Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à France 2 le 16 octobre 2026, sur l'ordre public et la manifestation du 17 octobre 2026.

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Média : France 2

Texte intégral

LAURENT NUÑEZ
Bonjour.


FRANCIS LETELLIER
A la veille d'une journée de manifestation qui s'annonce importante, 17 octobre, qui est sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines déjà, contre la vie chère, des mouvements qui peuvent avoir lieu partout. D'abord, est-ce que vous vous attendez à une mobilisation importante demain ?

LAURENT NUÑEZ
Oui, on s'attend à une mobilisation assez importante. Il y a beaucoup d'appels sur les réseaux sociaux. On a identifié environ 250 appels à des actions de voie publique et on s'attend à environ 80 cortèges, c'est-à-dire des manifestations de voie publique revendicatives.

FRANCIS LETELLIER
80 cortèges autorisés ?

LAURENT NUÑEZ
80 cortèges qui doivent normalement être déclarés. Je ne peux qu'inciter ceux qui vont organiser ces cortèges, il y a beaucoup d'organisations syndicales, à évidemment les déclarer. Ce matin, je regardais le bilan, on a un peu plus d'une quarantaine de déclarations. Aujourd'hui, les préfets vont recevoir des déclarations. C'est extrêmement important, pour pouvoir organiser ces manifestations de voie publique.

FRANCIS LETELLIER
Mais ça peut déborder justement ces cortèges autorisés. C'est cela que vous craignez le plus ?

LAURENT NUÑEZ
Oui, bien sûr. Sur les manifestations de voie publique, on voit bien que dans les grandes villes, en tout cas, c'est le cas à Paris, ce sera probablement le cas à Rennes, à Nantes, Toulouse, Bordeaux, on voit que l'ultra-gauche, très souvent en fin de cortège, provoque des dégradations et essaie de faire dégénérer ces manifestations, même quand elles sont déclarées. Donc, on va être extrêmement vigilants, on serait extrêmement réactifs s'il devait y avoir des dégradations.

FRANCIS LETELLIER
Vous citez des grandes villes… Vous savez que, quand on parle du 17 octobre, on se réfère beaucoup aux Gilets jaunes de 2018 où là, c'était un peu partout dans le pays. Ce ne sera pas tout à fait la même chose ?

LAURENT NUÑEZ
Non. Il y a d'abord l'appel du 17 octobre, demain, et c'est vrai que c'est un appel qui a beaucoup été formulé sur les réseaux sociaux…

FRANCIS LETELLIER
C'est pour ça que je dis que ça ressemble aux Gilets jaunes.

LAURENT NUÑEZ
…qui a été repris depuis par un certain nombre de syndicats, de formations politiques qui veulent organiser, je vous l'ai dit, une convergence des luttes. Donc, il y a plusieurs types d'appels à plusieurs sortes d'actions, il y a des appels à des rassemblements spontanés. Et puis surtout, le plus important, ce sont les manifestations de voie publique. Et je crois que c'est vraiment la voie privilégiée puisqu'elle est déclarée en préfecture. Elle peut être organisée dans des conditions de sécurité optimales.

FRANCIS LETELLIER
Ce que vous dites, Laurent Nuñez, c'est qu'on va plutôt vers une journée, j'allais dire un peu traditionnelle, plutôt que des blocages sur les ronds-points, comme on l'a vu à l'époque des Gilets jaunes ?

LAURENT NUÑEZ
Ce n'est pas ce que j'ai dit.

FRANCIS LETELLIER
C'est ce que j'essaie de comprendre.

LAURENT NUÑEZ
J'ai dit qu'il y avait plusieurs types d'appels.

FRANCIS LETELLIER
Il peut y avoir des blocages ?

LAURENT NUÑEZ
Il y a plusieurs types d'actions. Les blocages en font partie. Evidemment, le blocage, c'est autre chose. On n'est pas sur une manifestation de voie publique déclarée en préfecture. S'il devait y avoir des blocages qui viendraient perturber, par exemple, la circulation, l'accès à des axes structurants, évidemment que les instructions que j'ai données aux préfets, c'est de débloquer.

FRANCIS LETELLIER
Immédiatement ?

LAURENT NUÑEZ
Bien sûr, bien sûr.

