Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à Sud Radio le 19 octobre 2026, sur les violences et les pillages lors de la manifestation du 17 octobre 2026.

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Média : Sud Radio

Texte intégral

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

JACQUES CARDOZE
Comment pouvez-vous caractériser ce qui s'est passé ce week-end ?

VINCENT JEANBRUN
Une forme d'insurrection, en parallèle de manifestations légitimes et globalement très pacifiques. On a eu un phénomène insurrectionnel qui a d'ailleurs été une forme de conjugaison nouvelle de violences d'ultragauche, inspirées de la bonne vieille Commune, et de ceux qui ont pensé qu'on pouvait aller faire son shopping gratuit, que c'était le Black Friday, c'est-à-dire des criminels et des délinquants qui ont rejoint une forme de lutte pour agresser les forces de l'ordre et piller, saccager et détruire les symboles de la République. Et d'ailleurs, on voit que ce phénomène qui s'est allié, qui a fusionné a essayé de déborder partout où c'était possible. Les forces de l'ordre ont été extrêmement courageuses et il faudrait quand même le rappeler ce matin à votre micro : elles ont permis, malgré la vague de haine et de violence qu'elles ont affrontée, de protéger nos concitoyens, parce que globalement, on s'en tire en termes de dégâts sur les personnes de façon extraordinaire. Et on le doit au courage de nos policiers, qui n'ont pas été mobilisés que pendant les cortèges, mais dès le matin, très tôt, par ces criminels qui sont venus défier la République.

JACQUES CARDOZE
Est-ce qu'on a perdu notre autorité ce week-end ?

VINCENT JEANBRUN
Elle a été mise en défaut à certains endroits. Elle a été très clairement ciblée. Je crois que déjà, c'est le premier constat. D'ailleurs, dans son allocution, le président de la République disait : " On a essayé de s'attaquer à la République, de déstabiliser la République. " C'est évidemment un souvenir douloureux des émeutes de 2023, où déjà, à l'époque, j'étais encore maire. On expliquait que c'étaient bien les bâtiments pavoisés de drapeaux tricolores qui étaient d'abord pris pour cible, d'abord et avant tout. Et donc, on voit bien qu'il y a cette volonté de s'attaquer à nos institutions. Maintenant, nos policiers, nos pompiers, nos gendarmes, les forces de l'ordre et de sécurité ont tenu bon dans des conditions qui étaient extrêmement difficiles. Et je crois que, justement, ils ont montré que la République était là. Maintenant, on a été blessés hier, on a été blessés collectivement. Notre pays, notre société, notre République ont été blessés. Il s'agit d'en tirer toutes les conséquences. Mais je veux aussi dire à votre antenne : blessés, mais pas morts. Notre pays tient debout. Il y a des millions de Français qui se réveillent ce lundi matin en se disant : " Tout ça n'est pas possible, mais il faut qu'on y mette un terme. " C'est la volonté du Gouvernement, c'est la volonté de toutes celles et ceux qui sont responsables de la tranquillité publique dans notre pays. Je vais vous dire, et c'est la bonne nouvelle, c'est la volonté de millions de Français qui considèrent que ces casseurs, ces voyous, ces délinquants sont une petite minorité dont il faut, une bonne fois pour toutes, se prémunir.

JACQUES CARDOZE
Est-ce que c'est une fraction délinquante de la banlieue, vous qui êtes un observateur, forcément, puisque vous êtes ministre de la Ville et du Logement ? Est-ce que c'est une fraction délinquante de la banlieue qui a mis à sac une partie de la France ?

VINCENT JEANBRUN
Il y a des enquêtes qui permettront de déterminer d'où viennent ces individus. Mais là aussi, je prends appui sur la mémoire qu'on a des émeutes de 2023. Il y a une petite partie de nos quartiers populaires qui abritent ces formes de délinquance, notamment nourries par les narcotrafiquants.

JACQUES CARDOZE
Certains le disent, justement qu'il y avait un certain nombre de narcotrafiquants.

