Texte intégral
CELINE LANDREAU
Une nouvelle nuit sous couvre-feu dans les quartiers de plusieurs villes. Nuit calme avant de nouvelles tensions redoutées samedi, lors de l'acte II annoncé par les Gilets jaunes. Le Gouvernement a promis des moyens supplémentaires pour assurer le maintien de l'ordre. En attendant, il faut panser les plaies du week-end passé, notamment auprès des commerçants. Bonjour Roland Lescure.
ROLAND LESCURE
Bonjour.
CELINE LANDREAU
Ministre de l'Économie, merci d'être avec nous ce matin sur RTL. Vous avez annoncé plusieurs mesures hier. On va y revenir. Mais j'ai une première question au garant des finances de l'Etat que vous êtes. Le Gouvernement l'a reconnu, il y a eu des failles samedi, notamment dans la gestion du maintien de l'ordre. Ces manquements vont coûter combien au contribuable ?
ROLAND LESCURE
Écoutez, on verra. On est en train de faire les estimations. Mais je voudrais commencer par dire, et vous l'avez dit, on a reçu les commerçants hier, que ce qui s'est passé ce week-end est extrêmement grave. La France a été attaquée de l'intérieur par deux mouvements extrêmement violents : des anarchistes et des voyous. Et évidemment, on fera toute la transparence sur les enjeux de sécurité et les dispositifs en face. Mais j'ai parfois l'impression qu'on assiste à une inversion des valeurs et qu'on oublie quand même le fait générateur de ça. Il y a eu des attaques extrêmement violentes de l'intérieur, peut-être même amplifiées par l'extérieur. Donc, on va y répondre, y compris d'un point de vue économique. On va estimer les dégâts, qui seront plutôt quand même de l'ordre des dizaines, ou peut-être quelques centaines de millions, que des milliards. Il faut surtout que ça ne se reproduise pas.
CELINE LANDREAU
Donc, à la charge du contribuable, au bout de la chaîne ?
ROLAND LESCURE
Les assurances vont en porter une large partie, quand même. Ça a été le cas, malheureusement, je dirais, dans les événements passés. Non, aujourd'hui, ce que nous ont demandé les commerçants et les entreprises qu'on a rencontrés hier, c'est, un, d'assurer la sécurité. C'est quand même simple. On a eu des commerçants qui ont été… Et ils nous disaient : C'est la première fois… " affectés dans leur intégrité physique. Ils ont eu peur, ils ont eu peur pour eux, pas seulement pour leur chiffre d'affaires et leur magasin. Il y a eu des destructions inacceptables. Il y a des enjeux aujourd'hui de restockage, à l'aube d'une saison commerciale évidemment importante, avec la saison des fêtes qui se profile. Donc, on a annoncé des choses pour les aider à faire tout ça. Mais il faut avant tout, évidemment, rétablir l'ordre et le calme. Et là-dessus, j'appelle tout le monde à prendre ses responsabilités pour appeler au calme.
CELINE LANDREAU
Je le disais, vous avez annoncé plusieurs mesures hier : un prêt à taux zéro jusqu'à 50 000 euros pour tous les commerces sinistrés, mais aussi un fonds de soutien spécifique. Quel montant ? On ne l'a pas encore.
ROLAND LESCURE
Non, on est en train de l'affiner.
CELINE LANDREAU
Quel ordre de grandeur ? Vous avez bien une idée déjà ?
ROLAND LESCURE
Oui, l'idée, c'est de compléter, pour les petites entreprises, le dispositif assurantiel.
CELINE LANDREAU
Donc, c'est quoi ? C'est moins de 50 salariés, ces entreprises ?
ROLAND LESCURE
Moins de 50 salariés, et on est en train de l'affiner avec les représentants des entreprises pour s'assurer qu'on ne tombe pas… Je vous donne un exemple, un exemple très concret. On avait dit : ce sera pour les entreprises qui sont affectées par une baisse de plus de 50 % de leur chiffre d'affaires. Évidemment, il ne faut pas tenir compte des premiers chiffres d'octobre, puisque les émeutes ont eu lieu le 17. Donc, on est en train d'affiner tous les paramètres. On a l'occasion, je pense, de les annoncer dans la journée ou demain au plus tard. Mais effectivement, un prêt à taux zéro, ça, les paramètres sont très clairs : dès vendredi, jusqu'à 50 000 euros, à 0% d'intérêt, garantis par l'Etat pendant trois ans, pour restocker et reconstruire. Des allègements de charges, ou en tout cas des décalages de trésorerie, de charges et d'impôts.
