Texte intégral
SERGE PAPIN
Bonjour Jacques Cardoze.
JACQUES CARDOZE
Vous allez dans un instant dresser le constat, parce que vous n'avez pas encore parlé. Après ce qui s'est passé ce week-end, on parlera de ces commerçants armés, des aides. Mais d'abord, je souhaiterais qu'on commence par les reventes observées pendant les pillages. Parce que vous avez convoqué hier Vinted, Amazon, eBay, Le Bon Coin, Meta, TikTok avec la ministre du Numérique et vous avez demandé des engagements. Qu'est-ce que vous avez obtenu ?
SERGE PAPIN
Écoutez, on a obtenu une coopération parce que c'est complètement anormal. Vous vous rendez compte ? Des produits... il y a certains commerçants qui voient leurs produits sur ces plateformes, et j'ai utilisé le mot avec ces plateformes hier, et on a trouvé un accord. J'ai utilisé le mot " recel " parce que, évidemment, s'il y a des ventes de produits qui sont issus du pillage sur ces plateformes, ça s'appelle du recel. Donc on a appelé à leur responsabilité. D'ailleurs, elles l'ont accepté, elles ont pris des engagements, dont des engagements de traçabilité. D'où vient le produit ? Regarder sa source, s'il y a un doute. Évidemment, prévenir tout de suite les autorités, mettre en responsabilité le consommateur aussi. Et donc avoir la possibilité, dès qu'il y a une suspicion de produit sur ces plateformes, tout de suite de prévenir. Donc, elles se sont engagées et nous, nous avons signé ce qu'on pourrait appeler une charte avec elles.
JACQUES CARDOZE
Une charte, un protocole d'accord entre les plateformes et le Gouvernement, au sujet de toutes ces reventes qu'on a pu constater dès le moment des pillages. Oui, il faut bien le dire, c'est ce qu'on a constaté.
SERGE PAPIN
Il y a même des énoncés, si on peut dire, où c'était issu du 17 octobre : il y avait encore, vous savez, les étiquettes de détection, qui passent, vous savez, sous les portiques de sécurité. Alors ça, évidemment, elles les ont retirées aussitôt, et non seulement elles les ont retirées, mais elles les ont aussi dénoncées, puisqu'on peut tracer évidemment d'où ça vient.
JACQUES CARDOZE
Donc vous nous l'annoncez ce matin sur Sud Radio, Serge Papin : il y a un risque pour ces plateformes d'être accusées de recel. Elles l'ont bien compris et donc elles passent un accord avec vous pour renforcer la coopération avec les autorités nationales.
SERGE PAPIN
On a passé un accord hier soir. Elles ont d'ailleurs publié cet accord sous forme d'un communiqué de presse. Nous l'avons fait aussi de notre côté. Donc, ma collègue Le Hénanff, la ministre du Numérique, leur a donné aussi 48 heures pour investiguer et donner des éléments de ces investigations auprès des autorités de police, des enquêteurs. Donc, là, il y a un engagement de leur part. Et ça, déjà ce point-là, il peut être rassurant pour les commerçants.
JACQUES CARDOZE
Rassurant et rapidement effectif, avec cette mise en place d'une veille renforcée et donc un signalement aux consommateurs à ceux qui passent si jamais, il y avait des objets qui passaient quand même outre cette surveillance des plateformes, vous demandez un signalement aux consommateurs ?
SERGE PAPIN
Bien sûr, parce que les consommateurs peuvent être complices. Donc, attention, il faut qu'ils soient aussi prudents. Mais le travail est à faire par les plateformes. Il faut mettre en place ce qu'on appelle des filtres, de la modération, donc en particulier de la surveillance dans cette période.
JACQUES CARDOZE
Et dernier point sur ce sujet des plateformes, Serge Papin. Il y aura un premier retour ? Vous avez demandé un premier retour…
SERGE PAPIN
Dans 48 heures. On a demandé un travail qui va être fait. Un travail d'investigation avec des retours dans 48 heures auprès des deux ministres et, évidemment, des autorités de police.
JACQUES CARDOZE
Alors, comme nous tous, je pense, vous êtes, vous aussi, sonné par ce que vous avez vu ce week-end. Vous avez passé la journée dans des commerces parisiens détruits hier et vous avez été interpellé par des commerçants qui étaient à bout de nerfs. Qu'est-ce que vous avez ressenti ?
SERGE PAPIN
Écoutez, moi, je suis commerçant, je l'ai été toute ma vie. Donc déjà, j'ai une profonde empathie, je mesure bien ce qu'ils peuvent ressentir. Et puis, ce sont des commerçants indépendants pour la plupart. Donc, vous savez, au-delà des produits qui ont été pillés : c'est leur vie. Vous voyez, c'est comme si on pillait leurs maisons. Donc je ressens profondément... je suis touché, si je puis dire, par ça. Alors, il faut qu'il y ait un retour à l'ordre. Rien ne peut se faire sans un retour à l'ordre. C'est pour ça que le Premier ministre s'est exprimé, et moi j'apprécie beaucoup ce qu'il a pu exprimer, notamment avec la mise en place du couvre-feu de manière ciblée, de manière partielle. Ça a commencé hier soir.