VINCENT JEANBRUN
Je le dis depuis les émeutes de 2023 : vous avez des jeunes et des moins jeunes qui sont parfaitement formés à cette espèce de violence, à cette espèce de guérilla urbaine. Et ça ne s'apprend pas à l'école, donc ça s'apprend dans les rues de certains quartiers, avec des forces, j'allais dire obscures, des narcotrafiquants, qui apprennent à notre jeunesse très tôt à attaquer la police et à la détester. Je veux dire deux choses à votre micro. D'abord, c'est une minorité. Nos quartiers populaires abritent six millions de personnes qui aspirent à vivre honnêtement, et une petite fraction qui leur pourrit la vie matin, midi et soir et qui les met en danger. Il ne faut pas confondre les deux, d'une part. Et deuxièmement, ces gens doivent être mis hors d'état de nuire tous les jours dans les quartiers, et a fortiori quand il y a des éruptions comme ce qu'on a vu samedi et hier encore avec les pillages. Ça passe par de la fermeté, par nos policiers, qui sont encore une fois très courageux d'aller se battre tous les jours dans ces quartiers, mais aussi par une justice qui doit être implacable et faire preuve d'une tolérance zéro. Et pardon de le dire, par des responsables publics qui arrêtent de jeter de l'huile sur le feu, comme Monsieur Mélenchon hier, qui a dit à l'antenne d'une de vos consoeurs, je reprends un peu à mon compte : " Ça dépend des heures et des jours. " L'expression " Tous les policiers sont des bâtards ", pardon, je cite, mais ça me scandalise, parce que c'est humilier des personnes qui ont choisi de mettre leur vie en péril pour protéger les citoyens français. C'est absolument inadmissible, et ça mériterait objectivement que tout le monde, unanimement, condamne ces propos qui sont dangereux parce qu'en fait, on monte la jeunesse contre ceux qui sont censés protéger les citoyens, c'est inadmissible.

JACQUES CARDOZE
Ces propos de Jean-Luc Mélenchon, qui fait référence au terme et à l'acronyme ACAB, qui signifie que les policiers seraient, et je mets ça évidemment entre parenthèses, au conditionnel et surtout entre guillemets, des bâtards. Le fait qu'il ne condamne pas ce terme-là, ça vous choque ?

VINCENT JEANBRUN
Pardon, c'est pire que de ne pas le condamner. Il le reprend à son compte hier dans l'émission, quand justement votre consoeur journaliste lui demande : " Est-ce que vous reprenez ce terme à votre compte ? " " Ça dépend. "

JACQUES CARDOZE
Elle lui demande de le condamner.

VINCENT JEANBRUN
" Ça dépend des heures et des jours. " C'est scandaleux, c'est honteux. Bien sûr que je condamne ces propos. Et, de manière générale, ça fait des semaines qu'on voit cette mouvance politique, La France insoumise, qui met de l'huile sur le feu, qui incite, qui légitime la violence, qui aiguillonne les uns et les autres. Et en même temps, est-ce qu'on doit être surpris quand on connaît la situation de Monsieur Raphaël Arnault et de ses assistants parlementaires, un député de La France insoumise multirécidiviste en matière de violences ? Quand on sait qu'à Marseille, Monsieur Delogu a été condamné : il a frappé à coups de pied des représentants de l'Éducation nationale. Effectivement, on ne devrait pas être surpris. Pour vous dire : condamnation totale et absolue.

JACQUES CARDOZE
Eux vont vous dire qu'ils ont, dans les derniers jours, appelé au calme. Le Premier ministre a une autre lecture des événements, puisqu'il a dit ce week-end : " On ne peut pas, le lundi, tenir des propos qui incitent à la violence, le mercredi, s'en prendre aux forces de l'ordre et, le vendredi, appeler au calme. " C'est ce double jeu de La France insoumise que vous dénoncez ?

