Interview de M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, à France Info le 20 octobre 2026, sur les revendications des lycéens, Parcoursup et les dégradations dans les universités.

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Média : France Info

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Philippe Baptiste.

PHILIPPE BAPTISTE
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Dimanche soir, lors de son allocution, Emmanuel Macron a affirmé qu'il y avait 100 000 contributions sur la plateforme de concertation en ligne lancée par le Gouvernement en plein mouvement de lycéens. Quelles sont les principales revendications, par ordre de priorité, aujourd'hui pour les lycéens ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, pour les lycéens aujourd'hui, ce qui est frappant, il y a beaucoup de revendications sur des problèmes dès très concrets : dans leur vie quotidienne, sur le bâti, sur tel ou tel équipement qui ne fonctionne pas. Ce sont des revendications aussi sur leur emploi du temps, sur la manière dont il est organisé. Ce sont des revendications très concrètes. Ce sont aussi des revendications, finalement, qui apparaissent assez bas. Ça doit être la quatrième ou la cinquième revendication. Je crois qu'il y a 15 % à peu près des lycéens aujourd'hui qui ont des questions ou des revendications sur Parcoursup. Et derrière Parcoursup, c'est à la fois, évidemment, l'amont, mais aussi l'aval. L'amont, c'est-à-dire que c'est la manière dont on travaille l'orientation, sur la plateforme elle-même, la manière dont ils sont formés à utiliser la plateforme, et les questions qu'ils peuvent avoir ; et puis aussi sur les débouchés dans le supérieur.

ALIX BOUILHAGUET
Juste un mot sur cette plateforme : est-ce que vous pouvez nous assurer que tout ça ne va pas finir dans un tiroir, comme les doléances au moment de la crise des gilets jaunes ?

PHILIPPE BAPTISTE
Non. D'abord, je ne crois pas que ce soit le cas pour les doléances des Gilets jaunes. Mais c'est une plateforme qui n'a pas arrêté d'évoluer. C'est-à-dire, elle a un peu moins d'une dizaine d'années. Elle a changé tous les ans. Je crois que là, aujourd'hui… Enfin, moi, je suis vraiment prêt à ce qu'il y ait des évolutions profondes dans le fonctionnement de cette plateforme : aussi bien en termes de lisibilité des offres, en termes de transparence. Vous savez, c'est quelque chose qui revient tout le temps. Vraiment, je pense qu'on peut avoir des vrais débats de fond sur cette plateforme : à la fois avec des choses qui pourront être faites très rapidement, dans les semaines ou dans les mois qui viennent. Vous savez, la plateforme, elle ouvre pour les formations dans un mois. Donc, c'est-à-dire qu'on n'a pas non plus un temps infini, mais il y a des choses qu'on peut faire. Et puis, il y a des choses qui sont de plus long terme, sur lesquelles on peut réfléchir aussi : la manière dont l'orientation se travaille au lycée, la question du contrôle continu. Toutes ces questions-là, je pense qu'elles sont ouvertes.

ALIX BOUILHAGUET
Donc, pas question aujourd'hui d'abolir, de supprimer cette plateforme Parcoursup, en partant du principe qu'il y a quand même un certain nombre de responsables, notamment à gauche, qui demandent cette suppression ?

PHILIPPE BAPTISTE
Oui, je n'ai pas bien compris exactement par quoi ils voulaient la remplacer. Parce que, vous savez, on va avoir dans quelques semaines, enfin, dans deux mois, on aura un peu plus d'un million de jeunes qui vont chercher une place dans le supérieur. Moi, ma responsabilité en tant que ministre, c'est de leur trouver une place. Et trouver une place qui corresponde non seulement à ce qu'ils ont fait avant, c'est-à-dire que vous ayez une chance de réussir ; et trouver une place aussi à l'endroit où c'est possible. Et donc, il nous faut un outil. 1 million de jeunes, il nous faut un outil pour savoir où on les met. Alors, on peut changer l'outil, on peut le modifier, etc. Mais les politiques qui, aujourd'hui, disent : "Eh, les amis, on va supprimer Parcoursup ; et vous verrez, la vie sera magnifique", c'est quand même de la démagogie, mais chimiquement pur. Excusez-moi. Enfin, c'est vraiment prendre les lycéens pour des imbéciles. Il faut quand même le dire. Bon, ça, ça n'existe pas. Il n'y a aucun pays qui n'a pas une plateforme identique. Et donc, moi, j'attends des gens qui me disent qu'ils veulent supprimer la plateforme, de me dire exactement par quoi ils veulent la remplacer.

ALIX BOUILHAGUET
Vous les avez rencontrés, ces lycéens, notamment hier, et vous leur avez présenté les chiffres de Parcoursup pour 2026, notamment. 90 % des élèves ont trouvé une affectation. Vous me confirmez bien ça ? Donc, il ne s'agit pas de tri social, comme le dit La France Insoumise ?

