inadmissible.

ROMAIN DESARBRES
Vincent Jeanbrun, est-ce qu'il faut aller au-delà de l'indignation et réclamer l'interdiction de La France insoumise ? Bruno Retailleau a posé la question, dit : " La question se pose. "

VINCENT JEANBRUN
Moi, je combats les formations politiques dans le cadre politique. J'avais dans ma circonscription la députée Rachel Kéké. J'ai pris mes responsabilités, je me suis présenté aux législatives et les électeurs ont choisi, et je l'ai battue dans les urnes. Donc, je pense que c'est le meilleur moyen de démontrer à nos concitoyens qu'il y a un autre projet de société, et montrer la supercherie de cette formation politique. Vous savez, moi, je n'oublierai jamais qu'au moment des émeutes de 2023, monsieur Mélenchon s'amusait à tweeter en disant aux jeunes ce qu'ils avaient le droit de brûler ou pas brûler. Voilà. Et comme il a oublié de dire qu'il ne fallait pas brûler la maison des gens, vous connaissez la suite de l'histoire. Je pense que c'est ça dont on parle. Madame Kéké, lorsqu'elle était dans mon bureau de maire, elle m'expliquait qu'elle aimerait bien que la police tue mes enfants pour que je me rende compte de ce que c'étaient les violences policières. Ce discours révolutionnaire…

ROMAIN DESARBRES
Elle vous l'a dit ?

VINCENT JEANBRUN
Elle me l'a dit droit dans les yeux. Je peux vous le dire ici : c'est extrêmement dangereux. Mais je comprends la posture de dire dans laquelle les interdire. Mais ce n'est pas parce qu'on casse le thermomètre qu'il n'y a plus la fièvre. Il faut aller la combattre. Il faut qu'on soit le médicament qui fasse baisser la fièvre. Et pour ça, il faut aller voir les électeurs, il faut aller voir les citoyens français en leur disant : " C'est une illusion, c'est le chaos qu'on vous promet à travers La France insoumise. "

ROMAIN DESARBRES
Marine Le Pen était hier soir sur CNews et sur Europe 1, et elle a déclaré que des élèves de 16 ans qui cassent dans leur lycée doivent en être exclus et qu'ils iront se chercher une autre institution pour les éduquer. Est-ce que vous êtes d'accord avec elle ?

VINCENT JEANBRUN
Evidemment que quand il y a un élève qui casse, il doit être sanctionné.

ROMAIN DESARBRES
Ce n'est pas ce qu'elle a dit. Non, pardon, mais ce n'est pas du tout ce qu'elle a dit. Elle a dit qu'il doit être exclu.

VINCENT JEANBRUN
Mais la vérité, c'est qu'ils sont déjà exclus.

ROMAIN DESARBRES
Non.

VINCENT JEANBRUN
Dans un lycée, dans un collège…

ROMAIN DESARBRES
Oui, mais on leur trouve un autre établissement.

VINCENT JEANBRUN
Effectivement. Elle, elle semblait proposer qu'il soit définitivement sorti. Je pense qu'il faut distinguer les lycéens...

ROMAIN DESARBRES
Pur vous, non, il faut le laisser dans le système scolaire, quelqu'un, un étudiant, un jeune qui casse à 16 ans ?

VINCENT JEANBRUN
Moi, je pense qu'il faut sanctionner avec beaucoup de fermeté. Et en même temps…

ROMAIN DESARBRES
Et tout ça, ils le sont déjà. Donc, pour l'instant, ça ne fonctionne pas.

VINCENT JEANBRUN
Peut-être qu'on peut rajouter un peu de fermeté. Ça susciterait une débat.

ROMAIN DESARBRES
D'accord. Mais comme quoi ?

VINCENT JEANBRUN
En l'occurrence, je pense que quand on a cassé, il faut réparer. Et donc, être exclus une semaine, ce qui, parfois, consiste à aller jouer à la console chez soi ou à traîner en bas de la tour, c'est une sanction, mais qui n'est pas la plus productive. Et donc, je pense qu'on pourrait peut-être réfléchir, mais c'est en tant que citoyen que je vous le dis, pas en tant que ministre, mais dans le cadre de l'élection présidentielle, de se dire très clairement : qu'est-ce que c'est qu'une sanction pour un élève qui dégrade, qui casse ? Moi, je considère qu'il doit ensuite faire des travaux d'intérêt général pour pouvoir réparer ces dégradations. C'est ce que je défendais en tant que maire. Je le défends aujourd'hui à votre micro avec autant de conviction. Ensuite, dire à un jeune : " Tu es exclu définitivement du système scolaire. " Attention, parce que derrière, ça finit bien souvent pour alimenter les casseurs qu'on voyait tout à l'heure à l'écran. Donc, ça ne veut pas dire qu'il faut être complaisant : ça veut dire qu'il faut être extrêmement exigeant, extrêmement ferme, et avoir un parcours réparateur qui fait qu'on en fait quelque chose de ces gamins, et notamment à travers le travail d'intérêt général auquel je crois beaucoup.