CELINE LANDREAU
Et le chômage partiel pris en charge à 100%. Vous avez une idée du coût de cette mesure ? On sait que le chômage partiel, au moment des Gilets jaunes, ça avait coûté 40 millions à l'Etat.
ROLAND LESCURE
Oui, et on est… J'allais dire, heureusement, en tout cas je l'espère, sur des durées moins longues. C'est sur un événement ponctuel, donc ça va durer quelques jours. Moi, j'ai visité hier une agence postale qui espère ouvrir aujourd'hui ou demain. Donc, on est… Pour beaucoup d'entre eux, il y a des dégâts évidemment beaucoup plus importants dans certains commerces, sur des dégâts limités. Mais il faut que ça s'arrête, évidemment.
CELINE LANDREAU
Vous avez certainement vu le patron d'Axa prévenir, Roland Lescure : « Si ça se passe une fois, on peut aider à réparer. Si ça se répète, l'assurance n'est plus là pour protéger. » Qu'est-ce que vous répondez au patron d'Axa ce matin ?
ROLAND LESCURE
Je lui réponds deux choses. Evidemment, on va mettre en place un dispositif extrêmement ferme pour éviter que ça se reproduise, mais un assureur, ça honore ses contrats. Donc, évidemment, nous, notre rôle, c'est d'assurer la sécurité. Et, vous le savez, le Premier ministre a annoncé : on aura un dispositif massif dès ce week-end pour s'assurer que ça ne se reproduise plus. Chacun son boulot. L'assureur, il assure et il honore ses contrats, évidemment.
CELINE LANDREAU
Et l'Etat garantit la sécurité, ce qu'il a réussi à faire le week-end.
ROLAND LESCURE
Non, mais vous le savez, on le reconnaît. Et il y a une commission d'enquête annoncée à l'Assemblée nationale, devant laquelle on fera toute la transparence. Mais voilà, on a fait de notre mieux et, effectivement, il y a eu des défis, des défauts dans le maintien de l'ordre samedi. On apprend de ça. Et ce ne sera pas le cas samedi. On mettra tout en oeuvre pour éviter, évidemment, que ça se reproduise.
CELINE LANDREAU
Vous appelez tout le monde à la responsabilité. Vous l'avez dit, dans moins d'une demi-heure, c'est Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui sera à votre place dans ce studio, avant d'aller à Matignon avec les autres syndicats. Quel message vous voulez lui faire passer ce matin ?
ROLAND LESCURE
D'abord, que toutes les revendications, j'allais dire, sont de bonne guerre, même si l'expression n'est pas très heureuse dans ces moments où le pouvoir d'achat est affecté. Donc, elle fait son travail de responsable syndicale, je dirais plutôt revendicative. C'est dans l'ADN de la CGT, j'allais dire, c'est normal.
CELINE LANDREAU
Et la CGT doit continuer à le faire dans la rue, dans cette période si tendue.
ROLAND LESCURE
Moi, ce qui me frappe, si vous voulez, c'est qu'à six mois d'une élection importante, on soit obligé de faire porter des revendications dans la rue, là où je pense que l'essentiel doit se porter dans le débat démocratique. Évidemment, le droit de manifester est absolument inaliénable. Évidemment aussi, il faut que les manifestations soient déclarées. Et l'avantage, au moins, des organisations syndicales, c'est qu'elles savent faire. Elles déclarent, elles ont un service d'ordre et, en général, quand c'est elles qui manifestent, ça se passe bien.
CELINE LANDREAU
Mais donc, vous leur demandez quoi aujourd'hui ? De ne pas accompagner les appels à la manifestation qui émanent, par exemple, des Gilets jaunes, de se concentrer sur leur manifestation déclarée le 5 novembre ?
ROLAND LESCURE
Bien sûr, il y a une manifestation officielle le 5 novembre, déclarée suivant les formes. Et moi, je suis persuadé qu'elle se passera bien parce qu'on a l'habitude de ce type de mouvement. Mais évitez de mettre de l'huile sur le feu, c'est le cas de le dire, dans un mouvement erratique dans lequel des individus ultraviolents sèment le chaos. Personne n'y a à gagner, j'espère. Je pense vraiment que personne, dans le spectre politique, n'a à gagner à ce que la France sombre dans le chaos. On est à l'aube d'un débat démocratique extrêmement important. Les dix ans qui viennent, ils sont essentiels. Le monde nous regarde aujourd'hui. Moi, j'ai été aux assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale la semaine dernière. Ils veulent savoir ce qui se passe en France. Ils sont à la fois abasourdis par les images qu'ils voient, mais intéressés par le fait qu'on ait de vrais débats sur l'avenir, il faut se concentrer là-dessus.