PHILIPPE BAPTISTE
Vraiment, tous les chiffres démontrent exactement le contraire. La mauvaise foi est complète sur le sujet. Je vais vous donner un chiffre. Vous savez, avec Parcoursup, en particulier, il y a des quotas. C'est-à-dire si vous êtes boursiers, lycéen-boursier ou pas boursier, vous êtes traités différemment. Et quand vous êtes lycéen-boursier, quelque part, vous avez… Dans les listes que font chaque formation, il y a deux listes : les boursiers et les non-boursiers. Et ils appellent pour respecter des quotas. Et donc, ça veut dire que vous avez plus de chances d'obtenir une formation. Ce sont 150 000 jeunes. 150 000, ce n'est quand même pas rien. 150 000 jeunes, depuis le début de Parcoursup, qui ont trouvé une place dans une formation, parce qu'ils sont boursiers : qu'ils n'auraient pas trouvé autrement. Il n'y a jamais eu autant de lycéens qui ont passé leur bac en banlieue, qui font leurs études à Paris. Donc, il faut arrêter ça. C'est juste faux. C'est de la désinformation, mais pure et dure, et qui est tout à fait conforme, effectivement, à ce que fait LFI avec régularité.

ALIX BOUILHAGUET
Selon vos chiffres, un peu plus de 32 000 candidats n'ont pas reçu de propositions mi-juillet. Ça veut dire qu'ils ont saisi les commissions d'accès à l'enseignement supérieur, qui sont donc censés les aider à trouver une formation. Combien sont restés sur le carreau ? Est-ce que vous nous confirmez ce chiffre de 60 ?

PHILIPPE BAPTISTE
Je vous donne tous les chiffres. Donc, on a 1 050 000 candidats. C'est gigantesque. On n'en a jamais eu autant. C'est 250 000 de plus en dix ans. 1 050 000. Quand on arrive à mi-juillet, on a 126 000 jeunes qui n'ont pas de proposition. Et en fait, dans ces pas de propositions, derrière, on va les appeler. C'est-à-dire qu'on leur envoie des SMS, des mails. On contacte les parents, on contacte les proviseurs, on téléphone aux jeunes, etc. Et derrière, il y en a 32 000 qui disent : "Bah, oui, moi, je n'ai pas de proposition, mais je veux continuer mes études". Et donc, ils s'inscrivent dans ce qu'on appelle une CAES, une commission d'accès à l'enseignement supérieur. Ces commissions d'accès, elles travaillent tout l'été. C'est des centaines de personnes qui travaillent partout, qui regardent les dossiers un par un. Et à la fin, sur ces 32 000, il y en a, cette année, 60 pour lesquelles on n'a pas trouvé de solution.

ALIX BOUILHAGUET
C'était 38 l'année dernière.

PHILIPPE BAPTISTE
C'était 38.

ALIX BOUILHAGUET
C'est-à-dire que c'est quasi le double.

PHILIPPE BAPTISTE
C'est vrai, on est passé de 38 à 60. Je vous rappelle qu'on avait 1 050 000 candidat initialement. Je n'ai pas fait le calcul, mais en termes de pourcentage, c'est très, très, faible, évidemment. Et c'est 60 de trop. Évidemment, il faut qu'on essaye de faire mieux. Ce sont essentiellement des bacheliers professionnels qui avaient un avis défavorable de leur conseil de classe pour poursuivre leurs études, et qui ont du mal à trouver une formation dans le supérieur. Il faut qu'on arrive à trouver des solutions. Ce n'est pas évident aujourd'hui. Moi, je voudrais quand même rappeler, parce que j'entends des formations politiques qui disent aux jeunes : c'est la sélection, c'est horrible, etc. L'OCDE l'a dit : la France est le pays de l'OCDE qui sélectionne le moins de tous les pays de l'OCDE pour l'entrée en supérieur. Pardon, mais LFI raconte n'importe quoi. Non seulement, ils veulent mettre le feu et le désordre partout, mais en plus, racontent n'importe quoi, et cherchent à hystériser, et prennent les gens pour des imbéciles.

ALIX BOUILHAGUET
Quand vous dites "LFI cherche à mettre le désordre partout", qu'est-ce qui vous permet d'affirmer ça ?

PHILIPPE BAPTISTE
Il suffit d'écouter les déclarations de responsables de LFI qui, à la fois, parfois, légitiment la violence. Moi, je rappelle que dans un État de droit, la violence n'est pas légitime. Revendiquer…

ALIX BOUILHAGUET
Vous pensez à qui, notamment, quand vous dites ça ?

PHILIPPE BAPTISTE
Vous le savez très bien. Vous avez entendu les déclarations comme moi. Les déclarations aujourd'hui, et hystériser les choses : très bien. On a le droit de revendiquer. Revendiquer, ça fait vraiment partie des droits qui sont les droits fondamentaux. On a le droit de manifester, on a le droit de se mettre en grève. La violence et le blocage, ce n'est pas possible. Parce qu'évidemment, dans nos universités, dans les lycées, il peut y avoir des mouvements ; mais moi, je ne veux pas de violence, je ne veux pas de blocage, parce qu'il y a aussi le droit aux études, bien sûr. Les universités sont des lieux, évidemment, pour discuter, des lieux où la politique est possible, évidemment. Mais par contre, je veux aussi qu'on puisse étudier dans les universités.