ROMAIN DESARBRES
Vous qui êtes un ancien élève de l'école publique, vous ne pensez pas qu'il faut réintroduire de la sélection en faisant des classes de bons élèves et en excluant ceux qui, à 16 ans, on est proche de la majorité et qu'on casse, ça veut dire qu'on n'en a rien à faire de l'école, bah, tant pis, excluons-le ?

VINCENT JEANBRUN
Je crois beaucoup à la sélection, et notamment à l'université. Je pense qu'il y a une pertinence à avoir une sélection, parce que, vous savez, cette sélection, c'est ce qu'il y a de plus méritocratique, et c'est ce qui permet objectivement à un gamin des banlieues dont les parents n'ont pas spécialement de diplôme, par son travail, de s'en sortir et, vraiment, grâce à ça atteindre les meilleures universités. Quand on dit " tout se vaut ", plus rien n'a de valeur. Donc, cette sélection-là, pourquoi pas ? Au contraire. Mais attention, quand on est sur un public jeune, consister à dire : « Non, on n'a qu'à les dégager et puis voilà », ils ne vont pas disparaître, pas s'évaporer. Donc, moi, je préfère qu'on les ait à l'oeil, qu'ils rentrent dans des parcours de réinsertion avec du travail, encore une fois, que ce soit quelque chose d'extrêmement exigeant et qui ne leur fasse pas plaisir. On ne parle pas, encore une fois, de les envoyer sur le canapé jouer à la console quand ils ont fait une bêtise. Et puis il y a l'aspect : " Qu'est-ce qu'on fait d'eux ? " Et il y a : " Comment on répare les dégâts ? " Et le principe de casseur-payeur, ça devrait devenir un pilier dans le fonctionnement de notre société. On le défend avec le Gouvernement. Vous savez qu'il y a ce texte de loi qui avance au Parlement, et cela doit être partout dans la société : tu casses, tu répares, et tu payes les réparations.

ROMAIN DESARBRES
Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, invité de la grande interview CNews - Europe 1. Justement, aujourd'hui, quand vous roulez à 58 kilomètres/heure au lieu de 50, un flash vous photographie et vous envoie une amende que vous payez dans la majorité des cas, parce que les automobilistes payent dans 75% des cas leur amende. Mais quand on casse un abribus, quand on brûle une voiture aujourd'hui, quand on brise une vitrine devant des dizaines de smartphones qui vous filment, il y a également les caméras de la ville qui vous filment, il ne vous arrive rien. Pourquoi est-ce que les politiques ne veulent pas faire payer les casseurs ?

VINCENT JEANBRUN
Je viens de vous le dire : les politiques, ils veulent faire payer les casseurs.

ROMAIN DESARBRES
Pourquoi, aujourd'hui, les politiques ne font pas payer les casseurs ? Pourquoi aujourd'hui, alors qu'Emmanuel Macron est président de la République depuis neuf ans, les politiques ne veulent pas faire payer les casseurs ?

VINCENT JEANBRUN
Moi, je vais vous dire : il y a un texte, ça va être un vrai révélateur, qui s'appelle Casseur-payeur, qui va être présenté au Parlement, et qui va nous permettre de voir quelle formation politique soutient ou pas ce texte. Il y a une difficulté dans notre droit : c'est que quand vous avez une sorte de dégradation en réunion, c'était toujours un peu difficile jusqu'ici, parce que la loi ne permettait pas de condamner tous ceux qui...

ROMAIN DESARBRES
J'ai des dizaines d'exemples, avec des jeunes identifiés, sans cagoule, qui cassent des abribus. Ça coûte plusieurs milliers d'euros, les abribus. Et personne n'est allé les chercher. Une fois, on est allé en chercher un, parce qu'on en avait parlé sur CNews et qu'on avait montré les images et qu'effectivement, les autorités s'étaient un peu réveillées en se disant : « Oui, on va aller le chercher celui-là. » Mais ça n'existe pas.