JACQUES CARDOZE
Avec des premiers résultats.
SERGE PAPIN
Avec des premiers résultats. Les préfets peuvent interdire des rassemblements. Donc ça, c'est plutôt de l'autonomie préfectorale par département. Donc, on a là un dispositif qui se renforce au niveau sécuritaire. Et puis, bon, on a bien constaté dans ce qui s'est passé, comme a dit le Premier ministre, j'utilise son mot : " Il y a des choses qui ont merdé ". Bon, on en a tiré parti. Et on voit bien là aussi, le ministre de l'Intérieur s'est exprimé, on y reviendra si vous voulez, c'est important quand même qu'il y ait... pour moi, le retour à l'ordre, c'est la principale des choses, précisément pour que ça ne se reproduise plus.
JACQUES CARDOZE
Alors, précisément, puisque le président de la Chambre de commerce et d'industrie vous a précédé dans ce studio il y a quinze minutes, il demande l'interdiction des manifestations pour le week-end prochain et le week-end suivant. Il dit : " C'est une question, on n'y arrive pas, on ne peut pas faire face. "
SERGE PAPIN
D'abord, je salue le travail qui est fait par la Chambre de commerce auprès des commerçants, qui fait un travail d'accompagnement important. J'y reviendrai peut-être, et notamment, je le dis, sur le plan des dossiers à remplir pour les assurances, pour les plaintes, et puis aussi pour le côté psychologique, parce que vous savez, il y en a qui ont besoin de soutien. Alors, par rapport à votre question, moi, la question peut se poser pour le 24.
JACQUES CARDOZE
Vous n'écartez pas une possibilité d'interdire ces manifestations.
SERGE PAPIN
La question peut se poser. Je vais vous dire pourquoi elle peut se poser de mon point de vue : parce que ce n'est pas demandé par l'intersyndicale, on n'est pas à la demande qui est faite pour le cinq novembre. Donc, on a un événement, ce n'est pas une demande de l'intersyndicale. La question peut se poser. En tous les cas, je sais que le ministre de l'Intérieur s'est exprimé pour dire qu'il y aura des forces de police qui seront augmentées. Pour cette journée du 24.
JACQUES CARDOZE
Pourquoi pas des rencontres avec l'intersyndicale pour essayer...
SERGE PAPIN
Oui, alors, ça, c'est plutôt la journée du 5. Là, je crois que la journée du 5, il y a des rencontres de prévues avec l'intersyndicale pour que ceux qui ont des revendications légitimes – ça fait partie de la manifestation, de la Constitution – pour bien sûr que chacun prenne ses responsabilités par rapport à ce qui se passe en fin de journée, en fin de cortège.
JACQUES CARDOZE
Serge Papin, vous les avez rencontrés, ces commerçants ? Est-ce que vous craignez que certains soient armés et s'organisent, y compris par des milices, pour tenter de faire face ? Parce qu'ils ont peur, ils vivent dans la peur.
SERGE PAPIN
J'ai entendu ça, bien sûr. C'est pour ça que l'État doit faire son travail, doit les rassurer. Et c'est ce que les mesures qui sont mises en place... elles viennent juste d'être mises en place la nuit dernière, donc notamment le couvre-feu, notamment l'interdiction de rassemblements, le renforcement des unités de police. Je pense que, là, la mesure a été prise et le retour à l'ordre va se passer.
JACQUES CARDOZE
Vous le craignez, en tous les cas ? Vous craignez ces organisations personnelles, c'est peut-être des milices ?
SERGE PAPIN
Oui, je leur dis : moi, je suis avec eux. Je suis leur ministre, je suis avec eux. Donc je vois les mesures qui sont en train d'être prises pour renforcer l'autorité de l'État. Et ils peuvent avoir confiance, je leur dis.
JACQUES CARDOZE
Alors, justement, comment rétablir l'ordre, puisqu'on l'évoquait tout à l'heure, Serge Papin ? Est-ce que c'est possible lorsqu'on voit le découragement des forces de l'ordre et la détermination des casseurs ?
SERGE PAPIN
Non, mais il y a les forces de l'ordre, évidemment, elles sont mises - Je salue d'ailleurs tout le travail qui est fait - à rude épreuve. Mais je pense que, là, pour les prochaines manifestations qui vont avoir lieu, il y a des consignes de sévérité qui seront données. D'ailleurs, je vois aussi au passage, puisque le Garde des Sceaux s'est exprimé hier soir, là aussi il y a 2 500 gardes à vue avec des passages au tribunal de manière accélérée. Et là aussi, on ne faiblira pas de ce côté-là. Le Garde des Sceaux a été très clair. Donc il y aura des conséquences : que tous ceux qui font des exactions se disent bien qu'il y aura des conséquences dures aussi au niveau des tribunaux pour eux.