ALIX BOUILHAGUET
Mais vous, vous dites que LFI instrumentalise ce mouvement des lycéens ?

PHILIPPE BAPTISTE
En tout cas, elle cherche à le récupérer. C'est évident. Ils cherchent à allumer le feu, bien entendu. Bien sûr, c'est vrai. Et en même temps, il y a des revendications qui sont, aujourd'hui, des revendications des lycéens et des étudiants, qui existent vraiment et qui peuvent être légitimes. Je veux dire, quand on m'explique que par exemple, en Île-de-France, il n'y a pas assez de places dans le supérieur, je pense que ce sont des questions qu'il faut regarder. Quand on me dit que dans d'autres universités, il y en a qui sont en très mauvais état, et il faut qu'on arrive à faire plus que ce qu'on faisait précédemment, c'est aussi des questions qui sont sur la table aujourd'hui. Il y a des revendications qui sont légitimes. La porte du ministère, elle est toujours ouverte pour discuter, mais la violence, elle est intolérable.

ALIX BOUILHAGUET
Le Gouvernement pointe beaucoup le rôle de l'ultra-gauche dans les violences. Est-ce qu'au sein des universités, elle est présente ?

PHILIPPE BAPTISTE
Très présente, oui, bien sûr, évidemment. Bien sûr qu'elle est présente. Vous savez, elle est présente. Je discutais hier avec un président d'université qui m'expliquait qu'il avait beaucoup de mal à discuter avec quelques-unes de ces organisations, qui lui expliquait que la démocratie représentative, ils n'en avaient rien à faire, et que de toute façon, ils ne négocieraient pas. Donc, ça existe. Ce n'est pas du tout la majorité des mouvements et des organisations représentatives étudiantes. Celles que je rencontre ne sont pas du tout dans cette logique-là. Mais ça existe. Et effectivement, ces noyaux très, très, durs, ils sont souvent aussi très violents : ils bloquent, ils font peur aussi à un certain nombre d'étudiants. Il faut évidemment lutter contre ça de manière extrêmement ferme.

ALIX BOUILHAGUET
Hier, on parlait de 25 % des établissements d'enseignement supérieur perturbé : fermeture administrative, occupation, blocage. On en est où ce matin ? Quelle est la tendance ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, c'est un tout petit peu tôt pour vous donner une tendance ce matin. Mais effectivement, hier, on était sur 25 %. Ça oscille, depuis le début du mouvement, entre 20 %, 25 %, et 40 %, c'est à peu près ça, d'établissements qui sont perturbés. Alors, perturbé, ça ne veut pas dire que tout l'établissement est fermé : ça peut être un bâtiment ou un campus, quand ce sont des universités qui ont plusieurs campus. C'est évidemment beaucoup. Beaucoup d'établissements sont passés en distanciel. C'est-à-dire que quelque part, donnent des cours en ligne. C'est évidemment très, très, embêtant, en particulier pour les étudiants, les jeunes étudiants qui sont en première année de licence. Il faut quand même s'imaginer : ils sont arrivés, ils ont eu trois semaines ou quatre semaines de cours ; et depuis, c'est le bazar et c'est le blocage. Les plus fragiles, on est en train de les perdre. Et ça, c'est dramatique.

ALIX BOUILHAGUET
On a aussi vu l'Université de Rouen incendiée. Combien de campus ont été touchés ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, on a eu beaucoup moins de violence à ce stade que dans les lycées. Il y a eu des dégâts : il y a eu des dégâts à Nantes, il y a eu des dégâts très significatifs, évidemment, à Rouen. Il y a eu d'autres dégradations à droite, à gauche. On accompagnera évidemment les universités dans l'urgence pour les aider à reconstruire. Et après, je peux vous garantir aussi qu'on retrouvera ceux qui ont fait ça. Et ils seront poursuivis. Et la justice sera extrêmement ferme.

ALIX BOUILHAGUET
Tout dernier mot, très rapidement. Les vacances scolaires ont commencé. Est-ce que vous misez sur une accalmie ou, au contraire, vous vous êtes angoissé à l'idée de la mobilisation, notamment, peut être samedi prochain ou le 5 novembre ?

PHILIPPE BAPTISTE
Il n'y a pas de vacances universitaires.

ALIX BOUILHAGUET
Quelques universités, quand même.

PHILIPPE BAPTISTE
Il y a quelques universités qui font un break d'une semaine seulement, bien sûr.

ALIX BOUILHAGUET
La semaine la plus.

PHILIPPE BAPTISTE
Plutôt la semaine prochaine. Mais bon, ce n'est pas uniforme sur le territoire. Moi, ce que je pense important, c'est d'avoir un double message, très simple. Le premier, c'est de dire : pas de violence. Et le deuxième, c'est de dire : la porte est ouverte pour discuter, pour négocier. C'est ce qu'on fait sur Parcoursup, c'est ce qu'on fait sur d'autres sujets. Moi, je suis prêt à avoir une discussion la plus constructive possible.


source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2026