VINCENT JEANBRUN
Si vous me permettez, moi, j'ai un sujet, c'est que quand on dit : " personne n'a été chercher ", ça sous-entend que les policiers n'ont pas fait leur travail.

ROMAIN DESARBRES
Non, ça sous-entend que personne n'a demandé aux policiers d'aller les chercher. Les policiers font très bien leur travail.

VINCENT JEANBRUN
Or, les policiers, ils font leur travail. Et les policiers, ils sont courageux. Et ils vont justement dans les pires cités chercher…

ROMAIN DESARBRES
Ce sont les politiques, et peut-être la justice, qui ne demandent pas.

VINCENT JEANBRUN
Mais en l'occurrence, vous avez raison, il faut qu'il y ait une demande. Quand, par exemple, Valérie Pécresse a vu les dégradations et les incendies dans les lycées, immédiatement, elle a saisi la justice, ce qui va permettre d'enclencher les procédures. Toutes les collectivités locales ne le font pas, vous avez raison de le dire, et ça devrait devenir automatique. Mais une fois qu'on a dit ça, le vrai sujet, c'est que porter plainte, si c'est pour qu'au bout du bout il n'y ait pas de réparation, il n'y ait pas de parcours de réparation, au fond, on passe à côté de l'objectif. Donc, là, avec la loi Casseur-payeur, on aura un objectif très clair : on identifie la personne, on la condamne, et elle ou ses parents payent la réparation et les dégâts pour que ce ne soient plus les Français qui payent…

ROMAIN DESARBRES
On verra, on verra.

VINCENT JEANBRUN
En tout cas, moi, je me battrai là-dessus. Vous pouvez être sûr. Et vous savez, c'est d'autant plus grave que… Vous me parliez tout à l'heure des émeutes de 2023. Vous avez des personnes identifiées qui ont mis le feu à des mairies en se filmant eux-mêmes avec leur smartphone, dont on attend toujours la condamnation. Et donc, on voit bien la nécessité, effectivement, de durcir notre droit.

ROMAIN DESARBRES
C'est exactement ce dont on parle. Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, avec nous ce matin, sur CNews et sur Europe 1. Je voulais vous faire écouter ce message de Sébastien Leroy, maire de Mandelieu-la-Napoule, que vous avez certainement entendu, sur la loi SRU qui impose des HLM dans les villes. On l'écoute. On en parle après.

SEBASTIEN LEROY, MAIRE DE MANDELIEU-LA-NAPOULE
Je reçois un courrier de l'Etat qui me demande et qui m'ordonne de construire 2 345 logements sociaux à Mandelieu pour remplir les quotas de la loi SRU. En résumé, on me demande de faire, par mois, un immeuble de 35 logements. Naturellement, vous aurez compris que même si on était une armée de Chinois avec des bétonnières et des brouettes, on n'y arriverait pas. Mais ce n'est pas grave. Parce que vous savez, dans cet hommage toujours perpétuel à l'Union soviétique et aux grands plans de Brejnev, même si c'est débile, on continue à imposer toujours plus. On n'y arrivera pas, mais ce n'est pas grave : ça fait très bien dans les documents de comm.

ROMAIN DESARBRES
Il a tellement raison. Qu'est-ce que vous lui dites, au maire de Mandelieu-la-Napoule ?

VINCENT JEANBRUN
Moi, je reconnais son style un peu humoristique et provoc. Mais deux choses d'abord.

ROMAIN DESARBRES
Il décrit une réalité.

VINCENT JEANBRUN
Moi, j'ai grandi dans le logement social. Ma mère : d'origine italienne. Mon père : chauffeur-livreur. Sans la solidarité nationale qui leur a permis d'avoir un toit sur la tête et élever leurs deux enfants dans de bonnes conditions, je ne serai pas devant vous en train de vous parler. Donc, avoir du logement accessible et abordable dans notre pays, c'est plutôt une richesse extraordinaire.

ROMAIN DESARBRES
Il y aurait déjà ?