VINCENT JEANBRUN
Mais bien sûr ! Mais même pas : c'est une hypocrisie absolue. Il n'y a même pas de double jeu. Moi, j'entends la violence légitimée du maire de Saint-Denis. J'entends le fait que ce n'est pas devant les quartiers qu'il faut manifester, mais bien à l'Élysée. C'est un appel à aller attaquer les symboles de la République. Vous avez quasiment autant de citations qu'il y a de parlementaires à LFI qui, d'une façon ou d'une autre, plus ou moins déguisées, appellent à cette insurrection ou à cette violence.

JACQUES CARDOZE
C'est quoi, la finalité ? Ce que vous dites aujourd'hui, il faut les interdire ?

VINCENT JEANBRUN
Mais le sujet, c'est qu'il faut d'abord les combattre, les condamner. On doit porter plainte systématiquement. C'est ce qu'a commencé à faire le ministre de l'Intérieur, à chaque fois qu'il y a une incitation à la violence ou à la haine. Et de manière générale, moi, ce que j'espère surtout, c'est que nos concitoyens ouvrent les yeux sur ce qu'est la réalité de ce mouvement et, surtout, ouvrent les yeux sur ce qu'ils sont en train d'essayer de faire, parce que c'est ce chaos qu'ils essaient de semer dans le pays. Il n'a qu'un but : leur permettre d'accéder au pouvoir, de façon légale ou non. C'est ça qu'on est en train de ressentir dans ce pays. Il y a une volonté insurrectionnelle de prendre le contrôle du pays, quand vous entendez hier les slogans : " C'est la Bastille ! ", on voit bien cet esprit révolutionnaire qui est en train de souffler dans le pays. Et qui fait ça toute la journée, qui inonde les réseaux sociaux de ce genre de pensée, qui, à leur université d'été, La France insoumise, avec ce magnifique spectacle de drones, a mis le portrait de Robespierre en lumière dans la nuit, lequel a été acclamé comme si c'était un héros national. Robespierre, qui a fait tant de mal. Mais enfin, s'il faut qu'on se réveille tous ensemble.

JACQUES CARDOZE
Mais Vincent Jeanbrun, la suite de ce que vous dites, ça veut dire quoi ? Ça veut dire des sanctions, contre les députés de La France insoumise ?

VINCENT JEANBRUN
Contre toute personne dans notre pays qui inciterait à la haine. Et c'est vrai quand on a des propos antisémites, c'est vrai quand on appelle à la violence, c'est vrai quand on va défier les policiers sur des barricades, c'est vrai quand on assiste sans réaction à des mises à feu de lycées, comme on a pu le voir. Je vous rappelle que, quand on est élu de la République en France, il y a un truc qui s'appelle l'article 40. C'est un article de loi qui dit que non seulement vous ne pouvez pas rester sans rien faire quand vous voyez un crime ou un délit, mais, mieux, il faut absolument le dénoncer au procureur de la République. Et si vous ne respectez pas cet article 40, vous pouvez avoir des poursuites. Eh bien, je suis désolé, il faut qu'on mette notre droit en application, y compris pour faire en sorte que La France insoumise soit responsable de ces comportements.

JACQUES CARDOZE
Jean-Luc Mélenchon dit que c'est le Premier ministre qui joue le pourrissement.

VINCENT JEANBRUN
Ça fait des mois que Monsieur Mélenchon joue la tension et lui-même le pourrissement de la situation. En fait, il joue le chaos. On a aujourd'hui un Monsieur Mélenchon qui joue de toutes ses forces le chaos. Et ce qui est terrible là-dedans, c'est qu'avec beaucoup de mépris, il instrumentalise des revendications légitimes. Parce que moi, je ne confonds pas celles et ceux qui vont manifester pacifiquement parce qu'il y a un enjeu de pouvoir d'achat, parce qu'il y a un enjeu de confiance dans l'avenir pour nos lycéens, parce que nos agriculteurs se demandent comment ils vont finir les fins de mois. Tout ça, ce sont des expressions légitimes. Moi, je suis heureux et fier de vivre dans un pays démocratique où chacun peut s'exprimer librement dès l'instant où il respecte les règles de droit et donc l'ordre public. Et on a besoin, une bonne fois pour toutes, d'expliquer que Monsieur Mélenchon joue contre l'ordre public et, au fond, contre la République.