JACQUES CARDOZE
Évoquons les aides. Qui va prendre en charge toutes ces dégradations ? Les assurances, l'État ?
SERGE PAPIN
Alors, les assurances font leur travail. Elles se sont exprimées en disant qu'elles allaient reporter de cinq jours à trente jours le temps de faire le dossier. Elles vont prioriser les dossiers les plus sensibles. Elles vont verser des acomptes. Donc ça, c'est tout le travail de reconstruction. Après, l'État. L'activité partielle, qui est quand même le principal pour les salariés. Donc, le paiement des salaires à 100% va être pris en compte par l'activité partielle, dans quelques jours les dossiers pourront être ouverts.
JACQUES CARDOZE
C'est l'une de vos annonces ce matin à notre micro, Serge Papin, activité partielle : prise en charge à 100%.
SERGE PAPIN
100%. Premier point pour les salariés, pour la trésorerie. Donc, il y a un certain nombre de dispositifs déjà pour obtenir des ponts de trésorerie, parce que c'est ça qui est important, entre maintenant et la reconstruction. Donc, on a la BPI qui propose des prêts à taux zéro jusqu'à cinquante mille euros. Il y a aussi les banques conventionnelles, je prends le Crédit Agricole, qui s'est exprimé à titre d'exemple, sur vingt mille euros à 2,5% d'intérêt. On a aussi des région qui ce sont... Je crois, Monsieur Di Crescenzo, le président de la CCI, je l'ai dit et j'étais avec eux hier. La région Sud PACA propose des aides tout de suite de dix mille euros. Ils ont mis cinq millions d'euros sur la table. Je sais que la région, la communauté de Lyon aussi le fait. Et puis l'État est en train d'élaborer une aide aussi qui va être... Alors, on est en train d'y travailler et je pourrais vous en donner des éléments dans quelques heures. Donc, ça serait l'occasion de revenir vous voir.
JACQUES CARDOZE
Avec plaisir. L'idée, en tous les cas, l'idée, c'est quoi ? L'idée générale de ce sur quoi vous travaillez.
SERGE PAPIN
L'idée générale, c'est que la trésorerie de ceux qui ont subi ces exactions et ces pillages soit en soutien, que des éléments de trésorerie soient en soutien parce que c'est le coeur du réacteur. Et puis…
JACQUES CARDOZE
Un fonds de soutien ? C'est une sorte de fonds de soutien ?
SERGE PAPIN
Ce sera un soutien. Et puis on a aussi des reports de charges salariales, des charges patronales, qui sont bien sûr possibles à la demande. Donc, vous voyez, là, on a un dispositif d'aide qui est assez complet d'ailleurs, et qui a été discuté avec les parties prenantes, et notamment avec les Chambres de commerce.
JACQUES CARDOZE
Est-ce que l'État peut mettre en place un PGE ?
SERGE PAPIN
Là, ce n'est pas nécessaire, parce que là on a un paquet d'aides, si je peux dire, qui doit normalement répondre en termes de soutien.
JACQUES CARDOZE
Alors passons au tourisme parce que c'est le drame. C'est-à-dire qu'il y a eu ce qu'on a connu cet été. Et puis évidemment, pour beaucoup de ces commerçants, il y avait l'espoir de pouvoir faire commerce d'ici à Noël. Mais il y a aussi l'impact, j'ai envie de dire, international. Vous êtes ministre du Tourisme. Vous craignez un impact négatif sur les chiffres du tourisme, singulièrement sur Paris ?
SERGE PAPIN
Écoutez, actuellement, ce n'est pas le cas. Bon, là... on a toujours les concerts. Ça nous a aidé, les concerts de Céline Dion qui ont fait venir 700 000 personnes quand même sur Paris.
JACQUES CARDOZE
Et on parle d'un gain d'un milliard d'euros, d'ailleurs.
SERGE PAPIN
Oui, dont 300 000 étrangers. Donc pour l'instant, ça va plutôt bien. Maintenant, nous, on va corriger les choses, parce que, effectivement, les images à l'étranger qui sont portées sont assez brutales, et on va corriger le tir en mettant en place des campagnes. Atout France, qui est le bras armé du ministre pour l'image de la France à l'étranger, va aussi se déployer. Et j'ai confiance que si on tourne la page, ce qui est important, c'est qu'on tourne la page très vite.
JACQUES CARDOZE
Un dernier mot, Serge Papin, sur le chiffre. Est-ce que vous nous confirmez le chiffre de 3 000 commerces touchés ce matin ?
SERGE PAPIN
Il y a entre 2 000 et 3 000 commerces touchés. C'est sûr, c'est sûr.
source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2026