FRANCIS LETELLIER
Justement, quelles sont les consignes données aux forces de l'ordre pour demain ?

LAURENT NUÑEZ
Encadrer les manifestations quand elles sont déclarées, c'est-à-dire faire en sorte qu'elles se déroulent sans débordements, intervenir quand il y a des exactions. Et s'il devait y avoir justement ces débordements, notamment des atteintes aux forces de sécurité intérieure, des tentatives ou des pillages de commerces, des violences contre les personnes, il y aura systématiquement intervention. Et puis pour les rassemblements spontanés de voie publique, s'il devait y en avoir, y mettre un terme lorsqu'ils causent un trouble à l'ordre public et notamment lorsqu'ils entravent la bonne circulation.

FRANCIS LETELLIER
Alors, cela intervient à la suite de mobilisations lycéennes au cours desquelles les grenades assourdissantes ont été suspendues depuis qu'un lycéen de quinze ans a eu la main arrachée par une de ces grenades. Est-ce que ces grenades assourdissantes seront de nouveau autorisées demain ?

LAURENT NUÑEZ
Je les ai suspendues pour un type de grenades assourdissantes, il y en a plusieurs. C'est un type qui a été suspendu, celui qui a été utilisé dans les conditions décrites par le parquet de Béthune à Lens. Donc j'ai suspendu effectivement cette grenade assourdissante uniquement pour le mouvement lycéen. Il faut savoir qu'elles sont de manière générale très peu utilisées. Demain, s'il devait y avoir des violences urbaines extrêmement graves en marge d'un cortège ou ailleurs, évidemment ce type d'armement peut être utilisé.

FRANCIS LETELLIER
Comment vous allez faire le tri ?

LAURENT NUÑEZ
Il l'est toujours avec parcimonie.

FRANCIS LETELLIER
J'entends bien, Laurent Nuñez, mais comment vous allez faire le tri ? Parce qu'il peut y avoir des lycéens aussi dans les cortèges ?

LAURENT NUÑEZ
Non. Attention, demain ce sont d'autres types d'actions…

FRANCIS LETELLIER
Oui mais il peut y avoir des lycéens aussi.

LAURENT NUÑEZ
D'autres mouvements… Non, non…

FRANCIS LETELLIER
Vous pensez qu'il n'y aura pas de lycéens ?

LAURENT NUÑEZ
Les instructions que j'ai passées sont très claires. Les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l'ensemble des armes intermédiaires à leur disposition. Ça va de la grenade lacrymogène aux lanceurs de balles de défense dans des conditions qui sont celles d'un contexte d'extrême difficulté, et notamment quand la situation bascule en violences urbaines ou en émeutes, ce qui, malheureusement, arrive parfois en marge des cortèges. On l'a vu à Paris, on l'a vu dans certaines grandes villes.

FRANCIS LETELLIER
S'il y a des jeunes dans ces cortèges, qu'est-ce que vous allez faire, vous ? Il va falloir faire attention ?

LAURENT NUÑEZ
La grenade assourdissante n'est jamais utilisée en maintien de l'ordre dans une manifestation quand les choses se passent bien. Dans un contexte extrêmement dégradé, s'il devait y avoir des affrontements - je ne veux pas croire que ce sera le cas - mais s'il devait y avoir des affrontements graves et lourds, tous les types d'armes intermédiaires peuvent être utilisés.

FRANCIS LETELLIER
Le syndicat de policiers Alliance a porté plainte pour mise en danger de la vie d'autrui. Ils estiment que les policiers sont envoyés comme une chair à canon, c'est leur mot, exposés à la violence, à la vindicte, et ils mettent en cause des consignes qui leur sont données sur le terrain. Quand vous entendez cela, est-ce que vous, ministre de l'Intérieur, vous vous dites qu'il y a des consignes effectivement qui sont données sur le terrain qui ne sont peut-être pas au niveau ?

LAURENT NUÑEZ
Non, mes instructions sont respectées partout sur le territoire national.

FRANCIS LETELLIER
Donc ce que dit Alliance est faux ?