JACQUES CARDOZE
J'entendais des commerçants dire que certains d'entre eux avaient des barres de fer ce week-end à la main, et que ce serait peut-être la prochaine étape. Est-ce que vous redoutez un affrontement ?

VINCENT JEANBRUN
Bien sûr que je le redoute. Enfin, vous le savez, entre guillemets, d'où je parle. J'ai vécu, en tant que maire, les émeutes de 2023.

JACQUES CARDOZE
On rappelle que vous avez été attaqué vous-même à votre domicile par une voiture-bélier en 2023.

VINCENT JEANBRUN
On sait jusqu'où cette sauvagerie peut aller. Et c'est là où, effectivement, moi, je me souviens déjà qu'en 2023, il y avait des barres de fer, il y avait des haches, il y avait des piolets, il y avait des disqueuses professionnelles thermiques pour aller scier tout et n'importe quoi.

JACQUES CARDOZE
Mais les gens qui vous écoutent, Vincent Jeanbrun, vous disent : " Mais c'est très bien de caractériser tout ça, mais qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? "

VINCENT JEANBRUN
Deux choses. D'abord, il faut sincèrement que chacun se dise : comment on fait changer les règles du jeu ? Pour ça, dans un pays démocratique, il faut des lois. Et comme il faut des lois, il faut qu'au Parlement, ça vote. Et comment se fait-il que notre arsenal ne soit pas plus puissant aujourd'hui ? C'est parce que vous avez des forces à l'Assemblée nationale, notamment la LFI, qui ont empêché énormément de choses de se faire. Pour autant, on a quand même eu des avancées. Je pense notamment à la loi Ripost, qui a été portée par le ministre de l'Intérieur, qui a permis de booster notre arsenal contre les rodéos, contre les tirs de mortiers, contre un certain nombre de choses, y compris le squat pour ce qui me concerne, en matière de logement. On a la loi casseurs-payeurs, qui poursuit son chemin et qui va être une avancée significative, notamment pour des violences urbaines comme celles qu'on a rencontrées aujourd'hui. Mais bien sûr qu'il faut aller beaucoup plus loin et faire en sorte que les condamnations soient exemplaires.

JACQUES CARDOZE
Et là, tout de suite, qu'est-ce qu'il faut faire, là, tout de suite ?

VINCENT JEANBRUN
Gérald Darmanin a réagi dès ce dimanche en demandant à l'ensemble des procureurs de la République d'avoir une vision extrêmement ferme de la situation. Moi, je veux parler en mon nom personnel : il faut une tolérance zéro, une tolérance zéro et absolue. Vous savez, moi, je crois à la certitude de la peine et à son immédiateté.

JACQUES CARDOZE
Vous savez bien que ce ne sera pas le cas. Vous savez bien qu'il y a déjà, je crois, ce week-end, une comparution immédiate avec quelqu'un qui a été relâché immédiatement.

VINCENT JEANBRUN
La politique, la vraie, avec un grand P, c'est rendre possible ce qui est nécessaire. Et aujourd'hui, tous les Français ont bien compris qu'il était nécessaire de mettre hors d'état de nuire ces casseurs, ces délinquants. C'est ça, le vrai sujet. Pour nous, il faut rétablir l'ordre. Moi, je m'y emploierai dans les fonctions qui sont les miennes. Je m'emploierai aussi, une fois que l'ordre sera rétabli, à rétablir l'espoir. Parce que la vérité, c'est que dans ce pays, on est en train, les uns et les autres, chacun dans nos domaines, dans nos univers, de baisser les bras, alors que ce pays reste merveilleux. Et je pense que, dans ce contexte extrêmement difficile, il est bon aussi de se rappeler qu'on est à la tête d'un grand pays. On a des richesses extraordinaires, à condition de le vouloir. Mais pour ça, il faut aussi de la fermeté.