VINCENT JEANBRUN
Et par ailleurs, quand je regarde les réunions au niveau européen, ils regardent le modèle français en disant : « Vous avez pris de l'avance ». Et il faut distinguer le logement social, qui a beaucoup de vertus, des quartiers ghettos qu'on a construits à la va-vite après la Seconde Guerre mondiale où là, il faut de la rénovation urbaine pour…

ROMAIN DESARBRES
La question, c'est : est-ce qu'il faut encore plus de logements sociaux ? Est-ce qu'il faut encore plus de HLM ?

VINCENT JEANBRUN
En fait, je pense qu'il en faut un peu partout. Et c'est ça le sujet : avoir du logement social. Ensuite, aujourd'hui, on a un système qui est très mal vécu par les élus, parce qu'ils les pointent du doigt en disant : « Vous ne faites pas, vous êtes mauvais, etc. » On parle d'amendes SRU. Objectivement, ça, c'est évidemment très désagréable, parce que certains n'ont juste physiquement plus la place, c'est extrêmement compliqué. Maintenant, avoir une logique globale du pays qui dit : « Il faut du logement social un peu partout et mieux diffuser pour, justement, éviter les ghettos », moi, je continue à le défendre. Et encore une fois, du logement social...

ROMAIN DESARBRES
Vous ne craignez pas ainsi de mettre des ghettos dans toutes les villes de France ?

VINCENT JEANBRUN
Mais vous avez dit le mot. C'est-à-dire que maintenant, malheureusement, on confond souvent le logement social et ghetto. Mais vous avez de petits immeubles de logements sociaux qui sont merveilleux. Et quand vous ne les avez pas, vous ne savez pas loger l'infirmière, vous ne savez pas loger le professeur des écoles, vous ne savez pas loger la secrétaire de mairie, etc. Donc, il faut être honnête : on a aussi besoin de ce logement abordable, mais il faut le faire dans de bonnes conditions et ne pas recréer les erreurs de la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire faire de gigantesques quartiers où il y a plus de mixité. En fait, le vrai sujet, c'est le parcours résidentiel. Le logement social : une étape dans la vie qui vous permet de progresser. Et la mixité partout où c'est possible.

ROMAIN DESARBRES
Ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, avec nous ce matin, sur CNews et Europe 1. Le projet de loi relance du logement, 2 millions de logements d'ici 2030, comment vous allez y arriver ?

VINCENT JEANBRUN
On change les règles du jeu. Cet objectif, il est impossible à atteindre si on ne change pas les règles du jeu. C'est très clair. Cet objectif, on se l'est fixé avec ce que j'appelle l'équipe de France du logement, c'est-à-dire tous les professionnels de ce secteur, avec une idée simple : on construit du neuf, on répare de l'ancien, et on le fait avec un retour de l'investissement. Et pour ça, il y a des dispositifs fiscaux généreux qui ont été mis en oeuvre dans le neuf, et bientôt dans l'ancien, grâce à ce projet de loi, avec des petites victoires comme dans le futur budget, un prêt à taux zéro parentalité pour permettre aux familles qui ont un enfant à naître d'avoir la possibilité d'acheter plus grand, parce qu'on vit dans un pays, et c'est un drame, où certaines familles renoncent à avoir un enfant, parce qu'elles se disent : " Je ne pourrais pas l'accueillir dans de bonnes conditions. " Ça, moi, je ne l'accepte pas en tant que ministre du Logement. Et donc, je le dis : si le budget est voté, on aura un nouveau prêt à taux zéro, un prêt à taux zéro parentalité dont on pourra bénéficier dès les 6 mois de l'enfant et jusqu'à ses 3 ans. Et puis derrière, et c'est vital : un choc de simplification. On est dans un pays où on touche à l'absurde. On a des procédures tellement longues que maintenant, on a plus de temps de procédures que de temps de construction du bâtiment. Et donc, un peu comme on a su faire pour les Jeux olympiques ou Notre-Dame, c'est ce qu'on met dans le projet de loi : des outils d'accélération du dispositif, en plus d'accompagnement sur la rénovation, et surtout, très important pour moi, la confiance aux maires.

ROMAIN DESARBRES
Les investisseurs, et notamment les petits investisseurs, reculent et, désormais, hésitent avant d'acheter un studio, un deux-pièces ; parce qu'il y a trop de contraintes, notamment des problèmes avec les locataires mauvais payeurs. Est-ce que vous êtes favorable au listing des locataires mauvais payeurs ?