LAURENT NUÑEZ
Ce n'est pas ce que je vous dis. Laissez-moi terminer. Je donne des instructions qui sont très claires à l'ensemble des préfets et des responsables de la hiérarchie policière comme de gendarmerie, qui sont de faire cesser les troubles à l'ordre public et d'utiliser tout l'armement intermédiaire, modulo ce qu'on s'est dit sur le mouvement lycéen et les grenades assourdissantes. Il m'est effectivement remonté qu'ici ou là, certaines consignes ont pu être passées de ne pas utiliser certains types d'armement. J'ai procédé fermement au rappel à l'ordre nécessaire. Il est hors de question de bannir un type d'arme intermédiaire lorsque les policiers et les gendarmes, sur la base de mes instructions, vont rétablir l'ordre public. C'est leur métier, ils le font de manière remarquable dans un cadre légal et réglementaire, c'est-à-dire de façon proportionnée, et donc je n'ai rien à redire sur les instructions que je passe. Les cas qui sont cités par le syndicat Alliance, dont certains, je vous le confirme, me sont remontés, j'y ai mis un terme dans les minutes qui ont suivi le moment où ils ont été mis en ma connaissance.

FRANCIS LETELLIER
Ça veut dire quoi ? Il y a eu de sanctions…

LAURENT NUÑEZ
Non, il n'y a pas de sanction. J'ai rappelé fermement les instructions et c'est dans un nombre de cas limité.

FRANCIS LETELLIER
Je voudrais qu'on revienne sur un événement de cette semaine. Cette semaine, un adolescent de 14 ans à Aubagne, un collégien, a tiré sur un principal de collège et une enseignante. Il est fasciné par les " True Crime Community ", c'est-à-dire les tueries de masse qui ont lieu aux Etats-Unis. Est-ce que cela est un phénomène qui est aujourd'hui nouveau ou marginal ?

LAURENT NUÑEZ
C'est un phénomène qui est nouveau, je vous le confirme. Ce sont des jeunes qui s'isolent socialement, qui sont très jeunes, qui s'isolent et qui n'ont plus de vie que sur les réseaux sociaux, qui rentrent en contact avec d'autres jeunes et créent cette espèce de communauté qui existe, la " True Crime Community ". Ce sont des jeunes gens qui glorifient les tueries de masse en réalité sur un fond idéologique qui est plutôt à l'ultra-droite.

FRANCIS LETELLIER
Pourquoi " plutôt à l'ultra-droite " ? Carrément, à l'ultra-droite !

LAURENT NUÑEZ
Carrément, à l'ultra-droite.

FRANCIS LETELLIER
Je ne sais pas, je vous pose la question.

LAURENT NUÑEZ
Mais à 14 ou 15 ans, ils ne sont parfois même pas capables de comprendre ce fond idéologique d'ultra-droite.

FRANCIS LETELLIER
Mais ça vient bien de là ?

LAURENT NUÑEZ
Et qui sont en adoration devant des auteurs de tueries de masse comme il y en a pu avoir beaucoup aux Etats-Unis ou au Canada.

FRANCIS LETELLIER
Est-ce que ça vous inquiète ? Est-ce qu'en France vous voyez une montée de ce phénomène ?

LAURENT NUÑEZ
Oui, c'est un phénomène qui monte en France. On l'a vu avec évidemment le drame d'Aubagne. Il faut savoir que les services de renseignement spécialisés, et c'est notamment le cas de la Direction générale de la sécurité intérieure, suivent quelques dizaines d'objectifs de jeunes gens qui sont dans cette idéologie et qui glorifient les tueries de masse. Evidemment, il y a beaucoup d'interpellations et de détections de ce type de profil qui doivent vraiment retenir l'attention.

FRANCIS LETELLIER
Beaucoup d'interpellation, vous savez à peu près ?

LAURENT NUÑEZ
Il y en a eu quelques-unes déjà, en amont de préparations d'actes. Et surtout, ce qui est important, c'est le travail avec l'Education nationale pour repérer ensemble ce type de profil.

FRANCIS LETELLIER
Laurent Nuñez, merci d'être venu sur le plateau des " 4 vérités " à la veille de cette journée du 17 octobre. Vous avez dit que vous attendez au moins 250 rassemblements, et la plupart sont des cortèges autorisés.

LAURENT NUÑEZ
205 actions, 80 rassemblements de voie publique, manifestations….

FRANCIS LETELLIER
Autorisés et déclarés.

LAURENT NUÑEZ
Et je lance un appel solennel à ce que ces cortèges soient déclarés.


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2026