CELINE LANDREAU
Le monde nous regarde, vous venez de le dire, nos créanciers aussi. Ces scènes dans les rues de nombreuses villes de France, qui ont fait le tour du monde, elles ont déjà des conséquences sur les marchés ?
ROLAND LESCURE
Bah, ça n'aide pas, en tout cas, moi, je le disais, j'étais aux assemblées annuelles pour convaincre, et je pense avec un certain succès, les investisseurs, les ministres des Finances, le FMI, la Banque mondiale, bref, qu'on allait avoir un budget, qu'il allait être voté.
CELINE LANDREAU
Vous en êtes sûr que vous allez avoir un budget ?
ROLAND LESCURE
J'en suis persuadé, parce qu'on n'a pas le choix et qu'on a les instruments pour le faire adopter. Donc, moi, je suis convaincu qu'on y arrivera. Mais évidemment...
CELINE LANDREAU
Comment ? Parce que là, la majorité, elle semble difficile à dessiner, quand même.
ROLAND LESCURE
Et je dois vous reconnaître que les examens des articles, à ce stade, ont plutôt tendance à dégrader et à l'améliorer. On a des instruments constitutionnels, vous le savez, qui nous permettent de faire adopter un budget. C'est essentiel aujourd'hui, et donc.
CELINE LANDREAU
Avec un passage en force ?
ROLAND LESCURE
Ce n'est pas un passage en force. C'est, j'allais dire, un passage par la raison. Si on veut rester à 5% de déficit, il y a deux manières de le faire : soit les parlementaires, dans le cadre de l'examen budgétaire, sont capables de nous y amener, soit on les aime ou on les y amènera, pas de force, mais avec des instruments constitutionnels qui existent, qui permettent de s'en assurer.
CELINE LANDREAU
Donc, le 49.3, le recours au 49.3, c'est déjà fléché pour vous ?
ROLAND LESCURE
Non, ce n'est pas fléché, mais on a deux glissières de sécurité : le 49.3, les ordonnances sur l'autoroute budgétaire. Si on a une sortie de route, on fera jouer les glissières.
CELINE LANDREAU
Autre signe d'inquiétude, Roland Lescure, c'est le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, qui a indiqué hier qu'il revoyait à la baisse ses objectifs financiers pour 2026 à cause de la dégradation sociale et sécuritaire qui pèse sur la consommation. Vous craignez de la voir s'effondrer en fin d'année, cette consommation ? La croissance, déjà atone, plongerait encore plus.
ROLAND LESCURE
Moi, je ne suis là ni pour craindre ni pour espérer. Je suis là pour mettre en place les conditions pour que ça reparte. On travaille beaucoup sur le prix de l'essence, vous le savez, on a libéré des stocks stratégiques. Dès le 1er novembre, le prix de l'essence à la pompe devrait baisser de 12 à 18 centimes. Le président de la République, on en parle beaucoup, il fait cinq pays en trois jours pour aller faire le plein, en fait, pour les Françaises et les Français.
CELINE LANDREAU
Pour garantir des approvisionnements en gazole.
ROLAND LESCURE
300 000 tonnes par mois, entre les Émirats arabes unis, le Bahreïn, l'Arabie saoudite. Il est aujourd'hui au Qatar où il va travailler sur le gaz
CELINE LANDREAU
Ça, ça évite les pénuries de carburant mais ça ne relance pas forcément la consommation.
ROLAND LESCURE
Ça permet de faire baisser les prix, in fine. Donc, on est là, à l'international et au national, pour tout faire en sorte... Aujourd'hui, tous ceux qui ont reçu un chèque dans la première vague vont avoir reçu le chèque de 100 euros pour la deuxième. Le 27 octobre, on va ouvrir le guichet pour ceux qui n'avaient pas demandé l'aide à la première. On fait beaucoup de choses pour le pouvoir d'achat. J'ai conscience aujourd'hui que ce soit inquiétant. On fait notre boulot.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2026