VINCENT JEANBRUN
A titre personnel, moi, je vous ai dit qu'il fallait qu'on rétablisse la confiance entre le propriétaire et le locataire et, de fait, lutter contre deux micro-catégories, qui sont une minorité, mais qui font beaucoup de mal à tout le monde. C'est-à-dire le mauvais propriétaire, il y en a très peu, mais cela existe, des marchands de sommeil. Il faut être capable de bien les identifier, de lutter contre. Et puis il y a l'autre bout de la chaîne, vous avez les professionnels de l'impayé. Je ne parle pas de la personne qui a un accident de parcours et qui a une difficulté spécifique à un moment donné. Il existe beaucoup de moyens pour accompagner les familles en difficulté et faire en sorte que le locataire, comme le propriétaire, trouve une solution. Mais vous en avez d'autres qui s'amusent, effectivement, pendant des années à accumuler dettes locatives sur dettes locatives. Quand ça devient trop compliqué, ils changent de logement. Comme on n'a pas l'historique, vous avez un nouveau propriétaire qui leur loue un bien et qui se font avoir. Là-dessus, moi, j'ai posé la question, à titre personnel, mais je pense que ça doit être dans le débat présidentiel, parce que c'est essentiel, au fond, pour notre société. Quand on vit la pire crise du logement depuis la Seconde Guerre mondiale, il faut qu'on rétablisse le lien de confiance. Parce que, vous l'avez dit, au fond, il y a deux enjeux quand on hésite à investir dans la pierre : le premier, c'est la rentabilité, c'est logique ; le deuxième, c'est : " est-ce que je vais pouvoir jouir sereinement de mon bien ou est-ce que j'aurai des professionnels de l'impayé qui vont m'empêcher d'en jouir sereinement ? " On sait qu'il y a des Français qui, parfois, investissent à l'étranger, avec tous les risques que cela comporte de gérer les biens à distance, parce qu'ils se disent : " Si demain, j'ai un squat, si demain j'ai des impayés, en 48 heures, maximum quinze jours, c'est réglé. " Je précise quand même qu'on a fait de grosses avancées depuis un an, notamment sur la lutte contre les squats, puisqu'en France, on distinguait, et vous vous en souvenez, les squats des impayés. Et notamment, on a, grâce à la loi Ripost qui a été votée récemment, mis fin à ce qu'on appelait le squat Airbnb, c'est-à-dire : je rentre légalement dans le bien, je m'y maintiens plus de 48 heures et c'est comme si j'avais un contrat de bail en bonne et due forme. Inacceptable. Ça, désormais, on a corrigé la loi pour que ce ne soit plus possible. Mais donc, moi, j'ai proposé, à titre personnel, j'insiste, l'idée d'avoir un fichier qui permettrait de savoir où on en est de la dette locative. Pas quelque chose qui soit accessible à tout le monde, mais simplement vous, en tant que potentiel locataire, vous y avez accès, un peu comme votre extrait de casier judiciaire, vous êtes capable de le fournir et de le présenter, personne d'autre n'y a accès. Mais vous, vous dites : " Voilà, mon état de dette locative, il est à zéro ou il est à 150 euros. " Ça a aussi un avantage, c'est que si vous avez eu à un moment donné un accident, vous avez une dette importante, vous l'avez remboursée, bon, bah, à ce moment-là, vous êtes revenus à zéro et tout va bien. On redonne de la confiance.

ROMAIN DESARBRES
Vincent Jeanbrun, avec nous ce matin. J'ai une dernière question un peu plus personnelle à vous poser, vous y avez fait référence : les émeutes de 2023, votre femme et vos enfants ont été attaqués par des voyous pendant ces émeutes. Est-ce qu'aujourd'hui encore, vous subissez les conséquences psychologiques de cette attaque, vous et votre famille ?

VINCENT JEANBRUN
Ce qui ne tue pas rend plus fort. Donc, on est plus fort. Mais effectivement, ça, ça marque une vie. La mienne, la nôtre. Mais je veux le dire : nous, on a été très médiatisés, mais il y a énormément d'élus sur le terrain, et énormément, qui subissent des violences qui ne font pas forcément, d'ailleurs, la une des journaux. Et j'ai envie d'avoir une pensée pour eux aujourd'hui et de leur dire : « il ne faut pas lâcher, parce que ce pays tient debout essentiellement grâce à vous, grâce à ces élus locaux ». Beaucoup sont bénévoles. Et objectivement, ils méritent d'être protégés.


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2026