JACQUES CARDOZE
Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement est notre invité ce matin. Une question par rapport aux annonces de ce week-end. Beaucoup considèrent que le président de la République aurait pu être plus ferme et annoncer des mesures plus spectaculaires. Est-ce que vous imaginez un couvre-feu dans les jours à venir ? Est-ce que c'est à exclure ou bien est-ce que vous y pensez au sein du Gouvernement ? Un couvre-feu, des interdictions de manifestations ? A essayer de passer un cap au-delà de ce qui a déjà été fait ?

VINCENT JEANBRUN
Ecoutez, le droit français, en cela, est assez bien fait et ça permet d'ores et déjà, sans avoir besoin de faire des annonces grandiloquentes pour rien... de permettre à chaque maire qui le souhaite de demander un couvre-feu. C'est le cas, par exemple, en outre-mer. Ça permet au préfet, et le président de la République l'a dit, d'interdire des manifestations et des rassemblements si on ne se sent pas en capacité de maintenir l'ordre public. Tout ça est possible déjà dans notre droit. Et ce que je veux dire, c'est que là, la détermination, elle est partout. Le ministre de l'Intérieur l'a rappelé encore ce matin sur une autre antenne, en disant qu'on ferait tout ce qui est nécessaire pour que l'ordre soit maintenu dans ce pays. Vous savez, il faut avoir l'humilité de reconnaître que ce qui s'est passé samedi est nouveau. On connaissait les manifestations qui pouvaient, en fin de cortège, dégénérer. On connaissait les pillages et on connaissait les violences urbaines de type guérilla. Là, ce qui est nouveau, c'est la conjonction des trois, c'est le fait que tout ça est venu se mêler, j'allais dire se soutenir. Les manifestants n'ont pas voulu soutenir positivement ni les casseurs ni les pilleurs. Mais ce que je veux dire, c'est que la masse gigantesque de ces rassemblements vient créer, effectivement, des complexités pour nos forces de l'ordre. C'est ça qui est nouveau et il faut qu'on en tienne compte et qu'on ait une nouvelle doctrine pour pouvoir faire en sorte que l'ordre soit respecté, même dans ces conditions.

JACQUES CARDOZE
Une nouvelle doctrine, dites-vous, avec des récits qui sont effroyables. Le maire de Limoges nous dit qu'à 15 heures, 15 h 30, les policiers n'avaient plus de munitions. On en est là aujourd'hui en France ? Lorsque je lui ai demandé tout à l'heure ce qu'il restait comme munitions, il me dit : " Des balles réelles ", à 15 h 30. Et c'était avant la prise de la mairie.

VINCENT JEANBRUN
Je veux redire tout mon soutien au maire de Limoges et, plus largement, à tous les élus locaux. Moi, je vous le dis, j'étais maire en 2023. Je me souviens malheureusement de tout ce que c'est. Pour être honnête, moi, ça fait deux jours que je ne dors pas très bien, voire que je ne dors pas, parce que tout ça ravive des souvenirs qui sont extrêmement douloureux. Et j'ai souvent dit aux différents micros, après que les flammes étaient éteintes, que les braises étaient toujours là. Ce qu'on a vu samedi, c'est qu'il a suffi que quelques-uns soufflent sur ces braises pour qu'elles se rallument. Nos policiers ont été extrêmement courageux, dans des conditions, y compris matérielles, difficiles. Ils ont tenu bon partout où c'était possible, mais ça n'a pas empêché des choses effroyables. La mairie de Limoges en flammes, maintenant, je crois, est gravée dans nos mémoires collectives. Et ça doit être l'alerte qui nous pousse tous, collectivement, au sursaut. C'est inacceptable de poursuivre. C'est aussi pour ça qu'il faut que le ministre de l'Intérieur, qui s'y emploie dès aujourd'hui, puisse trouver les outils pour qu'on ait la bonne doctrine, les bonnes méthodologies, pour faire en sorte que ça ne se reproduit pas.

JACQUES CARDOZE
Les Français se demandent pourquoi les millions de la politique de la ville n'ont pas servi à répondre aux besoins de ceux qui viennent des banlieues. Et pourquoi ceux qui viennent des banlieues sont venus détruire les centres-villes ? C'est aussi ce récit-là, ce week-end.

VINCENT JEANBRUN
Attention à ne pas tout confondre. On a dans nos banlieues, comme on dit, dans ces quartiers populaires, nos infirmières, nos caissières, nos chauffeurs de bus, toutes celles et ceux qui sont en première ligne et qui étaient essentiels au moment du Covid.

JACQUES CARDOZE
On peut le dire autrement : une minorité est en train de gâcher tout le reste.

VINCENT JEANBRUN
Et il y a, par contre, des minorités criminelles qui ont prospéré et qui, bien sûr, pourrissent la vie de tous les honnêtes gens qui vivent dans les quartiers. Maintenant, en tant que ministre chargé de la politique de la ville depuis quelques mois, je passe une consigne systématiquement aux préfets en charge de ces questions. Et je le dis à toutes les associations qui sont en partenariat avec l'État : il faut qu'on remette la méritocratie au coeur de nos politiques publiques et l'amour de la République. J'ai souvent utilisé cette expression qui m'est parfois reprochée, mais il faut qu'on assume de refaire du prosélytisme républicain, c'est-à-dire aller planter des drapeaux tricolores dans le coeur et dans l'esprit de notre jeunesse. Parce que vous avez une jeunesse qui grandit dans ces quartiers et ailleurs, objectivement nourrie, biberonnée par des réseaux sociaux qui lui apprennent tout un tas de choses, mais certainement pas à faire partie de la grande communauté nationale. Et si on veut faire nation, il va falloir aussi lui redonner le goût de la nation.

JACQUES CARDOZE
Justement, sans le dire, vous nous dites que ce sont aussi des enfants de l'immigration qui n'ont pas été intégrés. C'est aussi beaucoup ce qu'on a observé dans les images ce week-end.

VINCENT JEANBRUN
Vous avez des gamins qui ne sont pas issus de l'immigration, qui grandissent dans des quartiers populaires ou pas, d'ailleurs, et qui aujourd'hui se sentent plus proches d'une communauté, qu'elle soit une communauté d'origine ou tout simplement choisie, je n'en sais rien, moi sur une communauté de personnes qui aiment telle ou telle chose, ou une communauté autour de l'environnement, par exemple, et qui en font un...

JACQUES CARDOZE
Vous ne faites pas de lien entre l'immigration et les événements de ce week-end.

VINCENT JEANBRUN
Mais vous savez combien de policiers sont issus de l'immigration ? Combien de policiers qui ont été victimes des violences ce week-end, de tentatives d'assassinat, sont issus de l'immigration ? Combien de nos infirmières sont issues de l'immigration ? Le sujet n'est pas là. Le sujet, c'est comment on donne l'amour de la France, qu'on soit fils d'immigrés ou qu'on soit enfant de France depuis quatre générations.

JACQUES CARDOZE
Le ministre de l'Intérieur dit qu'on a une perte de contrôle. Elle est due à qui, cette perte de contrôle ce week-end ?

VINCENT JEANBRUN
Aujourd'hui, vous avez des personnes qui habitent sur notre territoire national, qui ne se reconnaissent pas dans notre nation, et c'est un drame. Et oui, de ce point de vue-là, il y a un problème d'assimilation, puisque vous avez des enfants de la République qui vont à l'école de la République, mais qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui ne se reconnaissent pas dans la nation française. Et c'est un problème, vous avez raison de le dire. Pour autant, je considère que, d'où qu'on vienne, cette question se pose. Et d'ailleurs, quel que soit son âge, parce que vous avez aussi des adultes qui ont tenu des propos scandaleux, vous avez des parents qui ont laissé leurs enfants aller piller. Et on a même vu des images où les parents pillaient avec leurs enfants. Donc, ce combat-là est gigantesque, il est devant nous. Mais à titre personnel, ma détermination sera totale. Si j'ai continué la politique après l'attaque de mon domicile, après les émeutes, c'est justement parce que je refuse qu'on baisse les bras et que je me dis que ce pays a les fondamentaux pour pouvoir s'en sortir.


source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2026